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Chapitre 62
Le soleil me chauffait la peau d’une manière merveilleuse, et j’avais l’impression de pouvoir flotter dans le ciel. J’ouvris les yeux dans le champ de fleurs bleues, mais, cette fois, elles ne m’attaquaient pas et n’essayaient pas de me tirer vers le bas. Elles constituaient juste un doux matelas sur lequel me reposer, et emplissaient l’air de leur doux parfum.
Je m’assis lentement. J’étais seule. Pour la première fois depuis que j’avais commencé à faire ces rêves, je fus capable de me lever. Je descendis de la colline, j’avançai pieds nus à pas feutrés sur les pétales et, au loin, je distinguai une petite voix. Un joli son clair qui porta à travers les coteaux, jusqu’à ce qu’elle apparaisse enfin.
Un sourire rayonnant aux lèvres, visiblement plus heureuse que jamais, Élise s’approcha de moi en flottant. Elle fredonnait une vieille chanson d’amour irlandaise.
— Je dois te remercier, Alice, dit-elle en me rejoignant. Tu as fini par trouver la paix pour lui.
— C’est faux, et je n’ai jamais souhaité sa mort, objectai-je.
Elle éclata d’un rire cristallin et spontané.
— On ne peut pas apporter la paix aux gens. Ils doivent la trouver par eux-mêmes. Mais tu l’as aidé. Tu lui as fourni les outils pour qu’il puisse enfin lâcher prise.
— Alors il est heureux ? m’enquis-je.
— Oui. Nous le sommes tous les deux. On n’aurait jamais cru être réunis un jour, et c’est plus merveilleux que dans mes rêves.
Je balayai les champs déserts du regard.
— Est-il ici ? Puis-je le voir ?
— Non, répondit-elle d’une voix triste. Je ne pense pas qu’il sera capable de te rendre visite ici, pas de cette façon.
— Pourquoi n’es-tu pas venue plus tôt ? Et pourquoi t’être adressée à moi, et non à Ezra ?
— J’attendais toujours Peter, pour le voir, l’aider en cas de besoin, expliqua-t-elle. Mais il ne m’a jamais laissé l’accès. Malgré tous mes efforts, je ne suis jamais parvenue à le contacter.
» Et puis, un jour, après tant d’années, une porte s’est ouverte, poursuivit-elle. Je l’ai empruntée et je t’ai trouvée à m’attendre dans le champ. Dès que je t’ai vue, j’ai dû t’avertir du danger et te prévenir que le temps pressait. C’était tout ce que je savais, la seule information dont je disposais, alors je ne pouvais pas en dévoiler davantage, mais, quelque part, je me rendais compte que je devais t’aider à sauver Peter.
— J’ignore si je l’ai sauvé, mais j’espère l’avoir aidé. (Je ravalai mes larmes.) Il me manque.
— Et vous lui manquez tous vous aussi. Il espère que tu es heureuse et que tu le pardonnes.
— Je suis heureuse, mais je me demande s’il y a quoi que ce soit à excuser, indiquai-je. C’était dur de le laisser partir, mais je crois qu’on a tous compris. Après avoir vécu une longue et douloureuse existence, il était prêt pour l’étape suivante.
— Exactement. (Elle sourit.) Je suis contente que tu le saisisses.
— Cela signifie-t-il que je ne vais plus te voir non plus ?
— Je ne sais pas ce que le futur nous réserve, mais, à mon avis, je ne te rendrai plus visite. Pas ici, pas comme ça.
— Eh bien, ce fut un plaisir de te rencontrer, Élise.
— De même, Alice. (Elle effectua une petite révérence.) Peter et moi te serons redevables à jamais. Merci de nous avoir apporté autant de bonheur, et j’espère que tu en ressens autant en retour.
— Je pense que c’est le cas, dis-je, et elle commença à disparaître lentement devant moi.
Elle émit un nouveau rire, plus aérien que jamais, puis s’évanouit complètement. Une vive lumière blanche s’intensifia pour m’avertir, puis engloutit le monde qui m’entourait.
Lorsque je rouvris les yeux, seul Jack était là. Il m’enveloppait de ses bras et me tenait contre lui. Nous étions pelotonnés dans notre lit. Je me tournai afin de lui faire face.
— Ça va ? murmura-t-il tandis que je changeais de position.
— Oui, lui assurai-je.
Il ouvrit les paupières pour me regarder.
— Tu as encore fait ce cauchemar ?
— En fait, c’était un rêve très agréable, dis-je en me blottissant de nouveau dans ses bras. Je t’aime.
— Moi aussi, je t’aime.
Il me déposa un baiser sur le sommet du crâne.
— J’ai hâte de passer l’éternité près de toi.
Il éclata d’un rire chaleureux.
— Moi aussi. Mais ça te dérangerait qu’on dorme encore quelques heures avant de nous y mettre ?
— Pas du tout. On a tout notre temps.
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