Correspondance - Tome IV
George Sand à Gustave Flaubert ........................... 67
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 35 parties.
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Quant à Aïssé, j’ai le plus grand espoir.
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– 169 –
Comme ta bonne-maman va s’ennuyer à Croisset ! Ar-range-toi pour qu’elle n’y reste pas longtemps. Dans toutes ses lettres, elle me talonne pour revenir. – Sans songer que j’ai des affaires qui me forcent à rester à Paris. Ainsi, depuis que je suis levé, j’ai corrigé trois épreuves. Et après mon dé-jeuner, je vais aller à l’imprimerie. – J’espère toujours pa-raître vers la fin d’octobre ? Mais il ne faut pas perdre de temps.
Adieu, mon pauvre Caro chéri. – Fais mes amitiés à Er-nest. Dis, de ma part, à Mme Winter tout ce que tu pourras trouver de plus aimable.
Je t’embrasse bien fort et très tendrement.
Ton vieux bonhomme en baudruche.
GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT
[Paris,] mercredi matin [8 septembre 1869].
Je te renvoie ton cachepif que tu as laissé dans le sapin. C’est bien demain jeudi que nous dînons ensemble ? J’ai écrit au gros Marchal de venir aussi chez Magny.
Ton troubadour.
G. SAND.
– 170 –
À PHILIPPE LEPARFAIT
[Paris,] jeudi matin [9 septembre 1869].
Tu m’en demandes plus que je n’en sais.
J’ai supplié, par deux fois, d’Osmoy de venir cette se-maine et de m’avertir du jour et de l’heure. Il m’a simple-ment répondu qu’il viendrait à la fin de la semaine.
Comme, à partir de lundi prochain, je n’aurai plus un meuble chez moi, je m’en irai à Saint-Gratien. – Mais je viendrai presque tous les jours à Paris. D’ailleurs mon do-mestique m’y fera tous les matins une visite pour m’apporter les lettres et les épreuves. Écris-moi donc boulevard du Temple, jusqu’à nouvel ordre.
J’accepte le silence de Préault et je t’en remercie.
Ton Vieux.
J’ai donné hier au Moniteur Sombre amour.
– 171 –
À GEORGE SAND
[Paris, 12 septembre 1869.]
Nous avons, ou plutôt, j’ai encore oublié Mme Espinasse ! collez ce nom-là à votre glace. Pour que la commission soit faite quand vous reviendrez.
Quelle bonne soirée que celle d’hier, n’est-ce pas ?
À bientôt. Et mille tendresses de votre vieux troubadour.
Dimanche matin.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris, 18 septembre 1869.]
C’est bien mal de répondre par un court billet à ta bonne lettre, ma chère Caro. Nous causerons plus longuement la semaine prochaine. Car mon intention est d’aller te voir sa-medi prochain. – Réponds-moi pour me dire si ça t’arrange.
Je ne peux pas m’absenter de Paris plus de cinq ou six jours tout au plus. Il faut que j’aille chez ta cousine Juliette. Veux-tu que je commence par elle ? J’irais y passer le di-manche ?
– 172 –
Je t’embrasse comme je t’aime, c’est-à-dire bien fort.
Ton vieil oncle.
Samedi matin.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris, 21 septembre 1869.]
Oui ! mon loulou, mon intention est de prendre samedi l’express de l’après-midi. – Et d’arriver chez toi avec notre pauvre vieille.
J’enverrai rue de Clichy les meubles dont je n’ai pas be-soin.
Amitiés à Ernest.
Et à toi bons baisers de
VIEUX.
Mardi.
– 173 –
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] vendredi, 1 heure [24 septembre 1869].
Mon Carolo,
Je suivrai tes premiers conseils, c’est-à-dire que j’irai demain coucher à Ouville. – Je viens de l’écrire à ta cousine.
Comme les Bonenfant ne me paraissent pas près de ve-nir, garde ta grand-mère quelques jours encore, puis elle ira à Ouville, – à moins qu’elle ne veuille venir avec moi de-main, et repartir avec moi lundi. Car je compte coucher dans « ta délicieuse villa » lundi.
J’arriverai demain par l’express qui part de Paris à 1 heure. – Conséquemment, je serais fort désappointé si je ne trouvais pas vos binettes à la gare, en descendant de wa-gon à 4 h 50 mn.
Je t’embrasse tendrement d’ici là.
Ton vieux ganachon.
À JEAN CLOGENSON
[Paris, 24 septembre 1869.]
Cher et vénérable Ami,
– 174 –
Je vous suppose revenu à Rothomagus. Moi, hélas, je ne suis pas encore installé au parc Monceau ! J’espère, cepen-dant, y pouvoir coucher dans une huitaine de jours. C’est là que j’attendrai votre Aïssé ! Mais rien ne presse encore. La pièce de notre pauvre Bouilhet ne sera pas mise en répéti-tion avant le Jour de l’An, à moins que celle de Mme Sand ne tombe à plat.
J’ai reçu vos vers. – Et je vous en remercie, derechef, en vous embrassant comme je vous aime, c’est-à-dire très fort.
Vendredi.
À NOËL PARFAIT
[Paris, septembre 1869.]
Cher Ami,
Les trois fautes de style que vous m’indiquez…
À MICHEL LÉVY
[Paris, septembre 1869.]
Feuille 27, p. 426…
– 175 –
À MICHEL LÉVY
[Paris, septembre 1869.]
J’ai enlevé, p. 19 « s’arrêtant tous les deux », supprimé un eh à « eh non ».
[P.] 31, plus sombre, plus malveillant, plus irascible me semble bien lourd ! Laissez comme ça est.
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J’ai trois corrections inutiles. Il y a donc trois gribouillis que je vous prie de surveiller.
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J’ai supprimé, p. 18, 2 lignes, inutiles. J’avais d’ailleurs un et puis qui était une répétition et qui m’embarrassait.
P. 24, c’est bien tombac et non tabac. On fume du tom-bac dans les narguilehs et ne mettez pas d’italique. Ça aurait l’air trop prétentieux.
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P. 32, fourni (ajouté par vous) multiplie les i. Il n’y en a que trop dans cette phrase : apprit, sorti, Pélagie. Est-ce que la phrase n’est pas claire avec n’ayant, tout seul ?
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– 176 –
J’ai mis plusieurs blancs, qui me paraissent indispen-sables.
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Envoyez-moi les épreuves avant 1 heure. De cette fa-çon-là, j’aurai le temps de les corriger « dans le silence du Cabinet ». – Et je vous les apporterai avant 6 heures.
J’en attends demain, que je donnerai à votre jeune homme lundi, quand il apportera les autres.
Tout à vous, cher ami.
Vendredi, 5 h 1/2
À MICHEL LÉVY
[Paris, septembre 1869.]
J’ai enlevé plusieurs tout à coup, merci !…
À MICHEL LÉVY
[Paris, septembre 1869.]
P. 106. Je ne comprends pas votre remarque…
– 177 –
À JULES TROUBAT
Croisset, près Rouen, samedi matin
[25 septembre ? 1869].
Mon cher Ami,
Un entrefilet de journal me donne des inquiétudes sur la santé de notre maître.
Qu’y a-t-il de vrai ?
Je vous prie de me répondre poste pour poste, et de me donner des détails.
Mille remerciements d’avance, et à vous.
À IVAN TOURGUENEFF
[Paris,] jeudi [septembre-octobre 1869 ?].
Je croyais que j’allais avoir de vraies nouvelles de mon vieux Tourgueneff, c’est-à-dire une gigantesque épître, en compensation de son silence prolongé depuis bientôt six mois. Mais non ! il m’oublie, ce n’est pas gentil.
Moi, je n’ai rien à lui dire. Ma vie est de moins en moins gaie. Elle est même abominablement triste, et je travaille comme trente-six millions de nègres.
– 178 –
Nonobstant, j’embrasse ledit vieux avec tendresse.
Son
AU DOCTEUR JULES CLOQUET
[Paris,] samedi 2 octobre [1869].
Hélas ! cher bon Ami, je ne puis réaliser le rêve que j’avais fait. Il m’est impossible cet automne d’aller chez vous à Lamalgue. Mon roman, que je croyais pouvoir publier à la fin de ce mois, ne paraîtra pas avant le 15 novembre, et cela grâce à l’intéressant Troppmann. Les ouvriers-imprimeurs désertent les imprimeries pour les journaux, dont quelques-uns se sont tirés jusqu’à 500 mille exemplaires. Il y a depuis quinze jours un paroxysme de stupidité dans le public ! Cela dépasse tout ce qu’on a vu, jusqu’à présent.
J’ai eu aussi, et j’ai encore, de petits ennuis, fort nom-breux, relativement à ma mansarde du parc Monceau. Comme tout est difficile, cher ami ! Comme la vie est com-pliquée !
J’ai été la semaine dernière à Dieppe passer trois jours chez Caroline, et maintenant je suis à Saint-Gratien chez la princesse Mathilde pour quatre ou cinq jours encore.
Avez-vous beau temps là-bas ? Ici la pluie tombe à tor-rents. Voilà l’hiver. Tant mieux puisque c’est la saison où l’on se retrouve.
– 179 –
Quand revenez-vous à Paris ? Je vous embrasse, comme je vous aime, cher vieil ami, c’est-à-dire très tendrement.
Votre
Rue Murillo, 4, parc Monceau.
À JULES TROUBAT
[Paris,] samedi matin [3 octobre ? 1869].
Vous êtes bien aimable, cher Ami, de m’avoir envoyé des nouvelles du maître. Elles me rassurent tout à fait. Phi-lipps a trouvé le joint.
Néanmoins, je compte sur votre bonne volonté de temps à autre.
Donnez de ma part, à celui que nous aimons, une bonne poignée de main, et croyez-moi tout à vous.
J’ai trouvé ma mère vieillie. Sa santé ne me donne pas d’inquiétude immédiate, mais… ?
– 180 –
À EUGÈNE CRÉPET
[Paris,] mardi, 2 heures [5 octobre 1869].
Comment ? votre père ! mon pauvre ami, j’ai passé par là. C’est dur et je vous plains.
Le billet de faire-part m’arrive à l’instant. Voilà pourquoi vous ne m’avez pas vu à vos côtés.
Je suis très souffrant. Dès que je pourrai sortir, j’irai chez vous.
Je vous embrasse bien tendrement.
Votre
GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT
Paris, mardi [5 octobre 1869].
Où es-tu à présent, mon cher troubadour ? Je t’écris en-core boulevard du Temple mais peut-être as-tu pris posses-sion de ton délicieux logement. Je ne sais pas l’adresse, bien que j’aie vu la maison, le local et la vue. Moi, j’ai été deux fois dans les Ardennes et dans 8 ou 10 jours, si Lina ou Mau-rice ne viennent pas à Paris comme ils en ont la velléité, je repartirai pour Nohant, il faut donc se rejoindre et se revoir.
– 181 –
Me voilà un peu sfogata de mon besoin de courir, et en-chantée de ce que j’ai vu. Dis-moi quel jour, excepté demain mercredi, tu peux me donner, pour dîner avec moi chez Ma-gny ou ailleurs avec ou sans Plauchut, avec qui tu voudras, pourvu que je te voie et que je t’embrasse.
Ton vieux camarade qui t’aime.
G. SAND.
À JULES TROUBAT
[Paris, 10 octobre 1869.]
Mon cher Ami,
Vous seriez bien aimable de m’envoyer un mot pour me dire comment va maintenant notre maître.
Je ne pourrai pas aller chercher de ses nouvelles moi-même avant le milieu de cette semaine.
Tout à vous.
4, rue Murillo, parc Monceau.
Dimanche 10 octobre.
– 182 –
GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT
[Paris,] lundi soir [11 octobre 1869].
J’ai vu ce soir Chilly qui a très peur que tu ne lui retires Haïssé [sic]. Il m’a chargé [sic] de plaider sa cause et je la trouve bonne, sa cause. J’avais de lui un engagement que j’aurais rompu si tu l’eusses exigé, que je romprai encore si tu le veux. Il n’y a pas d’intérêt qui tienne devant l’amitié. Si j’avais été jouée le mois prochain, tu avais tout le printemps pour Aïssé (je crois qu’il n’y a pas d’H). Mais Le Bâtard a du succès, et on ne peut pas le pousser dehors pour prendre sa place. Il nous poussera, nous, jusqu’en décembre, je ne parle pas du Latour-Saint-Ybars qui n’ira, dit-on, que 8 jours. Enfin il est certain que je serai jouée fin décembre ou les premiers jours de janvier. Je peux ne pas durer plus longtemps que le Saint-Ybars, on ne sait jamais rien de la chance. Alors on se hâterait de monter Aïssé et elle arriverait en février. Mais supposons que j’aie un succès, janvier, février, mars. C’est beaucoup. Tu arriverais en avril, tu aurais avril, mai et juin, ce qui est beaucoup aussi. L’Odéon n’est pas forcé de fer-mer. Quand ils tiennent un succès, ils ne font pas la bêtise de La Rounat qui a fermé Villemer sur 3 000 fr de recette, parce qu’il avait envie d’aller à la campagne. D’ailleurs, depuis La Rounat, les habitudes parisiennes se sont encore modifiées. On ne quitte plus Paris qu’en plein été et on n’y revient plus qu’en plein hiver. Villemer a été joué en mars et aurait pu al-ler jusqu’en juillet. Et puis, qu’est-ce que ça fait d’être inter-rompu avant la 100e ? La reprise est meilleure, et après la bêtise de La Rounat Villemer a encore eu plus de 100 représentations. Il n’est pas de l’intérêt des directeurs de lâcher un succès, et Chilly n’est pas une bête. C’est un homme de parole et s’il te promet une bonne et prompte re-
– 183 – prise, il tiendra. Ne porte donc pas la pièce aux Français. C’est une pétaudière dont tu n’as pas d’idée et où le nom de Bouilhet n’est pas vénéré comme il l’est à l’Odéon. Et puis Berton ! c’est le seul acteur sympathique et pénétré. Je sais que tu as rendez-vous avec Chilly mercredi, veux-tu aupara-vant passer chez moi ?
Tu étais souffrant l’autre jour, es-tu mieux, cher ami de mon cœur ?
Ton vieux camarade.
À MAXIME DU CAMP
[Paris,] mercredi 13, 11 heures du soir [octobre 1869].
Sainte-Beuve est mort tantôt à 1 heure et demie son-nant. Je suis arrivé chez lui, par hasard, à 1 h 35.
Encore un de parti ! La petite bande diminue ! Les rares naufragés du radeau de la Méduse disparaissent !
Avec qui causer de littérature, maintenant ? Celui-là l’aimait. Et bien que ce ne fût pas précisément un ami, sa mort m’afflige profondément. Tout ce qui, en France, tient une plume, fait en lui une perte irréparable.
***
Ton vieux Caraphon n’est pas gai !
– 184 –
***
J’ai, à propos d’Aïssé, des embêtements graves. Latour-Saint-Ybars surgit avec un traité et force l’Odéon à le jouer avant la mère Sand. Or, comme Le Bâtard fait de l’argent, et que L’Affranchi ne sera pas représenté avant le commence-ment de décembre, cela rejette Aïssé je ne sais quand. Rien n’est encore absolument décidé. Mais je suis contrarié à cause du petit Philippe.
Le retard de la pièce entraîne celui du volume de vers, etc., etc. Quoique je n’aie rien à te dire, j’éprouve un besoin démesuré de te voir et d’embrasser mon vieux Max.
Amitiés au Major ; tendresses au Mouton.
Ton
Rue Murillo, 4, parc Monceau.
GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT
[Paris,] mercredi soir [13 octobre 1869].
On n’enterrera notre pauvre ami qu’après-demain. On me fera savoir où et à quelle heure il faut se rendre, je t’avertirai par télégramme.
– 185 –
J’ai vu deux fois aujourd’hui les directeurs. Ce matin il était convenu avec Duquesnel qu’on ferait une tentative au-près de Latour-Saint-Ybars. Je cédais mon tour à Aïssé, je ne venais qu’en mars. Ce soir, j’y suis retournée, Chilly ne veut pas , et Duquesnel, mieux renseigné que ce matin, regarde la démarche comme inutile et nuisible. J’ai allégué alors mon traité, mon droit. La belle chose que le théâtre ! Le traité de M. Saint-Ybars prime le mien. On avait compté que Le Bâ-tard durerait 15 jours et il durera 40 jours encore. Latour-Saint-Ybars nous précède donc et je ne peux pas céder mon tour à Aïssé sans être remise à l’année prochaine ce que je ferai si tu le veux mais ce qui me serait bien préjudiciable, car je suis endettée avec la revue et j’ai besoin de remplir ma bourse.
Dans tout cela, les directeurs sont-ils des coquins ? Non, mais des maladroits qui ont toujours peur de manquer de pièces et qui en reçoivent trop, dans la prévision qu’elles n’auront pas de succès. Les succès arrivant, si les auteurs engagés se fâchent, il faut plaider. Je n’ai pas le goût des dis-putes et des scandales de coulisses et de journaux ; et tu ne l’as pas non plus. Quel serait le résultat ? de faibles indemni-tés et beaucoup de bruit pour rien. Il faut une patience à toute épreuve. Je l’ai, et je te répète que si tu as un vrai cha-grin de ce retard, je suis prête à me sacrifier.
Sur ce, je t’embrasse et je t’aime.
G. SAND.
– 186 –
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] jeudi, 10 heures [14 octobre 1869].
Mais, mon pauvre loulou, je ne t’ai pas écrit parce que je ne savais pas si tu étais à Saint-Martin ou à Neuville ? Est-ce que je ne t’ai pas envoyé, de chez la Princesse, une lettre à Saint-Martin ?
Crois-tu que je n’aie pas pensé à toi depuis quinze jours, pauvre chérie ? Est-ce supposable ? –
Accepte donc mes excuses, et mes remerciements, chère Madame, pour la délicieuse hospitalité, etc.
Je ne suis pas gai ! Sainte-Beuve est mort hier, à 1 heure et demie de l’après-midi. Je suis arrivé chez lui comme il ve-nait d’expirer. – Quoique celui-là ne fût pas un intime, sa disparition de ce monde m’afflige profondément. Le cercle des gens avec lesquels je peux causer se rétrécit. La petite bande diminue, les rares naufragés du radeau de la Méduse s’anéantissent. J’avais fait L’Éducation sentimentale, en partie pour Sainte-Beuve. Il sera mort sans en connaître une ligne ! Bouilhet n’en a pas entendu les deux derniers chapitres. Voi-là nos projets ! L’année 1869 aura été dure pour moi ! – Je vais donc encore me trimbaler dans les cimetières ! – Cau-sons d’autre chose.
Je t’engage, mon Carolo, à faire à Paris un voyage où tu régleras ton emménagement, puis à revenir à Croisset. Au-trement, tu vas rester un temps infini à l’hôtel où tu te man-geras le sang .
– 187 –
Messieurs les ouvriers de Mulhouse étant en grève, je n’aurai que dans un mois l’étoffe qu’il me faut pour mes ri-deaux, mes portières, deux fauteuils, et un canapé-lit. Quant au reste, ce sera prêt à la fin de l’autre semaine ! Espérons-le.
Mon roman paraîtra, à ce que dit l’imprimeur, à la fin de ce mois. Mais je n’en crois rien. S’il paraît le 10 ou le 12 novembre, on aura le temps de le lire avant l’ouverture de la Chambre. Tu n’imagines pas comme il m’intéresse peu ! Ce que je voudrais, ce serait d’être à Croisset, tranquil-lement, entre toi et notre pauvre vieille, à travailler Saint An-toine. Tel est mon caractère.
Il m’ennuie de ta gentille personne et de ta spirituelle compagnie.
Deux bécots sur tes bonnes joues.
Ton vieil oncle.
N.B. Fais-moi le plaisir de m’acheter chez Vanieri 12 boîtes des fameuses pastilles. Elles ont eu un tel succès chez la Princesse que je suis contraint, par le savoir-vivre, à en faire des générosités.
P.-S. Ne pas donner la commission au consul de Tur-quie, parce qu’il l’oublierait.
– 188 –
Embrasser de ma part ledit agent diplomatique.
À JULES CLAYE
[Paris, 14 octobre 1869.]
Monsieur,
Vous avez promis à Michel Lévy (me l’a-t-il dit, lui-même) que mon roman pouvait paraître à la fin de ce mois. Mais il me semble que cela est inexécutable, puisque nous n’avons plus que deux semaines. N’y aurait-il pas moyen de pousser les ouvriers le plus possible ? Vous me rendriez, Monsieur, un très grand service, si vous pouviez faire en sorte que L’Éducation sentimentale fût livrée au public vers le 8 ou le 10 novembre.
On aurait alors le temps de la lire et d’en parler dans les journaux avant l’ouverture de la Chambre ; autrement, la po-litique va prendre toute la place et on ne s’occupera plus de mon pauvre bouquin !
Pour activer les choses, je vais tous les jours chez Lévy corriger l’épreuve. Je peux en corriger tant que vous en en-verrez.
Je compte, Monsieur, sur l’obligeance qui vous est habi-tuelle envers les gens de lettres, et vous prie d’agréer l’assurance de toute ma considération.
– 189 –
Rue Murillo, 4, parc Monceau.
14 octobre 69.
À GEORGE SAND
[Paris, 14 octobre 1869.]
Chère Maître,
Non ! pas de sacrifices ! tant pis ! Si je ne regardais les affaires de Bouilhet comme miennes absolument, j’aurais accepté tout de suite votre proposition. Mais : 1° c’est mon affaire ; 2° les morts ne doivent pas nuire aux vivants.
La Féerie, le volume de vers, d’autres œuvres encore dépendent du succès de la première d’Aïssé. N’importe, à la grâce de Dieu !
Mais j’en veux à ces messieurs, je ne le cache pas, de ne nous avoir rien dit du Latour-Saint-Ybars. Car ledit Latour est reçu depuis longtemps. Pourquoi n’en savions-nous rien ?
Bref, que Chilly m’écrive la lettre dont nous sommes convenus mercredi. – Et qu’il n’en soit plus question.
Il me semble que vous pouvez être jouée le 15 décembre, si L’Affranchi commence vers le 20 novembre ? Deux mois et demi font environ 50 représentations ; si vous les dépassez, Aïssé ne se présen-tera que l’année prochaine.
– 190 –
J’ai bien peur que Berton ne soit fatigué au mois de mars ?
Donc c’est convenu ! puisqu’on ne peut pas supprimer Latour-Saint-Ybars, vous passerez après lui. Et Aïssé ensuite, si je le juge convenable.
Nous nous verrons samedi, à l’enterrement du pauvre Sainte-Beuve. Comme la petite bande diminue ! Comme les rares naufragés du radeau de la Méduse disparaissent !
Mille tendresses de votre
À PHILIPPE LEPARFAIT
[Paris, 14-15 octobre 1869.]
4, rue Murillo, parc Monceau.
Mon cher Enfant,
Voici ce qui arrive :
L’Odéon n’avait pas compté sur Le Bâtard, qui est un succès, et qui sera joué jusqu’à la fin de novembre. Mme Sand devait passer après, et elle s’y attendait, quand, tout à coup, surgit Latour-Saint-Ybars avec un traité antérieur qui prime celui de George Sand. Celle-ci réclame, etc., etc., rien n’y fait.
– 191 –
Voilà deux jours que je passe en marches et en dé-marches, et dans une belle fureur, je te prie de croire.
Mme Sand m’a offert, par écrit, de me céder son tour, mais l’Odéon ne veut pas deux pièces en vers l’une après l’autre.
Chilly dit que L’Affranchi sera joué tout au plus 8 fois. Duquesnel dit 20. C’est une pièce qui leur a été imposée. Je le sais par le ministre d’État. Latour-Saint-Ybars a traîné Doucet dans la fange. Il leur a fait peur. Bref ils sont forcés de le jouer.
Donc la mère Sand passera le 15 décembre. Du 15 décembre au 28 février, cela fait 70 représentations. Je doute, entre nous, moi qui connais la pièce, qu’elle aille jusque-là… Mais enfin ça peut en avoir 100. Alors Aïssé se trouverait rejetée en avril, ce qui est inadmissible.
Que faire ? La porter aux Français ? Mais nous ne serons pas joués cette année, et aux Français nous n’aurons ni Ber-ton ni Beauvallet !
J’ai pris conseil de Doucet, de Deslandes et de mon petit Duplan, et voici ce qui est convenu (voir ci-inclus la lettre de Chilly – je garde l’original).
J’attends ta réponse pour la transmettre à Chilly.
Je crois, mon cher enfant, qu’il faut en passer par là.
Je suis presque sûr qu’Aïssé peut être jouée en février, peut-être même à la fin de janvier car : L’Affranchi tombera
– 192 – et L’Autre, étant la même histoire que Le Bâtard, n’aura pas la vie longue.
Si tu acceptes la proposition de Chilly, ce à quoi je t’engage (car que faire, nom de Dieu !), je te conseille, lors de ton premier voyage à Paris, de lui prendre de l’argent. Tu pourras aussi en prendre chez Mme Porcher. Celui de l’Odéon est une avance à titre gratuit.
Au mois de janvier aura lieu la représentation pour le monument, qui sera splendide (la représentation). Nous au-rons des acteurs de l’Opéra et des Français.
La recette peut aller à 4 mille francs.
Ramelli étant libre, je vais m’occuper de la faire rentrer à l’Odéon (chose facile) pour jouer Mme de Tencin ou plutôt Mme Ferriol. Ce sera Page qui fera la Tencin.
Je vais tâcher aussi d’avoir Lia au lieu de Sarah Bernhardt, mais c’est difficile. Réponds-moi tout de suite,
Je t’embrasse.
Ton
On a offert de l’argent à Latour-Saint-Ybars pour être remis à plus tard ; il a tout refusé. C’est pour lui une question de vie ou de mort.
– 193 –
La mère Sand a été parfaite de franchise et de dévoue-ment. Tout vient de la bêtise de l’Odéon, car leur intérêt est de jouer Aïssé tout de suite. Ils le savent et se mordent les pouces ; ils maudissent Latour-Saint-Ybars et je ne serais pas surpris quand ils s’arrangeraient pour le faire tomber, ce qui se fera, sans doute, tout naturellement.
Lévy s’est chargé, formellement, avant-hier de parler de la Féerie à Félix.
Donc, cher enfant, il ne faut pas se chagriner.
Nous lui ferons de belles funérailles, sois-en convaincu !
Mais ton ami a bougrement ragé, à cause de toi, sur-tout !
À PHILIPPE LEPARFAIT
[Paris,] samedi, 9 heures du soir [16 octobre 1869].
« Un peu sèche » (ta lettre) ? Non ! pas assez roide. Nous ne risquons rien d’être rébarbatifs. Au contraire ! ils nous embêtent, emmerdons-les !
Donc ! Tu vas me recopier tout de suite la lettre destinée à être montrée, en faisant un autre préambule, en enlevant l’alinéa relatif à Duquesnel, en y intercalant ce que j’ai mar-qué d’une barre longitudinale dans l’autre lettre (celle sur papier bleu). Tu peux même insister davantage sur le tort
– 194 – pécuniaire que ça te fait. – Enfin, au mot avance, récrie-toi : « Parbleu ! J’en trouverai, chez Porcher, des avances ! Je remercie ces messieurs de me faire crédit », etc. Montre-toi très blessé. Cependant, que ta lettre soit dans des termes po-lis, et publiable au besoin. Fais l’éloge de Berton et trépigne légèrement les autres, pour montrer que lui seul nous im-porte, ce qui est vrai.
***
Je l’ai vu tantôt au convoi de Sainte-Beuve. Tu n’as pas l’idée de son exaspération. Il traite Chilly d’idiot. Il écume.
Ces MM. ont été (je le sais par lui) terrifiés de mon calme. J’ai bien pensé à les assommer. Mais ça aurait pu avoir des inconvénients, même pour la pièce.
Ils se mordent les pouces, ils sont très penauds.
***
Après tout, c’est peut-être un retard de 12 ou 15 jours, tout au plus ? Si les deux pièces qui nous précèdent allaient faire four, nous serions joués en février. Il est inouï, dans les fastes théâtraux, que trois pièces de suite aient du succès !
N’importe, ça me chagrine. Pour toi d’abord, et puis pour les autres publications.
Envoie-moi ce que j’attends illico.
Tout à toi.
– 195 –
Embrasse ta mère et qu’elle te le rende de ma part.
Ton
À JEANNE DE TOURBEY
[Paris,] rue Murillo, 4.
Samedi soir, minuit [16 octobre 1869].
« […] Votre cadeau est arrivé à temps ! Comme c’est gentil ce que vous avez fait là ! Il a dû en tressaillir dans son cercueil, comme d’une caresse dernière.
« […] Je croyais avoir pleuré toutes les larmes de mon cœur à l’enterrement de mon pauvre Bouilhet. J’en ai trouvé encore quelques-unes en arrivant tantôt devant la petite maison de la rue Montparnasse. Quelle foule ! » Flaubert évalue cette foule « de 20 à 30 mille personnes » ; il note que tous les amis étaient là, et que Troubat « était lamentable ».
« […] Ce roman que j’imprime, c’était spécialement pour lui que je l’avais fait. Car on écrit toujours en vue de quelqu’un. Pourquoi écrire maintenant ! pour qui faire de l’art ? avec qui causer des choses qui nous tiennent aux en-trailles ?
« […] Il me semble que la terre n’est plus peuplée que de pignoufs ! Une tristesse noire me submerge […]. »
– 196 –
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris, 17 octobre 1869.]
N’oublie pas, mon loulou, dès que tu sauras le jour de ton départ, de me prévenir, afin que nous dînions ensemble, et que je n’aie pas un autre engagement. Ainsi mercredi pro-chain, je ne suis pas libre.
Je vais donc revoir ta chère binette ! Tâche de faire prendre patience à notre pauvre vieille et embrasse-la de ma part, ainsi que mon beau neveu.
Vieux.
(Dimanche matin.)
N’oublie pas de m’apporter :
1° un de tes keepsake anglais rouge, celui, par exemple, où est l’histoire de l’homme au sable.
2° la mesure de ta chambre et de mon cabinet de toi-lette,
3° les pastilles,
4° LA FAMEUSE PELLLLLISSSE !
– 197 –
À PHILIPPE LEPARFAIT
[Paris,] mardi matin [19 octobre 1869].
Pourquoi n’ai-je pas la lettre que je te demande ? Tu as dû recevoir de moi un grand pli dimanche soir.
Je devais aller aujourd’hui à l’Odéon, rapporter ta ré-ponse. Il n’y a que demi-mal, car Chilly s’absente jusqu’à jeudi. Pourquoi ? Mystère. Je crois qu’il a peur de moi.
Je t’embrasse.
Ton.
Plus d’activité dans les affaires, fichtre !
GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT
[Paris,] jeudi matin [21 octobre 1869].
Nous partons, Lina et moi, samedi matin et jusque-là nous sommes toujours en course. Si tu voulais venir dîner avec nous vendredi chez Magny à 6 h, au moins on se dirait adieu. Tu serais libre à 9 h. Car on se couche comme les poules pour partir le lendemain de bonne heure. Qu’en dis-tu ?
Je t’aime de tout mon cœur.
– 198 –
À GEORGE SAND
[Paris, 21 octobre 1869.]
Chère Maître,
D’abord merci du coussin ! mais il est tellement miri-fique que je n’oserai pas y toucher. – L’impératrice de la Chine est seule digne de poser dessus sa tête ! et l’impératrice de la Chine ne vient pas dans mon humble asile ! triste ! triste !
Je n’avais pas besoin de ça pour penser à vous, maintes fois par jour, chère maître adoré [sic].
J’accepte l’invitation pour demain mais, puisque vous êtes en courses toute la journée, vous est-il indifférent de dî-ner ailleurs que chez Magny ? où je suis toujours malade et rébarbatif, il me semble ? D’ailleurs le souvenir de […]
[La fin de la lettre manque.]
À PHILIPPE LEPARFAIT
[Paris,] vendredi, 10 heures [22 octobre 1869].
Ta lettre est PARFAITE. Je vais la porter illico à l’Odéon et ce soir, quand je serai rentré chez moi, je t’écrirai.
– 199 –
Observe qu’il y a eu cette semaine deux réclames dans Le Figaro pour Aïssé, l’une mardi, l’autre hier (courrier des théâtres). Cela vient d’eux ! Ils se mordent les pouces et voudraient la crevaison de Latour-Saint-Ybars.
Je t’embrasse ainsi que ta brave maman.
GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT
[Paris, 22 octobre 1869.]
Impossible, cher vieux chéri. Brébant est trop loin, j’ai si peu de temps. Et puis j’ai donné rendez-vous à Marchal et à Berton chez Magny pour les adieux. Si tu peux venir, je serai bien heureuse et pourtant si cela doit te rendre malade, ne viens pas, je sais bien que tu m’aimes et je ne t’en voudrai de rien.
G. SAND.
À PHILIPPE LEPARFAIT
[Paris,] mardi matin [26 octobre 1869].
Publier les pièces anti-catholiques avant Aïssé me semble une idée déplorable ; c’est vouloir faire siffler la pièce par le parti catholique, et renouveler l’histoire de Gaetana. Quand on a besoin du Public, on ne l’irrite pas d’avance, ou
– 200 – du moins, on n’en irrite pas une portion considérable. 2° Ce serait déflorer le volume de poésies dont ces vers-là seront les plus remarqués.
Et puis qui est-ce qui s’occupe du concile !!! Quoi qu’en dise Delattre, cette publication serait dangereuse.
***
J’espère pousser à l’Odéon Le Cœur à droite et, cette se-maine, je vais entrer en pourparlers avec Raphaël pour la Féerie. C’est Lévy qui est notre intermédiaire. Il m’a prévenu que, probablement, Raphaël ne voudrait sur l’Affiche que mon nom et celui de B[ouilhet]. – Que faire dans ce cas-là ?
***
Chilly a été pris d’une espèce de spasme, à la lecture de ta lettre, qui était très bonne, et bien suffisante. Elle les a cinglés ; nous avions trouvé l’endroit sensible.
J’ai été, dans le dialogue, plus content de Duquesnel que de Chilly. – Il s’est même emporté contre toi de telle façon que je l’ai prié de se taire. Enfin, après avoir chicané et ba-taillé pendant une heure, pour en finir j’ai fait un rabais.
Alors il a été attendri, et j’ai cru que nous allions nous embrasser. Bref, nous nous sommes quittés les meilleurs amis du monde, si bien que je lui ai promis (sur sa prière) de ne te rien dire de son « mouvement de vivacité ».
– 201 –
Le dialogue a été beau, et la pantomime sublime. Je m’étais cuirassé de patience, dans la rue. Aussi n’ai-je pas perdu la boule. Mais j’ai vu le moment où tout allait se brouiller.
Veux-tu que je te dise le fond de mon opinion ? Aïssé se-ra jouée au mois de février. Le Bâtard (que j’irai voir moi-même un de ces jours) n’a pas la vie si longue qu’on dit. Ils font 1 500 francs. Latour-Saint-Ybars tombera, et L’Autre ne dépassera peut-être pas 50 à 60 représentations ?
***
Je ne sais pas encore quand j’irai à Croisset. Il faut que mon bouquin soit paru et que j’aie fait mes distributions d’exemplaires. Ce sera probablement dans le commence-ment de décembre, ou à la fin de novembre.
***
Quelles sont les pièces de vers mises en musique qu’on pourrait chanter à la représentation pour le monument ? (C’est à voir.) Elle aura lieu en janvier.
***
Quant à Achille, fais absolument ce que tu voudras. Va lui faire une visite et demande-lui, carrément, ce que tu lui dois. Je serais fort étonné s’il acceptait quelque chose.
Adieu, mon bon Philippe, tout à toi.
– 202 –
Ton vieux
Sois sûr que j’ai fait à l’Odéon tout ce qui était possible et pratique. Nous nous sommes conduits en gentlemen, ce qui donne toujours de l’autorité sur les gens. Cela me per-mettra d’être plus exigeant pour beaucoup de choses, quand on montera la pièce.
***
La représentation au bénéfice de Bernhardt a lieu le 5 novembre ; elle y jouera le 5e acte de La Conjuration d’Amboise ; ce sera une éprouvette.
À MICHEL LÉVY
[Paris, octobre 1869.]
Cher Ami,
Voici le bon à tirer de la feuille 15 […]
– 203 –
À MICHEL LÉVY
[Paris, octobre 1869.]
Je garde la feuille 19 […]
À MICHEL LÉVY
[Paris, octobre 1869.]
Ces deux épreuves-là sont pleines de fautes […]
À MICHEL LÉVY
[Paris, octobre 1869.]
Mon cher Ami,
J’aurais besoin de vous parler […]
À MICHEL LÉVY
[Paris, fin d’octobre 1869.]
Mon cher Ami,
– 204 –
Il faudrait se hâter. Nous ne serons jamais prêts le 12 […]
À MICHEL LÉVY
[Paris, fin d’octobre 1869.]
Mon cher Ami,
1° Ci-joint une liste de gens de presse […]
À RAOUL-DUVAL
[Paris,] nuit de jeudi [4 novembre 1869].
Mon cher Ami,
1° J’approuve beaucoup votre idée d’une conférence faite par Deschanel. Je crois qu’elle sera très utile à notre œuvre.
2° Venez mercredi prochain, rue Murillo, 4, déjeuner, chez un homme qui vous aime. Il ne pourra pas ce jour-là dîner avec vous, parce qu’il est pris.
Si vous ne pouvez mercredi, venez le lendemain. – Et, si vous ne pouvez le lendemain, venez le surlendemain ou la veille.
– 205 –
C’est mercredi 17 que paraît mon bouquin.
J’ai bien envie de vous voir, et je vous serre les deux mains fortement.
Tout à vous.
R.S.V.P.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] 6 novembre [1869].
Je n’ai rien de neuf à te dire, depuis ton départ, ma chère Caro. – Je travaille toujours la Féerie avec d’Osmoy. – Mon roman paraîtra le 17 courant. – On me promet mon étoffe pour le milieu de la semaine prochaine. J’ai été, ce matin, rue de Clichy. L’appartement de ta bonne-maman ne sera pas prêt avant vendredi ou samedi. Je ne sais pas comment elle va prendre la chose ? Je lui ai écrit, tantôt, pour la calmer.
Et vous ? Le voyage s’est-il bien passé ? Je m’attends à une lettre de toi lundi. – Mais écris surtout à notre pauvre vieille, qui s’ennuie là-bas démesurément.
Les petites bottes de fourrure ont-elles été utiles ? J’imagine que non ? Car le temps s’est bien radouci.
– 206 –
J’ai été hier à l’Odéon voir Sarah Bernhardt, dans le 5e acte de La Conjuration d’Amboise. J’étais dans un bel état nerveux ! J’en suis encore tout brisé aujourd’hui ! Cette re-présentation (à bénéfice) a été splendide. – J’y ai entendu la Patti, qui m’a semblé, ce soir-là, merveilleuse. – Voilà !
Embrasse ton mari pour moi. Dis de ma part à ta com-pagne tout ce que tu pourras trouver de plus gentil. – Et ra-mène-moi en bon état ma chère nièce que j’aime.
Ton vieux ganachon.
Samedi soir, 6 novembre.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] mercredi soir, 11 heures [10 novembre 1869].
Mon Loulou,
J’ai reçu tantôt ta dépêche télégraphique datée de 11 h 35 mn, et presque en même temps ta bonne lettre de lundi 8.
Je les ai montrées l’une et l’autre à ta grand-mère qui est arrivée à 4 h 1/2, car elle ne pouvait plus tenir à Croisset. Elle est, présentement, à l’hôtel du Helder où elle restera jusqu’à ce que sa chambre, chez toi, soit prête. Les ouvriers n’avancent à rien ! Ils viennent à 3 heures et s’en vont à 4.
Vous trouverez à votre retour bien peu de besogne faite !
– 207 –
Tu apprendras avec plaisir que ta bonne-maman va très bien. – Il y a peut-être quatre ans que je ne l’ai vue en si bon état. Son moral est excellent. Et pas une fois pendant le dîner je ne [me] suis aperçu qu’elle était sourde. Elle ne m’a pas fait répéter un seul mot ! C’est incompréhensible ! Je crois que c’est l’effet de la joie d’avoir quitté sa solitude.
Mme Laurent vient demain dîner avec elle. – Elle grille d’envie de voir votre hôtel. – Mais je l’ai priée d’attendre que son appartement soit prêt.
Mon roman paraîtra, sans faute, mercredi prochain 17, jour de l’ouverture du canal de Suez.
Ma Princesse est partie ce matin pour Compiègne.
D’Osmoy revient vendredi re-travailler à la féerie.
Voilà toutes les nouvelles.
Moi, aussi, pauvre loulou, je voudrais être chez toi. Tu me dis, sur notre petit dîner de l’autre jour, précisément ce que j’ai senti. – Nous nous entendons bien, n’est-ce pas, ma chère Carolo ?
Quand reviens-tu ? Il y a si longtemps qu’on ne s’est vu un peu longuement ! Mon intention est de m’en retourner à Croisset vers le 20 décembre et d’y rester jusqu’à la fin de janvier. – Puis j’irai passer huit jours chez Mme Sand ; je re-viendrai à Paris, et j’en partirai avec vous au mois de mai pour aller à Croisset travailler à ce brave Saint Antoine.
– 208 –
À la fin de cette semaine j’inaugurerai la fameuse four-rure. J’espère dans une huitaine posséder le complément de mon mobilier, et mon bouquin paraîtra en même temps ! Il ne me manquera (pour compléter mon luxe) que ma fa-meuse nièce.
Deux bons baisers sur ta gentille mine.
VIEUX.
Ernest est-il content de ses affaires ?
***
Respects et compliments à ta compagne, naturellement.
À NOËL PARFAIT
[Paris, 12 novembre 1869.]
Nous avons oublié Le Nouvelliste de Rouen […]
– 209 –
À NOËL PARFAIT
[Paris, 12 novembre 1869.]
Mon cher Noël,
Pouvez-vous disposer d’un fragment […]
À ALFRED DARCEL
[Paris,] samedi matin [13 novembre 1869].
Mon cher Ami,
Transportez-vous immédiatement chez Lévy et deman-dez-lui un extrait de mon roman.
Vous vous y êtes pris un peu tard et je crois que les fragments qui doivent paraître dans les journaux sont main-tenant distribués ?
Je ne comprends goutte au second paragraphe de votre lettre !
Que m’avez-vous donc demandé jusqu’à présent ? Quel refus avez-vous essuyé de votre
– 210 –
Je vous remercie des souhaits que vous faites « néan-moins » pour le succès de mon livre.
Samedi matin.
GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT
Nohant, 15 novembre [1869].
Qu’est-ce que tu deviens, mon vieux troubadour chéri ? tu corriges tes épreuves comme un forçat, jusqu’à la der-nière minute ? On annonce ton livre pour demain depuis deux jours. Je l’attends avec impatience, car tu ne vas pas m’oublier ? On va te louer et t’abîmer, tu t’y attends. Tu as trop de vraie supériorité pour n’avoir pas des envieux et tu t’en bats l’œil, pas vrai ? Et moi aussi pour toi. Tu es de force à être stimulé par ce qui abat les autres. Il y aura du pétard, certainement. Ton sujet va être tout à fait de circonstance en ce moment de Regimbards. Les bons progressistes, les vrais démocrates t’approuveront. Les idiots seront furieux, et tu diras : vogue la galère !
Moi je corrige aussi les épreuves de Pierre qui roule et je suis à la moitié d’un roman nouveau qui ne fera pas grand bruit. C’est tout ce que je demande pour le quart d’heure. Je fais alternativement mon roman, celui qui me plaît, et celui qui ne déplaît pas autant à la revue et qui me plaît fort peu. C’est arrangé comme cela, je ne sais pas si je ne me trompe pas. Peut-être ceux que je préfère sont-ils les plus mauvais. Mais j’ai cessé de prendre souci de moi, si tant est que j’en aie jamais eu grand souci. La vie m’a toujours emportée hors
– 211 – de moi et elle m’emportera jusqu’à la fin. Le cœur est tou-jours pris au détriment de la tête. À présent c’est les enfants qui mangent tout mon intellect, Aurore est un bijou, une na-ture devant laquelle je suis en admiration. Ça durera-t-il comme ça ?
Tu vas passer l’hiver à Paris, et moi je ne sais pas quand j’irai. Le succès du Bâtard continue. Mais je ne m’impatiente pas, tu as promis de venir dès que tu serais libre, à Noël, au plus tard, faire réveillon avec nous. Je ne pense qu’à ça et si tu nous manques de parole, ça sera un désespoir ici.
Sur ce, je t’embrasse à plein cœur comme je t’aime.
G. SAND.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] lundi 15, minuit [novembre 1869].
Rien de nouveau, mon loulou. Ta bonne-maman va bien, quoique hier, au dîner que j’ai fait chez toi avec d’Osmoy, je n’aie pas trouvé ses oreilles ni son moral en aussi bon état que mercredi dernier. Cela tenait peut-être à ce qu’elle nous avait attendus trop longtemps pour dîner ? En effet, ton brave homme d’oncle est accablé d’affaires à en perdre la boule.
Non seulement mon livre va paraître, mais 2° il est ques-tion de jouer Aïssé prochainement (il n’y a rien encore de po-sitif) ; 3° nous travaillons toujours la Féerie ; 4° nous intri-
– 212 – guons souterrainement pour la faire recevoir, et 5° j’ai eu et j’ai encore une autre histoire (qui ne me regarde pas) et que je te conterai dans le silence du cabinet.
Des fragments de L’Éducation sentimentale paraissent demain dans une trentaine de journaux.
La semaine est mal choisie à cause de la politique. – Qui change d’aspect, cependant, car Rochefort est complètement démonétisé. – Et il pourrait bien ne pas être nommé ? L’opposition est en baisse dans l’opinion publique.
Tu ne m’as pas l’air de faire un voyage bien pittoresque. Et il me semble que, sans ta compagne, tu t’ennuierais.
Ta bonne-maman a dû aller aujourd’hui chez Racaut pour obtenir qu’il envoie des ouvriers. Rien, mais absolu-ment rien n’est fait chez vous. Il faudrait l’œil du Maître et le maître devra même faire les gros yeux.
J’ai reçu une lettre de Mme Sandeau qui s’informe beau-coup de toi.
Demain je dîne chez la Princesse et jeudi chez Du Camp. – Voilà toutes les nouvelles.
Embrasse ton mari pour moi, et qu’il te le rende.
Ton vieux ganachon qui t’aime.
– 213 –
Je suis curieux de voir le petit chien, quoique je désap-prouve ce surcroît de personnel. Ce sont des embarras et des chagrins que tu te prépares, mon Carolo.
***
À GEORGE SAND
[Paris,] mardi midi [16 novembre 1869].
Chère Maître,
Je commence par déclarer que : Je suis un cochon. J’aurais dû vous écrire. Mais j’ai eu : 1° mes épreuves, 2° la Féerie que je retravaille depuis 15 jours, sans désemparer, 3° des courses à faire pour le logement de ma nièce qui est présentement en Pologne, 4° à recevoir ma mère qui, en at-tendant sa chambre chez sa petite-fille, loge à l’hôtel, et 5° une affaire qui ne me regarde pas, et que je vous raconte-rai dans le silence du cabinet.
Mon bouquin paraît, je crois, demain. – Après-demain au plus tard. Vous aurez le 1er exemplaire, parbleu !
La Politique va-t-elle me faire du tort ? J’en ai peur.
À moins qu’elle ne me fasse du bien.
Le vent a tourné. Rochefort est en grande baisse, pour le quart d’heure.
– 214 –
Comme Le Chevalier de Maison-Rouge est un four cara-biné, il se pourrait que Félix voulût bien de notre grosse ma-chine ? Nous avons effacé toutes les inégalités de ton, mo-dernisé l’ensemble et enlevé le comique convenu. Voilà.
Je ne vois pas pourquoi je n’irais pas vers Noël à No-hant ?
D’ici là, amitiés aux vôtres et à vous, chère Maître,
Mille tendresses de votre vieux.
À LA PRINCESSE MATHILDE
[Paris, 17 novembre 1869.]
Princesse,
Voici le livre que vous avez daigné entendre lire d’un bout à l’autre.
Je n’ai pu y faire une dédicace convenable. Trop de choses ont remué dans mon cœur en vous l’offrant. N’importe ! Quand vos yeux rencontreront ces deux vo-lumes, vous penserez un peu à un homme qui vous aime bien, Princesse, et qui est
Tout à vous.
Mercredi, 2 heures.
– 215 –
À JULES DUPLAN
[Paris,] mercredi matin [24 novembre 1869].
Mon bon Vieux,
Puisque ça te fait plaisir, j’enverrai un exemplaire à Mme C[ornu], mais uniquement à cause de cela, je t’en fous ma parole d’honneur ! Je ne vois pas pourquoi toujours don-ner et ne jamais recevoir. Tu comprends ce que je veux dire.
Mais je n’ai pas l’adresse de Mme C[ornu]. Envoie-la-moi.
Jusqu’à présent l’enthousiasme des populations est mo-déré (Rochefort à part). Les roses ne m’étouffent pas. On évite même de me parler de mon livre comme si on avait peur de se compromettre.
À dimanche. – Tu auras le père Baudry.
Tout à toi, mon vieux bardache. Ton géant.
À JEAN CLOGENSON
[Paris,] jeudi 25 novembre [1869].
Cher et vénérable Ami,
Comment se fait-il que je ne vous aie pas adressé mes deux volumes ? Vous étiez le premier sur ma liste rouen-
– 216 – naise, et vous y êtes encore ! J’aurai passé par-dessus votre nom. – Excusez-moi, je vous en prie.
J’attends depuis huit jours quelques exemplaires sur pa-pier de Hollande. Je vous en enverrai un, dès que je les au-rai.
Mille [excuses] encore une fois.
Je vous embrasse.
4, rue Murillo, parc Monceau.
À JULES DUPLAN
[Paris, 25 novembre 1869.]
Donne-moi donc l’adresse de Maisiat, son exemplaire que je rencontre à chaque minute depuis 10 jours et qui en-combre mon appartement m’agace dans des proportions gi-gantesques.
24 heures de plus, et je le donne à un autre.
J’ai re-dépensé aujourd’hui 100 francs d’exemplaires. Ça devient abusif. Il n’y a que moi pour arriver à ce degré de ri-dicule.
Ton vieux géant.
– 217 –
À dimanche 11 heures (avec le père Baudry).
Jeudi soir.
MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE
À GUSTAVE FLAUBERT
Angers, 26 novembre 1869.
Je ne puis vous exprimer, cher Monsieur et ami, com-bien je suis reconnaissante de l’envoi de votre ouvrage. Ce souvenir qui prouve que vous ne m’oubliez pas m’est pré-cieux à double titre. Votre ouvrage était généralement at-tendu par tous ceux qui ont lu Madame Bovary et Salammbô. Je l’attendais avec impatience et je suis sûre d’avance que la presse sera unanime à en faire l’éloge. Je vais me faire lire votre œuvre et j’espère mêler ma faible voix au concert de louanges qui doit l’accueillir. Mes yeux me condamnent tou-jours à l’inaction ; je veux refaire un roman commencé de-puis longtemps, il me faut relire et dicter, ce qui me fatigue affreusement. J’ai passé le mois d’octobre à Château-Gontier, ma ville natale ; j’espérais y retrouver un peu de santé, c’était mon idéal que ce petit coin de terre où j’ai pas-sé le seul temps heureux de ma vie ; mon espoir ne s’est pas réalisé. J’ai été si souffrante et si inquiète de rester malade sans mon médecin, que je ne crois pas qu’un condamné à mort puisse souffrir davantage. J’ai été malade à mon retour et je ne me remets pas. Par une étrange contradiction,
– 218 – j’éprouve à présent le désir de retourner là où j’ai tant souf-fert. Comment se porte notre bien-aimée G. Sand, vous qui avez le bonheur de la voir, vous pouvez me parler d’elle. On me lit Pierre qui roule, c’est admirable comme tout ce qu’elle écrit. Cette œuvre a pour moi un attrait tout particulier, j’aime le théâtre avec passion, et la vue des artistes me fait autant de plaisir que celle des abbés aux dévotes. Je vous di-rai que le père Hyacinthe est mon admiration et presque mon compatriote, le cousin du poète Loyson de Château-Gontier. J’ai encore en ce moment bien d’autres admira-tions ; comme vous devez le penser on m’a lu Les Grandes Dames et Les Parisiennes que je n’admire pas ; il y a de l’esprit, mais cela ne vaut pas grand-chose et ne sera jamais lu deux fois. Pensez un peu à moi qui gémis comme une âme en peine, sans distractions artistiques, ces seules sympa-thies.
Adieu, cher Monsieur et ami. Toute à vous de cœur et d’âme.
M.-S. LEROYER DE CHANTEPIE.
À PAUL DE SAINT-VICTOR
[Paris, 27 novembre 1869.]
Mon cher Ami,
J’ai dit plusieurs fois chez Lévy qu’on vous envoie un exemplaire de mon roman.
– 219 –
J’ignore votre adresse et j’ai peur que l’exemplaire sur papier de Hollande qui vous est destiné ne soit perdu.
Venez le chercher dimanche. Il y a si longtemps que nous ne nous sommes vus !
Tout à vous.
Jeudi soir.
Rue Murillo, 4, parc Monceau.
À JULES DUPLAN
[Paris, 29 novembre 1869.]
Lévy ne m’a donné que 16 mille francs, mais m’a promis de me donner une prime dans quelque temps.
Aux termes stricts de mon traité, il ne me devait que 14 mille francs.
Je crois qu’il ira jusqu’à 20 mille. Il paraît content de la vente.
Je n’ai pas lu un éreintement de B. d’Aurevilly paru au-jourd’hui dans Le Constitutionnel. – C’est le second que pu-blie ladite feuille.
Je t’embrasse.
– 220 –
Ton géant.
Lundi soir.
À THÉODORE DE BANVILLE
[Paris,] mardi matin [30 novembre 1869].
Mon très cher de Banville,
Je cherche comment vous remercier ? et je ne trouve pas de termes. Voilà le vrai…
Je vous assure que les suffrages de l’Académie ne me fe-raient pas autant de plaisir que me fait le vôtre. Comme vous êtes bon ! aimable et généreux !
Mille poignées de main, encore une fois, et tout à vous.
GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT
[Nohant,] mardi 30 novembre [1869].
Cher Ami de mon cœur,
J’ai voulu relire ton livre et ma belle-fille l’a lu aussi, et quelques-uns de mes jeunes gens, tous lecteurs de bonne foi et de premier jet, et pas bêtes du tout. Nous sommes tous du
– 221 – même avis que c’est un beau livre, de la force des meilleurs de Balzac et plus réel, c’est-à-dire plus fidèle à la vérité d’un bout à l’autre. Il faut le grand art, la forme exquise et la sé-vérité de ton travail pour se passer des fleurs de la fantaisie. Tu jettes pourtant la poésie à pleines mains sur ta peinture, que tes personnages la comprennent ou non. Rosanette à Fontainebleau ne sait sur quelles herbes elle marche, et elle est poétique quand même. Tout cela est d’un maître et ta place est bien conquise pour toujours. Vis donc tranquille autant que possible pour durer longtemps et produire beau-coup.
J’ai vu deux bouts d’article qui ne m’ont pas eu l’air en révolte contre ton succès, mais je ne sais guère ce qui se passe, la politique me paraît absorber tout. Tiens-moi au courant. Si on ne [te] rendait pas justice, je me fâcherais et je dirais ce que je pense. C’est mon droit.
Je ne sais au juste quand, mais dans le courant du mois, j’irai sans doute t’embrasser et te chercher si je peux te dé-marrer de Paris. Mes enfants y comptent toujours, et, tous, nous t’envoyons nos louanges et nos tendresses.
À toi. Ton vieux troubadour.
G. SAND.
– 222 –
À NOËL PARFAIT
[Paris, novembre 1869.]
1° A-t-on envoyé des exemplaires […]
À NOËL PARFAIT
[Paris, novembre 1869.]
Mon cher Ami,
J’envoie chez vous quelques exemplaires […]
À RAOUL-DUVAL
[Paris, 1er décembre 1869.]
Mon cher Ami,
Pouvez-vous me dire quel jour (lundi, mardi ou mercre-di) vous déjeunerez chez moi, afin que je ne vous fasse pas faux bond, comme cet été. Je veux absolument vous voir 1° pour vous voir et causer avec vous et 2° pour vous remer-cier de la bonne lettre que j’ai reçue ce matin.
Tout à vous.
– 223 –
Rue Murillo, 4, parc Monceau.
Mercredi soir.
À MICHEL LÉVY
[Paris,] jeudi matin [2 décembre 1869].
Mon cher Michel,
Pouvez-vous me dire […]
À NOËL PARFAIT
[Paris, début de décembre ? 1869.]
Mon cher Ami,
Mettez de côté la page ci-jointe […]
À GEORGE SAND
[3 décembre 1869.]
Chère bon Maître,
– 224 –
Votre vieux troubadour est fortement dénigré par les Feuilles. Lisez Le Constitutionnel de lundi dernier et Le Gau-lois de ce matin, c’est carré et net. On me traite de crétin et de canaille. L’article de Barbey d’Aurevilly (Constitutionnel) est, en ce genre, un modèle, et celui du bon Sarcey, quoique moins violent, ne lui cède en rien. Ces messieurs réclament au nom de la morale et de l’idéal ! J’ai eu aussi des éreinte-ments dans Le Figaro et dans Paris par Cesena et Duranty.
Je m’en fiche profondément ! ce qui n’empêche pas que je suis étonné par tant de haine. – Et de mauvaise foi.
La Tribune, Le Pays et L’Opinion nationale m’ont en re-vanche fort exalté.
Quant aux amis, aux personnes qui ont reçu un exem-plaire orné de ma griffe, elles ont peur de se compromettre et on me parle de tout autre chose. Les braves sont rares. Le livre se vend néanmoins très bien, malgré la politique, et Lé-vy m’a l’air content.
Je sais que les bourgeois de Rouen sont furieux contre moi, à cause du père Roque et du caveau des Tuileries. Ils trouvent qu’« on devrait empêcher de publier des livres comme ça » (textuel), que je donne la main aux rouges, que je suis bien coupable d’attiser les passions révolutionnaires, etc., etc. !
Bref, je recueille, jusqu’à présent, très peu de lauriers et aucune feuille de rose ne me blesse.
Je vous ai dit, n’est-ce pas, que je retravaillais la féerie ? (Je fais maintenant un tableau des courses et j’ai enlevé tout
– 225 – ce qui me semblait poncif.) Raphaël Félix ne m’a pas l’air empressé de la connaître. – Problème !
Dans une quinzaine j’aurai fini, et serai alors tout prêt à m’en aller vers vous.
Comme j’ai envie de vous embrasser !
Mille tendresses de votre vieux.
***
Tous les journaux citent comme preuve de ma bassesse l’épisode de la Turque, que l’on dénature, bien entendu, et Sarcey me compare au marquis de Sade, qu’il avoue n’avoir pas lu !
Tout ça ne me dévisse nullement. Mais je me demande : à quoi bon imprimer ?