Ultime

Amanda Hocking · Chapitre 2 sur 63

Pages du PDF

Ultime

Chapitre 2

 

 

Lorsque la créature m’attaqua, je bondis dans sa direction et, avant même qu’elle comprenne ce qui se passait, je la tenais par la gorge, plaquée contre le mur.

Mes mois d’entraînement avec Olivia dans le Minnesota m’avaient appris à maîtriser mes pouvoirs de dhampire devenue vampire. Désormais, je me déplaçais plus vite que la plupart de mes semblables, et me battais mieux qu’eux. J’avais atteint le sommet de la chaîne alimentaire.

Mon adversaire paraissait jeune, vingt ans environ, et, à en juger par la faim sauvage qui animait ses yeux marron foncé, elle était transformée depuis peu.

Je l’avais empoignée et soulevée, les pieds suspendus au-dessus des marches. Les yeux écarquillés de surprise, un filet de sang s’échappant de ses lèvres charnues, elle tenta de me faire lâcher prise, en pure perte. Je sentis ses ongles durs s’enfoncer dans la chair de mes mains et la déchirer, mais je ne bougeai pas, maintenant mon étreinte.

Bobby me tendit un pieu en titane que je pressai contre la poitrine de mon adversaire de ma main libre, juste assez fort pour lui transpercer la peau. Une lueur de rage dans les yeux, elle finit par se détendre, vaincue.

Ottaline se précipita pour vérifier comment ses beethoers allaient et les aider en cas de besoin.

— Qui es-tu ? demanda la vampire dotée d’un fort accent espagnol.

— Je suis ici pour maintenir l’ordre, répliquai-je dans un grognement, et si tu déclenches ma colère je deviendrai ton pire cauchemar.

— Elle va bien ! s’exclama Ottaline à l’étage. Elle a perdu du sang, mais je vais parvenir à la soigner.

En haut de l’escalier, quelques beethoers s’étaient rassemblées, et certaines d’entre elles se tenaient par la main. Toutes étaient de belles jeunes femmes dont le cou et les bras portaient des traces de morsure qui s’estompaient. Je savais que quelques garçons exerçaient ici, mais les filles étaient de loin les plus nombreuses à servir de poches ambulantes d’hémoglobine.

— Tu as de la chance qu’elle soit vivante, sinon tu aurais connu un sort bien pire, menaçai-je la vampire que je dominais.

— Je savais que je ne l’avais pas tuée, se défendit-elle. Tu pourrais me reposer, maintenant ?

— Du moment que tu promets de bien te tenir, acquiesçai-je.

Elle y consentit en grommelant, alors je la lâchai, puis elle tomba sur les marches de bois. Au bruit sourd de sa chute, les beethoers se dispersèrent dans le couloir et coururent se réfugier dans les chambres.

— Qui es-tu ? m’enquis-je.

Elle se releva en se frottant le cou. Si elle avait été humaine, une belle ecchymose s’y serait formée, mais son sang la faisait cicatriser avant même l’apparition de marques.

— Iris Emmanuel, répondit-elle, son regard gêné oscillant entre Bobby et moi. Qui êtes-vous, tous les deux ?

— Alice. (Je me désignai avec le pieu, puis le pointai en direction de mon ami.) Et lui, c’est Bobby. Nous passons quand la situation dégénère afin de nous assurer que les humains ne sont pas blessés. Que s’est-il passé ?

— J’avais faim, expliqua-t-elle. En quoi cela vous importe-t-il si on fait mal à ces humaines ? Elles ne sont que des putas et des déchets.

Elle eut un mouvement de recul lorsque je me rapprochai d’elle.

— Chaque vie est précieuse, et, dans la mesure où les humains sont fragiles, ils méritent notre protection plus que tous les autres.

— Donc tu travailles pour eux ? ricana Iris. Pas étonnant.

— Non, rectifiai-je. Mais, à ta place, j’éviterais Darah Merah et ses employés jusqu’à ce que tu te contrôles davantage et que tu apprennes le respect.

Lorsqu’elle leva les yeux au ciel, je lui empoignai l’épaule et la projetai de nouveau contre le mur, la forçant à me regarder.

— Compris ? aboyai-je.

Elle acquiesça.

— Est-ce que je peux partir, maintenant ?

— Fais un brin de toilette, lui ordonnai-je en la relâchant.

Elle s’essuya la bouche du revers de la main et quitta l’établissement, non sans m’avoir adressé un dernier regard furieux.

Je me rendis à l’étage pour vérifier comment sa victime se portait. La porte de sa chambre était complètement détruite et des éclats de bois jonchaient le sol. Ottaline avait transporté la fille en salle de récupération, au bout du couloir.

L’élégant style victorien de la décoration était semblable à celui des autres pièces de la maison close, mais celle-ci était équipée d’un lit d’hôpital, d’un réfrigérateur et d’un meuble rempli de matériel médical. Allongée sur le lit, la demoiselle était pâle et arborait une affreuse marque de morsure au cou. Une perfusion lui apportait du sang.

— Elle va s’en remettre, répéta Ottaline qui lui passait un gant de toilette humide sur le visage. Je prends soin de mes filles.

— Je le sais, lui assurai-je, même si ce triste spectacle me donnait la nausée.

Je ne pouvais pas m’empêcher de repenser à ma meilleure amie, Jane, devenue accro aux morsures de vampire avant de se faire tuer par l’un d’eux. Elle était partie plus de cinq ans et demi auparavant, pourtant sa mort me hantait encore.

Tout comme le milieu de la prostitution légale ordinaire qui nous entourait, Darah Merah comptait son lot de luttes de pouvoir, d’humiliation et de victimes. Au moins, les jeunes femmes savaient ce qu’elles y faisaient, et Ottaline tentait de son mieux de fixer des limites et d’assurer leur santé et leur sécurité.

Néanmoins, l’idée me paraissait toujours difficile à supporter.

Ottaline cessa un moment de s’inquiéter pour la fille et se tourna vers moi.

— Merci encore, Alice. Vous savez que nous serions perdus sans votre assistance.

— Ce n’est rien, affirmai-je avec modestie. N’hésitez pas à me prévenir en cas de besoin.

— Je n’y manquerai pas, répliqua-t-elle avec un sourire avant de se concentrer de nouveau sur sa patiente.

Bobby m’attendait au pied de l’escalier. Il s’efforçait de converser avec le vigile, non sans difficulté.

— Alors vous ne regardez jamais le foot ? lui demandait-il.

Appuyé contre la rambarde, sourcils levés, il dévisageait l’homme qui restait immobile, les mains croisées devant lui. Il avait à peine réagi durant ma bagarre contre Iris.

— Nein, grogna le colosse en guise de réponse.

— Mais tout le monde regarde ce sport ! insista Bobby. C’est dingue !

— Je ne crois pas qu’il soit d’humeur à bavarder, précisai-je à Bobby en les rejoignant. Nous avons terminé, indiquai-je à l’homme des cavernes allemand, les yeux rivés sur lui. Pouvez-vous vous assurer qu’Iris Emmanuel ne revienne pas ici ?

— Mon boulot est simple : ne pas laisser entrer les humains et écouter les ordres d’Ottaline, répliqua-t-il avec un fort accent sans même me dévisager. Je verrai ce qu’elle dit à ce sujet, et ensuite je ferai ce qu’elle me demande.

— Très bien, bonne discussion.

Je le gratifiai d’une tape sur l’épaule au passage, car j’étais certaine que son envie de m’en empêcher le rendrait fou.

On retrouva la fraîcheur nocturne de juin, dont Bobby se protégea en remontant la fermeture de son blouson.

— Tu vois ? Je t’avais dit que ça ne prendrait pas longtemps, lui fis-je remarquer alors qu’on pressait le pas pour regagner nos bureaux près du centre-ville.

— Je savais que tu avais raison, concéda-t-il, mais Milo va quand même flipper.

— Compte tenu de ce qui vous attend tous les deux ce week-end, il va paniquer non-stop de toute façon.

 

OceanofPDF.com