Correspondance - Tome V

Gustave Flaubert · Chapitre 50 sur 50 · partie 6/28

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Correspondance - Tome V

À Sa Nièce Caroline ........................................................ 84

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 28 parties.

 

– 296 –

Et vous, pauvre chère amie, comment tolérez-vous vos long[ue]s journées de souffrances ? Que vous êtes patiente ! et que je vous admire ! Comme je voudrais pouvoir alléger un peu vos douleurs ! – Mme Guyon me parle de vous quelquefois. Je n’ai pas encore vu Sylvanire. Entre nous, elle m’amuse peu. Je la trouve bourgeoise. Et puis, je n’ai pas le temps d’aller la voir ! – Je n’ai pas encore été chez Mme Viardot ni mis les pieds dans un théâtre.

Mes « affaires » sont toujours dans le même état. – Et ma position de fortune manque de charme. Je finis par m’y accoutumer. Pourvu qu’on ne me dérange pas de ma niche, c’est tout ce que je demande au Ciel. Du reste mon volume va me remettre un peu de monnaie dans l’escarcelle car on me paye très cher. – Si je pouvais tous les ans en fournir un semblable, je me trouverais fort à l’aise. – Plus que jamais, j’ai envie d’écrire La Bataille des Thermopyles ! – Encore un rêve, qui vient à la traverse des autres !

Quand nous reverrons-nous ?

Allons, adieu, pensez à moi.

Votre vieux dévoué

GVE.

 

Toutes mes amitiés au mari.

Mot de la fin. – L’autre jour, après l’enterrement de Mme André, Al. Dumas m’a reconduit jusqu’à ma porte, et à propos de Mme Sand m’a lâché cette jolie remarque : « En voilà une lâcheuse. — Pourquoi ? — Eh bien, la manière dont elle s’est conduite avec nous ! quelle crasse ! — Comment ?

– 297 –

— Elle ne nous a rien laissé dans son testament !!! »

Il est certain que Dumas a été dupe, car il a hérité de Didier, de Mme Villot, du docteur Demarquay.

Moi, je n’ai jamais eu d’amis pareils.

Ô Nature !

 

À GEORGES CHARPENTIER

[Paris, 2 ou 9 avril 1877.]

Mon cher ami,

Toutes réflexions faites je crois que nous devrions ajouter une ligne à la page !

Mon style en sera moins haché. On pourra mieux suivre les phrases et cela ne diminue le volume que de 14 pages environ. Nous en aurons ainsi plus de [2]40. C’est suffisant.

1° Dites donc au prote d’ajouter une ligne. Ce qui fera 20 lignes à la page.

2° Ajoutez : qu’il se dépêche. Dalloz désire avoir des épreuves le plus promptement possible.

Tout à vous.

 

Lundi soir, 10 h[eures].

 

– 298 –

À ÉMILE BERGERAT ?

[Paris, 4 avril 1877].

On m’a promis pour demain jeudi, ou pour vendredi au plus tard une bonne épreuve d’Un cœur simple et je compte avoir Hérodias lundi. – Donc vendredi soir ou samedi matin, vous aurez la première de ces nouvelles, et la seconde deux jours après.

Je ne puis faire aller plus vite les imprimeurs !

Souviens-toi, mon bon, qu’en sortant de chez Charpentier, quand nous étions ensemble dans ton char numéroté, je me suis engagé à vous livrer la chose le 5 ou le 6 avril. – Nous ne sommes qu’au 4 ! Un peu de patience ! On vous donnera un texte irréprochable.

Amitiés à Dalloz et tout à toi.

 

Mercredi, 6 h[eures] du soir.

 

À EDMOND LAPORTE

[Paris,] dimanche, 1 heure [8 avril 1877].

Mon cher ami,

Demain lundi à 10 heures et demie sera remise au bateau de Bouille une boîte en carton contenant un petit souvenir que je vous envoie.

Mon volume paraîtra du 20 au 25. J’ai fini ce matin de corriger les dernières épreuves.

 

– 299 –

Je vous embrasse.

Votre vieux AVLVS VITELLIVS imperator.

 

À AMÉDÉE LE PLÉ

[Paris,] mercredi matin [11 avril 1877].

Cher Monsieur,

Laporte m’écrit que vous n’avez pas encore reçu votre exemplaire des Dernières chansons ! Je n’y comprends goutte ! J’avais immédiatement écrit à Philippe d’en porter un chez vous !

En tout cas, je vous en expédie un, par le même courrier.

Vous trouverez dans ma Préface toutes les indications que vous réclamez. – Depuis 15 jours je ne puis obtenir de l’agence dramatique le nombre exact des représentations de toutes les pièces de Bouilhet. (Les vacances de Pâques en sont la cause.) Mais j’aurai ce document bientôt, je l’espère.

Mille remerciements, cher Monsieur, de tout ce que vous faites pour nous – et recevez une cordiale poignée de main de votre tout dévoué

 

À EDMOND LAPORTE

[Paris,] mercredi matin [11 avril 1877].

Mon bon,

 

– 300 –

Je viens d’expédier au docteur Le Plé un exemplaire des Dernières chansons et de lui écrire une lettre.

Mais je n’y comprends goutte. Philippe n’a donc pas reçu la lettre que je lui ai écrite il y a plus de trois semaines ? Si vous passez par la rue des Charrettes, 178 (maison Dieusy), entrez pour voir ce que ça veut dire, et je vous autorise (s’il n’est pas mort ou malade) à lui foutre de ma part un joli savon ! C’est trop peu se gêner. Notez que, dans la même lettre où je lui disais d’aller chez Le Plé porter un exemplaire, je lui annonçais une nouvelle édition de Bouilhet chez Lemerre ! Pas de réponse ! Genre rouennais.

Vous ne sauriez croire combien je suis fatigué et irrité par ces histoires-là (celles de Bouilhet).

Maintenant, mon bon vieux, il ne faut pas me remercier pour une chose qui m’a fait autant de plaisir qu’à vous.

Connaissant mon Asiatique, je me suis figuré la joie qu’il aurait à posséder les manuscrits de son Géant.

Depuis deux ans, mon pauvre vieux, vos visites ont été mon seul divertissement, ou pour mieux dire ma seule consolation. Je vous devais donc quelque chose.

Vous me demandez ce que vous pouvez faire pour moi ? Rien du tout ! que rester ce que vous êtes.

Ce soir Un cœur simple commence son apparition dans Le Moniteur. Le Bien public compose Saint Julien qui paraîtra sans doute lundi d’un seul coup, en prime. Et le volume sera prêt, je l’espère, de lundi en huit.

Mon nom lubrifie les murs de la capitale, Dalloz ayant fait faire trois mille affiches.

 

– 301 –

Le jeune Guy a fait une… découverte… immense ! Id est : une table d’hôte exclusivement hantée par des Lesbiennes. Je dois y être admis comme Con…

Cela n’est pas octroyé à tout le monde !

Mille tendresses de votre

G.F.

 

Vous viendrez la semaine prochaine, n’est-ce pas, à partir du 15.

 

À PAUL DALLOZ

Vendredi soir [13 ? avril 1877].

Mon cher Dalloz,

Jusqu’à présent, je n’ai reçu aucun numéro du Moniteur (sauf trois articles de l’ami Claudin).

2° Un ami de Rouen m’écrit qu’on ne trouve pas Le Moniteur chez les marchands de journaux de cette ville, – impossible de s’en procurer – et cependant vos affiches décorent les murs.

Je compte vous aller voir très prochainement.

D’ici là, tout à vous.

 

– 302 –

À IVAN TOURGUENEFF

[Paris,] dimanche matin [15 avril 1877].

Hier, à 5 h[eures] comme j’allais m’habiller pour me rendre chez vous, le prince Napoléon est venu me faire une visite. Voilà pourquoi vous ne m’avez pas vu.

Donnez-moi donc de vos nouvelles, pauvre cher vieux !

On vous a regretté beaucoup chez Taine, où il y a eu un petit dîner philosophique, très gentil.

Tâchez d’être guéri mercredi.

Envoyez-moi l’adresse de Chamerot. J’ai besoin de le voir moi-même. Charpentier est un lambin.

À bientôt.

Tibissimi .

 

Je re-pioche Bouvard et Pécuchet.

 

À AMÉDÉE LE PLÉ

[Paris, 15 avril 1877.]

Voici, cher monsieur, ce que j’ai enfin obtenu de l’agence Peragallo. – Du reste les renseignements que vous trouverez dans ma Préface doivent vous suffire ?

Le conseil municipal jusqu’à présent n’a pas voulu comprendre la question. Nous ne le prions pas de rendre des honneurs à Bouilhet et de nous dire son avis sur une question littéraire. – Nous lui proposons une fontaine, à

– 303 – condition qu’elle sera ornée d’un buste. – Notre demande est bien simple. Et quels motifs pour la repousser ?

Je ne sais comment vous remercier cher monsieur – et en vous serrant les mains cordialement, je suis

vôtre.

 

Dimanche 15 avril.

240, rue du Faubourg-Saint-Honoré.

 

À LÉONIE BRAINNE

[Paris,] 1 h[eure, 16 avril 1877].

Ma chère belle,

Voici la couverture en question.

Je suis encore surchargé de besogne, – pendant deux ou trois jours pour en finir avec les corrections.

Dès que j’aurai une minute j’irai vous voir.

Mille tendresses de

SAINT POLYCARPE.

 

À GEORGES CHARPENTIER

[Paris,] mercredi, 2 h[eures, 18 ? avril 1877].

Mon bon,

 

– 304 –

J’ai oublié hier de prendre chez vous votre Bichat et votre Cabanis.

***

Chamerot m’a envoyé le spécimen du titre. Il est très mauvais. – Et sans aucun galbe. Il faudrait décider quelque chose. – Passez chez lui.

Dans les épreuves que je renvoie ce soir je lui communique mes réflexions. Voyez si elles vous agréent.

Et poussez-le ! Nous n’avons pas trop de temps. – Afin que les exemplaires soient secs pour les infâmes brocheurs.

Je ne demande pour moi que 25 exempl[aires] sur papier de Hollande. Mais faites-en tirer tant qu’il vous plaira, et mettez-y le prix qui vous convient ; cela vous regarde. – Quant au papier de Chine, je n’y tiens pas. – J’en aimerais mieux deux ou trois sur Whatman.

À vous.

 

À GEORGES CHARPENTIER

[Paris, 19 ? avril 1877.]

LES BROCHEURS

!!!

T. S.V.P.

LE PAPIER

!!!

CABANIS

BICHAT

!!!

– 305 –

T. S.V.P.

Votre ami

GVE FLAUBERT

vous embrasse, ainsi que la petite famille.

 

À GEORGES CHARPENTIER

[Paris, 20 avril 1877.]

Mon cher ami,

Chamerot, que j’ai vu hier, m’a dit que le titre n’avait pas de filets encadrant les noms des contes !

Cependant nous avions arrêté le dessin de Burty. Surveillez cela. Et envoyez-moi une épreuve du titre, définitivement arrêté entre nous l’autre jour.

Chamerot m’a dit aussi qu’il commencerait à tirer aujourd’hui, vendredi. Eh bien, et le Papier ?

2° – Et Cabanis ? et Bichat ? Sacré nom de Dieu !

3° Et ce tirage de la Bovary ?

À dimanche

et tout à vous.

 

Vendredi, 1 h[eure].

 

– 306 –

À CATULLE MENDÈS

[Paris, 20 avril 1877.]

Mon cher ami,

Ne vous troublez donc pas de ces potins-là ! C’est idiot ! Et l’imbécile qui vous a dit que j’étais irrité contre vous en a menti.

Je serais d’ailleurs bien grincheux, puisque cette note en question ne contenait pour moi que des amabilités.

Eh bien ? Et Salammbô, opéra ? Vous y mettez-vous, enfin ?

Je me plains de ne pas vous voir plus souvent. Voilà mon plus grand grief à votre endroit.

Tout à vous.

 

Je vous enverrai mon volume à la fin de la semaine prochaine, dès qu’il paraîtra.

***

Vendredi, 2 h[eures].

 

À EDMA ROGER DES GENETTES

[Paris, 20 avril 1877.]

Merci pour le billet de ce matin.

 

– 307 –

Je connais si bien votre délicatesse que je l’attendais. Et il m’est arrivé comme un ami accourant au rendez-vous qu’il a donné.

J’espère vous envoyer mon volume à la fin de la semaine prochaine.

Mme de Valazé a dit à ma nièce que vous alliez « beaucoup mieux », serait-ce vrai ?

Amitiés au mari, et à vous

bien des tendresses.

 

Vendredi, 2 h[eures].

 

À GEORGES CHARPENTIER

[Paris,] vendredi soir, 9 h[eures, 20 avril 1877].

Nos deux lettres se sont croisées, cher ami.

Et je réponds immédiatement à la vôtre.

Voici le Bon à tirer. Faites-le porter illico à l’imprimerie.

N.B. Ne pas oublier que sur la couverture il faut un carré long (comme l’a dessiné Burty) pour enfermer les titres des trois contes.

Dépêchons-nous ! – Dalloz, d’après mon calcul, aura fini vers le 20 ou le 22. – Il faut paraître dès le lendemain.

Je ne suis pas sans inquiétude à cause des événements politiques ! Nous aurions dû paraître quinze jours plus tôt ?

 

– 308 –

Tout à vous.

GVE FL.

 

À AMÉDÉE LE PLÉ

[Paris, 20 avril 1877.]

Voici, cher monsieur, quelques petites observations que je me permets de faire sur votre excellent rapport. Vous avez dit ce qu’il fallait dire. C’est très bien. Votre éloquence fera le reste. – Et je compte sur un succès.

Merci pour la communication du dossier. La lettre de M. Baudry est un monument de bêtise, et de sourde envie. Le cœur du clérical y palpite.

Mille cordialités, encore une fois

et tout à vous.

 

Paris, vendredi 20 avril [18]77.

 

[Note autographe jointe.]

 

p. 1. Je crois plus habile de ne pas nommer G. Flaubert, lequel est peu agréable à l’assemblée ? Et de mettre simplement : on a dit « ses compatriotes, etc. »

p. 2. L’idée première d’un monument quelconque à la gloire et mémoire de L. Bouilhet vient de M. Leroy, le Préfet, qui en eut l’inspiration pendant la cérémonie des funérailles.

– 309 –

p. 6. Enlevez encore M. G. Fl[aubert].

p. 8. Après La Conjuration d’Amboise, il fut organisé un banquet dont M. Verdrel, le maire, était Président. – Il porta un toast chaleureux à la gloire de notre compatriote. – Et commença son discours par ces mots : « Comme maire de Rouen, je dois, etc. »

p. 10. Trop de Flaubert. Vous les irritez !

12. J’ajouterais à la liste le poète Saint-Amant.

14. Parfait ! Excellent ! Toute la question est là – et c’est sur ce point qu’il faut amener la discussion.

***

Vous pouvez rappeler les monuments de Pouchet et de l’abbé Cochet.

***

On est en train d’en édifier un à la mémoire d’Henry Monnier !

Le mouvement dans ce sens est général.

 

À ERNEST RENAN

[Paris, 21 avril 1877.]

Hélas ! mon cher ami, il m’est impossible de me rendre mardi prochain à votre invitation, parce que ce jour-là, j’ai par hasard trois amis à dîner.

Mille excuses et tout à vous.

 

– 310 –

Samedi 21.

***

240, rue du Faubourg-Saint-Honoré.

 

À GEORGES CHARPENTIER

[Paris,] mardi soir, 6 h[eures, 24 avril 1877].

Ne pas oublier, mon bon, que demain mercredi je vous attends chez moi à 4 heures pour régler nos envois…

Il faudrait que j’eusse mes 100 exempl[aires] jeudi soir (à quand les Hollande[s] ?). Je les ferais porter vendredi dans l’après-midi. Vous mettriez en vente à Paris samedi matin.

Donc il importe de surveiller

LES BROCHEURS !!!

À vous.

 

À ÉMILE ZOLA

[Paris,] jeudi [26 avril 1877 ?].

Mon cher ami,

N’oubliez pas de m’apporter, dimanche prochain :

1° Le rapport de Patin ;

 

– 311 –

2° Un livre sur les ouvriers, intitulé je crois « le sublime » ?

3° Je ne sais plus quoi – que vous m’avez promis ???

4° Votre article sur l’Académie. Car je ne l’ai pas trouvé dans la boîte moscovite. Vous avez dû l’emporter par mégarde !

J’ai relu celui qui me concerne et j’en suis attendri jusqu’aux moelles. J’ai quelque chose à vous dire sur la Russie et le succès que vous y obtenez. Cela m’est venu par une autre voie que celle de Tourgueneff.

Tout à vous.

 

À THÉODORE DE BANVILLE

[Paris,] vendredi soir [27 avril 1877].

[…] J’attends des exemplaires sur papier de Hollande pour vous en adresser un […].

 

À GEORGES CHARPENTIER

[Paris, 27 avril 1877.]

Mon cher ami,

Pouvez-vous me procurer les adresses ci-contre ? Je ne sais où ni à qui m’adresser pour les avoir.

Tous mes exemplaires sont expédiés, ce qui n’est pas une petite besogne. Ouf ! Néanmoins, outre les Hollande[s],

 

– 312 – il m’en faudra encore une douzaine (ceux-là seront à mon compte).

Le compte rendu de la conférence de Sarcey dans Le Moniteur est assez exact, me dit-on.

Le Moniteur est très aimable pour moi. Mais quel bourgeois que ce Sarcey !

À dimanche, n’est-ce pas.

N.B. Envoyez-moi illico le renseignement demandé.

Quant aux Brocheurs, ce sont des Anges.

Tout à vous.

 

Vendredi soir.

 

Les adresses de

Jules Levallois

Mlle Favart

Camille Pelletan

Armand Gouzien

Gaston Paris.

 

– 313 –

À PAUL DALLOZ

[Paris,] vendredi soir [27 avril 1877].

Mon cher ami,

C’est à vous que devrait revenir le premier exemplaire de mes Trois contes, mais j’en attends sur papier de Hollande pour [vous] en offrir un. Voilà l’explication de mon retard.

Le Moniteur de ce soir est bien aimable pour moi. Je vous en remercie.

Et vous serre cordialement la main.

 

À EDMOND LAPORTE

[Paris,] vendredi soir [27 avril 1877.]

Ne soyez pas surpris, mon brave Asiatique, si vous ne recevez pas votre exemplaire.

Vous en aurez un sur papier de Hollande comme il sied aux Altesses. Or les Hollandes ne seront prêts qu’à la fin de la semaine prochaine. Donc vous prendrez votre exemplaire quand vous viendrez ici.

Je viens d’en expédier cent, ce qui n’était pas une petite besogne, vu les dédicaces et les bandes à coller !

Sarcey a été bête mais doux.

J’attends des nouvelles de Le Plé.

Rien de neuf autre, comme on dit élégamment.

Savez-vous quel est le saint de ce jour, 27 avril ? Saint Polycarpe ! Coïncidence farce, n’est-ce pas ?

– 314 –

Il vous embrasse.

 

À EDMOND DE GONCOURT

[Paris, 30 avril 1877.]

Changement !

***

Zola m’écrit une lettre d’excuses pour me dire que : il avait oublié qu’il était pris samedi. Et il demande le dîner pour vendredi en me chargeant de prévenir les amis.

Vendredi vous va-t-il ? réponse immédiate S.V.P.

À vendredi.

Et tout à vous.

 

Lundi midi.

 

À GEORGES CHARPENTIER

[Paris, 30 avril 1877 ?]

Mon cher ami,

Je compte me présenter demain chez vous de 2 à 4 h[eures]. Tâchez de n’être pas en état de vagabondage !

D’ici là tout à vous.

 

– 315 –

Pensez à me faire vous demander l’adresse de A. Silvestre.

Lundi soir.

 

À LÉON CLADEL

[Paris,] lundi soir [30 avril 1877].

Comment si je peux « perdre deux heures » ! mais vingt-quatre, mais trente-six ! tant qu’il vous en faudra, mon cher ami !

Quant à Charpentier, si vous voulez qu’il vous publie, je crois qu’il est plus sage d’attendre la terminaison de sa venette. On ne demande pas mieux que de tomber sur lui et sur vous, enfin de faire un exemple avec cette littérature qui, etc.

Mais dans quelque temps d’ici toute crainte sera vaine. Ce qui n’empêche pas que j’attends votre volume… et que je pousserai le bon Charpentier à la publication d’icelui, étant persuadé, d’avance, de son innocuité intrinsèque.

Merci pour votre lettre. Elle m’a été jusques aux moelles. Je n’écris que pour les esprits comme le vôtre ; me voilà donc payé.

Une forte poignée de main et

tout à vous.

 

– 316 –

LAURE DE MAUPASSANT À GUSTAVE FLAUBERT

Étretat, le 2 mai 1877.

Tes trois contes, mon cher Gustave, me plaisent infiniment ; je les ai lus tout d’une haleine, et maintenant je vais les relire. Mais auparavant, je tiens à te remercier de tout le plaisir que tu m’as fait, et à te dire que ton souvenir ne pouvait arriver ici plus à propos. J’étais souffrante samedi matin, je me sentais un peu triste, la solitude m’accablait ; ton livre est venu à moi comme un ami, et la seule vue de sa couverture jaune m’a tout de suite réchauffé le cœur.

J’ai commencé incontinent, par le premier conte. J’ai suivi pas à pas l’humble servante Félicité dans sa vie de travail et d’abnégation, je suis entrée dans cette maison de petite ville où les jours succèdent aux jours avec une si désespérante monotonie ; puis j’ai aimé le pauvre Loulou, le perroquet vert, qui s’envole si bien au pays du rêve en dépit de son aile cassée, de son œil de verre et de son ventre bourré d’étoupe.

Cette étude est exquise, dans ses demi-teintes si fondues et si fines.

La Légende de saint Julien offre des beautés d’un autre genre, et je ne me souviens pas d’avoir éprouvé jamais un plus complet éblouissement. La goutte de sang de la petite souris blanche m’a donné le même frisson que le meurtre des deux vieillards ; la venue de la princesse aux doux yeux m’a charmée comme la céleste vision de la fin. Tout cela est rapide, dramatique, entraînant, et pourtant parfait dans les détails, ciselé à la manière des maîtres joailliers d’autrefois. On peut bien dire que c’est là une vraie merveille, un rare chef-d’œuvre !

 

– 317 –

Ton dernier conte, l’étude antique intitulée Hérodias, me paraît également des plus remarquables. C’est largement fait et très brillant de couleur. Les personnages sont vivants et circulent bien dans ces grandes salles où s’étale tout le luxe de l’époque romaine. Les mets étranges fument sur les tables, les convives se gorgent de viande et de vin, et l’infâme Aulus est bien près de faire partager ses nausées au lecteur… passons vite… Voici venir la belle Salomé, avec sa danse enivrante, et la tête du pauvre saint Jean ne tient plus guère sur ses épaules…

Comme il ira tout droit en paradis, je n’ai pas besoin de m’apitoyer sur son sort, et je puis me livrer tout entière au sentiment d’admiration que m’inspirent tant de belles pages. Pourrai-je jamais, mon bon ami, te remercier assez des heures charmantes que tu m’as fait passer ?

Il me reste encore un peu de temps et un peu de place pour te parler de moi ; mais je n’ai pas grand-chose à te dire qui vaille la peine d’être noté. Je n’ose guère essayer de te décrire la vie que je mène ici ; elle ressemble trop à certains tableaux si bien tracés dans Un cœur simple. Il faut dire pourtant que la solitude absolue de ce rivage pendant huit mois de l’année, lui donne un charme mélancolique qui manquera toujours à la petite ville, essentiellement mesquine et cancanière. Tu vois que je me console de mon mieux ; mais je ne puis m’empêcher d’avouer que le dernier hiver m’a paru éternel et que j’avais grand besoin des dix jours passés à Paris. Le retour n’a pas été gai, et je me suis trouvée bien seule dans ma grande maison. J’ai beaucoup pensé à tous ceux que je venais de quitter, et je me suis dit qu’il serait très doux de retourner de temps en temps s’asseoir au foyer des chers vieux amis. Je n’ose trop faire de projets ; mais je tâcherai pourtant de ne pas rester immobile dans mon désert, de peur que les oiseaux ne s’avisent de

– 318 – venir faire leurs nids au milieu de ma chevelure – tu vois que je profite de ce que j’ai lu. Allons, adieu mon cher camarade, assez bavardé comme cela. Je t’embrasse fort et te serre la main de tout mon cœur. Mille tendres souvenirs à ton aimable nièce, que j’aime beaucoup, et mes compliments bien empressés à M. Commanville. Ta vieille amie

LAURE.

 

À GEORGES CHARPENTIER

[Paris,] jeudi matin [3 mai 1877].

Homme étourdi,

Faites-moi le plaisir de répondre à mes lettres, sacré nom de Dieu ! et de me donner les renseignements que je vous demande – au lieu de vous balader au Salon – ce qui est un prétexte à bocks ! Un père de famille ! Un homme établi ! Fi ! l’horreur !

Est-ce que j’y vais, moi, au Salon !

Où étais-je pendant ce temps-là ? – Aux pieds des autels, Monsieur ! J’assistais à un mariage ! Je priais le Très-Haut de faire descendre ses bénédictions sur la rupture d’un tambour de basque. Et vous pendant ce temps-là vous regardiez des peintures lascives, non content de publier des obscénités… L’indignation m’étouffe.

Et l’article de Colani ?

Bonsoir, ma petite vieille.

À dimanche.

 

– 319 –

Cladel m’a écrit pour me dire qu’il désirait que je lusse (pardon du subjonctif) le roman en feuilles qui est chez vous. Donc envoyez-le-moi, ou apportez-le-moi.

 

À GEORGES CHARPENTIER

[Paris,] vendredi matin [4 mai 1877].

Nous n’avons pas réglé la question des traductions ! M’appartiennent-elles ?

Un certain M. Bonnet me demande à faire une traduction allemande. C’est un ancien professeur d’allemand au lycée Monge. Que dois-je lui répondre ? Nous n’avons rien réglé là-dessus.

Voilà trois jours que je vais à la Bibliothèque nationale. Aucun étalagiste du Palais-Royal n’a mon volume. Pourquoi ? Et il n’en restait plus à la Librairie Nouvelle, hier soir.

Tout à vous.

 

Vous devriez avoir pitié de moi, qui suis surchargé de travail ! et ne pas me faire faire des courses pour dénicher les adresses des gens auxquels j’envoie mon volume. – Je les ai trouvées, ne vous troublez plus !

Faut-il que j’aille chercher moi-même le volume du sombre Cladel ?

 

– 320 –

À AGÉNOR BARDOUX ?

[Paris, après le 4 mai ? 1877.]

Vous apprendrez avec plaisir que le maire de Rouen a agréé ma proposition relative au monument de Bouilhet. Nous aurons, dans un quartier populeux, une jolie fontaine avec son buste et qui portera son nom. Je vous embrasse.

 

À JULES ROHAUT

[Paris,] lundi soir, 9 h[eures, 7 mai 1877].

Mon cher ami,

Tantôt, à 4 heures et demie, je vous ai cherché dans les salles de l’exposition où votre huissier m’avait dit que vous étiez.

Je voudrais vous voir pour causer avec vous des choses contenues dans votre lettre de ce matin. – Mais où, quand, et comment nous voir ? – Je suis accablé de travail, parce que je finis des lectures avant de m’en retourner à Croisset, dans une quinzaine. – Mes après-midi se passent à la Bibliothèque nationale et mes soirs chez moi. Je ne sors pas avant 11 heures. Donc en vous rendant à votre besogne vous êtes sûr de me trouver de 9 à 11 240 rue du Faubourg-St-Honoré.

D’ici là,

tout à vous.

 

– 321 –

À LÉON CLADEL

[Paris, 9 mai 1877.]

Mon cher Cladel,

J’ai commencé votre bouquin hier à 11 heures, il était lu, ce matin à 9 !

Et d’abord il faut que Dentu soit fou, pour avoir peur de le publier. Rien n’y est répréhensible soit comme politique, soit comme morale. Ce qu’il vous a dit est un prétexte ? Quant à Charpentier (auquel je remettrai vos feuilles vendredi – jour où je dîne chez lui) je vais lui chauffer le coco violemment, et en toute conscience, sans exagération et sans menteries. Car je trouve votre livre, un vrai livre. C’est très bien fait, très soigné, très mâle. Et je m’y connais, mon bon.

J’ai deux ou trois petites critiques à vous faire (des niaiseries) – ou plutôt des avis à vous soumettre. Ainsi le mot « pécaïre » me paraît trop souvent répété. Quelquefois, il y a des prétentions à l’archaïsme et à la naïveté. C’est l’excès du bien. – Mais encore une fois, soyez content et dormez sur vos deux oreilles – ou plutôt ne dormez pas – et faites souvent des œuvres pareilles. –

La fin est simplement sublime ! – et du plus grand effet.

Tout à vous.

 

Mercredi, 11 h[eures].

 

Si j’avais le temps, je vous en écrirais plus long.

 

– 322 –

***

Je quitte Paris vers la fin de la semaine prochaine.

 

À IVAN TOURGUENEFF

[Paris,] jeudi soir, minuit [10-11 mai 1877].

Mon grand bon Homme,

Je viens de finir les Terres vierges !

Ça, c’est un bouquin ! Et ça vous décrasse la cervelle des lectures précédentes !

J’en suis étourdi, bien que j’en saisisse parfaitement l’ensemble. – Quel peintre ! Et quel moraliste vous faites, mon cher, bien cher ami !

Tant pis pour vos compatriotes s’ils ne trouvent pas votre livre une merveille. Moi, c’est mon avis, et je m’y connais.

Venez donc samedi vers 4 h[eures] – avant votre dîner pour que nous puissions en causer – seul à seul tranquillement. Aimez-vous mieux que j’aille chez vous ? Il me tarde de vous embrasser.

J’ai mis, çà et là, quelques coups de crayon. Ils ne portent que sur des misères. La traduction m’a paru suffisante ? Il est vrai que j’étais si empoigné !

Re-bravo !

Tibissimi

 

– 323 –

Demain matin, je commence la seconde lecture ! Oh les deux petits vieux !… et tout le reste !

 

IVAN TOURGUENEFF À GUSTAVE FLAUBERT

[Paris,] 50, rue de Douai

Samedi, 19 mai [1877].

Mon cher vieux,

Vous avez dû vous dire hier : « En voilà un farceur ! – Il ne vient pas à La Feuille de rose, parce qu’il a la goutte – et le lendemain il se promène en ville ! » – Eh bien – je ne suis pourtant pas si farceur que ça. Je n’étais pas bien du tout hier – quand je suis sorti (je n’ai été absent qu’une heure – juste – et vous êtes venu 5 minutes trop tôt). Quant à avant-hier, jeudi, j’étais si misérable – mes deux pieds me faisaient tellement mal – je me sentais si impotent, vieux, goutteux, perclus – que l’idée d’aller voir ce qu’on voulait nous montrer – m’a rempli d’une mélancolie sombre : je ne doute pas que je m’y serais ennuyé – pire que ça – même si j’avais pu – avec les deux plaies que j’ai au lieu de jambes – monter jusqu’à l’atelier ! – Je me suis décidé à rester chez moi comme un vieux crapaud dans son trou humide. Je ferai tous mes efforts pour me traîner demain jusque chez vous. – Sinon – adieu !

Dès que je pourrai me mettre en wagon – je partirai, probablement vers la fin de la semaine prochaine.

Je voudrais pourtant vous voir auparavant.

Je vous embrasse – tristement.

IV. TOURGUENEFF.

– 324 –

À GEORGES CHARPENTIER

[Paris, 20 mai 1877.]

Mon cher ami,

La Politique nous tourneboule tellement que vous avez oublié de me demander la note pour Berlin ; et moi, j’ai oublié de vous la donner.

La voici, fort incomplète. Elle serait meilleure si j’étais à Croisset, où je pourrais feuilleter mes archives.

N’importe ! envoyez-la telle qu’elle est. – Si le brave Berlinois en veut plus, qu’il le dise. Dans 15 jours je serai en mesure de lui en fournir davantage.

À dimanche prochain, et tout à vous.

Votre

 

Dimanche soir, 9 h[eures].

 

[Note autographe jointe.]

Pour la bibliographie

Voyez la préface de la traduction allemande de La Tentation de saint Antoine par M. Engelbert ? ou Engelraht ? professeur de philosophie à Strasbourg, rue du Dôme, 1 (je crois être sûr de l’adresse), traduction parue dans l’été de 1874.

***

Critiques :

– 325 –

Sur Madame Bovary, article de Sainte-Beuve dans Le Moniteur universel, mai (ou avril ?) 1858.

Article de Cuvillier-Fleury dans les Débats.

Pontmartin dans Le Correspondant.

Salammbô :

trois articles de Sainte-Beuve dans Le Constitutionnel,

un article de Cuvillier-Fleury dans les Débats,

article de Th. Gautier dans Le Moniteur,

de Saint-Victor dans La Presse,

G. Sand, lettre à Guéroult (L’Opinion nationale ?).

L’Éducation sentimentale :

deux articles de Sarcey dans Le Gaulois.

Le seul favorable a été de Jules Levallois dans…

La Tentation de saint Antoine :

Taillandier, la Revue des Deux Mondes,

Camille Pelletan, Le Rappel.

Le Secularist (Angleterre), quatre articles publiés, l’automne dernier.

***

Le Figaro a toujours été hostile (sauf pour les Trois contes), ainsi que la Revue des Deux Mondes, et Barbey d’Aurevilly dans tous les journaux où il écrivait.

 

– 326 –

À AGÉNOR BARDOUX ?

Paris, lundi matin [21 mai 1877].

Je te remercie bien, mon cher ami, pour la promptitude de ta réponse.

Je devais partir de Paris dimanche soir mais comme je tiens à t’y voir, je recule mon départ jusqu’à mercredi. Dès ton arrivée donne-moi rendez-vous, et je me transporte à ton domicile, illico.

Oui ! ils vont bien, les misérables ! les folichonneries de notre Bayard moderne nuisent à tous les commerces ! celui de la Littérature entr’autres. La librairie Charpentier qui vend ordinairement 300 volumes par jour, en a vendu samedi dernier 5 ! – Quant à mon pauvre bouquin il est complètement rasé. Je n’ai plus qu’à me frotter le ventre !

Le délabrement des Affaires publiques s’ajoute à la tristesse de mes affaires privées. Tout est noir dans mon horizon. Je n’ai d’éclaircie que de ton côté – et je compte sur toi en te serrant la main fortement, ton

 

À MAXIME DU CAMP

[Paris, vers le 21 mai 1877.]

[…] La guerre de 1870 a tué L’Éducation sentimentale, et voilà un coup d’État intérieur qui paralyse les Trois contes, c’est vraiment pousser loin la haine de la littérature. […]

 

– 327 –

À GEORGES CHARPENTIER

[Paris, 22 mai 1877.]

J’attends toujours (et cela depuis 3 semaines) les articles, entr’autres celui de Valry.

Envoyez-moi cette semaine 6 ex[emplaires] des Trois contes, afin que je les remporte à Croisset, où je voudrais être, car je commence à être tanné de Paris !

Monselet et H. Houssaye, m’ont hier promis des articles.

À dimanche, mon bon.

Tout à vous.

 

Mardi soir.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Chenonceaux,] vendredi matin,

11 h[eures, 25 mai 1877].

Mon Loulou,

Je viens d’écrire à Chevalier, pour qu’il révèle à Clémence le secret des Bottes, car la clef de mon pauvre vieux cabinet est dans une de mes bottes en cuir de Russie. – La trouvera-t-elle ?

***

Monsieur Vieux a une si malheureuse imagination que la vue de ton billet m’a fort troublé. – J’avais peur. De quoi ? Je n’en sais rien ! Mais j’avais peur.

– 328 –

L’hospitalité d’ici est charmante. Je couche dans le lit de François 1er, un lit à estrade et à baldaquin ! – Quelles cheminées ! etc. !

M. Wilson n’est pas à Chenonceaux. J’ai pour compagnon un peintre charmant. Il sait par cœur toutes mes œuvres, ainsi que Mme Pelouze.

J’arriverai demain soir à Paris, vers 9 heures, je crois, et à la maison pas avant 10. Qu’on me garde à dîner.

Bécots de ta vieille

NOUNOU.

 

À AMÉDÉE LE PLÉ

[Paris,] dimanche 27 [mai 1877].

Cher monsieur Le Plé,

Après une absence qui a duré quatre jours, je trouve chez moi, en rentrant, votre Rapport dans le Journal de Rouen.

Laporte me l’avait lu la veille de mon départ. – Et il peut vous dire le contentement qu’il m’a causé. – Je voulais vous en remercier tout de suite. Mais j’ai été pris par le temps.

Excusez-moi donc si je ne vous ai pas exprimé plus tôt toute ma gratitude. Je ne saurais trop vous dire que je trouve « ce petit morceau » parfait. C’est simple, éloquent, persuasif et très malin, bref, écrit du style qu’il fallait à la chose.

L’œuvre est vôtre. Et c’est bien à vous seul, que les admirateurs de Bouilhet devront leur fontaine.

– 329 –

J’espère vous voir dans huit ou dix jours.

D’ici là, cher Monsieur, acceptez une bonne poignée de main de

votre tout dévoué.

 

IVAN TOURGUENEFF À GUSTAVE FLAUBERT

[Paris,] 50, rue de Douai.

Dimanche matin [27 mai 1877].

Mon cher ami,

Cette nuit mon pied a enflé de nouveau – et me revoilà cloué à mon fauteuil. Je ne suis pas sûr de pouvoir partir après-demain ; – mais, en tout cas, je ne puis pas sortir aujourd’hui.

Je vous renvoie vos manuscrits. Si vous voyez Zola, dites-lui que je lui enverrai des sujets de feuilletons dès que j’aurai vu et parlé [à] Stassioulévitch. En attendant – il m’est venu une idée. – S’il faisait une étude physiologique – de dessous de cartes – du journalisme de Paris ? Ce ne serait pas une actualité – mais cela pourrait être très curieux. – Le public russe est friand de ces choses.

Allons – adieu ; et au revoir dans des temps meilleurs ! – Je vous embrasse.

IV. TOURGUENEFF.

 

P.-S. Mille amitiés à Mme Commanville et à son mari.

 

– 330 –

À GEORGES CHARPENTIER

[Paris, 30 ? mai 1877.]

Mon cher ami,

Mettez-moi de côté les articles sur les Trois contes. J’en fais collection. – Puis quand vous en aurez une jolie provision envoyez-les-moi à Croisset.

Quand vous ferez un nouveau tirage, prévenez-moi. Je vous indiquerai quelques petites corrections. Nous n’en sommes pas là, malheureusement. Cependant on m’a dit hier à la Librairie Nouvelle qu’on en revendait un peu, cinq ou six par jour.

Pensez-vous à l’édition de luxe pour Saint Julien avec polychromie ?

Donnez-moi quelquefois de vos nouvelles – des vôtres et de celles de « toute la petite famille ».

Au revoir et tout à vous.

 

Mercredi matin.

 

À LECONTE DE LISLE

[Paris, 30 mai 1877.]

J’ai reçu ton Sophocle, mon cher ami. Je vais l’emporter et le lire dans ma cabane. Ça me fera du bien.

Avant d’admirer le livre, j’admire la publication. Quel homme pratique tu fais ! C’est bien ! On ne peut pas

– 331 – témoigner d’une façon plus grandiose le mépris qu’il sied d’avoir pour les agitations de la politique.

Merci encore une fois et

tout à toi.

 

Mercredi matin.

 

À EDMA ROGER DES GENETTES

[Paris,] mercredi matin 30 mai [1877].

Je pense à vous, bien souvent et je vous écris rarement. Pourquoi ? C’est que le temps est court. Pour faire quelque chose dans ce chien de Paris il faut avoir l’esprit tendu à économiser les minutes. La journée se passe en agitations imbéciles. – Enfin, demain dès l’aurore, je m’en retourne vers mon pauvre vieux cabinet de Croisset. – D’où je ne vais pas sortir d’ici à longtemps, espérons-le !

Cet idiot de Mac Mahon nuit beaucoup au débit des Trois contes ! – Mais je m’en console. – Car après tout je ne m’attendais pas à un succès comme celui de L’Assommoir ! De toutes les lettres que l’on m’a écrites et de tous les articles (favorables généralement) ce qui m’a fait le plus de plaisir, ce sont vos deux lettres. Oui ! c’est cela qui m’a été au cœur ! Je vous en remercie bien mais n’en suis nullement étonné.

J’ai fait dire selon ma coutume, beaucoup de bêtises. Car j’ai le don d’ahurir la critique. Elle a presque passé sous

 

– 332 – silence Hérodias. Quelques-uns même, comme Sarcey, ont eu la bonne foi de déclarer que c’était « trop fort pour eux ».

Un monsieur dans L’Union trouve que Félicité c’est « Germinie Lacerteux au pays du cidre » ! Ingénieux rapprochement. Mes louangeurs ont été Drumont, dans La Liberté ; Banville (National) ; Fourcaud (Gaulois) ; Lapierre (Nouvelliste de Rouen) et avant tout Saint-Valry dans La Patrie.

Plusieurs articles favorables doivent ou devaient paraître mais tout a été arrêté par le Bayard des Temps modernes. – Je n’y pense plus. – Et retourne à mes bonshommes qu’il faut avancer et finir.

Votre vieille affection pour moi apprendra avec plaisir qu’il y a, depuis quelques jours, des coins bleus dans mon horizon… financier. Je n’ose croire à la réalisation de ce qui se présente. Il serait possible que d’ici à un mois l’affaire de mon neveu fût remontée, et conséquemment que je n’aie plus de craintes pour l’avenir, et que je sorte des embarras du présent – lesquels ne sont pas médiocres. Tout cela est en train de se traiter maintenant.

La semaine dernière j’ai passé trois jours à Chenonceaux chez Mme Pelouze, qui est une personne exquise et très littéraire (comme vous). – On y apporte Ronsard – à table ! – au milieu du dessert ! – J’y ai lu Melaenis de notre pauvre Bouilhet. – Tout en le lisant je songeais à lui – et à vous, quand vous débitiez si bien le 3e chant dans le petit salon de la Muse !… Comme c’est loin ! comme le torrent nous emporte ! Je m’accroche aux rives – et vous baise les deux mains tendrement.

GVE.

 

– 333 –

Écrivez-moi à Croisset. Dites-moi comment vous allez et ce que vous lisez – et tout ce qui vous passera par la tête. Je demande comme une grâce que vos épîtres soient longues. – Tenant surtout à la quantité car de la qualité je n’en doute.

Amitiés au mari.

***

 

À ERNEST COMMANVILLE

[Croisset,] jeudi, 3 h[eures, 31 mai 1877 ?].

Voyage avec Pouyer-Quertier et Ducôté ! De sorte que nous n’avons [pas] parlé d’affaires dans le wagon. – Mais avant le déjeuner (Laporte en était) Cordier m’a résumé ce que Palotte doit vous avoir dit, tout à l’heure. – Cordier me paraît désirer (pour votre succès) que vous y alliez très franchement sans finasserie. Sa première question a été celle-ci : « Il n’a pas été mis en faillite, n’est-ce pas ?

— Non !

— Très bien. C’est important. »

Puis : ce que Palotte désire faire. Et en résumé : si l’affaire du « conseiller » ne réussit pas, on verra d’un autre côté.

Il me paraît plein de très bon vouloir.

J’attends demain matin une lettre contenant celle de Mme Pelouze.

 

– 334 –

Je tremble comme un voleur, résultat de mes nerfs agités.

Je vais écrire à Chenonceaux.

***

Cherchez sur le verre d’eau qui est dans ma chambre à coucher la clef de votre armoire à glace. Clémence soutient qu’elle me l’a donnée avant de partir (vous me l’apporterez samedi).

Elle ne peut être ailleurs.

Je viens de déballer tout mon bataclan et je crève de fatigue.

Embrassez Caro pour moi.

À vous.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset, 3 juin 1877.]

Pour Caro.

Oui, mon Loulou, j’ai eu grand plaisir à me retrouver dans mon pauvre vieux cabinet. – Je me promène dans le jardin (qui est maintenant splendide). Je contemple la verdure et les fleurs, – et j’écoute les petits oiseaux chanter.

Ma « bonne », qui est très gentille et très douce, est dans le ravissement de « la campagne » !

Mes deux premiers jours ont été occupés à mes travaux d’architecture pour Mme Pelouze. Je crois (sans me vanter)

– 335 – avoir fait quelque chose d’ingénieux, et qu’elle sera contente ?

Hier soir enfin, je me suis remis à B[ouvard] et P[écuchet] ! Il m’est venu plusieurs bonnes idées. Toute la médecine peut être faite dans trois mois, si je ne suis pas dérangé. – Les Affaires me semblent en bonne voie ?, et peut-être allons-nous, bientôt, sortir de notre gêne et de notre inquiétude.

Ce soir, j’ai dîné chez Mme Lapierre. Son mari m’a paru plein d’ardeur pour nous obliger. – À la fin de la semaine, j’irai avec eux au Vaudreuil.

Demain, j’attends le bon Laporte à déjeuner. Il me ramènera Julio.

Tantôt, sur l’Eunion, vue de Caudron. – Et celle d’une procession, qui se traînait en psalmodiant le long du bord de l’eau.

Quelle chaleur ! On tombe sur les bottes. Ernest t’a-t-il raconté l’histoire du père Bréan mordu par son âne ? Ils ont pendu l’âne pour le punir, comme les Carthaginois crucifiaient les lions.

Je te plains, pauvre chat, d’être à Paris. On est si bien à Croisset. Quelle paix ! Et puis, plus de redingotes à mettre ! plus d’escalier à monter !

Mais la semaine prochaine je vais perdre encore trois ou quatre jours ! J’en enrage, d’avance. Espérons que c’est la fin.

Là-dessus, bonne nuit, chère Caro. Je retourne à ma page. Serviteur !

Ta NOUNOU te bécote.

– 336 –

***

Envoie-moi la clef par la poste.

 

À ERNEST COMMANVILLE

[Croisset,] dimanche, minuit [3-4 juin 1877].

Mme Lapierre part jeudi pour le Vaudreuil, son mari l’y rejoindra dimanche. J’irai avec lui, à moins que Mme Pelouze ne me donne rendez-vous pour le soir de ce jour-là, qui sera le 10 courant. Dans ce cas-là, je partirai samedi.

Comme Lapierre doit être à Paris lundi, nous ferions le voyage de Paris ensemble – à moins que Mme Pelouze ne retarde de deux ou trois jours, ce que je ne crois pas.

Il (Lapierre) croit que R[aoul]-Duval peut actuellement vous être fort utile, et qu’il faut lui dire ce qui en est.

Il vous enverra demain une lettre d’introduction pour M. Filheul, ingénieur des chemins de fer russes, homme « fort capable de souscrire pour 20 mille francs ».

De plus, Girard est en mesure « de trouver pour vous de l’argent qu’il ne trouverait pas pour lui-même ». Il a de très fortes commandes. Et « vous êtes sûr », quand votre affaire sera remontée, qu’il vous en fera.

Lapierre vous conseille de ne prendre aucun engagement vis-à-vis d’aucune maison de banque. Se méfier de Dejean.

Le nom de notre grande amie fait un merveilleux effet. – Je l’ai vu.

 

– 337 –

Lapierre m’a promis de vous chercher des souscripteurs : il en parlera à Lizot (en manière de conversation).

Il peut vous aboucher avec la Société Générale.

Son intention (quand il y aura un peu plus de souscriptions) est d’aller trouver, comme de lui-même, Delahante.

Dans votre note que je porterai à R[aoul]-Duval mettez-moi les noms des souscripteurs. Pourvu que je l’aie vendredi matin, c’est suffisant.

À vous.

GVE.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset,] nuit de mercredi [6-7 juin 1877].

Ma chérie,

Je crois que l’air de Croisset te fera du bien et qu’il est temps pour ta santé de humer la campagne. – On est si tranquille ici ! Ça vous remet le système ! – Et enfin j’y travaille ! B[ouvard] et P[écuchet] sortent des limbes, de plus en plus.

Depuis deux jours, j’ai fait une excellente besogne. Dans de certains moments, ce livre m’éblouit par son immense portée. – Qu’en adviendra-t-il ? Pourvu que je ne me trompe pas complètement et qu’au lieu d’être sublime, il ne soit niais ? – Je crois que non, cependant ? Quelque chose me dit que je suis dans le Vrai ! Mais, c’est tout l’un ou tout l’autre.

– 338 –

Je répète mon mot : « Oh ! je les aurai connues, les affres de la Littérature ! »

Demain soir ta chambre, celle de ton mari, et celles de Mme et Mlle de La Chaussée seront prêtes. Faut-il donner, dès maintenant à blanchir les housses du salon – qui ne sont guère propres ?

Clémence déploie une grande activité. Et ma petite cuisinière est douce comme un mouton.

J’irai vendredi à Rouen, puisque ce jour-là, je suis invité à dîner par Mme Achille ! avec « M. Tassel de Lalonde (quelle noblesse !) et le docteur Avond avec Madame, sans la moindre cérémonie ».

Ces deux lignes-là que je mets entre guillemets peignent ma belle-sœur et Rouen. Tout s’y trouve !

Qu’est-ce que les bourgeois entendent par « sans cérémonie » ? Eh bien, quand il y en aurait, est-ce que ça me fait peur !

Je profiterai de l’occasion pour faire plusieurs courses dont quelques-unes de ménage.

Je viens d’écrire à Mme Pelouze pour savoir quel jour elle sera à Paris. Je voudrais que ce fût lundi. Dans ce cas-là, je profiterais de la compagnie de Lapierre pour faire avec lui le voyage du Vaudreuil dans la capitale où je resterai, bien entendu, le moins [de] temps possible. Je voudrais déjà en être revenu. Mais j’y crois ma présence utile !

Dis à ton mari de me tenir au courant. La peu aimable réception de Girardin ne m’étonne nullement. Il sait (Ernest) que je ne comptais guère sur cette vieille canaille.

 

– 339 –

Adieu, pauvre chat. Quel jour crois-tu revenir ? Mais nous nous verrons d’ici là. Donc à bientôt, ma chère fille.

Je t’embrasse fort.

VIEUX.

 

À ERNEST COMMANVILLE

[Rouen,] vendredi soir, 5 [heures, 8 juin 1877].

Bureau du Nouvelliste.

Vous n’avez pas reçu de lettre pour M. Filheul parce qu’il n’est pas à Paris.

Lapierre l’y verra mercredi ou jeudi prochain (ne partant de Rouen pour Paris que mercredi prochain). Il croit qu’il vaut mieux le préparer d’abord à votre visite. Une lettre ne serait pas assez chaude. Lapierre vous verra vous-même avant d’aller chez lui.

– Autre histoire : votre ami Achille Pouyer a la plus grande influence sur ce Filheul qui peut vous être très utile. Et Lapierre se propose de voir Pouyer à cet effet. – S’il y avait à cette démarche préalable quelque inconvénient prévenez directement Lapierre de s’abstenir.

J’attends toujours un rendez-vous de Mme Pelouze. Je ne sais donc quel jour de la semaine prochaine j’irai à Paris. En tout cas je serai au Vaudreuil dans l’après-midi de dimanche (avec M. et Mme Lapierre).

La lettre de Caro de ce matin m’a fait bien plaisir. Comment, vous « comptez sur 150 mille francs, non compris Mme Pelouze ! ». Nous voilà à moitié ! mon bon.

 

– 340 –

Si vous avez le temps, envoyez-moi des détails illico – pour que je les aie par le premier facteur de dimanche.

***

Quelle chaleur ! – Et je viens de faire des courses dans la bonne ville de Rouen – où je suis depuis 1 heure de l’après-midi.

Embrassez Caro pour moi.

Votre

 

À JEAN-BERNARD PASSÉRIEU

[Croisset, 8 juin 1877.]

Mon cher monsieur,

Il m’est impossible de vous envoyer ma photographie, parce que je n’ai jamais fait faire mon portrait.

Agréez, je vous prie, toutes mes excuses, et recevez une cordiale poignée de main.

Votre

 

8 juin 1877.

 

À ERNEST COMMANVILLE

[Croisset,] dimanche, 11 h[eures, 10 juin 1877].

Mon cher ami,

– 341 –

Je m’habille pour aller au Vaudreuil, d’où je reviendrai demain, puisque je n’ai pas de rendez-vous de Mme Pelouze. – Cela m’étonne. Par une lettre qu’elle a dû avoir vendredi matin je lui demandais quand elle serait à Paris. La chaleur la fait peut-être reculer ? Ou bien ma lettre s’est perdue ?

Donc allez chez elle mardi, rue de l’Université, 17, et demandez, de ma part, quand elle y sera. Vous m’enverrez un télégramme.

Si elle vient à Paris mercredi ou jeudi, je partirai mercredi avec Lapierre (que je vais chauffer). Je m’attendais aussi ce matin à avoir une lettre de vous, me disant si vous approuviez sa démarche près d’Ach. Pouyer. Écrivez-lui illico à ce sujet (si ce n’est fait ?) afin qu’il voie ledit Pouyer tout de suite, puisqu’il doit quitter Rouen mercredi prochain.

En tout cas ne manquez pas (à cause de Filheul) d’aller trouver Lapierre dès jeudi matin. Mme Brainne vous dira où il descend. Je ne crois pas que ce soit chez elle, quand il est seul ?

J’aurais aimé à avoir (pour R[aoul]-Duval) la liste des souscripteurs et le chiffre présent exact. Est-ce que ça se ralentit ? J’en suis inquiet.

Si Mme Pelouze n’est pas à Paris cette semaine, je n’irai pas – car qu’y ferais-je ? À moins que vous ne le trouviez bon pour stimuler le zèle de nos autres amis : Cordier, R[aoul]-Duval. Je vous écrirai demain soir ce qui se sera passé dans ma visite au Vaudreuil.

Embrassez Caro. Tout à vous.

 

– 342 –

À ERNEST COMMANVILLE

[Croisset,] lundi soir, 6 [h] 1/2 [11 juin 1877].

Lapierre, dont vous avez dû recevoir ce matin une lettre, vous donne rendez-vous pour mercredi prochain (après-demain) chez Mme Brainne entre 5 h 1/2 [sic]. S’ils n’étaient pas rentrés attendez-les. (Lapierre ne doit rester à Paris que mercredi et jeudi.) Il me paraît fonder un très grand espoir sur Filheul, et croit que l’intervention d’A[chille] Pouyer serait très bonne. Il vous a envoyé une lettre pour que vous ne perdiez pas de temps. Du reste, il doit voir Filheul, lui-même.

Quant à Raoul-Duval, il m’a paru très désireux de nous servir et m’a témoigné beaucoup de contentement de ce que les choses prenaient une bonne tournure. – « Sans doute ! Ça peut se faire ! Comptez sur moi. J’agirai. » Puis un silence assez long, pendant lequel il cherchait « à qui s’adresser ? » – « Ce qui serait plus simple ce serait une maison de banque qui ferait tout ! » Enfin : « Je vais voir et consulter des personnes qui me guideront. » Je lui ai donné votre note qu’il a mise dans sa poche, en me renouvelant son désir de nous obliger.

Il vous attend jeudi matin , avant 9 h[eures]. S’il était sorti jeudi, laissez votre carte en mettant dessus que vous reviendrez le lendemain à la même heure. C’est un conseil que je vous donne, à cause de l’ahurissement du 16 dans lequel il sera, sans doute.

N.B. Palotte ne lui inspire aucune confiance, « il n’a pas d’argent ».

 

– 343 –

À propos de Palotte, vous feriez bien de retourner chez Cordier et de lui dire que les propositions dudit sieur ne vous convenant pas, vous le priez de voir d’un autre côté.

***

Tout à l’heure seulement, à 5 h[eures], lettre de Mme Pelouze. Elle ne sera à Paris que lundi – 18 – et elle me donne rendez-vous pour la semaine prochaine, pendant 8 jours, à partir de mardi. J’irai bien entendu.

Donc à peine Caro sera-t-elle revenue que je la quitterai. Mais ce ne sera pas pour longtemps. Je vous plains ! vous devez bouillir à Paris.

Réception on ne peut plus aimable et cordiale au Vaudreuil.

Il me semble que je ne vous ménage pas les lettres, hein ? – et que mes amis sont gentils.

Malgré la chaleur, on s’embrasse.

Tout à vous.

 

J’arrive du Vaudreuil – et j’ai à peine eu le temps de me décrasser.

Mme R[aoul-Duval] et Mlle Marianne invitent Mme Cornu au Vaudreuil pour la première fois que j’y reviendrai.

 

– 344 –

À EDMOND LAPORTE

[Croisset,] mardi [mercredi] soir,

6 heures [13 juin 1877].

Merci de votre envoi, mon cher ami. Comment allez-vous ? J’imagine que mon Asiatique n’est pas gai ? et je songe à lui souvent.

Mme Pelouze me donne rendez-vous à partir de mardi prochain. Je partirai donc lundi et j’espère être revenu jeudi. Caroline y arrive samedi (prochain).

Dimanche, j’ai été au Vaudreuil. Raoul-Duval m’a promis de s’occuper de trouver des souscriptions pour Commanville.

Je pioche B[ouvard] et P[écuchet]. Ma médecine est esquissée. Ça fera de quatorze à seize pages en tout, c’est assez.

Avec l’article du XIXe siècle j’ai reçu celui de Mme Daudet dans l’Officiel. On n’est pas plus aimable.

Voulez-vous, quand je serai à Paris, que j’aille voir Yves Guyot et que je lui touche un mot de vous. Rien ne m’est plus facile.

Il m’est venu à l’esprit des travaux pour vous, puisque vous en demandez, mais les livres manqueraient. Il vous faudrait pour moi toute une bibliothèque imbécile.

Le carton des curiosités se classe-t-il ? et les Idées reçues ? Quid ?

Quand vous pourrez m’avoir votre Raspail et un de ses Manuels de la santé, envoyez-les-moi.

 

– 345 –

Ah ! j’oubliais. Visite à Le Plé. Amis comme cochons. Visite à Barabé. Splendide. Quel prud’homme. Je vous conterai cela.

Il est décidé que je m’entendrai avec Sauvageot l’architecte.

Adieu, bon vieux solide. Quand vous verra-t-on ? Parlez-moi de vos affaires et dites-moi ce qu’il faut que j’exécute.

J’embrasse mon Asiatique.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset,] mercredi, 6 h 1/2 [13 juin 1877].

Mon Loulou,

Commençons par gémir sur la chaleur ou plutôt de chaleur ! – Comme vous devez en souffrir, et que je vous plains ! – Dépêche-toi d’arriver ici, ma chère fille, pour humer la verdure, et te reposer !

Hier, j’ai cuydé crever d’étouffement. Monsieur avait pris, sans doute, trop de moules ? Elles n’étaient pas mauvaises puisque mon nombreux domestique ne s’en est pas aperçu. Mais moi, j’ai été fortement gêné. – Aujourd’hui il n’y paraît plus et je pioche B[ouvard] et P[écuchet]. – Ma médecine est esquissée. – Demain je me mets aux phrases. Ça fera de 14 à 16 pages en tout. C’est suffisant. Oh ! si ce livre-là n’est pas assommant, quel livre !

Continuer : partie 7 sur 28