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Amanda Hocking · Chapitre 3 sur 63

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Chapitre 3

 

 

Sous couvert d’une agence de publicité, « Stoker & Hawthorn », comme l’indiquait la plaque sur la porte, occupait un petit ensemble de bureaux au deuxième étage d’un immeuble de verre et d’acier parfaitement intégré au centre d’Amsterdam. Bien entendu, cette agence tournait si bien qu’elle ne pouvait accepter de nouveaux clients.

La plupart d’entre nous l’appelions « l’Agence ». C’était plus facile ainsi.

Le hall était meublé de façon simple et moderne, tel un showroom haut de gamme de meubles suédois. On aurait pu se trouver dans n’importe quelle autre entreprise du quartier, à l’exception des horaires spéciaux. Au sein de l’Agence, il y avait en permanence quelqu’un pour travailler, répondre à des appels, donner des instructions ou archiver des documents. La chasse aux vampires ne connaissait jamais de trêve.

En général, lorsque je m’y rendais, seule l’assistante était présente à l’accueil. Ce soir-là ne dérogeait pas à la règle. À notre arrivée, Sabine tapait consciencieusement à l’ordinateur, mais elle s’interrompit pour nous sourire. Âgée d’une vingtaine d’années à peine, cette humaine arborait toujours de grandes lunettes de vue carrées, qu’elle avait tendance à rajuster quand la nervosité s’emparait d’elle.

— Bonsoir, mademoiselle Bonham. Monsieur Swanson. Votre mission s’est-elle bien déroulée ?

— On ne peut mieux, lui assurai-je avec un sourire.

— Mme Lefèvre est sortie pour la soirée, toutefois M. Driscoll est revenu, si vous désirez le voir, expliqua-t-elle.

Son langage était toujours impeccable. Elle m’évoquait une secrétaire des années 1960, et je me demandais si cela faisait partie de sa formation. J’ignorais qui était son supérieur immédiat, puisque je m’occupais peu des tâches courantes, mais je savais que la majorité du personnel était vampire, donc, selon toute logique, son patron devait éprouver la nostalgie d’une époque révolue.

— M. Driscoll me conviendra très bien, répondis-je d’un ton aussi formel que le sien. Puis-je me rendre directement dans son bureau ?

— Bien sûr. Je crois qu’il vous attend.

Ettie Lefèvre, qui dirigeait l’Agence de notre région, était ma principale interlocutrice. Mais, en son absence, Abner Driscoll la remplaçait. Agent de terrain le plus gradé, c’était lui qui m’avait débauchée.

Au début de ma carrière de chasseuse de vampire, j’avais refusé de travailler pour un groupe officiel ou une entreprise. J’avais malencontreusement croisé la route de trois individus se prétendant chasseurs de vampires, qui se souciaient uniquement de l’argent et n’aidaient personne à part eux-mêmes. Ils avaient failli tuer mon frère et mon petit ami et avaient attaqué toute ma famille, mais Peter et moi avions fini par prendre le dessus et les éliminer.

J’avais commencé l’entraînement auprès d’Olivia dans le but de défendre mon entourage et moi-même, mais cette mauvaise rencontre m’avait fait comprendre que bien d’autres vampires et humains avaient besoin qu’on les protège. J’avais alors voulu apporter ma pierre à l’édifice.

J’avais commencé en électron libre, mais Abner avait fini par m’approcher pour que je les rejoigne. D’abord dubitative, je l’avais trouvé aimable et doté d’une grande gentillesse. Il m’avait promis que je ne serais jamais forcée d’accepter des missions qui me gênaient et qu’ils offriraient soutien et sécurité à mes proches.

Une telle proposition ne se refusait pas. Un peu plus de trois ans auparavant, j’avais entamé ma carrière à l’Agence, sans le moindre regret.

Le bureau d’Abner se trouvait au bout du couloir. C’était le plus petit, avec juste quelques meubles et une décoration qui mêlait curieusement objets délabrés et antiquités. Les stores étaient à moitié fermés, et seule sa petite lampe de bureau éclairait la pièce, lui conférant une atmosphère de film noir.

En réalité, cela lui seyait à merveille. Abner était devenu vampire au début du vingtième siècle, et son attitude m’évoquait toujours Humphrey Bogart. Cependant, il paraissait plus jeune et possédait un plus beau visage que l’acteur. Il avait de grands yeux gris, un nez aquilin et des cheveux blond cendré parfaitement coiffés.

Il m’accueillit avec un sourire lorsque je frappai à sa porte ouverte, puis se leva tandis que j’entrais avec Bobby.

— Ce fut rapide, fit-il remarquer en désignant les deux sièges devant son bureau. Ottaline a déjà téléphoné pour son compte-rendu.

J’hésitai un instant avant de prendre place.

— Était-il positif ?

— Bien entendu. Ottaline est toujours satisfaite de votre travail.

— Quand nous avons reçu l’appel ce soir, j’ai dit à Alice qu’Ottaline voulait juste me revoir.

Si Bobby plaisantait, il n’avait pas complètement tort. Ottaline lui avait déjà témoigné une affection particulière, et affirmait qu’il lui faisait penser à son fils mort longtemps auparavant.

— Avez-vous trouvé des informations sur la coupable ? (Abner avait contourné son bureau et s’y appuya, à demi assis.) Ottaline a précisé qu’elle ne la connaissait pas.

— Elle s’est présentée en tant qu’Iris Emmanuel. À en juger par son apparence juvénile, je présume qu’elle a encore des difficultés à contrôler sa soif de sang, avançai-je.

— En tout cas, elle semblait éprouver un mépris particulier envers les humains, ajouta Bobby. Elle a eu l’air vraiment dégoûtée quand elle a cru que tu œuvrais pour nous.

Abner fronça les sourcils.

— Le racisme contre les humains a gagné du terrain ces derniers temps. J’ignore pourquoi, mais c’est un phénomène à surveiller.

— Je ne manquerai pas de noter ce qui s’y rapporte, lui promis-je.

— Mieux vaut prévenir que guérir, renchérit-il avant de tourner son attention vers Bobby. Au moins, vous avez bénéficié d’une mission relativement facile avant vos congés.

— Si cela avait été plus grave qu’une intervention chez Ottaline, je n’aurais pas quitté la maison, lui assura Bobby, mais je doutais de la véracité de ses propos.

Il voulait toujours m’accompagner et, même s’il s’avérait utile en général, je refusais de l’emmener dans certains lieux à cause de sa mortalité. Je ne pouvais pas prendre la responsabilité d’avoir son sang sur les mains.

— Je suis content que vous vous en soyez tirés en un seul morceau, dit Abner, un petit sourire aux lèvres. Maintenant, je ferais bien de vous libérer afin que vous vous prépariez pour ce grand week-end.

Bobby le remercia en se levant.

— Je vais écrire une note à propos d’Iris Emmanuel et de ses remarques, puis j’effectuerai votre virement ce soir, nous indiqua Abner en nous serrant la main, évoquant davantage un agent d’assurances qu’un chasseur d’immortels à l’habileté admirable.

 

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