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Chapitre 29
Iris fondit sur moi, sûrement parce que j’étais celle qui lui parlait, mais elle commettait une erreur : de nous deux, Abner était le chasseur le plus expérimenté. Malgré toute sa fureur refoulée, je l’esquivai sans difficulté.
Abner saisit le pieu et le recourba vers l’arrière. Elle refusa de lâcher prise, j’entendis des bruits d’os qui se cassaient net, et elle poussa un grognement atroce.
— Nous ne sommes pas obligés d’en arriver là, lui annonça Abner d’une voix sereine tandis qu’il refermait le pieu rétractable d’Iris. Je te suggère de te calmer puis de te soigner, et ensuite nous pourrons t’expliquer ce que nous attendons de toi.
Elle se pencha en avant, tenant son poignet blessé ensanglanté, et, l’espace d’un instant, on aurait dit qu’elle allait accepter l’offre d’Abner. Mais, lorsqu’elle releva la tête, elle riait et ses yeux sombres brillaient d’une intensité meurtrière.
En un éclair, elle extirpa un autre pieu de ses cuissardes et leva sa main valide, bien décidée à le lancer sur Abner. Lassée de ses jeux, je m’emparai de son arme et, alors qu’elle la tenait encore, la retournai contre sa poitrine.
— Lâche ça, et on pourra discuter, la menaçai-je, la pointe acérée pressée juste au-dessus de son cœur.
Elle me cracha au visage.
— Je préférerais mourir plutôt que de me rendre à vous.
Ensuite, elle essaya de me mordre, et c’en fut trop. Je lui enfonçai le pieu en plein cœur et elle mourut la bouche ouverte, comme un serpent au beau milieu d’une attaque. J’accompagnai la chute de son corps et restai accroupie au-dessus d’elle, essuyant le sang sur mes mains.
— Merde, marmonnai-je, je ne comptais tuer personne ce soir.
— C’est toujours le cas pour nous tous, Alice, intervint Abner debout derrière moi. Mais on ne pouvait pas la raisonner, et elle s’apprêtait sans nul doute à faire du mal à de nombreux innocents.
— Mais elle est si jeune. Avec le temps, elle aurait pu apprendre…
Les mots moururent sur mes lèvres dès l’instant où j’aperçus sa bague. Large et plutôt massive, elle ressemblait à une chevalière universitaire masculine, et était inadaptée à ses doigts minces. Mais un autre élément attira mon attention.
Au premier abord, je crus qu’il s’agissait d’un fer à cheval recouvert de hachures. Mais le côté gauche de l’objet était plus fin que le droit, et ce dernier se terminait avec un bouton. Si j’examinais de plus près le bijou, je savais que je distinguerais les moindres détails de la tête, et les quatre petits pieds, ainsi que les ailes subtilement gravées sur le dos.
En réalité, le fer à cheval était un dragon. Le symbole de Dracul.
— Nom de Dieu, murmurai-je, et je dus refréner mon envie de vomir.
Je me levai à la hâte, trop vite, et me sentis déséquilibrée. Abner me saisit par le bras afin de me stabiliser et je l’entendis me demander si ça allait, mais sa voix me paraissait très lointaine.
Mes pensées me ramenaient dans le Minnesota, lorsque j’avais combattu Jonathan Evans, le vampire qui avait éliminé ma meilleure amie Jane. Elle était devenue prostituée, accro aux morsures de vampire, et lui avait fini par se montrer bien trop possessif envers elle. Quand elle avait tenté de décrocher, il l’avait assassinée.
Mais il avait aussi fait d’autres victimes. Il s’était mis à tuer de jeunes prostituées dans toute la ville et avait laissé leurs cadavres dans des lieux publics pour que des humains les découvrent. Toutes avaient été marquées de son sceau avant leur mort. Précisément à l’aide de la bague que portait Iris.
— Cet anneau ne lui appartient pas, grommelai-je, la bouche pâteuse, comme si ce n’était pas moi qui prononçais ces mots. Comment s’est-elle procuré la chevalière de Jonathan ?
— Quoi ? demanda Abner, et il plaça les mains sur mes épaules pour m’obliger à le regarder, à me concentrer et à formuler des phrases cohérentes. De quoi parlez-vous ?
— Ce bijou était à un vampire du nom de Jonathan Evans, mais je l’ai supprimé, expliquai-je. C’était il y a plus de cinq ans, et Olivia s’est débarrassée du corps. Comment ce bébé vampire a-t-il pu le récupérer ?
Abner me lâcha et s’accroupit près d’Iris. Il lui souleva la main et lui ôta la chevalière, puis l’inspecta un instant au clair de lune.
— Cet anneau ? (Je hochai la tête.) Je doute qu’il s’agisse de celui de ce Jonathan.
— Non, je le reconnais, j’en suis certaine, insistai-je.
En réalité, j’en avais cauchemardé pendant des semaines, visualisant la marque qu’il avait appliquée au fer rouge sur le corps de Jane.
— Je suis sûr qu’il possédait une bague exactement comme celle-ci, mais je ne pense pas que celle-ci en particulier vienne de lui. Il doit en exister des centaines, voire des milliers, expliqua Abner.
Je me figeai tandis qu’un frisson me parcourait l’échine.
— Que voulez-vous dire ?
— Comme vous le savez peut-être, ceci est le symbole de Dracul, affirma-t-il, le doigt pointé vers le dragon. Et Dracul a des disciples très dévoués qui forment un culte appelé la famille des Basarabi.
Soudain, j’eus l’impression que l’air quittait mes poumons, et Abner tendit les bras vers moi, mais trop tard. Je m’agenouillai dans la ruelle, la main sur la bouche, m’efforçant d’assimiler ce qu’il venait de me révéler.
Jonathan avait prétendu vouloir exposer les vampires. Il avait tué les filles puis laissé leurs cadavres dehors pour que les humains les voient et gèrent la situation. Même s’il n’avait jamais avoué de manière explicite être adepte d’un culte ou appartenir à un groupe, toutes les pièces du puzzle s’imbriquaient.
Cinq ans et demi auparavant, un membre de la famille des Basarabi avait assassiné ma meilleure amie, et, dans l’intervalle, ils semblaient s’être renforcés et avoir gagné des disciples.
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