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Amanda Hocking · Chapitre 53 sur 63

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Chapitre 53

 

Lorsque l’on arriva à l’Agence, Abner faisait les cent pas dans le hall. Lui qui arborait habituellement une coiffure à la Elvis, gominée vers l’arrière et lisse, avait les cheveux qui lui retombaient sur le front. Il avait desserré sa cravate, et ressemblait trait pour trait à un futur père arpentant la salle d’attente de la maternité dans un vieux film.

Il se figea quand on entra, et il fronça ses épais sourcils, l’air méfiant.

— Qui est-ce ? m’interrogea-t-il en désignant Peter.

— Peter. Il est pratiquement mon beau-frère, expliquai-je, présentation un peu scabreuse compte tenu de notre passif, mais c’était la vérité.

— Est-il digne de confiance ? s’enquit Abner, et Peter haussa les épaules, ce qui ne m’aidait pas beaucoup.

— Oui, bien sûr, lui assurai-je.

Abner poussa un soupir peu convaincu, puis hocha la tête.

— Je n’ai pas franchement le temps de discuter, alors venez.

Il nous fit signe de le suivre, puis se retourna et se dirigea à vive allure vers le bureau d’Ettie.

— Qu’avez-vous découvert ? demandai-je.

— Ettie croit connaître l’identité du chef de la famille des Basarabi, déclara-t-il par-dessus son épaule alors qu’on atteignait son bureau.

— Enfin, le chef actuel, rectifia Ettie avec son fort accent français. Ils en ont eu d’autres par le passé, mais celui qui règne en ce moment semble plus ambitieux que ses prédécesseurs.

C’était la première fois que je voyais les stores baissés, leur épais tissu gris dissimulant la totalité du paysage urbain. L’éclairage de la pièce provenait de la lampe de bureau et de l’écran de l’ordinateur d’Ettie sur lequel elle était penchée.

Elle releva la tête et posa le regard sur Peter.

— Tu ne lui as pas précisé de venir seule ? demanda-t-elle à Abner sans quitter Peter des yeux.

— Non, mais il fait partie de sa famille, donc…

Abner laissa sa phrase en suspens afin de s’en remettre au jugement d’Ettie à ce sujet.

— Je peux aller attendre dans le hall, suggéra Peter. J’estimais juste que ce n’était pas sûr qu’Alice se déplace sans personne.

Ettie rejeta cette proposition du bout de ses doigts fins, puis reporta son attention sur son ordinateur.

— Vous pouvez rester. Si Alice vous accorde sa confiance, cela suffira pour l’instant.

— Donc, le leader de la famille des Basarabi, intervins-je pour revenir aux questions importantes. Qui est-il ?

— Ce n’est pas un « il », répliqua Ettie d’un ton sec. Et elle est connue sous de nombreux noms, car elle figure parmi les plus vieux vampires que nous ayons croisés. Lenore, Christabel, Clarimonde, Lilith, Mircalla, pour n’en citer que quelques-uns. Elle se prétend fille de Dracul, et cherche à tout prix à rétablir le projet de son père pour la race vampire.

— Si elle a changé d’identité aussi souvent, comment avez-vous la certitude que c’est bien elle ? s’enquit Peter.

Elle le dévisagea par-dessus son écran de son regard sombre, perçant.

— Nous disposons de dossiers détaillés, et, surtout, de preuves photographiques.

— Elle a rassemblé un bon nombre d’adeptes, mais l’un de ses bras droits s’est vraiment détaché du lot, expliqua Abner, et je m’en suis rendu compte parce que je l’avais vu au mariage de Milo et Bobby.

Ettie tourna l’ordinateur pour nous montrer l’écran. Plusieurs petites photos étaient ouvertes et semblaient se télescoper de manière incohérente. Certaines étaient obscures et grenues, ce qui me poussa à croire qu’elles avaient été prises par des caméras de sécurité, mais deux ou trois autres paraissaient issues d’Instagram ou de Snapchat puisqu’il s’agissait de selfies lumineux et clairs.

Ses cheveux retombaient sur ses épaules en boucles lâches, et ses lèvres pulpeuses formaient presque un petit sourire satisfait sur tous les clichés. Sa peau olivâtre était éclatante, et ses yeux foncés transperçaient l’écran pour m’atteindre.

Peter eut un hoquet de surprise.

— Nom de Dieu, c’est Aïsha !

— Comment la connaissez-vous ? l’interrogea Ettie, mais soudain sa voix ne comptait plus tandis que je mesurai avec horreur tout ce que cela impliquait.

— Elle sortait avec mon frère, mais ils ont rompu il y a environ six ans, expliqua Peter, et j’avais l’impression qu’il était très loin de moi.

La bouche sèche, je parvins tout de même à articuler avec calme :

— La chef, celle pour qui travaille Aïsha, s’appelle-t-elle Liesel ?

Abner parut étonné.

— Comment l’avez-vous deviné ?

Une migraine s’insinua dans mon crâne, et je me frottai la tempe dans une vaine tentative d’apaiser la douleur et la panique qui menaçaient de s’emparer de moi.

— Avez-vous des photos d’elle ? m’enquis-je, sans tenir compte de la question d’Abner pour l’instant. J’ai besoin de la voir.

— Bien entendu. (Ettie se mit à tapoter frénétiquement sur son clavier tout en poursuivant ses explications.) Selon nos informations, elle utilise le nom de Tepeluş. Cela veut dire « petite empaleuse », puisque Dracul était surnommé « l’empaleur ».

Les images d’Aïsha disparurent en un éclair et furent remplacées par celles d’une femme élancée. Toutes étaient grenues et floues car il s’agissait de captures d’écran de vidéosurveillance, mais l’une la montrait en gros plan, vêtue d’un trench ajusté et marchant dans la rue, une expression déterminée sur le visage qui durcissait ses traits délicats.

C’était elle. Aucun doute n’était permis. Celle qui avait paru si impressionnée par Jack et dont j’avais naïvement imaginé qu’elle pouvait être liée à lui.

— Est-ce que tu la connais ? me demanda Peter, inquiet. Comment ?

— On est tombés sur Aïsha et elle dans la rue. Liesel était éprise de Jack, et on a pensé que… (Je laissai ma phrase en suspens alors que la gravité de la situation me frappait de plein fouet.) Eh merde ! Ce n’est pas après moi que la famille des Basarabi en a. C’est Jack qu’ils visent.

 

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