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Chapitre 40
Peter ne prêta aucune attention aux flammes qui surgissaient partout et évoluaient à une vitesse terrifiante sur les murs et les meubles. Il gardait les yeux rivés sur Cate, qui s’était rendu compte bien trop tard que Peter serait ravi de l’aider à rejoindre Élise six pieds sous terre.
Elle hurla comme une démone alors qu’il se ruait sur elle et, en quelques secondes, le salon avait disparu sous un chaos de feu et de fumée. Bobby se leva soudain du fauteuil et courut vers l’escalier tandis que Peter et Cate se battaient.
— Bobby ! l’interpellai-je.
— Les pieux ! Peter en a besoin ! cria-t-il en gravissant les marches deux à deux.
Je me précipitai derrière lui, mais hésitai une fois en bas de l’escalier lorsque Cate projeta Peter contre un mur qui s’écroula. J’étais partagée entre l’envie de rester aider Peter à affronter Cate, au cas où il en aurait besoin, et celle de foncer vers l’étage pour ramener Bobby au rez-de-chaussée.
De toute évidence, Cate était folle, et j’ignorais ce dont elle était capable, mais Peter avait participé à assez de guerres pour pouvoir se débrouiller sans pieu. L’incendie se propageait de façon alarmante, et, même si j’avais très envie qu’il élimine Cate, ma priorité absolue pour le moment consistait à m’assurer que Bobby, Peter et moi nous tirions de là en vie.
Alors que le feu crépitait à travers les cloisons et que retentissaient les bruits de lutte, je fonçai dans la chambre où séjournait Bobby. La fumée envahissait déjà l’étage, et je me demandai combien de temps ses poumons humains pourraient le supporter.
— Bobby ! m’écriai-je, et je l’aperçus accroupi au sol, occupé à sortir des pieux de son sac. Bobby, il faut qu’on parte.
Après une grosse quinte de toux, il acquiesça.
— Je suis prêt.
Je l’attrapai par le bras et le levai, m’apprêtant à le traîner par la porte si nécessaire. Je sentais le parquet chauffer sous mes pieds nus, comme du bitume un jour de canicule. La peinture sur les murs s’était mise à former des bulles et à peler, et la maison elle-même semblait grincer et craquer.
On venait de franchir le seuil quand les planchers cédèrent, se cassant net dans un bruit sec, et je tentai de me jeter en avant, mais tout allait trop vite. On s’écroula à travers le plancher pour atterrir au cœur de l’incendie qui se déchaînait en bas.
Bobby perdit connaissance dans la chute. Je me tins debout à côté de lui, me préparant à le balancer sur mon épaule pour fuir cet enfer, quand j’entendis un craquement violent, plus fort que lorsque le sol s’était dérobé.
Avant que je puisse réagir, un éclair de douleur me transperça tandis qu’une poutre en feu tombait pile sur mon dos. Elle me renversa, et je m’écroulai sur Bobby. Je me servis de mon propre corps pour le protéger du mieux possible alors qu’une chaleur atroce m’envahissait. L’odeur de ma chair et de mes cheveux qui brûlaient m’emplit les narines.
Employant toute ma force, je me mis à quatre pattes et réussis à repousser la poutre. Je soulevai Bobby et entrepris de me frayer un chemin à travers les flammes et la fumée.
— Alice ! Alice !
Peter criait, et je courus vers le son de sa voix. Je ne le distinguais pas car mes yeux pleuraient trop : seule l’ouïe me guidait. Puis, alors qu’il se faisait plus nerveux et que je le percevais plus proche, je sentis sa main sur la mienne, qui me conduisit vers l’extérieur.
L’air frais de la nuit provoqua une douleur cuisante sur mes brûlures. Je posai Bobby sur l’herbe. Il toussa à plusieurs reprises, puis je m’écroulai près de lui, même si toucher quoi que ce soit générait une immense souffrance.
— Alice, ça va ? s’enquit Peter.
— Occupe-toi de Bobby, marmonnai-je en le regardant, étendu à côté de moi, ses vêtements tachés de sang et de suie. Il saigne. Tu dois le sauver.
— Alice, il s’agit de ton sang. Bobby va se remettre.
Je l’observai à travers mes yeux larmoyants et lus l’horreur la plus totale sur ses traits. Ma douleur était insoutenable, mais ce fut seulement lorsque je levai le bras que je me rendis compte de la gravité de mes blessures. La main devant moi, je constatai que toute ma peau avait disparu, révélant des muscles et des os brûlés et ensanglantés.
— Oh, merde, soufflai-je. Vais-je me remettre de ça ?
— Alice, dit Peter qui s’efforçait de dissimuler son anxiété sous un ton calme. Il faut que tu t’alimentes.
Je secouai la tête, ce qui déclencha une nouvelle vague de douleur dans tout mon corps. La moindre de mes terminaisons nerveuses paraissait en feu, roussie et au supplice. Un cri m’échappa ; la sécheresse horrifiée de ma propre voix me terrifia.
— Bobby est blessé. Je ne peux pas… Je ne peux pas, sanglotai-je, et même le fait de pleurer me faisait souffrir.
— Alice, bois, insista Peter, et j’étais sur le point d’argumenter quand je sentis le sang.
Je percevais son odeur par-dessus celle du feu, et, quelque part au fond de moi, j’en avais une folle envie. Lorsque les premières gouttes fraîches et humides touchèrent mes lèvres, je saisis le poignet, le plaquai contre ma bouche et y enfonçai les dents.
C’était l’un des plus délicieux nectars que j’avais goûtés, comme une saveur de vin et de chocolat, mais plus doux et plus exquis. Dans ma gorge, la sensation était merveilleuse et toute ma chair brûlée cicatrisait sur son passage.
Dès que ma douleur diminua et tandis que le plaisir de se nourrir prenait le pas et occultait tout le reste, je m’aperçus que je ne buvais pas sur Bobby, mais sur Peter.
Lorsque l’on consommait le sang d’une personne, cela donnait accès à tous ses sentiments. Je distinguais toute sa souffrance et son anxiété, toute sa culpabilité torturée au sujet d’Élise, qui dissimulait bien davantage. Sous toute cette peine, tout n’était qu’amour. Un amour infini…
Pour Ezra, pour Jack, et même pour Bobby. Pour la première fois, je sentais vraiment à quel point il m’aimait, et cette puissance me submergeait. Cet amour était absolument indéniable.
Son goût différait de Jack, et je ne percevais pas ses sentiments de la même façon. Ceux de Jack m’apparaissaient constants et irrépressibles, comme une avalanche qui m’emportait. Ceux de Peter étaient… brûlants et fougueux, comme une explosion avant qu’elle détruise tout ce qui l’entoure.
Soudain, il ne restait qu’une incroyable solitude. J’avais déjà bu sur des beethoers, et n’en avais jamais connu une qui en souffrait autant que Peter. Il s’était créé un monde d’isolement dans sa tentative de se préserver de la douleur de son amour perdu, mais cela n’avait fait qu’amplifier sa souffrance.
— C’est suffisant, indiqua-t-il en retirant son bras. Ce devrait être assez pour te guérir.
Son sang m’avait enivrée. J’étais désormais faible et somnolente, et sentais déjà les picotements qui se propageaient sur ma peau alors que mon corps cicatrisait à toute vitesse.
— Peter, murmurai-je alors que je perdais peu à peu connaissance. Cesse de lutter. Tu dois laisser les gens t’aimer. Tu peux m’autoriser à t’aimer.
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