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Amanda Hocking · Chapitre 44 sur 63

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Chapitre 44

 

En cette soirée de semaine, après minuit, les rues étaient relativement calmes. Matilda marchait devant nous et remuait la queue lentement. Jack avait enroulé sa laisse autour de son poignet, et mon bras était sous dans le sien tandis que nous nous baladions en ville.

D’habitude, Jack préférait sortir la chienne plus tôt dans la soirée, lorsqu’elle avait plus d’énergie, et le ciel souvent couvert d’Amsterdam avait tendance à lui faciliter la tâche. Mais, comme il avait fait beau et que Jack et moi étions restés éveillés jusque tard dans la journée, il avait repoussé la promenade.

Comme Matilda souffrait d’arthrite à la patte arrière, elle ne gambadait pas longtemps, et Jack demeurait le plus souvent à proximité immédiate de l’appartement. Mais, ce soir-là, l’air chaud semblait convenir à l’animal, alors on avait décidé de s’aventurer au-delà de notre périmètre ordinaire.

— Tu sais d’où ça vient ? me demanda Jack alors qu’on tournait dans une nouvelle rue, nous éloignant de la rivière et de notre itinéraire habituel.

— De quoi parles-tu ?

— Mattie est contente que tu sois rentrée. Du coup, elle prolonge la balade autant que possible afin de passer plus de temps avec toi.

— Tu crois ? m’enquis-je avec un rire. J’ai passé beaucoup de temps avec elle à la maison.

— Je sais. (Il se pencha vers moi et me déposa un baiser sur la tempe.) Merci d’être venue te promener avec nous ce soir.

— Merci de m’avoir accordé ta permission, plaisantai-je.

Il éclata d’un rire chaleureux, ce qui déclencha de délicieux frissons dans tout mon corps.

Lorsqu’il était heureux, Jack possédait sans conteste le meilleur rire du monde. Il était si limpide, exubérant et parfait qu’il ne manquait jamais de me toucher. Je commençais à songer qu’il serait agréable de rentrer, de nous installer dans le lit et de reprendre là où nous en étions restés le matin même.

— Alors, quel est le programme pour notre sortie en amoureux ? demandai-je, car Matilda ne paraissait pas prête à rebrousser déjà chemin.

— Ah, maintenant on quitte l’appartement ? s’étonna Jack. Parce que je croyais que le plan initial impliquait beaucoup de temps passé à l’intérieur, de préférence à l’horizontale. Quoique l’on pourrait essayer à la verticale. On ne l’a pas fait depuis un moment.

— Oui, c’est inclus dans le projet, mais on pourrait faire quelque chose avant. Pourquoi ne pas se faire beaux et aller en ville ?

— Que font les couples normaux ? Restau et spectacle ?

Il me répondait, mais s’était mis à jeter des regards par-dessus son épaule et avait raccourci la longueur de la laisse pour que la chienne marche plus près de nous.

Je scrutai les alentours, sans rien remarquer qui sortait de l’ordinaire.

— Tout va bien ?

— Oui, oui, éluda-t-il sur un ton peu convaincant. Je ne suis pas sûr d’avoir envie d’aller au cinéma. C’est sympa de quitter la maison, mais on y voit déjà beaucoup de films.

— Je suis ouverte à toute proposition, affirmai-je, puisque, de toute évidence, il n’accordait plus trop d’attention à cette conversation.

Il s’était crispé, et son sourire avait disparu. Son cœur battait même plus vite, et il avait accéléré le pas. Aucun de ces changements n’était visible pour les passants, car il avait toujours l’air plutôt décontracté, mais je les percevais. D’indolent, il était devenu pressé.

— Je pense qu’on a fait une assez longue promenade pour aujourd’hui. Et si on rentrait ? suggéra Jack qui s’efforçait d’adopter une voix naturelle, mais il avait ôté son bras du mien pour nous permettre de nous hâter.

— Jack, qu’y a-t-il ? murmurai-je.

— Rien. (Il coula un regard vers le côté.) J’ai une impression tenace. Comme… (Il baissa le ton, au point qu’un humain aurait été incapable de l’entendre.) On me suit.

— Qui ?

Je me mis à examiner les environs, mais il me saisit le bras pour m’en empêcher.

— Retournons à la maison.

J’avais envie de m’arrêter, ou au moins de ralentir pour chercher à en apprendre davantage, mais il me traînait. Il savait que j’allais vouloir me bagarrer avec quiconque nous poursuivait, et il refusait de courir ce risque.

Matilda était désormais incapable de progresser vite, et elle nous freinait, même si elle trottinait à côté de Jack. Dans sa panique, il paraissait à deux doigts de la soulever et de la porter jusque chez nous.

— Ça va, m’assura-t-il pour tenter de me calmer alors qu’on se hâtait sur le chemin du retour. Je suis paranoïaque, ces derniers temps.

— Comment ça, « ces derniers temps » ?

— J’ai juste eu la sensation…

Cette fois, je me figeai et ne le laissai pas m’entraîner. Il me lâcha le bras et se retourna vers moi. Matilda, qui haletait bruyamment, s’arrêta et dressa les oreilles lorsqu’elle regarda derrière moi.

— Qu’as-tu senti ? demandai-je.

— Je ne sais pas. (Il poussa un soupir irrité.) J’ai eu d’étranges impressions, comme si on m’observait parfois. Et je m’apprête à entendre des pas, mais il n’y a personne. C’est de la simple paranoïa. Ce n’est sûrement rien. Mais je me sentirais mieux si on rentrait en parler à la maison.

— Jack, si quelqu’un te traque, je veux savoir de qui il s’agit.

Il se frotta la tempe.

— Voilà pourquoi je te l’ai caché. Tu fais toujours tout un plat de ce genre d’événements alors que c’est inutile.

— Si tu as raison et que ce n’est rien, on se sentira tous les deux mieux d’en avoir le cœur net, insistai-je.

Je reculai d’un pas, et Matilda émit un grognement grave. D’un tempérament joyeux, elle faisait en général bon accueil aux inconnus, alors ce son était inhabituel chez elle.

Je fis volte-face pour voir ce qui provoquait cette réaction, mais la rue était déserte. Du moins, au premier abord. Ensuite, dans l’ombre, entre deux immeubles, je distinguai du mouvement. C’était si subtil et plongé dans l’obscurité que l’œil humain n’aurait rien discerné, mais j’eus soudain la certitude que nous n’étions pas seuls.

 

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