Correspondance - Tome IV

Gustave Flaubert · Chapitre 50 sur 50 · partie 13/35

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Correspondance - Tome IV

George Sand à Gustave Flaubert ........................... 67

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 35 parties.

Je tombe sur les bottes ! Néanmoins, je crois que j’arriverai à mes fins. Il est inutile que je t’ennuie avec le dé-tail de mes courses, ou plutôt que je me fatigue à te les écrire. Bref, je ne désespère pas de faire jouer cet hiver Aïssé aux Français. Mais il faut de l’astuce.

 

– 654 –

J’ai dîné hier chez les Cloquet. Madame a été extra-charmante. Et ce matin j’ai déjeuné chez le bon Feydeau, qui s’est beaucoup informé de toi et qui désire te voir. Il va un peu mieux, car il marche avec une canne.

Comme les intrigues dramatiques avaient un moment de relâche cet après-midi, j’ai passé trois heures à la Biblio-thèque impériale, d’où je suis sorti gelé. – Il fait très froid, et j’ai peur que notre pauvre vieille ne s’enrhume à Ouville.

Il m’est impossible de savoir quand je la rejoindrai ; ce ne sera pas toujours avant mardi. – Car j’ai, pour ce jour-là, rendez-vous avec Perrin.

J’ai vu la femme de Crépet. Elle lui ressemble en beau, c’est-à-dire qu’elle est grande avec un nez pointu ; en somme, jolie et l’air aimable. Mais tout le temps de ma vi-site, je songeais à l’autre, à la première, et j’étais indigné.

Croirais-tu que la mère Sand a eu peur de m’avoir offen-sé dans son feuilleton, et qu’elle m’a presque envoyé des ex-cuses ? Cette naïveté-là me paraît tout à la fois très bête et très délicate.

Continue, mon pauvre loulou, à ruminer de la littérature. Cela te rapproche de ton vieux chanoine de Séville qui te chérit.

Ton oncle bedolard.

 

Embrasse Ernest pour moi et Putzel.

– 655 –

À PHILIPPE LEPARFAIT

[Paris,] jeudi soir 6 heures [12 octobre 1871].

Mon cher Philippe,

Tu dois recevoir, au moment où je t’écris, un télé-gramme de moi pour hâter la copie du manuscrit. Il me la faut tout de suite, mon bon. Envoie promener les vins, prends un copiste, passe la nuit, et expédie-moi la chose à grande vitesse !

Je viens de voir Perrin qui a été charmant.

Le présent hiver des Français n’est pas si bourré de pièces qu’on le disait ! Perrin a grande envie d’une pièce en vers et, s’il est empoigné, je suis sûr qu’Aïssé sera jouée cet hiver aux Français. Il a compris parfaitement ma position et m’a promis le secret.

Donc je n’irai pas samedi à l’Odéon. J’écrirai à Duques-nel « que je suis forcé de manquer au rendez-vous parce que je n’ai pas reçu de réponse de Philippe ».

Perrin m’a promis de lire Aïssé deux fois et de me don-ner une réponse définitive lundi ou mardi ; tu vois qu’il est chaud.

S’il accepte Aïssé, je te dirai ce qu’il faudra faire pour nous dégager de l’Odéon. Il faudra, sans doute, que tu viennes toi-même à Paris.

 

– 656 –

La pièce de Cadol est un four, à ce que m’a dit le com-mis de Lévy. Raison de plus pour se hâter.

Donc ne perds pas une minute, envoie-moi le manuscrit par la poste (c’est plus rapide que par le chemin de fer). Je l’attends au plus tard samedi matin. Je croyais même le re-cevoir aujourd’hui ! Encore une fois envoie bouler les bar-riques.

Axenfeld n’a pas été appelé à Évreux : donc l’enfant de d’Osmoy va mieux ?

Je t’embrasse.

Ton.

 

De l’énergie, foutre !!!

 

À GEORGE SAND

[Paris, 12 octobre 1871] jeudi soir.

Jamais de la vie, chère bon maître, vous n’avez donné une pareille preuve de votre inconcevable candeur ! Com-ment ? sérieusement, vous croyez m’avoir offensé ! La pre-mière page de votre lettre ressemble presque à des excuses ! ça m’a bien fait rire ! Vous pouvez, d’ailleurs, tout me dire, vous ! tout ! vos coups me seront caresses. –

– 657 –

Vous prêtez vos qualités aux autres, en les jugeant a priori pleins de beaux sentiments. Cela est une allusion à une de vos dernières lettres, où vous trouviez très beau, très brave et très bon le retour de la princesse Mathilde à Saint-Gratien. Je le trouve bien, mais pour moi, parce que je l’aime et que sa société m’est agréable. Quant à elle, j’estime qu’elle aurait dû rester quelque temps en exil. Cela eût été plus crâne, et d’un cœur plus fier. Je lui ai écrit ma façon de penser, là-dessus. – Puis voyant qu’elle se crevait d’envie de revenir en France, je me suis tu, et même je me suis mis à son service, car c’est un de mes amis intimes qui a fait les démarches à ce nécessaires. – Elle est revenue parce que c’est un enfant gâté qui ne sait pas résister à ses passions. Voilà toute la psychologie de la chose. Et je lui ai fait une jo-lie concession (qu’elle n’a pas sue) en allant chez elle à Saint-Gratien, au milieu des Prussiens ! Il y avait deux fac-tionnaires à la porte. Quoique je n’aie pas du sang d’empereur dans les veines, la rougeur m’est montée au front, en passant devant les guérites. – Je me suis bien privé de ma maison, pendant que les Prussiens étaient chez moi. Je trouve qu’elle aurait pu en faire autant. – Gardez cela pour vous, bien entendu, et n’en parlons plus !

Donc re-causons ! Je rabâche, en insistant de nouveau sur la Justice ! Voyez comme on est arrivé à la nier partout. Est-ce que la Critique moderne n’a pas abandonné l’art pour l’histoire ? La valeur intrinsèque d’un livre n’est rien dans l’école Sainte-Beuve-Taine. On y prend tout en considéra-tion sauf le talent. De là, dans les petits journaux, l’abus de la personnalité, les biographies, les diatribes. Conclusion : ir-respect du public.

 

– 658 –

Au théâtre, même histoire. On ne s’inquiète pas de la pièce, mais de l’idée à prêcher. Notre ami Dumas rêve la gloire de Lacordaire. Ou plutôt de Ravignan ! Empêcher de retrousser les cotillons est devenu, chez lui, une idée fixe. – Faut-il que nous soyons encore peu avancés, puisque toute la morale consiste pour les femmes à se priver d’adultère et pour les hommes à s’abstenir du vol ! Bref, la première injus-tice est pratiquée par la Littérature, qui n’a souci de l’Esthétique laquelle n’est qu’une justice supérieure. – Les Romantiques auront de beaux comptes à rendre avec leur sentimentalité immorale, leur néo-christianisme, pire que le vieux ; rappelez-vous une pièce du père Hugo, dans La Lé-gende des siècles, où un sultan est sauvé parce qu’il a eu pi-tié… d’un cochon. C’est toujours l’histoire du bon Larron ! béni, parce qu’il s’est repenti. Se repentir est bien ; mais ne pas faire le mal vaut mieux. L’école des réhabilitations nous a amenés à ne voir aucune différence entre un coquin et un honnête homme. Je me suis, une fois, emporté, devant té-moins, contre Sainte-Beuve, en le priant d’avoir autant d’indulgence pour Balzac qu’il en avait pour Jules Lecomte. Il m’a répondu en me traitant de « ganache ». Voilà où mène la largeur.

On a tellement perdu tout sentiment de la proportion que le conseil de guerre (de Versailles) traite plus durement Pipe-en-Bois que M. Courbet. Maroteau est condamné à mort comme Rossel ! C’est du vertige ! Ces MM., du reste, m’intéressent, fort peu. Je trouve qu’on aurait dû condamner aux galères toute la Commune, et forcer ces sanglants imbé-ciles à déblayer les ruines de Paris, la chaîne au cou, en simples forçats. Mais cela aurait blessé l’humanité ; on est tendre pour les chiens enragés. Et point pour ceux qu’ils ont mordus.

– 659 –

Cela ne changera pas, tant que le suffrage universel sera ce qu’il est. Tout homme (selon moi), si infime qu’il soit, a droit à une voix, la sienne. Mais n’est pas l’égal de son voi-sin, lequel peut le valoir cent fois. Dans une entreprise indus-trielle (société anonyme), chaque actionnaire vote en raison de son apport. Il en devrait être ainsi dans le gouvernement d’une nation. Je vaux bien 20 électeurs de Croisset ! L’argent, l’esprit, et la race même doivent être comptés, bref, toutes les forces. Or, jusqu’à présent je n’en vois qu’une : le nombre ! Ah ! chère maître, vous qui avez tant d’autorité, vous devriez bien attacher le grelot ! On lit beau-coup vos articles du Temps qui ont un grand succès ! Et qui sait ? Vous rendriez peut-être à la France un immense ser-vice ?

Aïssé m’occupe énormément. Ou plutôt m’agace. Je n’ai pas vu Chilly, qui a des hémorroïdes (détail intéressant) et j’ai donc à faire à Duquesnel ! On me retire positivement le vieux Berton et on me propose son fils. Il est fort gentil, quoique bossu, mais il n’a rien du type conçu par l’auteur. Les Français ne demanderaient peut-être pas mieux que de prendre Aïssé ? Je suis fort perplexe. – Et il va falloir que je me décide ! Quant à attendre qu’un vent littéraire se lève, comme il ne se lèvera pas, moi vivant, il vaut mieux risquer la chose, tout de suite.

Ces affaires théâtrales me dérangent beaucoup. Car j’étais bien en train ! Depuis un mois j’étais même « dans une exaltation qui frisait la démence ».

J’ai rencontré l’inéluctable Harrisse, homme qui connaît tout le monde, et qui se connaît à tout : théâtre, romans, fi-

 

– 660 – nances, politique, etc. ! quelle race que celle de « l’homme éclairé » !!!

J’ai vu la Plessy, charmante, et toujours belle. Elle m’a chargé de vous envoyer mille amitiés.

Moi je vous envoie cent mille tendresses.

Votre vieux

 

À PHILIPPE LEPARFAIT

[Paris,] samedi 4 heures [14 octobre 1871].

Je viens de porter la copie à Perrin. – Qui doit me don-ner une réponse lundi ou mardi. Tu la connaîtras rapide-ment.

S’il accepte Aïssé, nous verrons ce qu’il faudra faire.

J’ai écrit à d’Osmoy. Pas de réponse ! suivant sa cou-tume ! Avant de prendre un parti définitif, tu feras bien d’aller le chercher à Évreux et de me l’amener.

Il doit avoir maintenant beaucoup d’autorité, car tout le monde dit qu’il « va être ministre » (textuel).

Je pars pour Saint-Gratien où je resterai jusqu’à demain soir, ou après-demain matin au plus tard.

 

– 661 –

À toi.

 

La situation est si grave que je n’ose en prendre sur moi seul toute la responsabilité.

Pierre Berton est bien insuffisant ! comme physique sur-tout ! D’aucuns me conseillent de prendre plutôt Mélingue ! Pour Pont-de-Veyle, le nom de l’acteur est Porel.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Paris,] lundi, 6 heures du soir [16 octobre 1871].

Mon Loulou,

J’espère être revenu à Croisset mercredi soir, mais je n’en suis pas sûr. Donc que ta grand-mère se résigne d’avance à ne me voir peut-être que jeudi ?

Je suis plongé dans les plus noires intrigues. Voilà, je crois, la première fois que je mens si effrontément ! Il le faut bien. – Je t’expliquerai tout cela.

J’ai passé un jour et deux nuits à Saint-Gratien, fort agréables. Aujourd’hui j’ai été à l’Odéon, aux Français ; je retourne ce soir à l’Odéon pour voir les acteurs. Et demain j’ai un rendez-vous aux Français à 9 heures du soir. – Le pauvre Saint Antoine est oublié et je n’en peux plus de fa-

– 662 – tigue ! ce qui ne m’empêche pas de bécoter bien fort ma pauvre nièce.

Son vieux chanoine.

GVE.

 

Embrasse mère pour moi.

 

À PHILIPPE LEPARFAIT

[Paris,] lundi 16, 6 heures du soir [octobre 1871].

Ci-joint la liste des rôles, telle qu’elle a été convenue tout à l’heure entre Duquesnel et moi (je garde l’original).

Après quoi j’ai vu Perrin, qui n’a pas eu le temps de lire Aïssé mais qui m’a donné sa parole d’honneur que demain, à 9 heures du soir, il me donnerait une réponse définitive.

Ma conduite est celle d’un misérable ; je joue un double jeu ! Il faut bien que [ce] soit pour sa gloire et pour ton inté-rêt ! Car il m’en coûte de mentir aussi effrontément.

Si Perrin accepte, tu viendras avec d’Osmoy à l’Odéon t’expliquer, puis je reparaîtrai aux Français. – S’il refuse, les choses suivront leur train. Dans quelques jours Duquesnel doit m’appeler pour la lecture, et peu de temps après pour

– 663 – les répétitions. D’après son calcul Aïssé passerait en dé-cembre. Il m’a l’air plein de feu. Les rôles seront donnés à la copie cette semaine.

Ce soir je retourne à l’Odéon pour voir quelques acteurs que D[uquesnel] veut me montrer.

D’Osmoy m’a écrit que son petit Louis allait mieux. Mais qu’il ne voulait pas encore le quitter.

Je serai probablement revenu à Croisset mercredi soir.

Je te ferai savoir mon retour, afin que tu viennes causer avec ton Vieux.

***

LE CHEVALIER Pierre Berton.

D’ARGENTAL Porel.

PONT-DE-VEYLE H. Richard.

BRÉCOURT Talien

ou

Castellano.

COMMANDEUR Richard Mazure (celui de La Conjura-

tion)

ou

Roger Aîné.

LE RÉGENT ?

BONISSENT Christian (des Variétés)

ou

Martin

ou

Prévost.

– 664 –

AÏSSÉ Sarah Bernhardt.

MME [DE] TENCIN Page

ou

Colombier.

MME FERRIOL Ramelli

 

À CHARLES D’OSMOY

[Paris, vers le 18 octobre 1871.]

[…] Perrin n’a pas voulu d’Aïssé ! Il trouve la pièce dan-gereuse pour les Français… Bref, elle sera jouée à l’Odéon après la pièce de Charles-Edmond, dans le mois de dé-cembre, probablement. Je dois revenir dans une quinzaine pour la lecture au foyer, peu de temps après on la mettra en répétition.

[Pour la distribution des rôles, il est] bien embarrassé et plus que jamais j’aurais besoin de toi, car tu comprends que j’encaisse une lourde responsabilité, mon bon. Perrin a appe-lé mon attention sur deux ou trois endroits, où ton avis me serait nécessaire. Il faudrait que nous passions deux ou trois jours seuls à causer tranquillement… J’apporterai à Perrin Le Sexe faible pour savoir ce qu’on peut en faire.

 

Je suis sûr qu’ils vont vouloir faire des économies sur la mise en scène, ton autorité serait prépondérante. Tout le monde dit que tu vas devenir ministre des Beaux-Arts. Beaucoup même le croient […]

– 665 –

À PHILIPPE LEPARFAIT

[Croisset, vers le 20 octobre 1871.]

Viens le plus tôt que tu pourras. – Nous avons à causer. Perrin n’a pas pris Aïssé.

À toi

G.

 

J’ai beaucoup de choses importantes à te dire.

 

À LÉONIE BRAINNE

Croisset, lundi 23 [octobre 1871].

Vous serez à Rouen samedi prochain, n’est-ce pas ?

Voulez-vous venir déjeuner à Croisset avec les vôtres ? Vous ferez grand plaisir à ma mère et à moi aussi !

Je pense à vous, et je m’ennuie de vous, voilà !

Et je vous baise les deux mains, bien longuement, ado-rable que vous êtes.

À vos pieds.

– 666 –

GVE.

 

À FÉLIX DUQUESNEL

Croisset près Rouen, 25 octobre [1871].

Mon cher Ami,

Je n’ai pas perdu mon temps depuis que je suis revenu dans ma cabane.

J’ai fait faire une re-copie d’Aïssé et j’ai relu la pièce at-tentivement.

Voici donc quelques idées que je soumets à vos médita-tions, ou plutôt une seule idée, mais elle est grave. Le rôle de Brécourt est odieux, et le maquerellage des deux femmes grossier ? Puisqu’il est impossible d’y rien changer (car ce défaut tient à la conception même de la pièce) et que, d’autre part, nous avons des coupures à faire, – c’est sur cette partie-là que les suppressions doivent porter.

J’ai trouvé moyen de retrancher plus de cent vers dans le second acte sans nuire à sa couleur ni à son action. Dans les trois autres j’en marque une soixantaine qu’on peut éga-lement enlever. Donc ne vous occupez pas maintenant des coupures à faire.

Le rôle de Mme du Tencin est dangereux et difficile. Ré-fléchissez-y bien, avant d’engager une actrice à cet effet.

– 667 –

Donc (à part les deux premiers rôles et Ramelli), ne décidez, je vous prie, rien avant de m’avoir vu. J’attends votre lettre qui me dira de venir à la lecture générale.

Si cette lecture pouvait être très rapprochée des répéti-tions, cela m’épargnerait un voyage, et je resterais à Paris définitivement. (J’ai trouvé pour la mise en scène deux ou trois petites choses qui sortent du poncif- e XVIII siècle et qui sont d’une exactitude scrupuleuse.)

Donnez-moi dans votre réponse des nouvelles de Chilly et croyez bien, cher Ami, que je suis tout à vous.

 

À LA PRINCESSE MATHILDE

[Croisset,] 25 octobre [1871].

Princesse,

Je ne vous ai pas écrit plus tôt parce que, les nouvelles d’Aïssé étant mauvaises, j’ai jugé inutile de m’empresser de vous les apprendre.

Perrin ne veut pas « se risquer » à jouer cette pièce. Il est certain que le 1er rôle est maintenant celui d’un Pétroleur (qui a l’air de pousser à l’incendie du Palais-Royal). Voilà un des bienfaits de plus des Révolutions. Il a de plus appelé mon attention sur deux ou trois endroits qui m’inquiètent. Mais les corrections sont malheureusement impossibles. – Ainsi, la pièce passera à l’Odéon cet hiver, après celle de

– 668 –

Charles-Edmond. J’attends l’appel du directeur pour me rendre aux répétitions.

Je passerai un hiver fort agité et fort ennuyeux. – Mais qu’il sera doux, en comparaison de l’autre !

Pour avoir de bons moments faudra-t-il aller jusqu’à Saint-Gratien ? où résiderez-vous ?

J’ai lu avec plaisir le volume de M. Benedetti. Et je viens de lui écrire. Ma lettre est adressée rue de Penthièvre ; j’ignore son numéro. J’espère qu’elle lui parviendra.

Depuis mon retour ici j’ai travaillé d’une façon exagérée. Aussi suis-je un peu las ! Mais toute fatigue s’en va, toute mélancolie se dissipe quand je pense à vous, Princesse, car vous savez qu’il vous aime

Votre vieux fidèle.

 

GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT

Nohant, 25 octobre [1871].

Tes lettres tombent sur moi comme une pluie qui mouille, et fait pousser tout de suite ce qui est en germe dans le terrain. Elles me donnent l’envie de répondre à tes raisons, parce que tes raisons sont fortes et poussent à la ré-plique. Je ne prétends pas que mes répliques soient fortes aussi, elles sont sincères, elles sortent de mes racines à moi, comme les plantes susdites. C’est pourquoi je viens d’écrire

– 669 – un feuilleton sur le sujet que tu soulèves, en m’adressant cette fois à une amie laquelle m’écrit aussi dans ton sens, mais moins bien que toi, ça va sans dire, et un peu à un point de vue d’aristocratie intellectuelle, auquel elle n’a pas tous les droits voulus.

Mes racines, on n’extirpe pas cela en soi et je m’étonne que tu m’invites à en faire sortir des tulipes, quand elles ne peuvent te répondre que par des pommes de terre. Dès les premiers jours de mon éclosion intellectuelle, quand, m’instruisant toute seule auprès du lit de ma grand-mère pa-ralytique, ou à travers champs aux heures où je la confiais à Deschartres, je me posais sur la société les questions les plus élémentaires. Je n’étais pas plus avancée à 17 ans qu’un en-fant de 6 ans, pas même, grâce à Deschartres (le précepteur de mon père), qui était contradiction des pieds à la tête, grande instruction et absence de bon sens ; grâce au couvent où l’on m’avait fourrée Dieu sait pourquoi, puisqu’on ne croyait à rien ; grâce aussi à un entourage de pure Restaura-tion où ma grand-mère, philosophe, mais mourante, s’éteignit sans plus résister au courant monarchique. Alors je lisais Chateaubriand et Rousseau ; je passais de l’Évangile au Contrat social ; je lisais l’histoire de la Révolution faite par des dévots, l’histoire de France faite par des philosophes ; et un beau jour j’accordai tout cela comme une lumière faite de deux lampes, et j’ai eu des principes. Ne ris pas, des prin-cipes d’enfant très candide, qui me sont restés à travers tout, à travers Lélia et l’époque romantique, à travers l’amour et le doute, les enthousiasmes et les désenchantements. Aimer, se sacrifier, ne se reprendre que quand le sacrifice est nui-sible à ceux qui en sont l’objet, et se sacrifier encore, dans l’espoir de servir une cause vraie, l’amour. Je ne parle pas ici de la passion personnelle, mais de l’amour de la race, du

– 670 – sentiment étendu de l’amour de soi, de l’horreur du moi tout seul. Et cet idéal de justice dont tu parles, je ne l’ai jamais vu séparé de l’amour, puisque la première loi pour qu’une so-ciété naturelle subsiste, c’est que l’on se serve mutuellement comme chez les fourmis et les abeilles. Ce concours de tous au même but, on est convenu de l’appeler instinct chez les bêtes, et peu importe. Mais chez l’homme l’instinct est amour ; qui se soustrait à l’amour, se soustrait à la vérité, à la justice.

J’ai traversé des révolutions et j’ai vu de près les princi-paux acteurs ; j’ai vu le fond de leur âme, je devrais dire tout bonnement le fond de leur sac : pas de principes, aussi pas de véritable intelligence, pas de force, pas de durée. Rien que des moyens et un but personnel. Un seul avait des principes, pas tous bons, mais devant la sincérité desquels il comptait pour rien sa personnalité : Barbès. Chez les artistes et les let-trés, je n’ai trouvé aucun fond. Tu es le seul avec qui j’aie pu échanger des idées autres que celles du métier. Je ne sais si tu étais chez Magny un jour où je leur ai dit qu’ils étaient tous des Messieurs. Ils disaient qu’il ne fallait pas écrire pour les ignorants ; ils me conspuaient parce que je ne voulais écrire que pour ceux-là, vu qu’eux seuls ont besoin de quelque chose. Les maîtres sont pourvus, riches et satisfaits. Les imbéciles manquent de tout ; je les plains. Aimer et plaindre ne se séparent pas. Et voilà le mécanisme peu com-pliqué de ma pensée.

J’ai la passion du bien, et point du tout de sentimenta-lisme de parti pris. Je crache de tout mon cœur sur celui qui prétend avoir mes principes et qui fait le contraire de ce qu’il dit. Je ne plains pas l’incendiaire et l’assassin qui tombent sous le coup de la loi. Je plains profondément la classe

– 671 – qu’une vie brutale, déchue, sans essor et sans aide, réduit à produire de pareils monstres. Je plains l’humanité, je la vou-drais bonne, parce que je ne veux pas m’abstraire d’elle ; parce qu’elle est moi ; parce que le mal qu’elle se fait me frappe au cœur ; parce que sa honte me fait rougir ; parce que ses crimes me tordent le ventre ; parce que je ne peux comprendre le paradis au ciel ni sur la terre pour moi tout seul [sic]. Tu dois me comprendre, toi qui es bonté de la tête aux pieds.

Es-tu toujours à Paris ? Il a fait des jours si beaux que j’ai été tenté [sic] d’aller t’y embrasser. Mais je n’ose pas dé-penser de l’argent, si peu que ce soit, quand il y a tant de mi-sère. Je suis avare parce que je me sais prodigue quand j’oublie ; et j’oublie toujours. Et puis j’ai tant à faire !… Je ne sais rien, et je n’apprends pas, parce que je suis toujours for-cée de rapprendre. J’ai pourtant bien besoin de te retrouver un peu. C’est une partie de moi qui me manque.

Mon Aurore m’occupe beaucoup. Elle comprend trop vite et il faudrait la mener au triple galop. Comprendre la passionne, savoir la rebute. Elle est paresseuse comme était monsieur son père. Il en a si bien rappelé que je ne m’impatiente pas. Elle se promet de t’écrire bientôt une lettre. Tu vois qu’elle ne t’oublie pas. Le polichinelle de la Ti-tite a perdu la tête, à force littéralement d’être embrassé et caressé. On l’aime encore autant sans tête ; quel exemple de fidélité au malheur ! Son ventre est devenu un coffre où on met des joujoux.

Maurice est plongé dans des études archéologiques, Li-na toujours adorable, et tout va bien, sauf que les bonnes ne

 

– 672 – sont pas propres. Que de chemin ont encore à faire les êtres qui ne se peignent pas !

Je t’embrasse. Dis-moi où tu en es avec Aïssé, l’Odéon, et tout ce tracas dont tu es chargé. Je t’aime, c’est la conclu-sion à tous mes discours.

G. SAND.

 

À EDMOND LAPORTE

Croisset, jeudi matin [26 octobre 1871].

Mon cher Ami,

Dites-moi tout de suite que vous viendrez dîner di-manche prochain chez moi. Je vous offrirai deux jolies per-sonnes comme convives, de plus Lapierre et le bon R. Duval.

Si vous avez peur de vous en retourner trop tard à cause de l’eau, je peux vous donner à coucher.

À vous.

 

– 673 –

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset,] nuit de jeudi [26 octobre 1871].

Non, mon loulou, je ne sais pas encore quand j’irai à Pa-ris pour la lecture d’Aïssé aux acteurs. – J’attends une lettre de Duquesnel. Ce sera, sans doute, au milieu de la semaine prochaine ?

J’ai passé ma journée de dimanche à faire des coupures, surtout dans le 2e acte. Travail embêtant et dont je ne suis pas mécontent. – À mes moments perdus je fais de petites recherches dans les livres de Goncourt, pour la mise en scène.

Le brave Saint Antoine n’est pas, pour cela, négligé. J’ai fini l’Olympe grec, et préparé le reste des dieux, encore 7 à 8 pages ! Aurai-je le temps de les écrire avant de gagner « la capitale » ?

Je ne me souviens pas très bien de Jacques, car je ne l’ai certainement pas lu depuis une trentaine d’années. Mon pauvre Alfred l’admirait beaucoup. – Je me rappelle que Jacques casse ses pipes par amour pour sa femme ; une pe-tite fille, Sylvia, qui court tout en sueur sur une falaise ; une femme en peignoir rose, qui regarde une vue du Dauphiné… voilà tout. Donc je ne peux pas apprécier la critique de mon élève. – De ma chère Caro, avec qui j’aime tant à causer lit-térature.

Ta grand-mère ne va pas mal. Hier, son ratelier l’avait fortement agacée. Elle en souffre toujours. Il faudra quitter Collignon. – Ce matin elle a été déjeuner à l’Hôtel-Dieu. –

– 674 –

Puis les Achille, avec le jeune Ernest, sont venus dîner. Ju-liette, bien entendu, est à Ouville « avec ses ouvriers » !

Je suis de l’avis des Arabes : les riches, en Europe, ont une drôle de manière de s’amuser !

Nous nous sommes résignés à donner au bon Bataille le déjeuner promis depuis longtemps. Ce sera pour samedi prochain.

Hier, j’ai eu la visite de Caudron et celle de l’indomptable Allais. Il m’a promis un échantillon de café.

Telles sont les nouvelles.

J’oubliais un événement extraordinaire. – Tantôt, après mon déjeuner, comme j’étais seul, j’ai fait un tour jusque dans le potager !!! Le temps était splendide ! Je suis resté en con-templation devant la nature. – Et j’ai été pris d’un tel atten-drissement pour le petit veau qui était couché près de sa mère, sur les feuilles sèches éclairées par le soleil, que j’ai baisé, au front, le susdit veau !

Tâche de guérir ton rhume, pauvre Caro, et aime tou-jours ton vieux chanoine de Séville qui t’embrasse bien fort.

 

– 675 –

À EUGÈNE BATAILLE

[27 octobre 1871 ?]

Trois fois oui ! certainement.

Donc, c’est convenu, nous t’attendons dimanche pro-chain à 11 heures.

Ce qui serait bien bon, ce serait d’avoir aussi Mme Bataille ? Elle trouvera peut-être cette invitation un peu leste ? Mais bah ! à la campagne ! ce qu’il y a de sûr, c’est qu’elle est très cordiale et que Mme Bataille nous ferait grand plaisir si elle voulait bien t’accompagner.

Ne t’inquiète pas du bateau, nous avons de la place pour ton char et tes coursiers.

 

Tout à toi

 

Croisset, vendredi 6 heures.

 

– 676 –

À ALFRED BAUDRY

[Croisset,] lundi 30 [octobre 1871 ?], 4 heures.

Mon petit père,

Nous comptons sur vous pour venir dîner ici jeudi pro-chain avec M. et Mme Lapierre, Mme Brainne et Laporte (de Couronne) = l’ami de Duplan.

Donc, à bientôt, mon bon,

Votre

 

À HENRY HARRISSE

[Paris, octobre-novembre 1871.]

Feydeau, 24 rue de Valois-du-Roule.

***

Ah ! oui, c’est gentil, la gent de lettres ! bien gentil !

À vous

 

– 677 –

À PHILIPPE LEPARFAIT

[Paris,] mardi, 8 heures du soir [octobre-novembre 1871].

Les embêtements recommencent de plus belle, je suis si exaspéré et fatigué que je ne peux te les écrire. Je viens d’expédier à d’Osmoy un télégramme pour le prier de reve-nir demain, car l’après-midi de demain (mercredi) sera grave. Je me suis chamaillé pendant une heure avec Chilly.

Bref, envoie-moi tout de suite un télégramme contenant ces mots :

 

NON ! MAINTENANT TENEZ FERME POUR RAMELLI, IL L’AVAIT ÉCRIT POUR ELLE.

PHILIPPE.

 

Et tâche que ça m’arrive avant midi.

Je t’embrasse.

 

Réponds-moi à ma lettre de ce matin.

 

– 678 –

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset,] nuit de mercredi, 3 heures [1er novembre 1871].

Je crois que je n’ai jamais travaillé comme à présent ! Je ne dors plus, ou presque plus. Ton vieux chanoine de Séville a le bourrichon démesurément monté. C’est ce qui fait que j’attends avec patience le moment de m’en aller à Paris.

Les petits dieux de Rome me donnent néanmoins un mal d’enfer. – J’ai montré tant de dieux que je suis à bout de tournures nouvelles.

Tu as eu tort de prendre au sérieux l’idée de ta grand-mère relative à un logement dans un hôtel de Rouen. – Sa santé est bonne, elle marche mieux. Mais son humeur conti-nue à être des plus variables. – Comme elle souffrait toujours de son ratelier, j’ai appelé Gally, qui lui a arraché une dent, et qui va lui faire, en partie du moins, un second ustensile – celui de Collignon, quand on l’examine attentivement, est pi-toyable, malgré son apparence.

Samedi nous avons eu à déjeuner le bon Bataille avec les dames Lapierre, chez lesquelles j’ai dîné lundi. – Mon-sieur ton oncle n’a pas dé-parlé de tout le repas !

Aujourd’hui visite de la mère Heuzey, et du jeune Des-bois (pour le monument de Bouilhet). Voilà toutes les nou-velles, pauvre loulou.

Et toi, que deviens-tu ? Tu n’as pas trop l’air de t’amuser ? Est-ce que les affaires d’Ernest t’inquiéteraient plus que tu ne le dis ? Il me semble que tu étais moins « mo-

– 679 – rose » à Dieppe qu’à Paris. – Quel dommage, pauvre Caro, que nous ne vivions pas ensemble ! Cela serait doux pour l’un comme pour l’autre !

N.B. – J’allais oublier le Positif ! Prie ton époux de nous envoyer de l’argent. Je n’ai plus que 40 francs pour tenir la maison ! C’est peu.

Deux forts baisers sur tes bonnes joues.

Ton vieux.

 

Duquesnel ne m’ayant pas encore écrit, je ne sais rien de ce qui se passe à l’Odéon. – Il ne m’appellera qu’après la première de Charles-Edmond. Mais comme je ne lis aucun journal de théâtre, j’ignore si Les Créanciers du bonheur du-rent encore ?

Bref, il m’est impossible de te dire l’époque de notre ar-rivée.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset,] lundi soir, 11 heures [6 novembre 1871].

Ouf ! je viens de finir mes dieux ! Encore trois pages, et j’aurai terminé la Ve partie du bon Saint Antoine, qui en aura huit en tout !

– 680 –

C’est peut-être très beau, mais ça pourrait bien être pro-fondément stupide ? Je ne sais plus qu’en penser ? Je crois que j’aurais besoin de donner un peu de repos à ma malheu-reuse cervelle ! Les répétitions d’Aïssé la distrairont, en me tapant sur les nerfs. Ce sera un changement.

Nous avons eu hier à dîner les Achille qui avaient passé leur après-midi chez l’élégant Saint-André, à la chasse ! Voi-là un double plaisir que je comprends peu. – Demain, nous aurons à dîner, et peut-être à coucher, Mme Maurice Schlé-singer. Voilà toutes les nouvelles, pauvre loulou.

J’oubliais de te dire que j’ai reçu de Dieppe 500 francs. – Quelle signature que celle de Daviron ! Quel paraphe ! Est-ce assez splendide !

Comme je ne reçois aucune lettre de Duquesnel, je vais lui écrire ce soir même pour savoir ce que deviennent les af-faires théâtrales. Ta grand-mère s’impatiente de n’être pas fixée sur le moment de son départ. Au reste, elle va bien. Je crois que Gally (chez lequel elle est retournée tantôt) est parvenu à la faire moins souffrir.

Tu ne me parles pas de la Peinture, ni de la Musique ? ni de tes lectures. Il me semble qu’il y a très longtemps que je ne t’ai vue, chère Caro, extrêmement longtemps ! Pourquoi cela ?

Es-tu contente de ton Hongrois ?

Quand tu auras quelque chose de particulier à me dire, mets-le sur une feuille séparée, car je suis obligé de lire tes lettres à ta grand-mère. Du reste, c’est réciproque.

– 681 –

Adieu, pauvre chérie. Embrasse ton mari de ma part.

Deux bons bécots sur tes bonnes joues.

Ton vieil oncle

 

À MARIE RÉGNIER

[Croisset, 6 novembre 1871 ?]

Chère Madame,

« La vague idée » de Duval est une idée fausse. Il ne m’a pas, du tout, rendu le manuscrit. Et je suis sûr de n’avoir pas ce maudit papier chez moi.

Je m’incline humblement devant vous, et de très loin… pour être convenable, en vous assurant que « je n’en pense pas moins » et que je suis, chère Madame, tout à vous.

Croisset, lundi soir.

 

À PHILIPPE LEPARFAIT

[Croisset,] jeudi soir [9 novembre 1871].

Mon cher Philippe,

 

– 682 –

Je te trouve « un drôle de jeune homme » ! Tu n’es pas venu me voir depuis longtemps et nous avons encore quelques petites choses à régler ensemble.

J’ai écrit depuis 15 jours, au sieur Duquesnel deux fois. Pas de réponse ! Je ne sais rien de ce qui se passe à l’Odéon ! Ça me chiffonne !

Mon intention est (si je n’ai pas de lettre lundi) d’écrire à Ed. de Goncourt pour le prier d’aller lui-même trouver ces Messieurs et de me donner des nouvelles. Mais tout cela nous recule encore d’une huitaine !

Je crois que tu ferais bien, la semaine prochaine, de dé-laisser les alcools pour 24 heures et d’aller voir par toi-même ce qui en est. En tout cas, je t’attends dimanche à 11 heures, ou demain, ou après-demain, quand tu voudras. Il me semble qu’on s’endort.

Ton

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset,] dimanche 1 heure [12 novembre 1871].

J’ai bien des choses à te dire, mon pauvre loulou : 1° Ta grand-mère a une femme de chambre ! Donc ne t’occupe pas de lui en chercher. 2° Nous serons à Paris à la fin de cette semaine, peut-être même jeudi. J’ai reçu ce matin une lettre de Duquesnel qui me dit de venir. Les répétitions commen-ceront dans dix jours. Et la direction veut régler les décors et

– 683 – la mise en scène, tout de suite. Comme j’étais ennuyé de n’entendre point parler de ces Mosieurs, j’ai expédié Phi-lippe qui doit être à Paris maintenant ? C’est à son retour, demain soir ou après-demain matin, que je saurai positi-vement le jour de mon départ.

 

N.B. – 3° : Je n’ai rien reçu encore de Daviron. – Il ne me reste que 300 francs, ce qui est insuffisant. – Car il nous faut de l’argent pour le voyage, pour quelques petites notes, et pour en laisser aux deux Bonnes.

Vinet m’a envoyé un mémoire de onze cents francs pour vin fourni, en partie, à messieurs les Prussiens ! Il attendra jusqu’à Noël.

Préviens, aussi, ton mari que je lui demanderai de l’argent pour mon propre compte !

Assez causé de ces choses-là, qui m’assomment de plus en plus !

Tu sauras donc, mon Caro, que ce matin, à 5 h[eures], j’ai terminé (enfin !) la Ve partie de Saint Antoine sur laquelle je suis depuis le commencement de juin. Terminé n’est pas très exact, car il me faut bien encore deux ou trois jours pour finir et modifier quelques phrases. N’importe, c’est un fa-meux poids de moins sur la poitrine.

Malgré le plaisir, ou plutôt le bonheur, que j’aurai de te voir souvent cet hiver, j’aimerais mieux rester ici, dans « le silence du cabinet », à gueuler mes phrases emphatiques,

– 684 – que de m’en aller à Paris me bouleverser les nerfs, et dépen-ser mes pauvres monacos, peu nombreux.

Ton oncle devient sheick, il n’aime pas le dérangement.

Adieu, pauvre chère Caro, à bientôt. Je te bécotte sur tes deux bonnes joues.

Ton vieux chanoine de Séville.

 

À PHILIPPE LEPARFAIT

[Croisset,] lundi, 5 heures [13 novembre 1871].

Hier matin, pendant que je te croyais à Évreux, j’ai reçu une lettre de Duquesnel qui me dit de venir « maintenant » pour régler les costumes, les décors et les coupures, puis de revenir dans une dizaine de jours pour le commencement des répétitions. Dans cette lettre, il me dit qu’il m’attend lundi (aujourd’hui) ou mardi.

Je lui ai répondu qu’il aurait ta visite en même temps que ma lettre, et il ne va pas savoir ce que tout cela signifie.

Bref, je fais mes paquets dès ce soir et je pars définiti-vement pour Paris, dès que je t’aurai vu. Donc, accours me dire adieu et convenir de nos résolutions.

À toi,

 

– 685 –

Ton Gve.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset,] mardi, 1 heure [14 novembre 1871].

Mon Loulou,

Il est inutile que je t’explique tous les mic-mac de l’Odéon, je n’en finirais plus. Bref, tu me verras demain soir (mercredi), car j’irai dîner chez toi.

Je pars seul, demain matin (ou peut-être même ce soir). Émile reste avec ta grand-mère qui sera chez toi jeudi soir. Arrange-toi donc pour que tout soit prêt, car elle a grand-peur de te déranger. D’autre part, elle ne peut plus tenir à Croisset.

Nous n’avons reçu aucun argent de Daviron, et j’emporte, pour mon voyage, le fond de la caisse, 60 francs.

Prie donc Ernest de télégraphier à Dieppe pour que ta grand-mère ait de l’argent. – Elle a différentes notes à payer, avant de partir.

Je t’embrasse, mon bon loulou.

Donc, à demain,

ton vieux oncle qui t’aime.

– 686 –

À RAOUL-DUVAL

[Croisset,] mardi 14 [novembre 1871].

Mon cher Ami,

Je ne trouve pas ça gentil !

Que devenez-vous ? Je croyais vous voir quelquefois cet automne ! Encore une illusion de plus ! ou plutôt une désillu-sion.

Je pars ce soir pour Paris, où je resterai jusqu’au prin-temps. Mon hiver ne sera pas drôle ! avec les répétitions d’Aïssé et le reste !

J’aurais voulu causer avec vous du « monument Bouil-het ». Cette affaire-là doit passer prochainement au Conseil municipal. Je compte sur vous pour la soutenir et m’en don-ner des nouvelles.

Voulez-vous présenter mes regrets à Mme Perrot et à Mme Lepic ? Je voulais aller leur faire une visite. Mais mon départ a été précipité.

À bientôt, n’est-ce pas ? et tout à vous.

 

– 687 –

À GEORGE SAND

[Croisset,] 14 novembre [1871].

Ouf ! je viens de finir mes Dieux ! c’est-à-dire la partie mythologique de mon Saint Antoine, sur laquelle je suis de-puis le commencement de juin ! Comme j’ai envie de vous lire ça, chère maître du bon Dieu !

Pourquoi avez-vous résisté à votre bon mouvement ? pourquoi n’êtes-vous pas venue cet automne ? Il ne faut pas rester si longtemps sans voir Paris. Moi, j’y serai après-demain. Et je ne m’y amuserai pas, de tout l’hiver, avec Aïssé, un volume de vers à imprimer (je voudrais bien vous montrer la préface), que sais-je encore ? une foule de choses peu drôles !

Je n’ai pas reçu le second feuilleton annoncé ?

Votre vieux troubadour a la tête cuite. Mes plus longues nuits, depuis trois mois, n’ont pas été au-delà de 5 heures ! J’ai pioché d’une manière frénétique. Aussi je crois avoir amené mon bouquin à un joli degré d’insanité ? L’idée des bêtises qu’il fera dire au bourgeois me soutient. Ou plutôt je n’ai pas besoin d’être soutenu, un pareil milieu me plaisant naturellement.

Il est de plus en plus stupide, ce bon bourgeois ! il ne va même pas voter ! Les bêtes brutes le dépassent dans le sen-timent de la conservation personnelle ! Pauvre France ! pauvre nous !

 

– 688 –

Savez-vous ce que je lis, pour me distraire, maintenant ? Bichat et Cabanis, qui m’amusent énormément. On savait faire des livres dans ce temps-là ! Ah ! que nos docteurs d’aujourd’hui sont loin de ces hommes !

Nous ne souffrons que d’une chose : la Bêtise. – Mais elle est formidable et universelle.

Quand on parle de l’abrutissement de la plèbe, on dit une chose injuste, incomplète. Je me suis astreint à lire toutes les professions de foi des candidats au Conseil général de la Seine-Inférieure. Il y en avait bien une soixantaine, toutes émanées ou plutôt vessées par la fine fleur de la bourgeoisie, par des gens riches, bien posés, etc. etc. Eh bien, je défie qu’on soit plus ignoblement âne en Cafrerie. Conclusion : il faut éclairer les classes éclairées. Commencez par la tête, c’est ce qui est le plus malade ; le reste suivra.

Vous n’êtes pas comme moi, vous ! vous êtes pleine de mansuétude. – Moi, il y a des jours où la colère m’étouffe ! Je voudrais noyer mes contemporains dans les Latrines. Ou tout au moins, faire pleuvoir sur leurs sales crêtes des tor-rents d’injures, des cataractes d’invectives. Pourquoi cela ? je me le demande à moi-même.

Quelle espèce d’archéologie occupe Maurice ? Embras-sez bien vos fillettes pour moi.

Votre vieux

 

– 689 –

À ÉMILE ZOLA

Paris, 15 novembre [1871].

Mon cher confrère,

En arrivant ici, je trouve votre volume sur ma table. De-puis combien de temps y est-il ? Je l’ignore.

Je vais le commencer ce soir, et dès que je l’aurai lu, j’irai vous voir.

À bientôt donc, et tout à vous.

 

À EDMOND DE GONCOURT

[Paris, 16 novembre 1871.]

Me voilà arrivé, mon cher vieux – et les embêtements (d’Aïssé) commencent.

Vous seriez bien gentil de venir dimanche prochain soir.

Votre

 

Jeudi Matin

 

– 690 –

IVAN TOURGUENEFF À GUSTAVE FLAUBERT

Baden-Baden, villa Viardot.

Ce 18 nov[embre] 1871.

Mon cher Ami,

Après toutes sortes de misères et de délais, causés par une rechute de goutte et des affaires, qui valent presque la goutte, je pars demain pour Paris, j’y arrive lundi – si rien ne m’arrive à moi – et je vous vois mardi, car je suppose que vous y serez, et je vous envoie cette lettre rue Murillo. – Ain-si à tantôt, à demain après cette lettre. Je vous embrasse.

Votre

Iv. TOURGUENEFF.

 

À EUGÈNE DELATTRE

[Paris, vers le 20 novembre 1871.]

Mon cher Ami,

Tu ne réfléchis pas à ceci :

Un auteur dramatique (qui veut être joué et gagner de l’argent) ne doit pas indisposer par avance tout un public. Ex. : About.

Le Comité n’est pas près de finir. Quand Aïssé sera jouée, nous verrons.

– 691 –

Médite très sérieusement les inconvénients pécuniaires qui pourraient résulter de ta fantaisie.

Viens me voir un dimanche dans l’après-midi, ou le jour qu’il te plaira, avant dix heures.

Tout à toi.

 

Rue Murillo, 4, parc Monceau.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

Paris, mercredi, 6 heures [22 ? novembre 1871].

Mon Loulou,

J’irai demain chez toi vers cinq heures, et puisque tu ne veux pas de moi, j’irai dîner chez Mme Husson ou je revien-drai dans ma mansarde.

Ainsi dis à ta grand-mère qu’elle aura ma visite demain, avant son dîner.

Il faudra que nous prenions ensemble un rendez-vous pour un après-midi de la semaine prochaine, afin que nous allions tous les deux au Cabinet des Estampes, où j’aurai probablement un petit service à te demander.

 

– 692 –

Je t’embrasse bien fort.

Ton vieil oncle.

 

À EDMOND DE GONCOURT

[Paris, 22 novembre 1871.]

Mon cher Ami,

Je vous suppose revenu définitivement à Paris ? Vous seriez bien aimable de me donner un rendez-vous un de ces matins, avant 11 heures (ou de venir chez moi). Car j’aurais besoin de vous pour m’aboucher avec un graveur, à cette fin de faire faire le portrait de Bouilhet.

À partir de samedi, je passerai tous mes après-midi à l’Odéon.

À bientôt, n’est-ce pas ? et tout à vous.

 

mercredi soir.

Je serai demain chez moi de 5 à 7 heures.

 

– 693 –

À PHILIPPE LEPARFAIT

[Paris,] mercredi soir, 11 heures [22 novembre 1871].

Les décors sont réglés. Le décorateur m’attendait avec un carton de dessins… Sous ce rapport-là je n’ai pas d’inquiétude. Mais le côté acteur et actrice m’embête. Ils ne veulent pas me donner Ramelli après me l’avoir promise (mais ils céderont). Nous nous sommes déjà un peu chamail-lés. Je suis resté 3 heures à l’Odéon.

Bref, il me paraît indispensable que tu m’amènes d’Osmoy à la fin de la semaine prochaine. La Baronne de Charles-Edmond passe mercredi. La distribution définitive des rôles n’aura lieu qu’après la 2e ou 3e représentation de cette pièce.

Écris donc à Mme d’Osmoy que tu as absolument besoin de voir son mari d’ici à huit jours.

Chilly est fort malade. Duquesnel « n’a jamais entendu parler de Mme ou Mlle d’Holbach ? » ; je te charge de le dire au Nouvelliste, pour son instruction.

À toi, ton

 

Duquesnel a approuvé toutes mes corrections, sauf huit vers du commencement du 2e acte qu’il veut laisser (scène du coiffeur). Tant mieux !

 

– 694 –

Demain matin, rendez-vous avec Lévy pour le volume de vers.

 

À PHILIPPE LEPARFAIT

[Paris,] vendredi, 3 heures [24 novembre 1871].

Rien de nouveau pour la pièce, bien entendu. J’ai passé hier tout mon après-midi aux Estampes et j’y retourne de-main.

Nous allons imprimer tout de suite le volume de vers. Je crois qu’il vaut mieux l’imprimer à ton compte qu’à celui de Lévy. Tu n’auras rien à débourser, car les frais seront faci-lement couverts, et si peu que tu gagnes, tu gagneras, tandis que Lévy, s’il l’imprimait pour lui, ne te donnerait rien, ou presque rien.

Pour que le volume paraisse en même temps qu’Aïssé, il faut s’y mettre dès maintenant.

Je viens de le relire et de numéroter les pages.

Ci-joint une note importante. Peut-être le cahier est-il dans mon grenier ? Mais la clef du coffre est enfermée. Julie ne pourrait te la donner.

L’Amour noir n’a-t-il pas paru dans une Revue ? Ta ré-ponse est attendue par moi avec impatience, car il faut que

 

– 695 – je donne le manuscrit au milieu de la semaine prochaine au plus tard.

Autre question : quel titre ?

« Poésies posthumes » ne peut être que le sous-titre. Je me creuse la tête et ne trouve rien.

J’ai relu ma Préface, dont je suis fort peu satisfait ! Elle me semble froide, gauche, mal faite. – Enfin elle me déplaît. Je vais la retravailler uniquement sous le rapport de la cor-rection. Quant à en faire une autre, je n’ai pas le temps. – Et puis je ne vois pas le moyen de faire mieux, bien que je la juge piètre.

Je t’embrasse.

Ton Vieux.

 

Et amène-moi, ou envoie-moi le sieur d’Osmoy, vers le milieu ou la fin de la semaine prochaine.

 

– 696 –

GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT

Nohant, [24] novembre [1871].

Je sais par Plauchut que tu ne veux pas te laisser enle-ver pour notre réveillon. Tu as trop à faire, dis-tu. C’est tant pis pour nous qui aurions eu tant de joie de te voir.

Tu étais à la pièce de Charles-Edmond qui a réussi, tu te portes bien, tu as de l’occupation devant toi, tu détestes tou-jours les bourgeois bêtes ; et, dans tout cela, Saint Antoine est-il fini et le lirons-nous bientôt ?

Je te charge d’une commission facile à faire, voici : j’ai eu à secourir une respectable et intéressante personne, à la-quelle les Prussiens n’ont laissé pour lit et pour siège qu’un vieux banc de jardin. Je lui ai envoyé 300 f, il lui en fallait 600. Je me suis adressée aux bons cœurs. On m’a envoyé ce qu’il fallait, sauf la princesse Mathilde à qui j’avais demandé 100 f et qui m’avait répondu le 19 de ce mois : « Comment faut-il vous envoyer cela ? » Le même jour j’ai répondu : tout simplement par la poste. Or, je n’ai rien reçu. Je n’insiste pas, mais je crains que l’argent n’ait été volé ou perdu, et je te demande d’éclaircir l’affaire le plus tôt possible.

Sur ce je t’embrasse, et Lolo

t’embrasse aussi

Aurore

et toute la famille, qui t’aime.

– 697 –

G. SAND.

 

IVAN TOURGUENEFF À GUSTAVE FLAUBERT

[Paris, 25 novembre 1871].

Mon cher Ami,

Je suis ici depuis lundi mais j’ai été repris le jour même de mon arrivée par un accès de goutte (j’espère que c’est le dernier), et je sors aujourd’hui pour la première fois, mais je ne puis pas encore monter votre escalier. – Je viendrai de-main à 1 heure, et je finirai par arriver jusque chez vous. – J’ai pensé vous écrire pour vous dire de venir, mais je suis dans une maison (celle des Viardot) qui est encore un vrai chaos, et puis j’étais furieux d’être dans mon lit. – Ainsi, à demain, je serai bien content de vous voir.

Je demeure rue de Douai, 48, mais ne venez pas, je viendrai.

Votre Iv. TOURGUENEFF.

 

– 698 –

IVAN TOURGUENEFF À GUSTAVE FLAUBERT

[Paris,] dimanche [26 novembre 1871]

48, rue de Douai.

10 heures du matin.

Mon cher Ami,

Je croyais pouvoir passer chez vous aujourd’hui, mais je vois que cela m’est impossible, je serai demain chez vous à 1 heure précise.

Ce n’est pas que la vie soit plus difficile, mais il devient de plus en plus difficile d’entreprendre quoi que ce soit. La vie vous pousse par-dessus la tête, comme de l’herbe.

À demain.

Votre vieux fidèle

Iv. TOURGUENEFF.

 

IVAN TOURGUENEFF À GUSTAVE FLAUBERT

[Paris,] lundi, 9 heures du matin

[27 novembre 1871].

Mon cher Ami,

Quand je vous écrivais qu’il est difficile d’entreprendre quoi que ce soit, je ne pensais pas dire si vrai. – Dans la nuit qui vient de s’écouler, la cheville de mon pied malade a gon-

– 699 – flé tout à coup, et maintenant je ne puis ni mettre une botte, ni poser le pied par terre. – Voilà donc Antoine ajourné. C’est vraiment avoir du guignon, à moins que vous ne vouliez ve-nir vous-même avec le manuscrit, ou bien attendons une couple de jours, ces sortes de rechutes ne durent guère plus de 48 heures.

Me voilà donc bien penaud et je vous serre la main avec désappointement.

Votre vieux

Iv. TOURGUENEFF.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Paris,] lundi, 4 h 1/2 [27 novembre 1871].

Mon pauvre Caro,

Il m’est impossible d’aller vous voir aujourd’hui ; j’attends d’Osmoy qui doit arriver à 5 heures (d’après son té-légramme d’hier). J’ai du côté de l’Odéon des embêtements graves.

Que ferai-je demain ? Je n’en sais rien. Je tâcherai d’aller embrasser notre chère vieille, quand même.

Si tu avais quelque chose de particulier à me mander, envoie-moi un commissionnaire.

 

– 700 –

Il est probable que je serai chez vous à l’heure du déjeu-ner (ou pour déjeuner ?). Mais j’aime mieux ne pas donner de rendez-vous.

Demain, j’attends Tourgueneff qui doit être arrivé ce matin à Paris.

Ma Préface, que j’ai retouchée, a fait fondre en larmes E. de Goncourt : il la trouve magnifique. – Je l’ai encore retra-vaillée jusqu’à 3 heures du matin. Embrasse Vieille pour moi.

Ton chanoine

Gve.

 

À EDMOND DE GONCOURT

[Paris,] mardi matin [28 novembre 1871].

J’ignore, mon cher vieux, où est la P[rince]sse ? Je viens d’écrire à Popelin pour le savoir.

Tâchez donc de venir dimanche. En attendant ce plaisir-là (celui de vous voir), je vous embrasse.

 

– 701 –

À RAOUL-DUVAL

[Paris,] rue Murillo, 4 [28 novembre 1871].

Cher Ami,

Qu’avez-vous fait relativement au monument Bouilhet ? Je n’en entends pas parler.

J’espérais que l’affaire serait décidée avant l’ouverture de la Chambre !

Dès que vous serez à Paris, faites-le-moi savoir.

D’Osmoy, que j’ai vu mercredi dernier, aurait besoin de parler à Mme Perrot, ou à Mme Lepic. Nous avons même été ensemble chez Mme Lepic, que nous n’avons pas trouvée.

Tout à vous, cher vieux.

 

Mardi matin.

 

IVAN TOURGUENEFF À GUSTAVE FLAUBERT

[Paris, 28 novembre 1871.]

Mon cher Ami,

 

– 702 –

Voici ce qui m’arrive. – Un oncle à moi, M. Nicolas Tourgueneff, homme excellent et respectable, est mort der-nièrement à Paris, et je viens de recevoir de Pétersbourg une dépêche télégraphique où l’on me demande d’écrire une no-tice nécrologique, et il faut que cette notice soit expédiée dès demain soir. J’ai accepté, et me voilà attaché à cette be-sogne. – Il faudra donc que le bon Antoine veuille bien at-tendre jusqu’à après-demain, car demain je dois aller porter mon article à la famille T[ourgueneff] qui demeure à Bougi-val pour des renseignements, etc., etc. Ainsi, à jeudi !

Votre billet d’avant-hier n’a pas été remis par votre do-mestique. Il s’est probablement trompé de maison. Le n° 48 de la rue de Douai est au coin de la place Vintimille.

Mille amitiés.

Iv. TOURGUENEFF

 

Mardi, 11 h 1/2.

 

À PHILIPPE LEPARFAIT

[Paris,] mercredi, 6 heures [29 novembre 1871].

Succès complet !

 

– 703 –

Ramelli est engagée. – Peut-être même aurai-je Du-maine pour le Commandeur ? et la lecture aux acteurs est définitivement fixée à vendredi, après-demain midi et demi.

Mais j’ai eu du mal ! et une belle peur ! ayant contre moi toute la bande Hugo entre autres.

Franchement j’ai passé de mauvais quarts d’heure de-puis 15 jours !

N.B. – Expédie-moi tout de suite le manuscrit original d’Aïssé, afin que je puisse corriger plusieurs vers faux.

J’ai terminé tous les arrangements avec Claye pour le vol[ume]. Ledit Claye m’a l’air plein de bonne volonté. Nous aurons un respectable bouquin.

Et n’oublie pas les vers de L’Amour noir.

Si Aïssé a du succès, mon cher bonhomme, tu me de-vras, sans me vanter, une belle chandelle.

Je t’embrasse.

Ton GVE.

 

– 704 –

À CLAUDIUS POPELIN

[Paris, 29 novembre 1871.]

Mon cher Ami,

Je vous suppose revenu définitivement à Paris ? Vous seriez bien aimable de me donner un rendez-vous un de ces matins, avant 11 h. (ou de venir chez moi) car j’aurai besoin de vous pour m’aboucher avec un graveur à cette fin de faire le portrait de Bouilhet.

À partir de samedi je passerai tous mes après-midi à l’Odéon.

À bientôt, n’est-ce pas et

tout à vous

 

mercredi soir

Je serai demain chez moi de 5 à 7 h.

 

À RAOUL-DUVAL

[Paris,] mercredi soir, minuit [29 novembre 1871].

Cher Ami,

– 705 –

Voici la chose.

D’Osmoy, il y a huit jours, avait peur d’être appelé à Rouen, par le juge d’instruction, dans le courant de cette semaine (hier ou aujourd’hui). On devait l’interroger sur je ne sais plus quelle souscription ? et il voulait auparavant se rafraîchir la mémoire près de Mme Perrot.

Mais, puisqu’on ne l’a pas appelé, tranquillisez-vous. Il sait d’ailleurs où demeure à Rouen Mme Perrot, et il irait la voir préalablement.

Merci pour ce que vous avez fait au Conseil municipal, mon cher vieux.

Je n’ose vous promettre de dîner avec vous lundi ? parce que je suis dans un tourbillon dramatique. Mais à par-tir de lundi matin ou de mardi nous pourrons nous voir.

D’ici là je vous embrasse.

Votre

 

Je lis Aïssé aux acteurs vendredi prochain et les répéti-tions commenceront dès samedi. La pièce pourra être jouée dans les premiers jours de janvier.

Continuer : partie 14 sur 35