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Amanda Hocking · Chapitre 51 sur 63

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Chapitre 51

 

Après vingt-quatre heures supplémentaires de confinement, qui passèrent relativement vite grâce à tout le temps consacré à Jack dans notre lit, on avait tous un peu l’impression de devenir fous, et je me demandais quelle serait leur réaction en apprenant que j’allais m’aventurer hors du cocon de notre immeuble le soir même.

Je sortis de la chambre après avoir reçu un appel. Tout le monde vaquait à des activités banales. Matilda faisait la sieste dans un coin, Milo faisait du ménage, Ezra se prélassait avec un livre dans un fauteuil, Jack était assis sur le canapé avec son ordinateur portable, tandis que Bobby et Peter se défiaient au poker.

— La nourriture te manque-t-elle parfois ?

Bobby questionnait Peter alors qu’il engloutissait une grosse bouchée de lasagnes aux légumes que Milo lui avait cuisinées. Ils étaient tous les deux installés à la table de la salle à manger, et jouaient avec de vieux jetons de poker. En même temps, Bobby dînait et buvait un soda sans sucre.

— Les aliments humains ont une saveur immonde, répliqua Peter sans relever la tête de son jeu.

— Je sais. Mais, quand tu étais mortel, tu avais forcément des plats préférés, et j’ai bien conscience que le sang est fabuleux, et cætera, mais est-ce qu’il t’arrive de regretter le goût de la nourriture d’avant ? précisa Bobby.

— Pour moi, c’est le soda au citron et les nachos, intervint Jack depuis le canapé, les yeux toujours rivés sur son écran.

— Ma mère préparait des tartes à tomber, dit Peter, songeur un instant, avant de chasser cette pensée. Mais le sang surpasse tout, donc non, la nourriture ne me manque pas vraiment.

Je me raclai la gorge, puisque personne ne semblait remarquer ma présence au beau milieu de la pièce, et annonçai :

— Abner vient de m’appeler. Je dois me rendre à l’Agence.

— Super ! s’exclama Jack en refermant le capot de son ordinateur.

— « Super » ? m’étonnai-je alors qu’il se levait. Ce n’est pas la réaction à laquelle je m’attendais.

— Il faut que je passe à la librairie, expliqua-t-il. Jeroen rencontre un problème avec le système, et je dois aller le redémarrer. Ça devrait prendre trente minutes tout au plus, et ensuite je rentre à la maison.

Je secouai la tête.

— Tu ne peux pas faire un saut là-bas.

— Si l’Agence estime que tu peux traverser la ville en voiture pour les rejoindre, alors cela ne pose pas de problème que je passe à la boutique, répliqua-t-il.

— Je pense que c’est différent.

Il haussa les épaules.

— Si l’Agence te demande de sortir, c’est qu’ils ne sont pas si inquiets que ça. Et je serai près de l’appartement, je ferai juste l’aller-retour. Si je ne parviens pas à redémarrer le système, on pourrait perdre des milliers de dollars et énerver de nombreux clients.

— J’ai de l’entraînement, argumentai-je.

— Et tu es une cible, pas moi, raisonna-t-il. Si les conditions de sécurité sont suffisantes pour que tu sortes, cela vaut aussi pour moi. Alors… c’est assez sûr de ton côté ?

— Ezra. (Je me tournai vers lui.) Aide-moi.

— Je crois qu’aucun de vous deux ne devrait bouger, indiqua Ezra en nous observant par-dessus son livre.

Je pivotai de nouveau vers Jack.

— Je dois y aller. C’est mon travail, et il faut que j’assure notre protection.

— Oui, et c’est également pour mon boulot, celui qui nous maintient fiscalement à flot, que je dois sortir, dit-il sur un ton catégorique qui me fit comprendre qu’il serait inutile de discuter.

D’ailleurs, il n’avait pas tort.

— D’accord, cédai-je. Emporte un pieu et sois prudent.

— Je le suis toujours. (Il m’embrassa rapidement, puis fila mettre ses chaussures et attraper ses clés avant que je puisse changer d’avis.) Je t’aime, et on se rejoint tout à l’heure à la maison.

— As-tu envie que je t’accompagne ? me proposa Bobby après le départ de Jack.

— Non, ça ne rime à rien qu’on soit tous dehors. Je ne tarderai pas.

Je montai dans l’ascenseur et me rendis dans le garage en sous-sol. L’endroit était peu éclairé, car beaucoup des faibles ampoules bleues étaient grillées, mais je parvenais tout de même à bien voir.

Le garage était plein, et nos véhicules se dissimulaient à l’autre bout. Je grommelai entre mes dents lorsque j’aperçus la DeLorean de Jack stationnée à côté de ma Mercedes.

Si je ne lui avais pas explicitement demandé de prendre sa voiture, j’avais espéré qu’il le ferait. Mais il était plus aisé de se déplacer en ville à pied, alors, en temps normal, il se rendait au travail en marchant.

Je venais de déverrouiller les portières quand des bruits de pas résonnèrent derrière moi. D’instinct, je me raidis, et même si je ne me l’expliquai pas au départ, je compris vite pourquoi : les battements cardiaques étaient bien trop lents et trop calmes pour appartenir à un humain.

L’inconnu surgit dans mon dos.

Je me tournai et vis Cate Brennan, les bras croisés sur la poitrine. Ses yeux sombres exprimaient autant la fureur et la folie que lors de notre dernière rencontre en Irlande.

— Quel plaisir de te retrouver, Alice, affirma-t-elle avec un large sourire qui dévoila ses canines tranchantes.

 

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