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Amanda Hocking · Chapitre 34 sur 63

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Chapitre 34

 

 

On se faufila en silence à l’intérieur de la première pièce, la petite cuisine, et je laissai Jack passer devant, même si je savais qu’en cas d’affrontement j’en serais la principale actrice. Un mur nous séparait de la pièce à vivre, avec une ouverture au fond à gauche. Je perçus des battements de cœur et un bruit de métal contre du métal.

— Oups, lâcha Bobby depuis l’autre côté, et je vis Jack se détendre.

— Je n’arrive pas à comprendre comment on a pu rapporter autant de trucs. On est partis à peine quatre jours, grommela Milo.

Jack et moi nous étions rapprochés de l’embrasure, de façon à pouvoir jeter un coup d’œil sans qu’ils nous remarquent. Plusieurs valises étaient déployées au sol. Milo, qui nous tournait le dos, était accroupi au-dessus de l’une d’elles, tandis que Bobby se tenait au milieu de la pièce, une grosse boîte métallique de gâteaux secs à la main.

— J’ai fait des réserves de goûters, car on est toujours à court, se défendit Bobby. Parfois, c’est difficile d’être le seul mortel de la maison.

Milo leva le regard vers lui.

— Très bien. Vide ta boîte géante de biscuits et de macarons. Mais je ne veux pas t’entendre te plaindre que tu dois aller plus souvent à la salle de sport.

— C’est vrai que j’ai besoin de m’y rendre, dit Bobby, la bouche pleine de cookies aux couleurs pastel. Je n’y ai pas mis les pieds depuis avant le mariage.

Il faisait tomber des miettes, que Matilda à ses pieds s’empressait de lécher en remuant la queue.

Jack entra d’un pas nonchalant et déclara :

— Je présume que vos bagages sont si remplis à cause du nombre de cadeaux que vous m’avez rapportés de Paris.

— Oh, je t’ai acheté quelque chose, en fait ! s’exclama Bobby avec enthousiasme.

Il posa la boîte et fouilla dans un sac dont il extirpa une minuscule tour Eiffel. Avant de la tendre à Jack, il ouvrit le bout, révélant qu’il s’agissait d’un briquet.

— Salut ! s’écria Milo par-dessus les valises.

— Je suis tellement contente que vous soyez rentrés, lui assurai-je en le serrant dans mes bras.

Cela paraissait idiot, car il s’était absenté quelques jours seulement, et nous étions tous les deux adultes. Même si cela me plaisait de passer du temps en tête-à-tête avec Jack, en vérité, je ne me sentais pas complètement chez moi sans mon frère.

Quand j’eus fini de l’étreindre, je lui demandai comment s’était déroulé leur voyage.

— C’était génial, et il faudra qu’on y aille ensemble quand on aura davantage de temps. Bobby a réalisé des milliers de dessins fabuleux sur place. (Il se retourna pour l’interpeller.) Bébé, si tu leur montrais ton carnet de croquis ?

— Oui, avec plaisir.

Bobby sortit de son sac son carnet Moleskine grand format et le posa sur la table à manger. Il le feuilleta jusqu’à ce qu’il trouve les pages consacrées à Paris, puis recula pour que je les contemple avec Jack.

À l’époque où Bobby s’était mis à fréquenter mon frère, il était étudiant en arts, et, à dire vrai, il avait du talent. Il privilégiait plus particulièrement les pastels à l’huile et ses dessins impressionnistes aux couleurs vives captivaient. Nous avions déjà fait encadrer et accroché certaines de ses pièces dans l’appartement.

Une des esquisses représentait Milo debout devant la Seine, avec un ciel et une eau dans des tons de bleu et de violet éclatants, tandis que les étoiles et les éclairages de la rue brillaient d’oranges et de rouges lumineux. Milo paraissait plus heureux que jamais sur ce portrait. Bobby avait réussi à capter son sourire timide et l’étincelle qui animait son regard sombre.

— Celle-ci est vraiment magnifique, le complimentai-je en tapotant la page.

Il haussa les épaules alors qu’il mangeait un autre macaron.

— C’est plus sympa que de prendre des photos.

Milo jeta un coup d’œil par-dessus mon épaule.

— C’est ma préférée également.

— Alors, comment ça s’est passé ici ? demanda Bobby, que je soupçonnai d’essayer de détourner le sujet des éloges qu’il recevait. Des scoops à nous révéler ?

J’échangeai un regard avec Jack, puis répondis sur un ton aussi détaché que possible :

— Non. Pas vraiment.

— Et le boulot ? As-tu eu des appels ?

Bobby s’appuya sur une chaise à côté de moi afin de guetter ma réaction.

Je répugnais à lui mentir, car nous formions une équipe et il faudrait qu’il apprenne ce qui s’était produit la veille au soir avec Iris Emmanuel. Mais, en toute franchise, je n’avais pas envie d’aborder le sujet tout de suite, alors qu’ils venaient de revenir à la maison. Je savais aussi que je finirais par lui confier ma théorie sur le fait qu’Élise me hantait, mais j’avais l’impression que c’était trop à gérer, surtout après la voyance dont Jack venait de bénéficier.

— Je vous propose de défaire vos bagages et de vous mettre à l’aise, et nous en discuterons plus tard, d’accord ? suggérai-je.

Il grimaça.

— Terrible à ce point ?

— Non, pas à ce point, répliquai-je. Il s’avère que nous avions un membre de la famille des Basarabi qui traînait dans le coin, ajoutai-je, comme je devais lui donner du grain à moudre pour qu’il ne me harcèle pas.

— « Avions » ? releva-t-il, les sourcils levés.

— Oui, à l’imparfait, confirmai-je.

Il ouvrit la bouche, sans nul doute pour réclamer davantage de détails, mais un coup à la porte l’interrompit. Il regarda vers le mur et l’entrée cachée de l’autre côté dans la cuisine.

— C’est chez nous qu’on toque ? s’enquit-il.

— Vous attendez du monde ? demanda Jack à la ronde.

Bobby secoua la tête.

— Un dimanche à 20 heures, la plupart des gens que je connais ne sont pas encore sortis.

— Je vais ouvrir, se lança Milo.

Il disparut vers l’entrée et je tendis l’oreille, anticipant une personne qui avouerait s’être trompée d’adresse ou peut-être Abner venu m’exposer un nouveau problème à résoudre. Mais j’entendis juste Milo inviter quelqu’un à entrer à voix basse.

Il revint, l’air plutôt nerveux, et nous annonça que Peter était là.

Bobby poussa un cri de surprise.

— Peter ?

Puis je l’aperçus, derrière Milo. Sa tenue était beaucoup plus décontractée qu’en temps normal. Il portait un jean slim et un sweat basique, et ses cheveux bruns étaient décoiffés, ce qui ne lui ressemblait pas. Un sourire contrarié jouait sur ses lèvres, et ses yeux émeraude étaient maussades, comme d’habitude.

— Qu’est-ce qui ne va pas ? Il s’est passé quelque chose ? demandai-je, déjà paniquée par sa présence inattendue dans mon appartement.

— Pas tout à fait, rétorqua-t-il avec une pointe d’agacement. J’étais non loin à Berlin quand j’ai reçu un coup de fil d’une vieille amie avec laquelle j’ai eu une conversation très intéressante. (Il posa un regard accusateur sur moi.) Elle se fait appeler Cate, maintenant.

 

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