Correspondance - Tome V
À Sa Nièce Caroline ........................................................ 84
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 28 parties.
– 876 – archi-aimable, écrite, me dit-il, en collaboration avec About. Pourquoi About, je m’y perds. Bref, on m’avertit que le ministre me propose une place de conservateur adjoint à la Mazarine, 3 mille fr[ancs]. Pas de logement. « Vous garderez votre liberté tout entière, vous ne serez pas même astreint à venir aux bureaux. » On me prie de répondre immédiatement si cette proposition m’agrée. « Le détour que nous employons en ce moment est pour lui (le ministre) un hommage à votre fierté bien légitime. »
Mais pour répondre immédiatement il faudrait savoir qui m’écrit – et puis qu’est-ce que Nous ?
J’envoie l’autographe à Guy, afin qu’il me débrouille la question vivement. Comprends-tu combien je me mange le sang. – Et j’écris à Laporte d’aller voir, illico, mon disciple.
Il n’est donc plus question de pension ? J’aime mieux ça. – Ce n’est plus une aumône. Sans doute 3 mille ne valent pas cinq mille – mais il y aurait peut-être moyen d’augmenter plus tard le traitement ? Quoi qu’il en soit, ma conscience sera plus en repos.
Il est très important que je réponde tout de suite. J’ai peur que ma lettre à Guy ne se trouve perdue. Préviens donc le susdit.
***
Mme Achille m’écrit des lettres incompréhensibles – la dernière dément toujours la précédente. Ils m’ont l’air de rester à Paris indéfiniment ?… Tu serais bien gentille d’écrire à Juliette Roquigny de m’envoyer des nouvelles de son père, il lit les lettres que j’adresse à sa femme et je voudrais savoir ce qui en est positivement.
– 877 –
Le pauvre Laporte m’a expédié de Paris une épître lamentable. Du matin au soir, il est en courses pour ses affaires, et me paraît tout à fait désespéré.
Je regrette bien que tu ne puisses donner pour moi 20 fr[ancs] à Varin ! Il est amer de se priver de ces plaisirs-là. Il y a plusieurs années je n’ai pas même répondu à la veuve de Narcisse, et ce silence de ma part m’est resté sur le cœur, comme une mauvaise action.
***
Tu es sans doute bien occupée aujourd’hui par le vernissage ?
***
J’ai écrit à Laurent une lettre roide.
***
Tourgueneff m’a eu l’air content de mes 3 chapitres. Mais je suis tellement abruti par le manque d’argent que je pense à la littérature avec difficulté.
Aucune nouvelle de la mère Heuzey.
Adieu, pauvre chat.
Je t’embrasse.
VIEUX.
– 878 –
À EDMOND LAPORTE
[Croisset,] samedi [10 mai 1879].
Mon Bab,
J’ai reçu ce matin une lettre fort aimable dont je ne peux lire la signature. Je la crois de Paul Baudry, le peintre (56, rue Notre-Dame-des-Champs), mais le B est fait comme une S. About s’y trouve mêlé et est, me dit le signataire, de moitié dans la rédaction d’icelle.
Bref, on me dit que le ministre me propose une place de conservateur adjoint à la Mazarine. 3 000 francs, pas de logement, et aucune obligation, pas même celle de venir dans les bureaux. Il faut que je réponde immédiatement. « Le détour que nous employons en ce moment, est pour lui (le ministre) un hommage à votre fierté bien légitime. »
Il n’est donc plus question de pension ?
J’envoie l’autographe à Guy en lui demandant des éclaircissements.
Trois mille francs n’en valent pas cinq… mais peut-être y aura-t-il le moyen de donner le coup de pouce ?
N’importe. Du moment que je ne suis astreint à rien du tout, « pas même à me présenter dans les bureaux », j’aime mieux ça qu’une pension. Cette aumône déguisée m’humilie beaucoup.
Tâchez donc de me tirer l’histoire au clair et de voir Guy. L’intervention d’About m’épate ? Mystère.
Je suis bien impatient de la conclusion, quelle qu’elle soit.
– 879 –
Et vous, mon pauvre bonhomme, où en êtes-vous de vos affaires personnelles ?
Mulot est venu me voir avant-hier. Je lui ai donné rendez-vous pour samedi prochain afin de régler avec vous la circulaire aux souscripteurs. Si vous ne pouvez déjeuner samedi à Croisset, voulez-vous lundi ? (De lundi prochain en huit.)
Mandez-le-moi afin que je prévienne ledit Mulot.
Je compte sur le zèle de mon Bab et je l’embrasse.
À GUY DE MAUPASSANT
[Croisset,] dimanche 2 h[eures, 11 mai 1879].
Mon cher ami,
La lettre que j’ai reçue hier et que vous ai immédiatement envoyée m’a tourné la boule. Je ne sais plus trop ce que je vous ai dit.
Bref, je voudrais savoir ce qu’il y a chez vous, de nouveau, quant à moi ? L’idée de la pension de 5 mille est donc abandonnée, on a donc changé d’avis ?
Peut-être est-ce tout bonnement une idée d’About ?
Ce qu’on me propose maintenant est tout à fait (sauf le logement) le dernier programme de cet « excellent M. Baudry ».
Voici à quoi je me suis arrêté. Dans la dernière semaine de ce mois (quand je serai à la moitié de mon chapitre), j’irai à Paris, et je verrai moi-même le ministre. C’est ce qu’il y a
– 880 – de plus simple, n’est-ce pas ? Donc, tenons-nous tranquilles d’ici là ? –
De qui est l’autographe ? De Paul Baudry le peintre ?
Je vous embrasse.
Votre
À EDMOND LAPORTE
[Croisset,] dimanche [11 mai 1879].
Mon bon,
Je viens de re-écrire à Guy que je me décide à ceci :
J’irai à Paris avant la fin du mois et je verrai le ministre. C’est plus simple.
Car je me perds dans toutes ces complications. Allez le trouver aujourd’hui à son bureau et envoyez-moi des éclaircissements.
L’intervention d’About là-dedans achève de me troubler.
Si vous voulez profiter de l’occasion pour lui reparler de Limbourg, vous pouvez de ma part aller le remercier (About) et lui dire que je n’ai rien compris à la lettre de son ami Paul Baudry le peintre (est-ce Paul Baudry ?), mais que, n’importe, je ne lui ai pas moins de reconnaissance pour son bon vouloir.
Toutes ces histoires-là finiront par me rendre fou ! Comment travailler !
Je vous embrasse.
– 881 –
Votre VIEUX.
À LA PRINCESSE MATHILDE
[Croisset, 11 mai 1879.]
Ma chère Princesse,
Je compte vous voir à la fin de ce mois. Serez-vous encore à Paris ? Si vous êtes à S[ain]t-Gratien, j’irai à S[ain]t-Gratien. Car, il m’ennuie de vous, démesurément. Rester si longtemps sans le spectacle de votre personne est une des tristesses de ma vie – qui d’ailleurs en est pleine.
Un rhumatisme s’est jeté sur mon articulation, de sorte que je boite, et souffre toujours. – Mais c’est bien peu de chose à côté du reste.
Le roman de Goncourt m’a plu. – Au commencement, je me suis révolté contre certaines afféteries et négligences de style. Puis, je me suis laissé empoigner – et en somme, je trouve ce livre, plein de talent. Telle est mon opinion sincère.
L’exposition ouvre demain. Je vous vois errant dans les salles et considérant les tableaux. Dites-moi ce que vous pensez du portrait du père Cloquet par ma nièce. Votre opinion m’importe. La pauvre femme est si à plaindre ! –
J’ai eu, ces jours-ci, la visite de Tourgueneff. Il m’a l’air désolé de l’état de son pays. Le nôtre n’est pas encore si bas. Est-ce que le Prince impérial est malade ? Vous devez être inquiète ?
Je me mets à vos pieds – et vous baise les mains.
Votre vieux dévoué, ou plutôt votre dévot.
– 882 –
Dimanche.
Amitiés à Marie et à Popelin, S.V.P.
À GUY DE MAUPASSANT
Croisset, lundi soir, 6 heures [12 mai 1879].
Jeune impur,
Vous n’avez pas répondu à ma dernière lettre ? pourquoi ?
Je le saurai demain, car ce soir je serai à Paris. Donc venez me voir demain mardi avant d’aller à votre bureau ou bien mercredi. Je ne passerai à Paris que ces deux jours-là.
Tout à vous.
À GUY DE MAUPASSANT
[Croisset,] vendredi, 4 h[eures, 16 mai 1879].
Mon cher ami,
On dit à la Princesse « Madame, ou Votre Altesse » – Votre Altesse est cérémonieux, se dit la première fois, puis de temps en temps on en émaille le discours pour lui rappeler incidemment qu’on n’oublie pas sa qualité. « Madame la Princesse » est bourgeois et de mauvais goût. Quand on lui écrit on met « S. A. I. Madame la princesse Mathilde ».
– 883 –
Voici ce qu’il faut faire. Lui écrire un mot de remerciement illico en lui disant que vous vous empressez de vous conformer à ses ordres et que vous lui demandez l’honneur de vous présenter chez elle. Puis, écrire à Popelin 7 rue de Téhéran, – qui vous pilotera dans la maison. Ou bien allez le voir dimanche – Elle vous invitera probablement pour le soir ou pour mercredi.
Quant à la Pasca, il faut qu’elle joue votre pièce chez la Princesse. J’écris à Mme Brainne pour qu’elle l’y contraigne autant que possible. – Moi, elle (Pasca) m’a envoyé promener. Quelle grue ! – Et allez vous-même chez ladite.
Je trouve cette représentation utile pour vous et pour elle.
Je tremble comme un voleur parce que j’ai des plumes atroces – et que je viens de soigner mon pauvre Julio qui est en voie de crever.
Hier je ne suis parti que par le train du soir. – Ayant passé tout mon après-midi près de mon frère. Il est, j’en ai peur, bien malade. Quant à ce qui me concerne, ça n’a pas fait un pli.
***
Ce matin, re-lettre de Paul Baudry pour me dire qu’About était le mandataire de Ferry. Je vais remercier About.
Je serai à Paris de lundi prochain en quinze, positivement. – Et j’y resterai deux ou trois semaines.
***
– 884 –
Si la charmante Alice s’entête à ne pas vouloir jouer votre Vieux temps, prenez une autre femme. – Mais qui ? – Car personne comme elle n’est apte à ce rôle ? –
Et donnez-moi des nouvelles.
Votre vieux qui vous embrasse.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset,] vendredi, 5 h[eures, 16 mai] 1879.
Mon Loulou,
Je suis sorti de chez toi, hier, bourrelé de remords. Ma personne et ma correspondance deviennent bien déplaisantes depuis quelque temps ! Mais pour mon excuse il faut songer que je souffre démesurément, que j’en retiens cent fois plus que je n’en dis – n’ayant personne à qui m’épancher. Moi qui étais né si expansif ! – Je n’assouvis aucun besoin de mon cœur – et ma solitude est complète. J’ai même la certitude que pas un des mortels de ma connaissance ne pourrait vivre comme je vis. N’importe ! pauvre enfant, j’ai été envers toi trop égoïste. – Et je t’en demande pardon.
***
La requête près de mon frère n’a pas fait un pli – il m’a même coupé la parole en me disant : « Qu’est-ce que tu veux ? de l’argent ? » Puis quand je lui ai dit que vous étiez complètement ruinés son mot a été : « Pauvres gens ! Au reste je sais que Caroline fait de la peinture pour vivre. On dit que son portrait du père Cloquet est très beau. » Bref, il
– 885 – m’a promis 3 mille fr[ancs] par an – mais, et le mais est formidable, je doute que le pauvre homme ait bien sa tête.
Ma vue l’a fait trembler de plaisir. – Et je suis resté avec lui jusqu’à 9 heures du soir. – Il a voulu que je le mène en consultation chez le docteur Duplay que je connais un peu (médecin indiqué par Larrey). J’ai prétexté des courses à faire pour retourner chez Duplay, où Juliette est revenue me trouver. Duplay le regarde comme perdu. – Un ramollissement irrémédiable. S’il n’a pas de nouvelles attaques, il pourra vivre encore pendant un an, – tout au plus ?
Presque toujours, il est lucide comme autrefois, et il a examiné ma jambe, comme s’il avait eu trente ans. Puis il a des absences, et pour la moindre contrariété est pris d’accès de larmes. Sa démarche est celle d’un homme de 90 ans. Juliette et sa mère font aussi mauvais ménage que possible. Toutes deux sont excédées l’une de l’autre. Mme Achille reproche à sa fille la maladie de son père. C’est elle qui le tue, etc.
Tout le monde dans la maison a eu l’air de se raccrocher à moi. – À 11 h 1/2, j’ai trouvé au chemin de fer leur coupé qui m’a ramené ici.
Maintenant voici ce que je compte faire : dans 15 jours, quand je serai à Paris, je demanderai à Florimont (qui était chez eux, pendant le déjeuner) comment me conduire pour avoir quelque chose d’assuré. S’ils reviennent à Rouen d’ici là, j’en reparlerai à Achille. Car je ne serais nullement étonné s’il avait oublié complètement notre dialogue. Il était hier dans une de ces situations où les coquins se font donner tout ce qu’ils veulent. La manière dont il a accueilli mes premiers
– 886 – mots m’a retiré toute gêne. – Et pendant la course chez Duplay il a été charmant. Puis là, il est retombé.
***
Ce matin re-lettre de Paul Baudry pour me dire qu’About était le mandataire de Ferry. – Je vais remercier About et lui dire ce qui [sic] en est.
***
Ci-inclus un billet de la Princesse.
***
Je suis bien curieux de savoir le chiffre des Cloquet.
***
Mon pauvre Julio est très malade.
Je t’embrasse tendrement.
VIEUX.
À FRÉDÉRIC BAUDRY
Croisset, vendredi soir [16 mai 1879].
Mon cher ami,
C’est fait. – J’ai enfin cédé à un petit groupe d’amis qui désirent pour moi que je sois votre adjoint.
Vous-même, m’aviez exprimé ce désir, au mois de février.
– 887 –
Mon « intraitable orgueil » avait résisté jusque-là. – Mais, mon cher vieux, je suis à la veille de crever de faim ou à peu près (sic). Donc j’accepte la place en question : 3 mille francs par an – et la promesse de ne me faire servir à quoi que ce soit. Car vous comprenez que le séjour forcé de Paris me rendrait encore plus pauvre qu’auparavant.
Maintenant : (ceci entre nous) si vous aviez besoin de moi, il va sans dire que je suis et serai à vos ordres, – espérant que mon supérieur me sera clément ?
Votre vieux
Je suis très inquiet de la santé de mon frère – et je m’aperçois que la voix du sang n’est pas une blague.
À LÉONIE BRAINNE
[Croisset, 16 mai 1879.]
Ma chère amie,
Faites en sorte, je vous en prie, que Mme Pasca joue la pièce de Guy chez la Princesse. – Chose que je regarde comme très utile pour lui et pour elle. – Elle m’a déclaré, il y a un mois, qu’elle n’en ferait rien et m’a envoyé promener, net ! C’est un tort. La bonne Princesse a le bras long et peut lui rendre service. – C’est de moi que vient l’idée. Ces personnes-là n’aiment pas à être déçues dans leurs fantaisies. – Et d’ailleurs pourquoi refuser après avoir promis ? Le rôle n’est ni long ni difficile. Ce caprice est bête. Faites-lui sentir ça.
– 888 –
J’ai tant de choses à vous dire que je ne vous dis rien. – À bientôt.
Et mille tendresses de votre vieux
POLYCARPE.
Vendredi soir.
Elle peut bien retarder son départ de 8 ou 15 jours – et si elle est assez bien portante pour faire 600 lieues en chemin de fer, rien ne l’empêche de dégoiser 200 vers.
À GEORGES CHARPENTIER
[Croisset,] vendredi soir [16 mai 1879].
Homme de La Vie moderne,
Vous saurez sans doute que j’ai passé avant-hier quelques heures à Paris – et pourquoi je me suis traîné jusque-là. Le gonflement de mon articulation ne m’a pas permis d’aller plus loin.
J’avais prié Goncourt de s’entendre avec vous et les amis pour organiser deux trains vers Croisset. – Pas de réponse – mystère –
Dites à Zola que j’ai bourré de coups de crayon aux marges ses dernières élucubrations. Nous en causerons.
Vous me verrez mort ou vif dans les premiers jours de juin. Car j’ai plusieurs propositions à vous faire (sans compter les obscènes). Ainsi L’Éducation sentimentale redeviendra ma propriété, le 10 août prochain. – Etc.
– 889 –
Malgré un hiver abominable (– six mois que je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi, si j’avais des ennemis – la patte cassée était une plaisanterie à côté du reste), malgré, dis-je, un état moral des plus rigoureux je n’ai pas cessé un seul jour de travailler pour :
La Maison Charpentier !!!!!
et je n’ai plus que deux chapitres et demi à faire. – Quant au second volume, aux trois quarts fabriqué, je n’ai plus que des attaches à y mettre. Bref dans un an – nous ne serons pas loin de la terminaison complète – et quand vous connaîtrez l’œuvre, vous verrez que j’ai été rapide.
Mon grand âge – ou pour mieux dire ma sénilité m’autorisant à beaucoup de libertés je prends celle d’embrasser Mme Marguerite et son époux malgré les exemples déplorables qu’il offre à nos bords.
Votre
Ma lettre est bien mal rédigée et pleine de choses qui m’exaspèrent. Mais je suis trop éreinté pour faire mieux –
À LA PRINCESSE MATHILDE
[Croisset,] vendredi soir [16 mai 1879].
Ma chère Princesse,
Je vous remercie des encouragements contenus dans votre dernier billet, reçu ce matin. – Je les ai envoyés à ma nièce. Ils lui feront plaisir.
– 890 –
Un aveu : j’ai passé à Paris la soirée d’avant-hier et la matinée de jeudi – et je n’ai pas été vous voir ! – Mon cœur vous a envoyé une bonne pensée en frôlant le bout de la rue de Berri.
J’avais été appelé là-bas, immédiatement, pour une affaire que je vous expliquerai. – Mon escalier m’a donné un mal de cinq cents diables à grimper. – Je n’ai été libre qu’à 11 h[eures] du soir – l’heure et mon costume m’interdisaient l’entrée de votre maison. Puis le lendemain, j’ai été voir mon frère que je crois un homme perdu. Encore un deuil. – Encore un chagrin !
Mais dans une quinzaine, – à moins que la terre ne croule d’ici-là, j’aurai quelques bons moments, puisque je vous verrai.
En attendant, je vous baise les mains, Princesse, et suis toujours, et du plus profond
votre
À EDMOND LAPORTE
[Croisset,] samedi, 7 heures [17 mai 1879].
Moi, bien content, mon cher pauvre vieux. Dès que vous saurez votre endroit, un télégramme bien vite, puis une lettre.
Et à mercredi, n’est-ce pas ? Prévenez-moi un peu d’avance, que j’aie le temps d’avertir Mulot.
Mon frère m’a accordé tout de suite ce que je lui demandais. Il me l’a même proposé ; mais le pauvre homme est dans un tel état, entre nous (un ramollissement du
– 891 – cerveau), que je ne serais pas étonné si notre dialogue lui était déjà sorti de la tête ? mais j’ai imaginé un moyen d’obtenir quelque chose de positif.
Est-ce que la Fortune changerait ? allons-nous enfin être tranquilles, mon cher compagnon des mauvais jours ?
G. F. qui embrasse tendrement son Bab.
À GUY DE MAUPASSANT
[Croisset,] samedi [17 mai 1879].
Si Mme Pasca s’entête dans le mutisme de son désespoir (le 4e en date, au dire de Mme Brainne – ce qui doit nous rassurer) je ne vois guère que Favart ou Plessy. Communiquez cette idée à la Princesse ou à Popelin et dites qu’elle vient de moi. Il importe que cette petite fête littéraire ne tombe pas dans l’eau.
J’ai écrit hier à Mme Brainne pour qu’elle exhorte son amie.
Je vous embrasse.
Votre vieux
Et tenez-moi au courant de tout.
Je vous recommande mon jeune homme (id est Tourgueneff). Figurez-vous que vous êtes un docteur chargé par la famille de faire perdre à un jouvencel « de mauvaises habitudes ».
– 892 –
À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset,] dimanche, 5 h[eures, 18 mai 1879].
Enfin, mon pauvre Loulou, voilà donc quelque chose de bon qui nous arrive ! (d’autre part, Laporte m’écrit qu’il est sûr d’être nommé, étant le 1er sur la liste). – Est-ce que la Fortune changerait ? La générosité des Cloquet me fait doublement plaisir. Et je m’applaudis de t’avoir empêchée, il y a deux ans, de renoncer à la peinture lors de tes démêlés avec Mme Trélat. Mais n’oublie pas (une leçon de morale, à mon tour) que l’Argent ne doit jamais être qu’une conséquence et non un but. Tu en gagneras d’autant plus que tu y songeras moins.
Comme il ne faut rien négliger néanmoins, voici, quant aux articles, ce que tu as à faire : 1° écris immédiatement à Lapierre pour qu’il te recommande aux Salonniers de sa connaissance. 2° Il faut aller au Cabinet de Lecture du passage de l’Opéra, – demander tous les journaux de la semaine, et faire la liste desdits cocos. – Tu me l’enverras. A priori, je ne connais que Burty pour La République française et Judith au Rappel. Mais il m’est très facile de te recommander à tous, ou presque tous. – Sarah Bernhardt accomplit cette mission dans Le Globe. Si tu veux, j’irai la voir ? – Au reste, Guy peut te renseigner là-dessus. Quelques-uns de ses amis doivent s’en mêler. Au début, la Réclame sert beaucoup
***
J’ai partagé entre Suzanne et Chevalier les 800 francs.
***
Mon pauvre Julio vit encore. On lui donne des lavements de vin et de bouillon. Et on va lui remettre des
– 893 – vésicatoires. Le vétérinaire maintenant ne serait pas étonné s’il en réchappait. – Avant-hier, ses extrémités étaient froides et nous le regardions, croyant qu’il allait mourir. C’est exactement comme une personne. Il a de petits gestes d’une humanité profonde.
***
Ci-inclus une lettre fort aimable de F. Baudry – nous revoilà dans les meilleurs termes. N’importe ! J’aurai du mal à avaler ces trois mille fr[ancs]. De quelque nom qu’on les décore. – C’est un poids qui m’étouffe. Je me sens taré. Je ne porte plus haut la tête. Je croyais mieux finir. – Et n’avoir jamais recours à l’Assistance publique. – Car enfin le Public ne me doit rien. Ce n’est pas juste.
Je n’éprouve pas du tout la même répugnance en ce qui me concerne près de mon frère. Aussi dès mon retour à Paris, agirai-je.
Ah ! pauvre chère fille, si tu pouvais lire dans mon vieux cœur dévasté tu comprendrais que, malgré mes mauvaises lettres, je suis stoïque. – Enfin, je tâcherai de ne plus t’embêter autant.
Je crois qu’un peu de repos me fera du bien. Ma cervelle n’en peut plus. Et j’éprouve de grandes difficultés à travailler. Mais aussi, quel livre !
Je t’embrasse bien tendrement.
NOUNOU.
Oui, j’ai reçu le tabac, mardi dernier.
– 894 –
À JULIETTE ADAM
[Croisset, 19 mai 1879.]
Madame et chère confrère,
Il va sans dire que je n’ai rien à vous refuser. Mettez donc mon nom sur la couverture de L’Esprit libre et puisse votre Revue anéantir la feuille Buloz !
Quant à ma collaboration, je n’ose vous la promettre. Mais je suis libre de tout engagement – et qui sait ?
Les amis ont été bien bons pour moi. Vous par-dessus les autres – et avant tous.
Dans la première semaine de juin, je tenterai l’ascension de vos étages. Il me tarde de vous voir, chère Madame, et de vous baiser les mains – en vous assurant que je suis tout à vous.
Croisset, lundi soir.
À EDMOND LAPORTE
[Croisset,] lundi [19 mai 1879].
Vieux,
J’écris à Mulot que vous serez jeudi à Croisset, et je l’invite à déjeuner. Il faut ce jour-là que nous nous débarrassions de la circulaire.
– 895 –
Rien de neuf, sauf une lettre de Mme Adam pour me féliciter de ma nomination qu’elle a sue mercredi, – mystère ! C’est elle, j’en suis sûr maintenant, qui a poussé About.
De plus, elle me demande ma collaboration pour une revue qu’elle fonde, destinée à tomber la feuille de Buloz, et qui s’appellera La Libre pensée. Pas moyen de refuser. Encore une canaillerie de votre géant.
B[ouvard] et P[écuchet] me donnent un mal terrible et je n’aurai [pas] fini la première moitié de mon chapitre à la Pentecôte, époque où décidément j’irai à Paris.
Lundi soir.
Suzanne vient de vous apercevoir sur Le Chamois, petit cochon !
Ne pas oublier les prières pour les vaches, nom de Dieu !
À JEANNE DE LOYNES
Croisset, mercredi [21 mai 1879].
Ma chère amie
Je n’ai été à Paris que quelques heures. Et votre escalier m’a fait peur !
Mais j’y retournerai dans quinze jours pour y rester une partie du mois de juin. Attendez-vous donc à me voir l’autre semaine, vers le 3 ou le 4 ?
D’ici là, je vous embrasse bien fort.
– 896 –
Votre vieil amoureux
À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset,] jeudi [22 mai 1879].
Mon Loulou,
Juliette Roquigny m’écrit ce matin que ses parents s’en vont enfin de Paris mardi prochain – et que son père est plus mal. – Ils iront probablement à Ouville ?
Je sens que ma requête à mon pauvre frère doit lui être sortie de la cervelle ? D’ailleurs une promesse orale, vu sa situation, n’a rien de sûr. Il faut en finir maintenant. Écrire à Florimont serait difficile. J’aime mieux dire qu’écrire. – Donc, voici ce que j’ai envie de faire : avancer mon voyage de huit jours. – Car si Achille n’est plus à Paris quand j’y arriverai, comment ferai-je ?
En étant à Paris dimanche soir, j’irais chez Florimont lundi matin, de bonne heure, je lui expliquerais mon affaire. Et il pourrait aviser tout de suite à des mesures effectives. – Qu’en dis-tu ? Il me semble que ce parti est prudent. Si tu l’approuves, dispose de suite mon appartement selon nos petites conventions :
1° Je crois qu’il est plus sage de rétablir la cheminée de mon cabinet telle qu’elle était. – On peut casser le buste. Les deux lampes me gênent et les deux coupes syracusaines me sont plus commodes dans mon cabinet que dans ma chambre à coucher ;
2° Qu’as-tu trouvé dans l’armoire à glace ? Je devais y avoir deux chapeaux ? – Et des affaires de toilette.
– 897 –
***
Le temps est splendide et vraiment ça me fait deuil de quitter maintenant Croisset qui est exquis.
***
Julio est sauvé au grand étonnement du vétérinaire.
Fortin me fait prendre de la valériane et du bromure de potassium, les nerfs de Monsieur n’étant pas en bon état.
J’attends une réponse immédiate de ma chère fille que j’embrasse.
NOUNOU.
Que veux-tu qu’on fasse de la boîte déposée chez Pilon, depuis très longtemps ?
À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset,] 9 h[eures], samedi [24 mai] 1879.
Comme Juliette R[oquigny] m’écrit : « tu auras une lettre aussitôt que je serai renseignée sur le départ de mes parents », et qu’il est impossible que le logement soit prêt demain ou lundi, – et qu’après tout ça ne presse pas absolument, j’attendrai que tu me laisses le champ libre. Mais Loulou, le plus tôt sera le mieux. –
Partir demain pour revenir lundi serait absurde.
J’ai relevé ta note de salonniers. Ils sont bien obscurs. Mais je connais beaucoup de directeurs de journaux, Le Siècle et Le Temps entr’autres.
– 898 –
T’ai-je dit que Mme Adam paraissait me vouloir infiniment de bien ? C’est une personne à cultiver, non plus dans mon intérêt mais dans celui des autres.
Tâche de te guérir, ma pauvre fille, et écris-moi dès que je pourrai venir.
VIEUX qui t’embrasse.
Juliette m’écrit : « Je vais perdre la tête grâce à ma mère. »
À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset,] samedi, 6 h 1/2 [24 mai 1879].
Loulou,
N.B. Faut-il que j’apporte des serviettes, tant de table que de toilette ?
N’y avait-il pas dans l’armoire à glace un et même deux chapeaux ? – Autres renseignements sur les brosses et éponges, S.V.P.
Ne t’inquiète pas de Julie. Elle mangera chez Chevalier.
***
Aucune nouvelle du ministère… pas un mot du jeune Guy ! Il est temps que je me mêle un peu de mes affaires, moi-même . On ne peut pas tout accomplir par correspondance.
En partant demain (comme tu me le conseillais dans ta lettre de vendredi) pour revenir lundi, je n’étais pas sûr, primo, de rencontrer Florimont et de pouvoir tout faire en si
– 899 – peu de temps. – Et puis, ma chérie, tu ne penses pas aux frais de route. Où veux-tu que je déniche de l’argent ? – À peine aurai-je de quoi prendre le chemin de fer ! À Paris, je trouverai de l’argent chez Charpentier.
Ta cousine Juliette m’a l’air bien embêtée de sa mère ! Ils ne savent pas ce qu’ils veulent. Provisoirement ils vont aller chez le Bon S[ain]t-André – lequel en aura peut-être assez, en peu de temps. Et alors ils seront capables de s’en retourner à Nice. Je tiens à ne pas les manquer.
Comment aurions-nous passé l’hiver si je ne m’étais point cassé la patte – accident qui m’a fait rester ici, forcément. – Tout a donc été pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
Tes arrangements de départ, paquets et déplacement de meubles ne me semblent pas devoir exiger encore dix jours ? J’en parle peut-être bien à mon aise ? Enfin, Loulou, tu connais la situation (piètre). Fais tout pour le mieux.
Un peu de repos fera du bien à mon pauvre système, du reste je ne travaille pas trop mal, – bien qu’avec de GRANDES difficultés et j’aurais voulu avoir fini mon mysticisme avant d’aller à Paris. Ce qui est impossible.
Je t’embrasse.
VIEUX.
À GUY DE MAUPASSANT
[Croisset, 24 mai 1879.]
Homme occupé !
– 900 –
drôle de Pistolet (vesanus sclopetus, comme on dit en vers latins).
Pourquoi n’ai-je aucune nouvelle de votre excellence ?
– que devient la soirée littéraire chez la Princesse ?
– et cette nomination ? – dont Mme Adam m’a félicité par lettre – mystère ! –
Vous me verrez d’ici à très peu de jours. J’attends que les Commanville aient vuidé les lieux.
À vous.
Votre vieux
Samedi soir.
IVAN TOURGUENEFF À GUSTAVE FLAUBERT
Paris, 50, rue de Douai.
Dimanche matin [25 mai 1879].
Mon cher vieux,
J’ai besoin d’avoir de vos nouvelles. – Faites-moi savoir : 1°) Si vous avez quelque chose à me dire ? Une amélioration s’est-elle produite dans vos affaires ? – 2°) Comment va la santé ? le travail ? – 3°) Venez-vous à Paris et quand ? – À partir de vendredi je suis à Bougival. J’ai une chambre à vous y offrir. L’air est bon là-bas et il y a de grands divans sur lesquels on peut s’étendre de tout son long. Mais écrivez vite. – En attendant je vous embrasse.
– 901 –
Votre
IV. TOURGUENEFF.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Croisset,] lundi, 5 h[eures, 26 mai] 1879.
Il est inutile maintenant de te gêner. Ce que j’avais prévu arrive : les Achille partent ce soir ou demain matin de Paris. Où les retrouverai-je ? Ils vont chez S[ain]t-André – et puis ensuite, on ne sait pas. Et ils ne savent pas. – À la grâce de Dieu !…
Guy n’a pas répondu à trois lettres successives. Je me contente de noter tout sans me plaindre de rien, autrement que dans le silence du cabinet.
Donc, chérie, je te le répète, il sera fait selon ton désir, je ne viendrai à Paris que de mercredi en huit – à moins que le logement ne soit prêt plus tôt ? mais actuellement peu importe.
Je t’embrasse – en tremblant comme un voleur, car j’ai souvent bien du mal à écrire.
VIEUX.
À EDMOND DE GONCOURT
[Croisset, 26 mai 1879.]
Mon cher ami,
– 902 –
Vous me verrez au milieu de la semaine prochaine – à moins que d’ici là je ne sois crevé.
Et je vous fournirai toutes les excuses et explications nécessaires.
Je vous embrasse.
Votre
Lundi.
À IVAN TOURGUENEFF
[Croisset, 26 mai 1879.]
Mon cher bon vieux,
À moins que la terre ne soit écroulée la semaine prochaine, vous me verrez au milieu de ladite semaine. –
Dès que je serai à Paris, un mot de moi vous préviendra.
J’achève la magie de B[ouvard] et P[écuchet] – et je n’en peux plus.
Je vous embrasse fortement.
Votre
Lundi 26.
– 903 –
À GUY DE MAUPASSANT
[Croisset, 28 mai 1879.]
Très bien ! mon cher ami. Je serai à Paris, au plus tard, mercredi soir. (Peut-être dimanche soir ?) – Et il me sera plus commode de remercier les grands dans une visite que par une lettre.
Sacrée Pasca ! Quelle dinde !
***
Je lis le nouveau volume de Cladel ! – Dux est ineffable.
***
Je vous embrasse.
Votre vieux
Mercredi matin.
À EDMOND LAPORTE
[Croisset,] jeudi matin [29 mai 1879].
Mon chéri,
Je pars dimanche 1er juin par l’express de l’après-midi (quelle chance si à la gare je rencontrais mon Bab !).
Guy m’a écrit hier que ma nomination était signée et que je trouverais à Paris 750 francs, mon premier trimestre. La chose est donc certaine.
– 904 –
Et vous, où en est-ce ?
Je compte vous voir à Paris très prochainement, n’est-ce pas ? et là il faudra nous donner une petite fête de famille, nous l’avons bien gagné.
Réponse tout de suite, n’est-ce pas, cher vieux.
Merci pour les noms magiques.
Votre GÉANT.
À LÉONIE BRAINNE
[Croisset, 29 mai 1879.]
Chère Belle,
Attendez-vous à me voir tout au commencement de la semaine prochaine ! Ne deviez-vous pas faire un petit voyage à Rouen dans les premiers jours de juin ? – Retardez-le ! – pour qu’on puisse se voir un peu et s’embrasser. Nisard, la dernière fois, a comprimé mes expansions.
Votre père Loulou, votre vieux
POLYCARPE.
Vous savez que je garde rancune à la sensible Alice pour n’avoir pas voulu jouer chez la Princesse l’œuvre de mon disciple.
Si vous voyez l’illustre Georges Pouchet, dites-lui que j’ai besoin de conférencer (ou conférer) avec lui.
– Re-tendresses.
– 905 –
Jeudi.
À EDMOND LAPORTE
[Croisset, mai 1879.]
Merci de votre mot de ce matin.
Venez déjeuner demain, en prenant le bateau qui arrive ici à 9 h 1/2. – Nous causerons de vous. Puis, après le repas, nous piocherons. Je ne crois pas d’ailleurs que je parte lundi. – Ce sera probablement jeudi.
Mais cette lettre vous arrivera-t-elle à temps ?
Tout à vous, mon cher vieux.
Votre
Jeudi matin, 7 h[eures].
À ERNEST REYER
[Paris, entre le 1er et le 4 juin 1879.]
[Flaubert exprime à son correspondant le désir de régler définitivement et immédiatement l’affaire de « Salammbô ».] Je me suis résolu à envoyer promener mon ami Catulle, mais avant cela j’aurais besoin d’en conférer avec vous.
– 906 –
À JULIETTE ADAM
[Paris, 2 juin 1879.]
Chère Madame Adam,
Voulez-vous me dire quand je pourrais avoir le bonheur de vous voir ?
D’ici là, permettez-moi de vous baiser la main et de vous assurer que je suis
entièrement vôtre.
240, rue du Faubourg-Saint-Honoré.
Lundi 2 juin.
À IVAN TOURGUENEFF
[Paris,] 240, rue du Faubourg-Saint-Honoré,
lundi 2 juin [1879].
Mon vieux chéri,
Me voilà arrivé depuis hier au soir. Comment nous voir ? Mon intention est bien d’aller à Bougival, mais pas immédiatement, car je suis accablé déjà de courses et de rendez-vous. Tous les jours de cette semaine je dîne en ville.
Avez-vous un jour où vous veniez à Paris ? Je n’ose vous donner un rendez-vous, de peur d’y manquer. Je rentre ordinairement vers trois ou quatre heures, pour reposer ma patte. À cette heure-là, vous auriez la chance de me trouver.
– 907 –
Dimanche prochain, je ne bougerai pas de toute la journée. Je compte donc sur vous ce jour-là, au plus tard. D’ici là je vous embrasse.
Votre
À ÉMILE ZOLA
[Paris, 2 juin 1879.]
Mon vieux Solide,
Me voilà revenu (pour trois semaines).
Où ? et quand nous voir ?
Je dîne cette semaine tous les jours en ville – et j’ai pas mal de rendez-vous dans l’après-midi.
Mais dimanche prochain je ne bougerai pas de chez moi.
Ordinairement je rentre dans mon domicile vers 4 h[eures] – pour y reposer ma quille jusqu’à 6 ou 7 heures. Telles sont provisoirement mes mœurs. – Mais ça n’a rien de fixe. Comme je serais désolé de vous rater imaginez un truc pour nous voir un peu longuement.
Et tâchez, en tout cas, de venir dimanche.
Tout à vous.
Lundi 2 juin.
– 908 –
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris, 3 juin 1879.]
Quel froid ! – Et quel rhume ! C’est plutôt une grippe ! Je n’en peux plus de fatigue. – Et bien que je dépense des sommes folles en voiture, mon pied enfle. – Bref, ça ne va pas. Aussi n’irai-je point demain dîner chez Mme Adam. Je crois que je resterai toute la journée au coin de mon feu. Il m’a fallu acheter du bois.
Pour tous les jours de la semaine j’ai des invitations à dîner. – Et déjà deux pour la semaine prochaine.
Je viens de faire des courses depuis 9 h[eures] du matin. Je rentre et il en est quatre ! – Aussi vais-je piquer un chien.
Tu auras des articles ! sois sans crainte. Charpentier se charge de 3 journaux, Guy de deux, etc. ! etc. – Du reste ton œuvre a du succès. Je n’ai pas encore vu Florimont mais c’est de ma faute. Je m’étais trompé d’adresse. Et je l’ai manqué. Je l’attends chez moi demain ou après-demain.
***
Je suis bien attristé par des avaries advenues à mon Bouddha. Un coin du piédestal est brisé, et une aile des bras partie. – Où est le morceau ?
***
J’ai retrouvé une cuillère dans une boîte à gants.
***
Ernest serait bien gentil de m’apporter ma grande couverture rouge – ou ma couverture de tricot.
– 909 –
Il me semble que j’avais laissé ici une paire de pantoufles en maroquin rouge ? – toute neuve. Si je me suis trompé qu’il m’apporte la moins vieille paire des deux paires rouges, situées sur ma planche dans ma chambre à coucher.
Je t’embrasse, chère fille – je vais m’étendre sur mon divan.
VIEUX
bien éreinté.
Une nouvelle Farce : plainte en adultère, avec demande en séparation de corps, déposée au parquet par Mme Bardoux contre le sieur Agénor Bardoux, son époux ! –
À JOSÉ-MARIA DE HEREDIA
[Paris], mercredi, 3 h[eures, 4 juin 1879].
Mon cher ami,
Me voilà revenu. Mais je n’en vaux guère mieux. Car j’ai un rhume abominable qui m’empêche de sortir. Donc cet après-midi et ce soir je ne bougerai de chez moi.
Vous seriez bien gentil de venir deviser longuement
avec votre
Je resterai à Paris une quinzaine.
– 910 –
À JULIETTE ADAM
[Paris, 5 juin 1879 ?]
Madame,
Je suis désolé de ne pouvoir me rendre à votre charmante invitation mercredi prochain – et j’ajoute à mes excuses une requête : quand puis-je me présenter chez vous, pour vous renouveler l’assurance de mes regrets ?
En attendant ce plaisir-là, permettez-moi Madame de vous baiser les mains et de vous dire que je suis entièrement
Vôtre.
Jeudi.
IVAN TOURGUENEFF À GUSTAVE FLAUBERT
[Paris, 5 juin 1879.]
DIMANCHE POUR SÛR, DEMAIN PASSERAI VERS QUATRE HEURES.
TOURGUENEFF.
À IVAN TOURGUENEFF
[Paris,] vendredi matin [6 ? juin 1879].
Votre télégramme d’hier n’est pas clair. « Venez demain. » Où venir ? À Bougival ? Cela m’est impossible. Si c’est à Paris, très bien. Donc, demain, à tout hasard, je
– 911 – sonnerai à votre porte, rue de Douai, dans l’après-midi vers trois heures. Mais ne vous dérangez pas pour moi, parce que je ne pourrai vous consacrer que peu de temps.
Tout à vous, mon bon.
À LA PRINCESSE MATHILDE
[Paris,] vendredi, 4 h[eures] du soir [6 juin 1879].
Princesse,
Comme je ne lis les journaux que fort irrégulièrement, cet après-midi seulement j’ai appris la mort du prince d’Orange !
Je sais que vous l’aimiez, – à cause de sa mère surtout. Vous avez du chagrin – et je vous plains, ma chère Princesse ! Tout s’en va autour de nous, choses et gens ! La vie est triste.
Raison de plus à ceux qui pensent et sentent de même pour se rapprocher.
À mercredi ! Mais j’ai bien du mal à me mouvoir.
Votre vieux fidèle et dévoué
À LÉONIE BRAINNE
[Paris, dimanche 8 juin 1879.]
Oui ! – dimanche prochain, je serai libre, le soir, mais éreinté par mes réceptions. Donc, j’aimerais mieux un autre
– 912 – jour, sauf le lundi suivant (de demain en huit où je dîne chez les Sabatier). – N’importe ! ce sera pour dimanche.
Demain j’ai rendez-vous à 10 h 1/2 chez le ministre de l’Instruction publique, puis je passe tout l’après-midi à la Bibliothèque – de 4 h[eures] à 7 h[eures] courses. Le soir je ne bouge, voilà le programme. Mardi soir également je resterai chez moi, – tout prêt à y recevoir la chère belle.
Tous ces jours-ci jusqu’à mon départ, ma vie sera de même.
Cependant je suis assailli par les dîners. J’en ai mercredi, vendredi et samedi.
Dites-moi vos plans. – Si vous ne pouvez venir un de ces deux soirs prévenez-moi.
Je suis HHHindigné contre mes plumes et j’en tremble de colère.
Mille tendresses.
10 h 1/2.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris, 8 juin 1879.]
Mon Loulou,
J’ai l’air de t’oublier ? Et pourtant je travaille pour ma pauvre fille, – qui d’ailleurs passe à l’état de grand peintre. Ton étude de femme nue a causé l’enthousiasme de Goncourt, Burty et Heredia, tous gens d’un goût difficile et
– 913 – même grincheux (surtout le premier). Goncourt veut que pour l’année prochaine tu fasses « une Salammbô » ! (sic), etc., etc. !
Je ne voulais t’écrire qu’après avoir vu le portrait du père Cloquet. Ce ne sera pas encore pour demain ! Mais ce sera pour mardi, certainement.
J’ai eu aujourd’hui du monde chez moi depuis 11 h[eures] jusqu’à 7 ! – Ce qui fait qu’avec le temps orageux je tombe sur les bottes. – Et je suis bien assommé par mes rendez-vous ! et mes dîners. – Comment pouvoir travailler le soir ? – N’importe, à partir de demain j’envoie tout promener pour passer tous mes après-midi à la Bibliothèque nationale.
Je crois que mercredi je lâcherai la bonne Princesse ? – tant j’ai d’affaires !
***
Pour me récréer, j’ai reçu tout à l’heure la lettre mensuelle de MM. Faucon, Pécuchet et Cie, – à laquelle je viens de répondre par une lettre dont je ne comprends pas même les termes. – Encore une fois quelle garantie puis-je offrir puisque je n’ai rien ? Et 2° jusques à quand durera cette scie ?
N.B. Voilà plusieurs fois que j’adresse cette question, ou plutôt ces deux questions, sans qu’on daigne m’y répondre.
3e question : les affaires avec le jeune Baudry sont-elles finies ? Ceci pour ma gouverne envers Fr. Baudry. Puis-je lui dire ce que je pense sans danger ?
Adieu pauvre chérie. Je t’embrasse tendrement.
VIEUX.
– 914 –
Dimanche soir, 10 h[eures].
À LÉONIE BRAINNE
[Paris, 11 juin 1879.]
J’irai demain chez vous entre quatre et six heures.
Mais ne vous gênez pas si vous avez à sortir.
Je reviendrais vendredi matin avant midi car maintenant je passe toutes mes journées à la Bibliothèque.
Tantôt j’ai été empêché par la pluie et par le Japon. – Je vous expliquerai ça.
D’ailleurs, ça ne va pas ! ça ne va pas !
Deux bons baisers.
GVE.
Mercredi, 6 h[eures] du soir.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] jeudi matin, 11 h[eures, 12 juin 1879].
Ma nièce Caro m’oublie tout à fait – depuis douze jours une seule lettre ! As-tu la migraine, pauvre chat ?
J’ai vu hier (et enfin) le fameux portrait auquel je ne trouve rien à redire. – Cependant je te ferai une observation sur le col. – Mais j’ai peur de dire une bêtise. Et provisoirement je m’abstiens. – J’ai cuydé crever de chaleur et de fatigue à l’exposition. La marche m’est encore très
– 915 – pénible. N’importe, je suis resté trois heures devant les tableaux. Celui de Carolus Duran m’a enthousiasmé, – bien que je ne le trouve pas très ressemblant car je connais le modèle, Mme Vandal. – J’admire sans réserve le portrait du père Hugo. Il est vrai jusque dans la forme des ongles.
Mes courses pour t’avoir des articles n’ont fini qu’avant-hier. Si l’on me tient parole, tu auras une soignée Presse.
En dînant, avant-hier, chez Charpentier, Burty, à propos de rien, est revenu sur ton étude de femme nue : « Savez-vous que votre nièce a du talent ? » Alors ton vieil oncle se rengorge.
Pas de Princesse, hier ! J’étais trop éreinté pour aller à S[ain]t-Gratien – et pour remonter, le soir, mon escalier.
Ce matin j’ai envoyé promener définitivement Catulle quant à Salammbô. Reyer est venu hier chez moi et nous avons eu là-dessus une longue conférence. Il y a peut-être moyen de faire jouer la Féerie au Théâtre des Nations. Des démarches à ce sujet sont entamées.
Tous les jours à midi je m’installe dans la Réserve devant un bureau spécial et je lis, en prenant des notes, des matières ecclésiastiques. Et le soir autant que possible je reste chez moi. Il n’y a plus que le travail qui m’amuse.
Ce soir pourtant dîner chez Pouchet et lundi prochain chez Sabatier.
Avant-hier j’ai été remercier Jules Ferry, lequel a été ultra-poli.
J’ai bien envie d’être revenu à Croisset pour y jouir du frais – n’avoir plus à m’habiller et bécoter un peu ma pauvre niepce.
– 916 –
VIEUX.
À EDMA ROGER DES GENETTES
[Paris,] vendredi 13 juin [1879], 8 h[eures] du matin.
Vous êtes pour moi un remords depuis un mois que je n’ai pas répondu à votre lettre. –
Aujourd’hui enfin, je me lève exprès de très bonne heure, pour vous dire que je ne vous oublie pas.
Votre décision de ne point venir à Paris m’a bien affligé. C’est donc que vous êtes plus malade, pauvre amie ! Comme je vous plains ! Quelle triste existence que la vôtre ! Êtes-vous assez héroïque ! – Quand nous verrons-nous maintenant ?
J’avais besoin – un besoin sentimental et esthétique – de vous lire les trois quarts de mon roman. Votre bon sourire m’eût soutenu pour le reste ! Dieu ne l’a pas voulu ! Courbons-nous.
Vous apprendrez avec plaisir que ma position matérielle s’est un peu améliorée. Pendant que j’avais la quille cassée, les amis ici se sont occupés de mon sort, – d’eux-mêmes, spontanément. Bref, le ministre de l’Instruction publique m’a fait demander si j’accepterais une sinécure – et après bien des hésitations, j’ai enfin consenti à devenir conservateur-adjoint à la Mazarine. Absolument rien à faire et 3 mille francs d’appointements. Cela me permet de garder mon petit logement à Paris – et de pouvoir y passer tous les ans trois ou quatre mois. D’autre part, mon frère (qui est fort riche) va me faire trois ou quatre mille francs de rentes. Avec ce qui me reste et les gains de la Littérature, je peux vivre
– 917 – tranquille. N’importe, je ne vous cache pas que l’argent du gouvernement me pèse sur le cœur, m’humilie. Pour calmer ma conscience, je le regarde comme un prêt, et je me suis arrangé pour que l’État n’y perde rien si je puis faire cette restitution de mon vivant. – Ah ! votre vieil ami a passé par de rudes étamines ! – et il faut que son « coffre » soit bon !
Savez-vous ce qui m’a le plus indigné cet hiver ? Ce sont les plaintes sur ma jambe cassée ! Et elles recommencent depuis que je suis à Paris : « Comme vous avez dû souffrir ? – Pas du tout ! » Alors on s’étonne et on cause d’autre chose. – Oui, ma fracture me devient une scie. C’est comme la Bovary, dont je ne peux plus entendre parler ; son nom seul m’exaspère. Comme si je n’avais pas fait autre chose. – Et Charpentier veut en faire une édition illustrée ! Ainsi que de Saint Julien. Assez de concessions comme ça !
Les deux premiers jours que je suis arrivé ici, je me suis ennuyé à crever. – Puis, j’ai eu plaisir à revoir mes amis. Toute locomotion, tout changement d’habitudes m’est, à présent, désagréable. – Marque de sénilité. Le cœur seul ne vieillit pas. – Au contraire, peut-être ?
Mais la Littérature devient de plus en plus difficile. Il fallait être fou pour entreprendre un livre comme celui que je fais.
Tous les jours, je passe mon après-midi à la Bibliothèque nationale, où je lis des choses stupides – rien que de l’apologétique chrétienne, maintenant. C’est tellement bête qu’il y a de quoi rendre impies les âmes les plus croyantes. Oh ! quand on veut prouver Dieu, c’est alors que la bêtise commence.
Connaissez-vous Schopenhauer ? – J’en lis deux livres. – Idéaliste et pessimiste, ou plutôt bouddhiste. – Ça me va.
– 918 –
Il y a du talent dans l’autobiographie de Vallès (= Jacques Vingtras). Pauvre diable ! On comprend son fiel. N’importe ! c’est un vilain coco. Et j’aime mieux la Correspondance de Berlioz. – À propos de musique, Fauré et Gallet vont faire un opéra sur Faustine. J’ai rompu avec Catulle Mendès et Reyer va prendre Barbier pour se mettre à Salammbô. – De plus, il y a peut-être moyen de faire jouer la Féerie, la fameuse Féerie ! toujours inédite.
Enfin la chance a l’air maintenant moins mauvaise ? –
Là-dessus, je vous embrasse.
Amitiés à l’Époux.
***
Je reste encore à Paris toute la semaine prochaine.
À LA PRINCESSE MATHILDE
[Paris,] vendredi [13 juin 1879].
Ma chère Princesse,
Avant-hier, l’orage, et une station de trois heures au palais de l’Industrie m’avaient tellement démoli qu’il a fallu rentrer chez soi et s’étendre sur son divan. Les courses, bien que je les fasse toutes en voiture, me fatiguent beaucoup. Et le soir j’ai la patte enflée.
Mais mercredi prochain, je lâcherai tout pour aller à S[ain]t-Gratien. C’est bête à moi d’être si près de vous et ne pas vous voir plus souvent ! –
– 919 –
Je baise vos belles mains, Princesse,
et suis votre vieux dévôt
IVAN TOURGUENEFF À GUSTAVE FLAUBERT
Bougival, les Frênes.
Vendredi soir, ce 13 juin [18]79.
Mon bon vieux,
Je pars probablement demain soir pour Londres. – Dans tous les cas je ne pourrai pas dîner avec vous et je remets ce grand plaisir à mon retour, qui aura lieu dans une semaine. Ne me grondez pas trop – et quand je vous dirai le pourquoi – vous ne m’en voudrez pas. – En attendant je vous embrasse.
Votre
IV. TOURGUENEFF.
P.-S. Il me semble qu’il [y] a un changement pour le mieux dans vos affaires – et je m’en réjouis beaucoup.
P.-S. Si je ne pars pas samedi, je viendrai vous voir dimanche.
À JEANNE DE LOYNES
[Paris, 13 ou 20 juin 1879.]
Ma chère amie,
– 920 –
Je me propose demain, à 11 heures, de venir chez vous, vous demander à déjeuner*.
Ce sera le moyen d’être seuls et de pouvoir un peu causer, n’est-ce pas ?
D’ici là, – comme toujours
tout à vous chère belle.
Vendredi midi.
* c’est-à-dire m’asseoir devant votre table. Ne me donnez presque rien. – Ou autrement je pioncerais sur les bouquins, à la Bibliothèque.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] dimanche matin [15 juin 1879].
Ma chérie,
J’ai été bien perplexe hier au soir. Paul m’a montré un télégramme adressé à ton mari. (C’était le second de la journée.) Nous ne savions que faire. Au risque d’être indiscret, je l’ai décacheté. Et Paul l’a immédiatement retransmis à Croisset. Ernest l’a-t-il reçu ? Ai-je bien fait de le lui envoyer ? – À l’avenir, si pareil cas se présente, quelle doit être ma conduite ?
***
Je t’envoie un mot aimable d’A. Silvestre dans L’Estafette, – que Guy m’a apporté hier.
– 921 –
***
Comme je me méfie du jeune Charpentier j’ai été parler moi-même à d’Hervilly pour Le Rappel.
***
Je me suis débarrassé de Catulle ! Espérons qu’aux mains de Jules Barbier, la pauvre Salammbô marchera plus vite ? – T’ai-je dit que j’entrevoyais un moyen de faire jouer la fameuse Féerie ? – Grâce au père Hugo. – C’est à lui que je dois ma place de « conservateur hors cadres », à lui, plus qu’à tout autre. Je le sais maintenant par Cordier. – Ah ! si l’on faisait un bel opéra avec Salammbô, et si la Féerie était jouée, je pourrais restituer cette place ! Mais pour le moment il faut se réjouir de l’avoir.
Hier Chéron m’a manqué de parole, de sorte que ma journée a été perdue. – J’en ai fini avec les matières ecclésiastiques ! – Maintenant c’est au tour de l’Éducation et de la Morale ! – Je ne sais encore quand je reviendrai, près de mon Loulou, dans le pauvre vieux bon Croisset. – Ce ne sera pas, j’en ai peur, avant 8 ou 10 jours. – Tant il me reste encore d’affaires à régler ! – Et puis Monsieur est accablé de politesses. J’en suis tout surpris. Il est évident qu’on a beaucoup de plaisir à me revoir, et qu’il y a des gens moins aimés de leurs amis que moi.
Visite au père Baudry avant-hier. – Très aimable. Je dois déjeuner un de ces jours chez lui.
Demain je dîne chez Frankline. Son mari m’a écrit pour me rappeler ma promesse.
– 922 –
Il est huit [heures] et demie – et je vais corriger des épreuves, puis raturer quelques phrases en attendant l’heure de mes réceptions.
Dimanche dernier elles ont été gigantesques. Heredia m’a amené Jules Breton, le peintre, qui désirait « avoir l’honneur » etc.
***
Tu as raison, les lettres sont un mauvais moyen de correspondre. Nous reviendrons sur tout cela, un de ces jours – quand nous serons seul à seul.
Adieu, pauvre fille, je t’embrasse bien tendrement.
VIEUX.
Suzanne est payée de toute la dépense que j’ai faite ici – tu n’auras pas à t’en occuper.
***
On a apporté pour moi un prodigieux rouleau. La preuve
que tu deviens réellement un tiste c’est que tu écris
aquarel (sic).
À JULES TROUBAT
[Paris,] dimanche soir [15 juin 1879].
[Flaubert demande à son ami un service :] Ce serait dans votre salon de dire quelque chose de bien senti sur le portrait du baron Jules Cloquet par ma nièce, Mme Commanville, élève de Bonnat n° 714. L’éloge ne vous déshonorera pas. […]
– 923 –
À LINA SAND
[Paris, 16 juin 1879 ?]
Chère Madame Lina,
J’irai vous voir un de ces après-midi, vers 5 h[eures] – soit demain mardi, vendredi ou lundi.
Comme je dois quitter Paris la semaine prochaine tout mon temps est pris, et je ne pourrai dîner chez vous. Mais je tiens à vous voir – vous et les chères belles petites.
Amitiés à Maurice.
Votre bien affectionné
Lundi matin.
À EDMOND LAPORTE
Paris, jeudi matin, 19 [juin 1879].
Qu’est-ce que cela veut dire ? où êtes-vous ? pas de nouvelles de Bab depuis douze jours, – et Caroline m’écrit que non seulement vous lui avez manqué lundi, mais qu’ils n’ont de vous aucune révélation, – ni moi non plus, nom de Dieu !