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Amanda Hocking · Chapitre 17 sur 63

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Chapitre 17

 

Je me rappelais l’histoire du premier amour de Peter, Élise. En réalité, son nom m’avait procuré beaucoup de souffrance au départ, lorsque je me sentais liée à Peter, mais qu’il me repoussait sans cesse à cause de la douleur qu’il avait éprouvée en la perdant.

On parlait peu d’elle, en partie par respect pour Peter, mais aussi parce que seul Ezra l’avait rencontrée. Si j’avais bien compris, Élise était morte bien avant la naissance de Mae et de Jack.

Désormais, je me rendais compte que j’en savais très peu à son sujet. J’ignorais même que Peter et elle avaient été mariés jusqu’à ce qu’Ezra la désigne comme la femme de Peter, bien que ce soit logique. Tout le monde l’appelait « l’amour de Peter », sa « promise » ou son « âme sœur ».

— Que t’a raconté Olivia à son propos ? m’interrogea Ezra.

Je lui donnai tous les détails de la conversation, même s’ils étaient finalement peu nombreux, pourtant il s’assit sur le lit, l’air abasourdi.

— Je ne sais pas si Peter a revu Catherine depuis la dernière fois que je suis tombé sur elle, expliqua-t-il avant de pousser un long soupir. Ça remonte à… cent cinquante ans, voire plus ?

— Un sacré bout de temps.

Ezra regarda au loin, perdu dans ses souvenirs.

— C’était après la mort d’Élise. Nous étions revenus sur sa tombe, comme nous n’avions pas été avec elle à ce moment-là.

— Où vous trouviez-vous, Peter et toi ?

— Aux États-Unis. On essayait de démarrer une nouvelle vie, mais Élise était restée en Irlande au début. Elle n’avait jamais quitté sa région. Elle aurait aimé rester, mais les habitants allaient bientôt s’apercevoir qu’elle ne vieillissait pas et jaser. Nous avions tous les trois établi un plan, et, quand tout serait prêt en Amérique, elle devait nous retrouver là-bas.

» Mais, ensuite, Catherine a informé Peter qu’Élise avait été tuée. (Il s’interrompit un moment.) Pour tout dire, je pense qu’il le savait déjà. Pendant un mois entier, avant de recevoir la lettre, il avait été malade, à vomir et à se réveiller avec des sueurs froides. Physiquement, c’était horrible. Il s’agissait du lien du sang qui se rompait.

— Il l’a senti ? Malgré l’océan qui les séparait ? m’étonnai-je, sidérée.

— Cela s’étend bien au-delà de l’espace et du temps, m’indiqua Ezra d’une voix à la fois mystique et lointaine, les yeux dans le vide. Peter l’a déterrée.

— Quoi ? demandai-je, perplexe.

Il s’humecta les lèvres.

— Quand on est allés en Irlande. Il n’arrivait pas à croire qu’elle était morte. Il fallait qu’il la voie. Alors il l’a exhumée, et elle n’avait subi aucune décomposition. Elle était restée aussi jolie que le jour de sa mort.

— Comment Catherine a-t-elle réagi ?

— Elle était presque aussi anéantie que Peter, je dirais. Mais, parfois, on avait du mal à déchiffrer ses émotions, précisa Ezra. Peter avait essayé de jouer les entremetteurs entre elle et moi, mais elle n’était pas vraiment mon type.

— Quel genre de fille était-elle ?

— Tu es déjà allée dans un bar humain où des filles bruyantes, qui souvent fêtent un quelconque rite de passage, descendent des shots de tequila avec des cris hystériques à chaque verre ? Eh bien, voilà le genre de fille que Catherine était.

La précision de son exemple m’arracha un rire.

— Alors tu ne tenais pas à elle ?

— Si, je l’appréciais. Mais elle ne me correspondait pas sur le plan amoureux.

— Est-ce que Peter et elle se sont brouillés ? insistai-je. Dois-je m’inquiéter d’elle ?

— Je ne sais pas, avoua Ezra. D’après moi, Peter et elle étaient en bons termes la dernière fois qu’ils se sont parlé. Je ne vois aucune raison qui la pousserait à réagir comme Olivia l’a décrit… Ce qui me laisse croire qu’il y a plus que cela.

— Tu penses que je devrais contacter Peter ? m’enquis-je après un instant d’hésitation.

Il expira longuement.

— Non, décréta-t-il enfin. Peter a tendance à agir sur un mode affectif et de façon radicale, surtout quand cela concerne son amour, et je ne veux pas qu’il commette un acte irréfléchi.

— C’est un euphémisme, marmonnai-je.

Ezra émit un petit rire avant de reporter son regard sur moi.

— Vas-tu la rechercher ?

— Tu penses que je devrais ?

— Aucune idée, admit-il avec sincérité. Mais Olivia ne t’a pas appelée pour rien, ajouta-t-il.

— Je sais.

Il m’étudia un long moment de ses yeux foncés.

— Je connais Olivia depuis un bail, et j’ai appris à me fier à son jugement.

— C’est bien ce que je craignais.

À ce moment précis, Jack apparut dans l’encadrement.

— Tu crains quoi ?

— Je pense que je dois me rendre à Prague, déclarai-je, car tourner autour du pot n’arrangerait rien.

Bobby passa la tête dans la chambre et nous dévisagea tour à tour.

— Pourquoi traînez-vous ici tous les trois ? C’est une sorte de fête ?

— Alice va à Prague, répondit Jack.

Bobby prit cela comme une invitation et entra.

— Oh, c’est pour une mission ?

— En quelque sorte.

Ensuite, j’expliquai tout ce qu’Olivia m’avait appris, et Ezra ajouta son avis chaque fois que nécessaire.

— Ça a tout l’air d’une mission, je trouve, déclara Bobby après mon récit. Je devrais t’accompagner.

Je secouai la tête.

— Tu pars en voyage de noces.

— Pas avant mercredi, insista-t-il. Et nous allons juste à Paris. Je peux prendre un vol depuis Prague et rejoindre Milo là-bas si besoin.

— Ça ne paraît pas très romantique, lui fis-je remarquer, mais il chassa mon objection d’un geste.

— Je vais aller lui en parler, annonça-t-il, puis il se retourna et se rendit dans le salon à petites foulées pour obtenir l’accord de son mari.

Jack resta devant moi, les bras croisés.

— Tu crois vraiment que c’est nécessaire ?

Ezra se leva.

— Je vous laisse régler cela entre vous.

Lorsqu’il quitta la pièce, il referma la porte derrière lui.

— Je ne sais pas, reconnus-je. Olivia estime que je devrais y aller. Et Ezra aussi, apparemment. Donc je suppose que je devrais.

— Eh bien, si tout le monde pense ça, qui suis-je pour me mettre en travers de ton chemin ? répliqua Jack.

Il ne paraissait pas fâché, mais, de toute évidence, ne se réjouissait pas non plus.

— Qu’est-ce qui te dérange ? demandai-je avec franchise.

— J’étais persuadé que nous avions fini de chercher Peter en vain. Il mène sa propre vie dorénavant, il fait ce qu’il veut, et nous avons la nôtre ici, dit-il en désignant la chambre d’un geste pour appuyer sa remarque.

Je comprenais ses réserves. Même si Peter et lui s’étaient réconciliés et semblaient heureux de passer de nouveau du temps ensemble, cela ne signifiait pas pour autant que Jack souhaitait que je me blesse pour Peter. Enfin, il ne désirait jamais que je sois blessée tout court, mais le fait de partir pour une mission potentiellement dangereuse à cause de son frère devait faire ressurgir une foule de mauvais souvenirs chez lui.

— Je ne me lance pas en quête de Peter, le raisonnai-je. Il ne sera même pas là-bas, et il ignore ce que je projette. C’est différent. C’est plutôt un boulot. Je dois juste m’assurer que tout va bien et que personne ne craint rien.

— OK, concéda Jack. Mais sois prudente.

— Je le suis toujours, dis-je en me levant.

Il m’attrapa au passage et m’attira dans ses bras.

— Si seulement j’arrivais à y croire.

— Tu devrais. (Je l’embrassai et me blottis contre lui.) Est-ce que tu as parlé à Ezra d’hier, de ce qui s’est passé chez la voyante ?

— Pas encore.

— Hier soir, je pense t’avoir entendu dire que tu allais le faire.

Il pencha la tête en arrière, mais garda les bras autour de moi.

— C’est vrai. L’instant semble mal choisi. On partage de bons moments tous ensemble, et je n’ai pas envie de les démoraliser. Ce n’est sûrement rien du tout. Comme je te l’ai expliqué, elle ne sait probablement pas ce qu’elle raconte.

— Ezra est encore là pour un jour. S’il te plaît, parle-lui pendant mon absence.

— D’accord, je le ferai, me promit-il avec un sourire. Pour toi.

Je l’embrassai de nouveau, avec plus de fougue cette fois.

— Merci.

— Bonne nouvelle ! s’exclama Bobby en ouvrant notre porte à la volée. Milo est d’accord pour que je parte à Prague !

— Super ! (Jack s’éloigna de moi, un large sourire aux lèvres.) Et pendant que vous serez sur place, à faire votre enquête vampire ou autre, tâchez de trouver du temps pour vous arrêter dans l’une des belles boutiques de la ville et me dénicher un truc sympa. Il ne reste que quatre jours ouvrés avant mon anniversaire.

— Je ne serai même pas là le jour J, lui rappela Bobby une fois encore.

Depuis qu’ils avaient choisi la date de leur mariage, Jack les taquinait parce qu’elle était très proche de son anniversaire.

— Donc, je devrais avoir deux fois plus de cadeaux de ta part, estima Jack. Un de Prague, un de Paris. Tu devrais peut-être faire le tour de l’Europe en voiture et me rapporter un présent de chaque pays.

 

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