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Amanda Hocking · Chapitre 24 sur 63

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Chapitre 24

 

— Alors ? s’enquit Jack avec une certaine impatience dans le regard. Est-ce que tu es d’accord pour en parler, maintenant ?

Après mon retour, j’avais sans surprise dormi jusque tard dans la soirée ; à mon réveil, Jack s’était déjà rendu au travail, tandis que Milo et Bobby étaient partis en voyage de noces. J’avais profité de ce moment seule pour récupérer mon ordinateur portable et rechercher tout ce que je pouvais à propos de Cate Brennan ou du lien par le sang, mais ces deux axes se révélèrent infructueux.

Lorsque j’entendis Jack à la porte, j’avais fermé tous les onglets que j’avais parcourus avec soin et lancé une requête plus innocente sur la famille des Basarabi.

Jack joua avec la chienne avant de me donner un baiser sur la tempe, puis s’assit à côté de moi et posa les pieds sur une chaise vide en face de lui. Ses doux yeux bleus brillaient d’une lueur étrange, lointaine et épuisée, ce qui, en fin de compte n’était pas si insolite, sauf qu’elle détonnait avec son visage d’habitude souriant.

— Nous avons eu un problème avec des vampires issus de ce culte bizarre, avouai-je, décidée à expliquer la partie que je n’étais pas gênée d’aborder en premier.

Quand j’eus terminé mon récit, son expression trahissait désormais une anxiété contenue que je connaissais bien depuis que j’étais devenue chasseuse de vampires à plein temps. Il me savait capable de me défendre seule, mais ne se montrait jamais heureux que je sorte me frotter à des vampires susceptibles d’essayer de me tuer.

— Mais vous êtes tous indemnes ? demanda-t-il, s’efforçant de masquer l’inquiétude qu’il éprouvait de toute évidence.

— Oui. Nous allons tous bien.

— Et c’est de cela que tu ne voulais pas discuter ce matin ?

— Ouais.

Il détourna les yeux et se gratta la nuque.

— Hmmm.

— Tu vas bien ? m’enquis-je avant de refermer le capot de mon ordinateur et de rapprocher ma chaise de la sienne afin de lui prendre la main.

— Oui, répondit-il d’un ton peu convaincu, les sourcils excessivement froncés. Je viens de passer une drôle de journée.

— Comment ça ?

— Je ne sais pas. (Il secoua la tête.) Je n’arrive pas trop à l’expliquer. On a eu une soirée chargée, avec beaucoup de clients, donc c’était bien. Mais j’ai perçu des ondes étranges tout le temps, comme si les gens me scrutaient davantage que d’habitude.

— On te dévisage en permanence, lui rappelai-je.

Quand nous avions commencé à nous fréquenter, alors que j’étais encore une mortelle, les autres humains le reluquaient et le draguaient souvent et ouvertement, ce qui me contrariait beaucoup. Il était très sexy, même selon des normes vampires. À cause de cela et du charme surnaturel dont il disposait, il retenait toujours beaucoup l’attention.

— Je sais. Mais ce n’était pas que les humains.

Surprise, je me redressai, sans pour autant lui lâcher la main.

— Que veux-tu dire ?

Il s’humecta les lèvres, comme s’il cherchait à gagner du temps.

— Une vampire est venue à la libraire, avoua-t-il enfin.

— Et ?

— Et elle n’a pas cessé de me poser des questions et de me suivre partout. Ses demandes étaient toutes innocentes, à propos d’un titre ou d’un autre, de ce que je pensais du New 52, ce que je lui recommandais, bref, des trucs de base.

— Ça me paraît anodin, dis-je avec prudence. Alors qu’est-ce qui t’a semblé étrange ?

— Sa manière de m’examiner. Comme si elle était impressionnée. (Il regarda dans le vide, cherchant les bons mots.) Quand on emploie l’adjectif « incroyable », cela signifie souvent « cool » ou « génial ». Mais, à sa façon de me dévisager, elle était littéralement ébahie, sidérée, bouche bée, les yeux écarquillés.

— As-tu pu saisir son nom ?

— Non. Pour être franc, je n’ai pas tenté d’engager la conversation avec elle. J’ai fini par prétexter un truc important à faire dans le bureau, et je m’y suis caché jusqu’à ce que Jeroen vienne me prévenir qu’elle était partie.

— Tu es certain que c’était une vampire ?

Jack me regarda comme si j’étais ridicule.

— Arrête, Alice ! Je crois savoir reconnaître un vampire quand j’en rencontre un.

— Pardon. Bien sûr que oui, m’excusai-je avec un sourire. À quoi ressemblait-elle ?

— Blonde aux yeux bleus, le teint pâle. Elle devait avoir quarante ans au moment de sa transformation, mais j’ignore quand c’était, précisa-t-il. Son seul trait vraiment remarquable était son accent.

— Son accent ? répétai-je, intriguée.

— Oui, il était allemand, mais nuancé d’une certaine douceur, de l’australien peut-être ? (Il réfléchit quelques secondes.) Comme si elle était née en Australie, mais avait passé son enfance en Allemagne, ou le contraire.

— As-tu d’autres éléments à me fournir sur elle ?

— Je… (Il leva les yeux vers moi et je vis ses épaules s’affaisser.) Tu vas la chercher, n’est-ce pas ?

— Je vais essayer.

Il s’appuya contre le dossier de sa chaise, mais garda ma main dans la sienne.

— Je n’ai pas besoin que tu vérifies que tout va bien pour moi. Ce n’est probablement rien.

— Jack, ça fait partie de mon travail. Bien entendu, je veux m’assurer que tu ne crains rien, mais je suis également chargée de surveiller cette zone pour le compte de l’Agence. Je dois prendre au sérieux toutes les signalisations de vampires qui se comportent mal.

— Ce n’était pas le cas, argumenta-t-il. Peut-être qu’elle a juste flashé sur moi. Je suis un mec attirant, tu sais.

— Je sais, renchéris-je avec un sourire.

— Certes, c’était bizarre, mais je ne sais pas si elle est dangereuse. (Il se pencha en avant sur la table.) Si elle se pointe à nouveau, je te donne ma bénédiction pour faire des recherches à son sujet. Mais d’ici là, peux-tu t’abstenir ? Je ne veux pas que tu embêtes une pauvre étrangère et que tu fasses fuir des clients. Ce n’est pas bon pour les affaires.

— OK, concédai-je. Mais promets-moi de m’avertir si quoi que ce soit de bizarre se reproduit, surtout avec cette femme.

— Marché conclu. (Il m’offrit un large sourire ; son malaise semblait s’être enfin dissipé.) Au fait, comment ça s’est passé avec cette vampire, Catherine ? Elle t’a appris des choses ?

— Pas vraiment. Du moins, rien de nouveau, admis-je avant de changer de tactique. Que sais-tu à propos d’Élise ?

— Très peu, en réalité. Peter prononçait à peine son nom en ma présence. La plupart de mes informations proviennent d’Ezra, me confia-t-il, ce qui nous mettait sur un pied d’égalité. Pourquoi ? Qu’espérais-tu découvrir ?

— Aucune idée, mais quelque chose en tout cas, je suppose. (Je pris une profonde inspiration.) Élise a été assassinée, tu étais au courant ?

— Oui. Elle a été victime d’une rixe avec des vampires ou un truc de ce genre.

J’acquiesçai.

— Ils n’ont jamais attrapé ses meurtriers.

— Ezra l’a mentionné un jour. Ils ont cherché partout, sans jamais trouver le moindre signe de cette bande itinérante de vampires territoriaux.

— Ça paraît étrange, non ? demandai-je, les yeux dans le vague, alors que je songeais à tous les éléments dont je disposais à propos de sa mort. Elle a vécu en Irlande sans rencontrer de problèmes pendant toutes ces années, et, juste avant son départ, elle se fait tuer ?

— Houla ! s’exclama Jack avec un sourire déconcerté. Je connais cette tête.

— Laquelle ?

— Celle que tu fais en ce moment, dit-il avec un geste dans ma direction. Tu vas tenter de résoudre ce meurtre, je me trompe ?

— Euh, non. J’ignore même si on peut l’élucider, prétendis-je. Mais oui, j’envisageais d’effectuer des recherches.

— Sa mort remonte à plus d’un siècle, souligna-t-il. C’était dans les années 1800, n’est-ce pas ?

— Personne ne m’a révélé la date exacte, mais Ezra m’a indiqué qu’il n’avait pas revu Catherine depuis au moins cent cinquante ans, alors je suppose que c’était aux environs de 1864, voire avant.

Jack laissa échapper un petit sifflement de désarroi.

— C’est une très vieille affaire. Tu as vraiment envie de creuser à la recherche d’indices qui n’existent peut-être même pas ?

— Cela pourrait apporter un peu de paix à Peter.

— Tu te sens encore responsable de son malheur, comprit-il.

— Eh bien… pas toi ?

— Parfois, si, admit-il d’une voix inhabituellement maussade. Je suis heureux de partager mon existence avec toi, alors je sais exactement ce qu’il rate, et je saisis que cela le rend triste. Mais il mène sa propre vie. Et, ces derniers temps, j’ai beaucoup plus parlé avec lui. Il semble vraiment épanoui.

— Je l’espère.

Il me gratifia d’un léger sourire.

— Mais si cela peut rendre Peter plus heureux, et toi par la même occasion, dans ce cas tu as tout mon soutien. Je ferai mon possible pour t’aider.

 

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