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Chapitre 15
En temps normal, notre salon nous paraissait plutôt spacieux, mais les traces du mariage de Bobby et Milo de samedi étaient omniprésentes. Les cadeaux, les décorations envahissaient la pièce, sans compter que Mae et Ezra nous tenaient désormais compagnie, même si ce dernier point ne me dérangeait pas du tout.
Leif n’aimait pas s’attarder trop en ville, alors ma mère et lui étaient partis en Russie afin qu’il lui montre des lieux qu’il avait déjà visités. Peter s’était éclipsé tôt le matin, sans prendre la peine de nous indiquer sa destination. Il s’était contenté de laisser un mot à Ezra précisant qu’il devait se rendre ailleurs.
Jack et Ezra étaient assis sur le canapé, Matilda étendue de tout son long entre eux. Ils regardaient un documentaire sur la nature tandis que Bobby, Milo, Mae et moi passions en revue toutes leurs affaires afin de décider ce dont se débarrasser et quoi garder.
— Comme je suis chef cuisinier, les gens présument que je mange et reçois en permanence, et mes collègues m’ont offert une quantité astronomique d’ustensiles de cuisine, expliqua Milo en posant sur la table un ensemble de couteaux à steaks sur la pile grossissante d’équipements du même genre qu’il comptait donner.
En réalité, mon frère adorait recevoir et préparer des repas, depuis toujours, d’où la naissance de sa vocation. Malheureusement, la plupart de ses amis et membres de sa famille ne mangeaient pas, à part Bobby, donc il n’avait personne pour qui mitonner de bons petits plats, et on utilisait rarement notre minuscule cuisine.
Des années auparavant, quand Milo s’était inscrit à l’école hôtelière, Jack lui avait demandé pourquoi il souhaitait travailler dans ce domaine alors qu’il était incapable d’avaler ou de goûter de la nourriture. En effet, cette dernière nous répugnait et nous rendait malades.
Milo argumentait que, malgré sa surdité, Beethoven avait produit de magnifiques œuvres musicales. Sa condition de vampire ne l’empêchait pas de comprendre les associations de saveurs, au point que son talent suscitait l’envie des autres chefs, et il retirait une grande satisfaction à créer une belle assiette qui ferait plaisir à d’autres.
La lumière du soleil couchant se réfractait à travers le cristal d’un bol à punch que Mae tenait, sous la forme d’arc-en-ciels qui dansaient dans la pièce.
— Eh bien, c’est un joli présent, et c’est l’intention qui compte, bien entendu.
— Nous n’avons même pas invité tant de monde que ça, souligna Bobby, qui observait la scène, les mains sur les hanches. Comment a-t-on pu recevoir autant de cadeaux ?
— Les gens se sont toujours pris d’affection pour Milo, et maintenant il respire le charme vampirique, expliquai-je, plaisantant à moitié.
— C’est l’un des principaux avantages qui m’ont poussé au mariage. (Milo leva la main et tapota l’anneau en platine à son doigt.) Je ne peux que montrer la bague pour faire fuir les serveurs qui flirtent de manière trop insistante avec moi.
— C’est ça qui a fait pencher la balance ? s’étonna Bobby en haussant les sourcils. Tu n’avais aucune autre bonne raison de te marier ?
Milo lui entoura la taille de ses bras et l’attira vers lui.
— Je blague. Marié ou non, je savais déjà que je resterais avec toi jusqu’à la fin de tes jours.
À ce choix de mots délibéré, Bobby lui adressa un sourire peiné.
— C’est mieux ainsi. Mais cela ne change en rien tout l’amour que j’éprouve pour toi.
— Je le sais. (Milo se pencha et lui déposa un doux baiser sur les lèvres.) Je suis tout de même heureux de t’avoir épousé, monsieur Swanson.
— Et moi de même, monsieur Swanson, répliqua Bobby avec un sourire.
Milo avait renoncé à son nom d’adoption, Townsend, préférant opter pour celui de Bobby afin de conserver quelque chose de lui plus longtemps qu’une vie.
Comme notre mère avait épousé notre père et pris le nom qu’il avait reçu, Bouchard, j’étais désormais la seule Bonham de la famille. Je coulai un regard vers Jack, qui débattait avec Ezra d’un type d’orques, et me demandai si j’arriverais à le convaincre d’échanger « Townsend » pour « Bonham » par amour pour moi.
— Ça vous ennuierait si je récupérais ce bol en cristal ? demanda Mae quand Milo et Bobby rompirent leur étreinte. Seulement si vous n’en voulez pas.
— Non, pas de souci, déclara Milo en le désignant d’un geste. Si tu vas t’en servir, prends-le, avec plaisir.
Elle afficha son sourire habituel, celui qui ne semblait plus jamais se propager à ses yeux, même si en présence de Milo elle paraissait plus heureuse. Le mariage avait sans conteste amélioré son humeur.
— Quand allez-vous rentrer à Londres ? demanda Bobby, qui se mit à plier avec soin un lot de serviettes en satin offertes par notre patronne, Ettie.
— Demain, je pense. Nous avons encore tant à faire au manoir. (Elle plaça la main sur son menton et laissa échapper un soupir.) On a peut-être eu les yeux plus gros que le ventre, pour ainsi dire. (Elle regarda Ezra.) Mais cela nous fait du bien, je crois. Nous avons tous les deux besoin de nous tenir occupés.
Elle arborait une expression presque satisfaite, comme si Ezra et elle avaient enfin trouvé une sorte de paix mutuelle. Ensuite, elle cligna des paupières et se retourna vers Bobby.
— Et vous deux ? Quand allez-vous partir en lune de miel ?
— Mercredi, répondit-il avec un regard vers Milo. Cela s’apparente davantage à un week-end prolongé qu’à une véritable lune de miel.
Milo fronça les sourcils.
— Nous avons déjà abordé le sujet. Mon chef a reçu un tuyau : un inspecteur est censé nous rendre visite bientôt, et nous allons peut-être obtenir une étoile au guide Michelin. C’est une étape excitante, à laquelle je souhaite assister.
— Je sais, je sais, affirma Bobby. Nous ferons un autre voyage plus tard.
Mon téléphone vibra dans ma poche. Lorsque je le sortis, le nom d’Olivia Smith s’affichait sur l’écran éclairé. Je venais de la voir à la cérémonie, mais, avant cela, des mois s’étaient écoulés sans que je lui parle. Elle n’était pas du genre à appeler pour bavarder.
— Je dois répondre, m’excusai-je avant de m’éloigner des chamailleries des jeunes mariés.
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