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Amanda Hocking · Chapitre 55 sur 63

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Chapitre 55

 

Lors du long trajet dans le coupé Porsche d’Abner, tandis que je m’inquiétais sur le siège passager, je commençai à avoir mal aux poignets et aux chevilles. Je tentai de mettre cette douleur sur le compte de la tension et du stress, et évitai de songer aux autres implications possibles, par exemple ce que cela signifiait pour Jack.

— Pourquoi est-ce que ça met aussi longtemps ? me lamentai-je, agitée.

Nous avions pris la route plus de deux heures auparavant. Bobby était serré sur l’étroite banquette arrière du véhicule d’Abner tandis qu’Ezra et Peter nous suivaient à bord de ma Mercedes. Nous avions quitté les Pays-Bas depuis belle lurette et nous étions enfoncés dans le sud-ouest de la Belgique. Le soleil se lèverait dans quelques heures à peine, et je me demandais si un affrontement de jour avec la famille des Basarabi tournerait en notre faveur.

— Liesel essaie de conserver son adresse secrète, précisa Abner.

Je frottai mon poignet endolori et grognai :

— C’est absurde.

— Nous sommes presque arrivés, m’assura-t-il. Je vais aussi vite que possible, donc on y sera en un temps record, à vrai dire.

— J’imaginais qu’elle vivait plus près d’Amsterdam, intervint Bobby.

Le fait que Bobby nous accompagne avait suscité une petite polémique, surtout avec Milo, mais, comme nous nous apprêtions à nous mesurer à un groupe de vampires, il nous fallait toute l’aide dont nous pouvions disposer, et Bobby s’avérait un chasseur doué. Il avait emporté son arbalète cette fois-ci, une arme que nous réservions exclusivement aux situations les plus violentes.

À la maison, Milo attendait avec Matilda, au cas où Jack reviendrait ou un vampire appellerait. Peter estimait Aïsha assez stupide pour nous narguer ou essayer d’obtenir une rançon en échange de son otage.

— Non, je pense qu’elle n’aime pas habiter trop près des villes car elle déteste les humains, expliqua Abner. Selon nous, elle est venue à Amsterdam juste pour chercher Jack.

Bobby se pencha et passa la tête entre les deux sièges avant.

— Pourquoi ? Comment ont-ils su qu’ils devaient s’en prendre à Jack ?

— J’ai brièvement abordé cette question avec Ettie ce soir, après le départ d’Alice et de Peter, affirma Abner. On estime qu’il s’agit d’un mélange de préparation et de chance du débutant. Aïsha coopère avec Liesel depuis un certain temps pour dénicher quelqu’un comme Jack. La nostalgie et l’annonce du mariage l’ont poussée à s’inviter à la cérémonie pour le revoir, mais elle a dû percevoir qu’il était différent.

— Mais comment ? demandai-je.

Il secoua la tête.

— Je ne sais pas exactement, mais il paraît que ces personnes possèdent une odeur et un regard particuliers. Toutes les informations dont nous disposons relèvent plus de la légende que de faits avérés. Aïsha a parfait ses compétences sous l’égide de Liesel, alors elle a senti le parfum que dégagent ceux qui sont dépourvus d’âme.

— Pourquoi ne l’a-t-elle pas kidnappé à ce moment-là ? Pendant le mariage, par exemple ? s’interrogea Bobby.

— Selon ma théorie, elles essayaient de déceler si elles avaient raison avant de risquer de provoquer la colère de chasseurs de vampires et de l’Agence, d’où les rencontres bizarres entre Jack et Liesel, répondit Abner. Vraisemblablement, elles l’ont suivi partout pendant un moment, et, quand elles l’ont vu se rendre chez la médium, elles l’ont coincée et ont enfin obtenu la confirmation qu’elles attendaient. Puis elles l’ont éliminée pour que personne d’autre ne découvre ce qu’elles projetaient jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

— Vous voulez dire qu’il est trop tard, maintenant ? demanda Bobby.

Je lui jetai un coup d’œil dans le rétroviseur, mais il se contenta de hausser les épaules.

— J’explique juste que j’ignore combien de temps quelqu’un met à posséder un vampire, répondit Abner avec prudence.

Après cette réplique, le silence retomba dans l’habitacle, et je regardai l’obscurité défiler par la vitre. Au loin, le terrain plat finit par céder la place à la pente des Ardennes. Les champs se transformèrent en forêts denses, et Abner quitta la route principale pour s’engager sur un chemin sinueux qui nous éloignait de la civilisation.

Enfin, les arbres se firent plus rares et on atteignit une sorte de clairière avant une montagne rocheuse. Au départ, l’endroit me parut ordinaire, jusqu’à ce que les phares d’Abner éclairent les escaliers sculptés dans la pierre. Il les éteignit et se gara ; déjà, mon regard se dirigeait vers le haut pour admirer la demeure de Liesel.

Plusieurs marches gravées menaient à diverses entrées qui s’ouvraient directement dans la colline. Chacune d’elles comportait des détails surprenants, même si elles semblaient usées et patinées par le temps. Des colonnes de style roman les entouraient.

— Nom de Dieu, quel est cet endroit ? s’étonna Bobby quand on sortit de la voiture.

Ezra et Peter, qui s’étaient arrêtés près de nous, se hâtèrent de descendre à leur tour.

— Ce sont d’anciennes tombes, expliqua Abner. Elles ont été construites au cours d’un Empire vandale. C’était là qu’ils conservaient les morts au combat. Cela s’appelle « Aiweins Daupeins ».

— Et c’est ici que vit Liesel désormais ? demanda Peter en désignant le mausolée de pierre, les sourcils levés.

— C’est approprié, n’est-ce pas ? répliqua Abner.

— Alors, quel est le plan ? s’enquit Bobby en chargeant son matériel, ajoutant des pieux dans ses holsters de cheville et s’assurant que sa sacoche était pleine de flèches en platine pour son arbalète. Voulez-vous qu’on prenne le château d’assaut ?

Ezra se renfrogna.

— J’avais envisagé une attaque-surprise. Peter et moi pourrions rechercher une sorte de passage secret.

— Je doute qu’il en existe un, objecta Abner. Liesel a choisi ce lieu pour y établir le Q.-G. des Basarabi parce qu’il est très difficile d’y pénétrer.

— Eh bien, il va falloir trouver une meilleure idée que celle de charger à l’aveugle, répliqua Ezra.

— Alice, je dois vous parler de quelque chose avant qu’on entre, annonça Abner en posant la main sur mon bras afin que je lève les yeux sur lui. Nous devons discuter de ce que nous ferons si on arrive trop tard.

— Si Jack est mort, ça ne change…, commençai-je, puis je compris ce qu’il insinuait. Vous voulez dire s’il est vivant, mais pas lui-même.

— S’il est possédé par un être aussi mauvais et puissant que Dracul est supposé l’être, je me demande si on peut courir le risque de le laisser en vie, expliqua-t-il d’une voix douce.

Je secouai la tête.

— N’a-t-on aucune possibilité de l’exorciser ?

— Cela dépasse de loin mes compétences, et je ne suis pas sûr que Dracul nous donnera une autre occasion de l’approcher, dit Abner. S’il vient de s’emparer d’un corps et ne s’est pas encore alimenté, il restera faible, et ce moment représenterait peut-être notre unique chance de l’arrêter.

Je déglutis péniblement.

— De le tuer, vous voulez dire ? et Jack avec ?

— Si Dracul a pris le contrôle, Jack aura déjà disparu. Ce sera la seule façon de le libérer. Je peux m’en charger, si vous le souhaitez, ou vous pouvez le faire.

— Je… (Je tentai de me concentrer sur ma respiration et non sur le fait que le monde semblait s’écrouler autour de moi.) Je ne peux pas.

— Je m’en occuperai, intervint Peter avec fermeté, et, lorsque je me tournai vers lui, je vis son regard résolu. C’est mon frère, ma progéniture. Si on doit en arriver là, si on doit le faire, c’est à moi que revient cette tâche.

— Sinon, on pourrait juste entrer là-dedans et récupérer Jack avant qu’il soit trop tard, suggéra Bobby.

La douleur me cisailla les poignets, et je sus que je ne devais pas perdre une seconde. Bobby avait raison. Alors j’entamai la montée dans la roche vers la porte la plus large ; il s’en dégageait une lueur, comme si un feu brûlait à l’intérieur.

— Alice, que faites-vous ? m’interpella Abner.

— J’affronte le danger sans détour, répliquai-je, entendant déjà Bobby sur les marches pour me rejoindre.

Les autres suivirent, et on gravit tous l’escalier qui s’effritait. J’avais presque atteint le palier devant la porte principale quand Aïsha apparut, vêtue d’une robe bordeaux ridicule qui correspondait parfaitement à l’idée qu’on se faisait d’une tenue de secte.

— Tu as réussi à nous débusquer, dit-elle alors que je m’approchais d’elle et qu’un vent froid faisait tourbillonner sa robe. Et tu es venue avec toute ta bande ? Trop mignon.

Une fois face à elle, j’aperçus l’intérieur de la tombe derrière elle. Des torches accrochées aux murs baignaient l’endroit d’un jaune terne et renforçaient cette atmosphère de grotte. Une dizaine de vampires en cape se tenaient dans de la pièce. Ils observaient et attendaient, mais ni Liesel ni Jack ne semblaient figurer parmi eux.

— Je veux récupérer mon fiancé, déclarai-je.

Aïsha arbora un sourire narquois.

— Il est trop tard.

— C’est faux, insistai-je.

La douleur que je ressentais aux poignets et aux chevilles m’indiquait avec certitude qu’il était toujours connecté à moi, ce qui signifiait qu’il n’était pas mort ni parti. Pas encore.

— Je le sens, ajoutai-je. Il est encore là.

— Son corps, peut-être, mais quand Liesel en aura terminé il ne restera plus rien de lui, m’assura-t-elle dans un rire.

Le rictus de confiance excessive qu’elle affichait m’avait persuadée qu’elle ne me dévoilerait aucune information, et donc qu’elle ne m’était d’aucune utilité. Je pris une profonde inspiration tandis qu’elle me dévisageait avec une lueur condescendante dans le regard, et, de manière imperceptible, je tendis la main vers l’arrière et enveloppai de mes doigts le pieu à ma ceinture.

En un éclair, si vite que j’aurais fait baver d’envie un vampire comme Cyrus et que cela aurait exigé de lui à la fois énergie et attention, je lui enfonçai l’arme en pleine poitrine. Elle ne le remarqua même pas, sauf à la dernière seconde, quand elle mourut et que son expression arrogante se mua enfin en choc.

Au moment où son corps s’effondrait au sol, les vampires du repaire se précipitèrent vers la porte, prêts à nous attaquer.

— Allez, c’est parti ! s’exclama Bobby en armant son arbalète.

 

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