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Amanda Hocking · Chapitre 11 sur 63

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Chapitre 11

 

 

J’avais toujours su que Jack avait connu des filles avant moi. Il avait vécu deux histoires sérieuses lorsqu’il était humain, puis, après sa transformation, une sorte de frénésie s’était emparée de lui. Il avait mentionné au passage une relation qui avait un peu compté avec une vampire, mais ils avaient rompu quelque temps avant moi. Nous n’avions jamais abordé le sujet en détail, car cela ne me paraissait pas si important.

Mais, désormais, alors que cette ex se tenait devant nous, ses yeux bruns presque noirs rivés sur Jack, je regrettais de ne pas avoir posé plus de questions. Elle prit une profonde inspiration par le nez et battit des paupières.

— Salut, Jack, dit-elle.

Jack s’empressa de sourire au lieu de rester bouche bée devant elle.

— Euh, salut. (Il se racla la gorge.) Qu’est-ce que tu, euh, qu’est-ce que tu fais ici ? Tu connais Bobby ?

— Bobby ? C’est lui, l’humain ? demanda-t-elle avec un rire méprisant. Vraiment, Jack, tu me connais mieux que ça. J’ai cessé toute amitié avec les humains depuis que je suis vampire.

Jack se passa la main dans les cheveux. Le stress le gagnait de plus en plus.

— Eh bien, tu sais, on ne s’est pas adressé la parole depuis six ou sept ans, voire davantage.

Je jetai un coup d’œil à Jack. Nous nous étions rencontrés six ans auparavant, au printemps, ce qui signifiait qu’ils venaient juste de rompre à l’époque.

— À qui la faute ? lâcha-t-elle en me scrutant par-dessous ses longs cils avant de m’accorder tout son intérêt. Désolée, nous n’avons pas été correctement présentées. Je m’appelle Aïsha Moore.

— Alice Bonham, répliquai-je avec un léger sourire.

Lorsqu’elle tendit sa main fine et délicate, telle une reine en attente d’un baiser sur ses bagues, je la serrai avec courtoisie.

— Ma petite-amie, précisa Jack en m’enlaçant davantage. Ma fiancée, même.

Peter, qui s’attardait à nos côtés en sirotant son cocktail de sang tandis que la tension montait, nous observait désormais Jack et moi avec un air d’approbation étonnée.

Aïsha fit claquer sa langue et se tourna de nouveau vers Jack.

— Tu m’as dit que tu n’étais pas sûr de vouloir t’impliquer de façon sérieuse.

— Non, j’ai précisé que je n’étais pas certain de désirer une histoire sérieuse avec toi, rectifia-t-il d’un ton glacial.

Elle s’esclaffa.

— Oh, Jack, ne t’inquiète pas. C’était il y a des lustres. Quand on sortait ensemble, j’étais vampire depuis à peine deux ans. J’ignorais tout de la vie et en aucun cas je n’étais prête pour un truc sérieux.

— Oui, on était jeunes tous les deux, reconnut Jack avec un petit rire gêné.

Aïsha semblait avoir environ vingt-cinq ans, et, si sa transformation remontait à peu de temps avant sa rencontre avec Jack, elle était encore assez jeune. Du moins en termes vampires.

— Alors, Aïsha, que fais-tu dans les parages ? s’enquit Peter de la voix lasse et blasée dont lui seul possédait le secret.

— J’ai parcouru l’Europe récemment, et j’ai entendu par hasard qu’un vampire Townsend se mariait, expliqua-t-elle avec un haussement d’épaules. J’ai songé que c’était peut-être Jack, et je n’allais pas rater cette occasion de dire adieu à mon premier amour.

Jack se frotta la nuque.

— Je n’étais pas ton premier… quoi que ce soit.

— Tu as été mon premier véritable petit ami vampire. (Elle esquissa une moue sexy, telle une pâle imitation de Marilyn Monroe.) C’est le genre de souvenirs qu’une fille n’oublie pas.

— Tu comptais ravir Jack et filer en douce ? l’interrogea Peter sans détour.

La jalousie s’empara de moi l’espace d’un instant. Il s’agissait d’un instinct de possession primitif, qui me brûla les veines, mais que je parvins à réprimer avant de plaquer un sourire sur mon visage. Jack m’aimait, il m’avait choisie autant que je l’avais choisi, et une fille surgie de son passé ne pouvait rien y changer.

— Non, bien sûr que non, lâcha-t-elle dans un bruyant éclat de rire. Je vous l’ai dit, j’ai tourné la page. J’avais juste envie de voir comment tu te portais et de m’assurer que tu menais une vie épanouie.

— C’est le cas, lui certifia Jack.

Je sentis son bras se détendre autour de ma taille ; pas complètement, mais j’étais moins serrée. Il se redressa, reprit son assurance habituelle et me sourit.

— Je suis très heureux, en réalité, ajouta-t-il. Et toi ? lui demanda-t-il en reportant son attention sur elle.

— Je n’ai pas à me plaindre, répliqua-t-elle avec un sourire timide. La vie après la mort m’a gâtée.

— Je suis vraiment ravi de l’apprendre, dit Jack d’un ton sincère.

— Pour moi aussi, tout roule, intervint Peter d’une voix sèche. Enfin, si cela vous intéresse.

Aïsha lui adressa un rictus moqueur.

— Tu as toujours été très drôle, Peter.

— Et toi, tu as toujours été… (Il s’interrompit pour boire une longue gorgée.) Alors, qu’as-tu fait de beau pendant toutes ces années, Aïsha ? Tu t’accroches encore à des vampires fortunés et esseulés ?

Le sourire d’Aïsha se crispa, et elle le fusilla du regard.

— Non, pas du tout. (Elle prit une profonde inspiration et secoua la tête.) Non, je n’ai plus besoin de me défendre face à toi. Je l’ai peut-être fait pendant toute la période où je fréquentais Jack, mais désormais je ne suis plus avec lui.

— En effet, et depuis belle lurette, rétorqua Peter. Ce qui nous amène à nous demander ce qui t’a poussée à venir.

— Je me suis déjà justifiée, répliqua-t-elle d’un ton sec. Je voyageais dans le coin. Pour le travail, à vrai dire, même si cela ne te regarde pas, et j’avais simplement envie de vous saluer.

— Qu’est-ce que tu fais, maintenant, comme boulot ? s’enquit Jack pour faire retomber la tension.

— Je bosse au sein d’une structure vampire, j’aide ceux qui viennent de se transformer à s’acclimater et à vivre de façon paisible, précisa-t-elle, ses yeux furieux encore rivés sur Peter.

— Ça a l’air sympa, commentai-je.

Elle me dévisagea comme si elle avait oublié ma présence, et je soupçonnai que c’était le cas.

— J’ai toujours souhaité donner à la communauté.

À ces mots, Peter partit d’un petit rire méprisant. Un silence gênant s’installa, alors Jack finit par prendre la parole :

— Oui, c’est super.

— Donc, si je comprends bien, il s’agit d’une union entre un vampire et un humain ? demanda-t-elle avec un haussement de sourcils sceptique.

— Oui, confirma Jack. Ils sont ensemble depuis un moment.

— Hum. (Elle se retourna pour reluquer l’un des collègues de Milo qui passait avec d’autres.) Selon mon expérience, les humains ne sont bons que pour une chose. Et ce n’est pas l’amour, ni le mariage, précisa-t-elle en nous adressant un sourire de prédatrice.

Je me crispai, et Jack resserra son étreinte, pour protéger Aïsha cette fois.

— Ce fut un plaisir de prendre de vos nouvelles à tous, sincèrement, dit-elle avec un large sourire comme si nous étions de vieux amis, mais je ne dois pas tarder et je voudrais saluer Mae en vitesse.

— Bonne continuation, répondit Jack sans aucune chaleur.

Elle avança, puis jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et laissa son regard s’attarder sur lui. Ensuite, elle se retourna et traversa la piste d’un pas nonchalant. Elle ne s’arrêta pas, comme si elle s’attendait à ce que tous les invités s’écartent sur son passage. Ce qu’ils firent, force était de le reconnaître.

— OK, je n’ai strictement rien compris à ce qui vient de se produire, avoua Jack quand elle fut hors de portée de voix. C’était vraiment bizarre.

— Pour le moins étrange, renchérit Peter qui scrutait d’un air mauvais la silhouette qui s’éloignait. Et, quoi qu’Aïsha manigance, je vous garantis que ce n’est pas bon.

— J’ignorais que tu avais eu une histoire importante avant moi, fis-je remarquer à Jack.

— Ce n’était pas si sérieux que ça, protesta-t-il. Franchement. Tu vois, c’est pour ça que c’est si louche. On était seuls tous les deux, on s’ennuyait, et on a traîné ensemble quelque temps. Elle a refusé que cela devienne plus sérieux, alors j’ai rompu.

— Une croqueuse de diamants, oui, rectifia Peter. Elle voulait se faire passer la bague au doigt pour mettre la main sur l’argent d’Ezra.

Jack se massa les tempes et me dévisagea.

— Désolé pour tout ça. Tu n’es pas fâchée, n’est-ce pas ?

— Non, bien sûr que non, le rassurai-je. Pourquoi le serais-je ? Tu ne l’as pas invitée, et tu es sorti avec elle il y a longtemps, avant de me connaître. C’est du passé.

— Bien. (Il me déposa un baiser sur la tempe.) Parce que tu n’as aucune raison de t’inquiéter. Tu es la seule que je désire, pour le reste de ma vie.

 

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