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Chapitre 57
Je me précipitai dans le tunnel en premier, Peter sur mes talons. Je ne savais pas où me diriger, mais la plupart des passages étaient plongés dans le noir, sauf un où luisait une légère lumière blanche. Suivre cette voie me mènerait sûrement à Liesel et Jack.
Le souterrain serpentait et s’enfonçait dans la montagne ; les murs se faisaient plus étroits et l’air plus froid, mais le terrain commençait à s’incliner vers le haut, vers le sommet. L’odeur de moisi et de décomposition était très présente… jusqu’à ce que j’en distingue une autre, métallique, familière, douce comme du miel.
C’était le sang de Jack. On était sur la bonne piste.
La galerie déboucha enfin sur une pièce en forme de gros cylindre qui me rappela celle d’un clocher, et je perçus d’où venait la faible lumière blanche. Il y avait un trou dans le plafond, un grand cercle qui ouvrait sur la lune et les étoiles.
La tour possédait deux escaliers de chaque côté, comme une double hélice. Tout en haut, où ils se rejoignaient à quelque dix mètres au-dessus de nous, se trouvait un palier. Là, encadré par deux gardes vampires imposants, trônait un énorme morceau de bois dont les bords bruts donnaient l’impression qu’on l’avait prélevé dans le tronc d’un séquoia.
C’est là qu’était Jack, directement éclairé par la lune. Il avait les mains attachées au-dessus de la tête, un clou planté dans ses liens pour les maintenir en place, ainsi qu’un autre pieu au niveau des chevilles. Du sang et de la sueur coulaient sur son torse nu, et sa tête tombait en avant.
— Jack ! criai-je, mais il ne réagit pas.
Lorsqu’elle me vit, Liesel ricana. Elle se tenait au milieu des marches côté ouest. Elle avait amorcé sa descente au moment où nous étions entrés dans la pièce, mais elle accélérait le pas. Peter monta l’autre escalier en courant, où il devrait affronter les deux molosses qui surveillaient Jack, tandis que je restai en bas pour faire face à Liesel.
— As-tu une idée de mon âge ? demanda-t-elle en avançant vers moi.
— Non, et ça ne m’intéresse pas vraiment, répliquai-je.
Je m’efforçai de garder le regard sur elle, mais jetai tout de même plusieurs coups d’œil à Peter qui bondissait vers l’étage.
— Ça fait cinq-cent-trente-huit ans que je suis en vie. (L’air absent, elle toucha ses longs cheveux blonds alors que sa cape traînait sur les marches derrière elle.) Et, pendant près de cinq siècles, j’ai consacré la majeure partie de mon temps à chercher un moyen de ranimer mon père, de le ramener pour qu’il règne sur notre espèce comme il en avait toujours eu l’intention. Sais-tu combien il est difficile de trouver un bateau vide ?
— Jack n’est pas vide, rétorquai-je sur un ton féroce. Il a un cœur, un cerveau et de la passion. Ce n’est pas une simple coquille dans laquelle tu peux jeter ton père.
Liesel laissa échapper un gloussement macabre.
— Sur ce point, nos avis divergent. Il correspond exactement à mes besoins, et j’ai hâte de gouverner à ses côtés.
— Eh bien, navrée de t’apprendre que tu devras encore patienter quelques années, lui indiquai-je alors qu’elle arrivait au pied de l’escalier.
Elle s’approcha de moi, et son sourire s’élargit.
— Je ne vais pas te laisser filer d’ici avec lui. Il m’appartient, désormais.
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