Correspondance - Tome V
À Sa Nièce Caroline ........................................................ 84
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 28 parties.
Moi aussi, je trouve comme vous que nous faisons un dur métier !
Depuis six semaines, j’ai pourtant expédié tout un chapitre ! celui de la Littérature. J’aborde maintenant la Politique. Me voilà à la seconde moitié de mon livre ! – Quoi qu’il en advienne il prouvera de ma part, une forte volonté et une jolie santé. Mais j’ai peur que le résultat ne réponde pas à l’effort ?
Amitiés à M. Denuelle, je vous prie.
Mes respects à Mme Taine, et quant à vous, mon cher ami, je vous embrasse.
Votre
À EDMOND LAPORTE
[Croisset,] samedi soir, 5 heures [27 juillet 1878].
Vous trouverez à Paris une lettre qui a dû y arriver hier ? N’en tenez aucun compte. C’était une commission pour Charpentier. Elle est faite.
Ma nièce vous prie de venir demain dîner et passer la nuit. Demain parce que, à votre retour de Paris, votre chambre sera prise (pour huit jours à partir de jeudi) par Mlle Flavie Vasse.
Vous pourrez partir lundi matin pour Paris.
Le dimanche, il y a des bateaux dans l’après-midi.
– 571 –
Votre GÉANT perdu dans la politique.
À IVAN TOURGUENEFF
OU À EDMOND LAPORTE
Croisset, lundi soir 29 [juillet 1878].
Mon cher ami,
Donnez-moi des nouvelles de Guy. – Sa dernière lettre était lamentable. Je lui en ai écrit deux restées sans réponse. J’ai peur qu’il ne soit malade ?
Je lui demandais des nouvelles de sa mère.
Si le susdit jeune homme se porte bien, je vous autorise à lui foutre votre pied au ou dans le cul.
Bonne pioche, bonne santé, et bonne humeur.
Tout à vous.
À LA PRINCESSE MATHILDE
[Croisset, 29 juillet 1878.]
Je vous remercie bien, Princesse, de m’avoir écrit. Il y avait longtemps que je n’avais eu un échantillon de votre détestable et chère écriture. Si elle était meilleure je vous lirais plus facilement. Mais je serais moins longtemps dans votre compagnie. Donc, ne vous corrigez pas.
La mort du fils de Sauzay m’a bien affligé. Le pauvre homme chérissait son fils. Et je le plains du fond de mon cœur.
– 572 –
Quant à Mme de Forges je l’ai connue en 1837 ! – à Trouville. Quelle antiquité ! Du reste, mon grand âge m’étonne, – vu la quantité de souvenirs qui m’assaillent. – Nous sommes maintenant à l’anniversaire des Journées de Juillet, que je me rappelle parfaitement. – C’était un autre monde – et si distant de celui d’aujourd’hui qu’il m’apparaît maintenant non comme une chose vue mais comme une chose imaginée. – Les besoins de mon affreux bouquin font que je me livre à la Politique comme si « je visais à la députation ». (Dieu m’en garde.) Je suis en plein dans la question du « droit au travail » et autres bêtises de 48.
Il me semble qu’on est un peu moins inepte maintenant ?
Dans mes accablements, ma pensée se reporte sur vous, et sur Saint-Gratien. Je vous vois dans votre atelier, et dans votre parc, – entourée de petits chiens, et des intimes… Restez vaillante, chère Princesse, pour vous-même – et pour nous tous.
Taine m’a écrit ce matin qu’il se sentait très fatigué et ne pouvait plus travailler qu’un jour sur deux. Mais il a coutume de se plaindre. Et le stoïcisme n’est point son affaire. – Je n’ai aucune révélation de Renan ni de Goncourt.
J’étais invité hier à aller à Chenonceaux pour l’inauguration de la statue de P.-L. Courier. Cette « petite fête de famille » ne m’a pas séduit, vu le nombre de reporters qui ont dû l’émailler. J’aimerais mieux m’en aller chez vous, goûter à la cuisine japonaise – sûr d’avance que je la trouverais exquise.
Cuisine à part, je compte vous faire une petite visite, cet automne. Ne faudra-t-il pas d’ailleurs que je voie un peu l’Exposition ?
– 573 –
Je serais bien aise de retrouver la princesse Julie, dont j’ai gardé un très agréable souvenir.
Tâchez, Princesse, de vous tenir en santé et bonne humeur. Et pensez quelquefois à
Votre
GVE FLAUBERT qui vous baise les mains
– et est votre tout dévoué et affectionné.
Croisset, lundi 29.
À AGÉNOR BARDOUX
[Croisset, 31 juillet 1878.]
Mon cher ami,
Je t’ai recommandé cet hiver le Docteur Le Plé pour la place de professeur d’hygiène à l’école de médecine de Rouen.
Le susdit docteur m’écrit que « le conseil municipal a enfin voté le budget de l’école de médecine conforme au décret du 10 août 1877. Cette décision permet au ministre d’instituer le nouveau titulaire de la chaire d’hygiène créée par ce décret ».
N.B. M. Le Plé, le postulant, est le citoyen auquel nous devons la Fontaine-Bouilhet, ce qui est une considération. – Entre nous – de plus, c’est un homme fort capable.
Je le recommande à ton Excellence et à mon ami Dumesnil.
– 574 –
Autre requête ! – Tu ne trouves donc rien pour mon petit Guy de Maupassant qui crève d’ennui et de misère dans les bureaux de la Marine – crève est littéral !!!
Et rien, non plus, pour Laporte ?
Ma nièce et son mari se rappellent à ton souvenir.
Et moi, je t’embrasse
Ton
31 juillet. Croisset, près Rouen.
À LÉONIE BRAINNE
[Croisset,] nuit de mercredi 1er août
[31 juillet-1er août 1878].
Expliquez-moi votre conduite, chère belle. – Mais d’abord où êtes-vous ? J’ai peur que cette lettre ne reste chez votre portier, en plan, – indéfiniment ?
Je m’attendais la semaine dernière à vous voir – depuis mardi jusqu’à dimanche – aucune révélation de vous, ni des Lapierre ! Hier, je me suis présenté au Nouvelliste où l’on m’a dit que le patron et « sa dame » étaient en voyage pour 15 jours !
J’ai à vous remercier pour votre dernière lettre qui était simplement adorable, voilà le mot. Je m’étais retenu pour ne pas la baiser. Ma parole d’honneur, c’est vrai ! Elle m’avait charmé, et attendri jusqu’aux moelles.
– 575 –
Je n’ai absolument rien à vous dire que cela – et puis qu’il m’ennuie de vous ! – Quand vous verrai-je ? – Que faites-vous cet été ?
Moi, je ne bouge d’ici. Peut-être, à la fin de septembre, irai-je quelques jours chez la Princesse. Mais ce n’est qu’un peut-être.
« Je travaille beaucoup – et redoute le monde.
Ce n’est point dans les bals que l’avenir se fonde ! »
comme dit notre grand poëte Camille Doucet.
Ma distraction la plus grande, depuis quelque temps, a été l’affaire du sieur Barré ! – Quel monsieur ! – Et je rêve au cautère de la mère Gillet ! Le Président faisant de la morale à ces deux coquins me paraît d’une riche architecture. Il mérite, pour sa bêtise, d’être guillotiné avec eux.
En fait de criminels (d’un ordre inférieur), j’ai eu la visite d’Houzeau – de plus en plus gandin – et celle de mon voisin et confrère Deslys – pas gandin, celui-là, – mais brave homme, simple et aimable.
Votre Polycarpe étudie maintenant (toujours pour son affreux livre) la Politique ! Ma table est couverte de bouquins assommants, – et relatifs au Suffrage Universel, à la Propriété, à la question du travail, madame ! – Eh bien, on était plus inepte en 48 qu’aujourd’hui. – Et cependant j’ai pour cette époque-là une grande indulgence. – L’année 1848 a été la plus belle de ma vie. J’avais une fière gaieté, je vous jure, et un joli tempérament ! C’est alors, que… je n’étais pas intempestif.
Quand je me compare à ce que j’étais jadis, je me trouve une ruine. – Et je regrette mon bras si dodu, ma jambe bien
– 576 – faite. – Mais je n’achève pas la citation puisqu’il y a trente ans, la petitesse de votre âge vous eût mise à l’abri de mes atteintes.
On ne choisit pas sa vie, d’ailleurs – on la subit. – Pauvres marionnettes que nous sommes !
Non ! Je ne « tritonne » pas dans la Seine. Je me suis baigné deux fois. – Et là, encore, j’ai senti une grande décadence ! Je soufflais comme un cachalot, sans en avoir la vigousse. Je n’ai pas recommencé depuis. Du reste, l’eau est trop froide.
Je pense qu’il serait bien agréable de se baigner avec vous… dans quelque onde solitaire. – Là-dessus rêverie, tableaux poëtiques – désirs – regrets et finalement tristesse.
Adieu, chère belle, pensez un peu à moi.
Je baise vos beaux yeux sur leurs paupières.
À vous
GVE.
N.B. que je n’ai pas parlé du 16 mai !
À ÉMILE ZOLA
Croisset, mardi 6 août [1878].
Mon cher ami,
La nommée Suzanne Lagier me supplie de vous écrire pour la recommander à Votre Excellence.
– 577 –
Elle meurt d’envie de jouer Gervaise dans L’Assommoir, et prétend qu’elle vaudra cent fois mieux que la chanteuse Judic – ce qui est possible, après tout.
Tout ce que je vous dirais ne servant à rien – je m’arrête. C’est votre affaire. Voilà ma commission faite. – Mais avant de prendre un parti, réfléchissez bien. Ladite Lagier a du talent. Quant à sa corpulence, elle prétend avoir maigri.
Maintenant, mon bon, comment allez-vous ? Et d’abord où logez-vous ? J’ignore votre adresse à la campagne ? Êtes-vous content de Nana ? Le Bien public ayant disparu, où faites-vous vos feuilletons dramatiques ? – Je vis dans le désert et ne sais absolument rien de ce qui se passe.
J’ai écrit cet été un chapitre – et j’en prépare un autre, qui sera fait, je l’espère, au jour de l’an prochain.
Pour le quart d’heure je suis plongé dans les théories politiques. Mon bouquin me semble de plus en plus difficile. Sera-t-il seulement lisible ?
Voici deux vers, pondus récemment par un académicien de Rouen – et que je trouve splendides :
On a beau s’en défendre, on est toujours flatté
De se voir le premier dans sa localité.
Aucune nouvelle de Tourgueneff. Je le crois en Russie. Quant aux autres amis j’ignore ce qu’ils font et où ils se trouvent. Le jeune Guy m’a l’air de s’embêter prodigieusement.
Vous seriez bien gentil de me donner de vos nouvelles.
Bonne santé, bonne pioche et bonne humeur.
– 578 –
Votre
À EDMOND LAPORTE
[Croisset,] vendredi soir [9 août 1878].
Vieux Bab,
Cherchez-moi les Dates des élections municipales de 1848 à 1852 et leur mode !
Merci du discours.
À vous.
À GUY DE MAUPASSANT
Croisset, [9 ?] août 1878.
La commission de Lagier est faite. J’ai envoyé ma lettre à Paris, ignorant l’adresse de Zola à la campagne. Mais vous pourrez dire à Lagier que c’est une rosse. Elle aurait pu, il me semble, se donner la peine de m’écrire ? Néanmoins, faites-lui une langue de ma part.
Dans votre dernière épître vous ne me parlez pas de votre pauvre maman. Je voudrais bien avoir de ses nouvelles. Restera-t-elle tout cet été à Paris ? Et vous, irez-vous à Étretat au mois de septembre ? Du 10 au 25 il est probable que j’embellirai la capitale de ma personne et nous pourrions nous y voir un peu. Mais ne dites mot à personne de ce projet.
– 579 –
Bouvard et Pécuchet continuent leur petit bonhomme de chemin. Maintenant je prépare le chapitre de la politique. J’ai à peu près pris toutes mes notes ; depuis un mois je ne fais pas autre chose et dans une quinzaine j’espère me mettre à l’écriture. Quel bouquin ! Quant à espérer me faire lire du public, avec une œuvre comme celle-là ce serait de la folie ! Cependant,
On a beau s’en défendre, on est toujours flatté
De se voir le premier dans sa localité.
Que dites-vous de ces deux vers, mon bon ? De qui sont-ils ? De Decorde ! il les a lus la semaine dernière à l’Académie de Rouen. Je vous prie de bien les méditer ; puis de les déclamer avec l’emphase convenable et vous passerez un bon quart d’heure.
Maintenant parlons de vous.
Vous vous plaignez du cul des femmes qui est « monotone ». Il y a un remède bien simple, c’est de ne pas vous en servir. « Les événements ne sont pas variés. » Cela est une plainte réaliste, et d’ailleurs qu’en savez-vous ? Il s’agit de les regarder de plus près. Avez-vous jamais cru à l’existence des choses ? Est-ce que tout n’est pas une illusion ? Il n’y a de vrai que les « rapports », c’est-à-dire la façon dont nous percevons les objets. « Les vices sont mesquins », mais tout est mesquin ! « Il n’y a pas assez de tournures de phrases ! » Cherchez et vous trouverez.
Enfin, mon cher ami, vous m’avez l’air bien embêté et votre ennui m’afflige, car vous pourriez employer plus agréablement votre temps. Il faut, entendez-vous, jeune homme, il faut travailler plus que ça. J’arrive à vous soupçonner d’être légèrement caleux. Trop de p… ! trop de canotage ! trop d’exercice ! Oui, monsieur ! Le civilisé n’a
– 580 – pas tant besoin de locomotion que prétendent messieurs les médecins. Vous êtes né pour faire des vers, faites-en ! « Tout le reste est vain », à commencer par vos plaisirs et votre santé ; f…-vous cela dans la boule. D’ailleurs votre santé se trouvera bien de suivre votre vocation. Cette remarque est d’une philosophie, ou plutôt d’une hygiène profonde.
Vous vivez dans un enfer de m…, je le sais, et je vous en plains du fond de mon cœur. Mais de 5 heures du soir à 10 heures du matin tout votre temps peut être consacré à la muse, laquelle est encore la meilleure garce. Voyons ! mon cher bonhomme, relevez le nez ! À quoi sert de recreuser sa tristesse ? Il faut se poser vis-à-vis de soi-même en homme fort ; c’est le moyen de le devenir. Un peu plus d’orgueil, saprelotte ! Le « Garçon » était plus crâne. Ce qui vous manque, ce sont les « principes ». On a beau dire, il en faut ; reste à savoir lesquels. Pour un artiste, il n’y en a qu’un : tout sacrifier à l’Art. La vie doit être considérée par lui comme un moyen, rien de plus, et la première personne dont il doit se f…, c’est de lui-même.
Que devient la Vénus rustique ? et le roman dont le plan m’avait enchanté ?
Si vous voulez vous distraire, lisez le Diomède de mon ami Gustave Claudin, et ne lisez pas ce que je viens de lire aujourd’hui : Politique tirée de l’Écriture sainte, par Bossuet. L’aigle de Meaux me paraît décidément une oie.
Je me résume, mon cher Guy : prenez garde à la tristesse. C’est un vice. On prend plaisir à être chagrin et, quand le chagrin est passé, comme on y a usé des forces précieuses, on en reste abruti. Alors on a des regrets, mais il n’est plus temps. Croyez-en l’expérience d’un scheik à qui aucune extravagance n’est étrangère.
– 581 –
Je vous embrasse tendrement.
Votre VIEUX.
Aucune nouvelle de nos amis.
À EDMOND LAPORTE
[Croisset,] mardi, 5 h[eures, 13 août 1878].
Monsieur et cher confrère !
Espèce de tribade !
Vieux Bab !
Je crois que vous vous trompez ? car je trouve dans mes notes extraites du Moniteur : Élections générales de la Garde nationale fixées au 18 mars [18]48.
Et maintenant ça me gênerait beaucoup pour mon plan qu’il en fût autrement.
La surveillance sur les instituteurs par les curés est dans la loi Parieu Falloux, 15 juin 1850. La circulaire d’Hautpoul qui concédait le même droit aux colonels de gendarmerie est du mois de novembre 1849.
De plus : vous m’embêtez en ne venant pas lundi comme vous m’aviez promis. Il y a très longtemps que vous n’avez couché ici. – Choisissez donc dès maintenant votre jour et venez le plus tôt possible.
Encore deux semaines (la prochaine et l’autre) et j’irai à Paris.
Commanville arrive ce soir aux Eaux-Bonnes.
– 582 –
Ma nièce et moi nous vous attendons pour embellir notre solitude.
À vous.
Je ne me souviens plus de ce que vous m’avez dit pour le Receveur ? Le mien habite le chef-lieu de canton ? Est-ce impossible ? – Non, n’est-ce pas ?
À EDMOND LAPORTE
[Croisset,] jeudi, 2 heures [15 août 1878].
Voici ce qu’il faut faire, mon bon.
Vous viendrez samedi par le bateau de 7 heures et vous ne vous en irez que lundi après le déjeuner (lundi, je me résigne à un voyage de Rouen !). Pas d’excuse ! Vous n’avez rien à faire du tout ! Une bonne séance de pioche et de causerie avec votre Géant vous fera du bien. Autrement « je la trouverais môvoise. À Chaillot ! Ah zut ! Et ta sœur ! ».
Il faut se secouer un peu, nom de Dieu ! Si vous ne savez que faire dans l’après-midi de samedi, venez de bonne heure.
Allons, c’est convenu, n’est-ce pas ?
Votre VIEUX.
Notez que dans quinze jours je ferai mes paquets. Nous avons donc bien peu d’heures maintenant à passer ensemble.
– 583 –
À LÉONIE BRAINNE
Croisset, jeudi 15 août [1878].
Fête de la Vierge (avec laquelle je n’ai aucun rapport).
Il fait de l’orage. Je suis éreinté, j’ai mal à la tête. Mais l’écriture de la chère belle amie est là, devant moi. Je songe à la Personne qui s’embête là-bas dans sa chambre d’hôtel. Et je me mets à lui écrire pour qu’elle ait quelques minutes de distraction.
Ce qui m’en a causé le plus, cet été, c’est l’histoire de Mme veuve Crémieux. « Quelle gente vieille ! » – et quels jolis jeunes gens. Quelle société ! – Et quels personnages que ceux de l’arrière-plan, comme le Bavarois ! – Enfin ce sont de ces histoires qui rafraîchissent. J’aurais voulu voir l’orgie finale avec le malaga ! Malaga, un nom romantique. – Pauvre vieille ! devait-elle jouir ! – et eux, aussi ! Oh ! Humanité ! – Je doute que Mme Michelet, votre compagne, comprenne la grandeur de cette histoire ? – Vous avez peut-être raison ? Elle doit avoir « des regrets peu éthérés » (c’est bien naturel, après tout). Son mari a fait un livre sur L’Oiseau. Mais il n’était peut-être pas suffisamment Rempailleur ? Suis-je assez ignoble, hein ? – Cependant le fond n’est pas gai. Je me sens vieillir (physiquement). Et par moments, mon affreux bouquin m’écrase. J’étudie maintenant la Politique – quelle mine d’imbécillités ! – Aussi mon mépris pour ceux qui s’y livrent augmente-t-il de jour en jour. Elle devrait être la Science des Sciences. – Et elle se trouve livrée à l’Intérêt et à la Passion. Du reste, on était plus bête en 1848 qu’aujourd’hui. Les Socialistes et les Bourgeois se valent – ou plutôt, il n’y a rien que des Bourgeois.
J’ai été hier à Rouen, pour remettre des livres à la Bibliothèque, c’est là ce qui m’a dévissé. Non ! jamais, je n’ai
– 584 – tant sué de ma vie. Il y avait de quoi crever. Je me suis affalé dans un café (le café Dubiez) et j’ai pris un bock – abject, abject ! trois fois horreur. – Et que lisais-je, en m’ingurgitant la sale boisson nommée bière ? – Le Figaro ! – Voilà à quel point de dégradation m’entraîne un séjour de 3 heures – dans ma patrie.
J’ai écrit au jeune Guy pour lui « remonter le moral ». Pas de réponse, jusqu’à présent. Je crois que mon ami est légèrement caleux ? S’il travaillait plus, il s’ennuierait moins. – La vie est quelque chose de si abominable qu’il faut la déguiser pour l’avaler. Si on ne la sucre pas avec une drogue extraordinaire, le cœur vous manque ! – Pourquoi extraordinaire ? Il y a des jours où le bonheur semble bien facile… Et cependant n’avez-vous pas déjà remarqué que sans la conception du Bonheur, l’existence serait plus tolérable ? Nous exigeons des choses plus qu’elles ne peuvent donner.
Il y a des jours comme aujourd’hui, où je m’enfonce dans une mélancolie noire. Et puis ma Pauvreté m’embête. Les « affaires » ne se remontent pas. – Laissez-moi finir par un tableau agréable.
Je me figure (puisque vous êtes aux bains), je me figure une grande salle de bains – voûtée, à la moresque, avec une vasque au milieu. – Vous apparaissez sur le bord vêtue d’une grande chemise de soie, jaune – et du bout de votre pied nu, vous tâtez l’eau. Crac, plus de chemise. – Nous nageons côte à côte, pas longtemps – car il y a dans un coin, un bon divan où la chère belle se couche. Et au bruit du jet d’eau… votre Polycarpe et son amie passent un joli quart d’heure. Eh bien, pourquoi ces choses-là ne se font-elles pas, sacré nom de Dieu ! Pourquoi ? parce qu’il y a à tout un empêchement.
– 585 –
***
J’ai passé hier au Nouvelliste. Les Lapierre reviennent du 20 au 25 ?
Commanville est aux Eaux-Bonnes, et doit voir votre fils ?
Aucune nouvelle du citoyen Georges. – Ni d’aucun ami, d’ailleurs. – Et vous, quand revenez-vous ?
Mille tendresses de votre
G.
qui voudrait faire des petites caresses.
À ÉMILE ZOLA
[Croisset, 15 août 1878.]
Vous êtes gentil de m’avoir écrit une si bonne lettre, mon cher ami – et je vous en remercie.
J’ignorais la décoration de Fabre – lequel est un de nos mastocs littéraires les mieux réussis. Quant à mon camarade Bardoux, c’est un : Khon (orthographe chinoise). Je me promets de le lui dire. Ce procédé envers vous est une crasse qu’il me fait, à moi. Car je lui ai demandé la croix pour vous cet hiver. Et il m’avait promis formellement que vous l’auriez au mois de juin. Jusqu’à présent il ne m’a rien accordé, de toutes les requêtes semblables que je lui ai faites. Tant il est vrai que le Pouvoir abrutit les Hommes. – Car enfin quel intérêt a-t-il de décorer Fabre ? L’hypothèse touchant Hébrard me paraît juste ? Mais non ! J’aime mieux croire que Fabre est décoré uniquement parce qu’il est médiocre.
– 586 –
Notre Bayard a refusé la croix d’officier pour Renan. En revanche Dumesnil (directeur du personnel à l’Instruction publique) est nommé Commandeur. Tout cela est idiot.
La semaine prochaine, je me remets à écrire. Mais pour le quart d’heure je me sens éreinté par mes études sur la Politique. Jamais on n’a été plus bête qu’en 48 ! Cette époque est féconde. – Mais on ne peut tout dire, hélas !
« Cent personnages » dans votre roman ! Vous m’effrayez !
J’ai envoyé au sieur Guy la page qui concernait Lagier. Qu’elle s’arrange comme elle l’entendra.
N’êtes-vous pas profondément réjoui par l’histoire de la Vve Crémieux ! Quelle « gente vieille » – et quels jeunes gens ! – Quelle jolie société. Voilà de ces histoires qui font du bien, qui rafraîchissent. Il y a des figures d’arrière-plan exquises, – le Bavarois, etc. – et l’orgie ! est-ce assez romantique !
J’ai reçu ce matin une lettre de M. Francolin, un des directeurs de la Réforme (pour me demander un ms., mais je n’en ai pas). (Le connaissez-vous ?) J’irai le voir au mois de septembre, – à cette époque-là, peut-être, vous ferai-je une visite ?
D’ici là, mon cher ami, – bonne pioche, et bonne santé. Mes meilleurs souvenirs à Mme Zola.
Et tout à vous.
15 août. Croisset, près Rouen.
– 587 –
À EDMOND LAPORTE
[Croisset,] lundi, 6 heures et demie [19 août 1878].
Mon bon,
Je vous ai tantôt guigné sur le bateau de Bouille, ou plutôt j’ai épié le susdit pyroscaphe pour voir si je n’y découvrirais pas mon Asiatique.
Je voulais vous dire ceci :
[1°] Demain nous avons à dîner M. et Mme Sabatier. Venez ici à 6 ou 7 heures et restez à coucher.
2° Quelles étaient les cérémonies pour la plantation des arbres de la liberté ?
Que chantait M. le curé ? En quel costume ? Quels accessoires ? Quelles bénédictions ? J’ai besoin d’une note détaillée, émanant d’un ratichon de l’époque, et je n’en connais aucun.
Ne pas savoir quand j’aurai l’heur de vous posséder me gêne, parce que je voudrais aller à Ouville voir mon frère dont la santé m’inquiète.
À la fin de la semaine prochaine, je m’en irai à Paris.
Tâchez de venir demain, ou sinon le plus tôt possible.
À vous.
À PAULINE VIARDOT
Croisset près Rouen, 22 août [1878].
Chère Madame Viardot,
– 588 –
Je suis fort inquiet de Tourgueneff. Voilà bientôt deux mois que je n’ai eu de ses nouvelles ! Où est-il ? Quand revient-il ?
Vous seriez bien bonne de me rassurer sur son compte.
Ma nièce se rappelle à votre souvenir. Mes amitiés, je vous prie, à M. Viardot. Et quant à moi, chère Madame, permettez-moi de vous baiser les mains, en vous assurant que je suis entièrement
vôtre.
À LA PRINCESSE MATHILDE
Croisset, vendredi, 7 h[eures] du soir [23 août 1878].
Princesse,
Certainement ! Certainement ! Vous ne pouviez rien imaginer qui me fît plus de plaisir. Mais j’ai une requête, une prière à vous adresser.
Faites-moi le plaisir, l’honneur, ou plutôt la grâce de venir déjeuner dans ma vieille bicoque. – Vous, et votre escorte qui se composera, je suppose, de Mme de Galbois, de Mlle Abbatucci – et de Popelin ? sans doute ?
Quel jour sera-ce ? Lundi, ou mardi ? Un mot de réponse, s’il vous plaît ? – Je l’attends impatiemment. – Et suis, chère Princesse, votre vieux fidèle et dévoué
Ma nièce, qui est avec moi, vous présente ses respects et joint ses instances aux miennes.
– 589 –
À GUY DE MAUPASSANT
[Croisset, 25 août 1878.]
Mon bon,
Vous me verrez la semaine prochaine, sans doute, et nous nous arrangerons pour passer ensemble une longue soirée.
Mon projet est d’aller à Étretat. Ainsi ne concluez rien avant d’avoir conféré là-dessus. Il est probable que ma nièce m’accompagnera. Quant à son mari, j’ignore ses plans. Actuellement, il est aux Eaux-Bonnes.
Ce brave Laffaille m’a proposé de me piloter dans l’exposition. Ce que j’accepte. Après quoi il faudra faire trétous un petit dîner philosophique.
N’ayant pas de vos nouvelles j’avais peur que vous ne fussiez compromis dans le procès de Mme Vve Crémieux ! – Quelle « gente vieille » et quels jolis jeunes gens !
Tout à vous.
Croisset, dimanche.
Dès mon arrivée je vous préviendrai. Ce sera probablement lundi de demain en huit ? Mais attendez un mot. J’ai des soucis qui pourraient peut-être retarder mon départ.
– 590 –
À EDMOND LAPORTE
Croisset, dimanche soir, 6 h[eures]
[1er septembre 1878].
Homme Politique !
Votre lettre m’a contrarié. « Sacré cochon !!! » m’écriai-je. Après quoi, ayant donné cours à mon indignation, j’eus des remords, à l’idée de vos travaux administratifs. Trop de discussions avec les fortes têtes du département, trop d’aigreurs suscitées par Roquigny et Letellier, trop de rapports, trop de cahiers de charges parcourus, et peut-être trop de décharges en cour d’assises !?
Votre fils Julio (bien que je lui aie permis de pousser la sienne) devient intolérable. Nous ne savons plus où le mettre ? Dans une de ses courses nocturnes, il a pris mal à la patte. Il est bien gentil, mais trop geignard.
Mes paquets sont faits. – Et demain matin je fous le camp – en attendant que je foute autre chose.
Nous eussions passé quelques bonnes heures, ce soir, ô Bab. – Mais si vraiment vous êtes trop fatigué, – je vous pardonne.
J’ai fait 5 pages de mon VIe chapitre. L’abbé Hanin, curé de la Madeleine, m’a envoyé des renseignements splendides. C’était moins simple qu’on ne vous avait dit.
Vous pouvez m’écrire à Paris, mon bon. Je ne serai pas revenu ici avant le 22 – ou le 23.
Il faut vous remettre à l’histoire de Couronne vaillamment. Et à la Copie.
Je vous embrasse.
– 591 –
Votre vieux GÉANT.
Commanville revient ou demain – ou au milieu de la semaine.
On se dispose à re-faire votre binette dans quelque temps.
Mercredi dernier j’ai eu à dîner ici la princesse Mathilde – et sa suite. – Tableau ! –
Envoyez-moi un mot là-bas pour me dire comment vous allez ?
Et la chasse, nom de Dieu ! Aujourd’hui l’ouverture monsieur ! – Mauvais temps. – Tristesse pour la magistrature. À laquelle, d’ailleurs, je dis merde.
À EDMA ROGER DES GENETTES
[Croisset,] dimanche 1er septembre [1878].
(Ouverture de la chasse – sujet de délire pour messieurs les magistrats – et généralement pour tous les Hommes de cabinet ! – Je ne le partage pas.)
Eh bien, comment tolérez-vous ce qui s’appelait autrefois l’Été ? Moi je le trouve abominable. De la pluie, des orages, un temps qui vous fait mal au cœur. En dépit de son incommodité, j’ai poussé depuis trois mois une pioche vigoureuse. Mon chapitre de la Littérature est fait, celui de la Politique le sera vers la fin de novembre, je crois ? Et au jour
– 592 – de l’an prochain je n’en aurai plus que pour deux ans ! Mais je ne veux plus recommencer des œuvres de cette longueur. L’effet ne répond pas à l’effort. – Ah ! comme il me tarde de vous lire ça !
Demain, je m’en vais à Paris, pour y voir un peu l’Exposition. Après quoi j’irai chez la princesse Mathilde. Et dans une vingtaine de jours je serai revenu ici. – D’où je ne bougerai pas avant d’avoir fini mon chapitre VII : de l’Amour ! – La plus grande partie de mes lectures est terminée – et je commence à entrevoir la Fin. Mais votre vieil ami est bien las par moments. N’importe, le « coffre est bon ». Et il fallait qu’il le fût car il a subi de violentes secousses. Mes affaires (dont vous me demandez des nouvelles) ne se rétablissent nullement. Après des démarches infinies et des promesses innombrables, mon neveu n’est pas parvenu à remonter sa scierie. L’avenir reste toujours incertain, – et le présent si peu drôle que ma nièce va rendre son logement de Paris. Quand elle ira, elle se servira du mien. Heureusement que sa tête est forte ! Et qu’elle a une Passion dont elle est fort occupée, celle de la Peinture. Ses progrès y sont remarquables. Elle ne tardera pas à avoir un réel talent.
Ce projet de séjour forcé à Croisset la fait s’occuper un peu plus de sa vieille maison. Et son mari, indigne d’être comparé au vôtre, se livre aux Poiriers ! – On travaille les Composts ! On asperge avec des seringues, etc.
Je n’ai jamais entendu parler de ce Hollandais qui est pour moi si aimable. Le 1er mai dernier, j’ai lu dans la Fort-nightly Review, un article d’un fils d’Albion qui était vraiment… gigantesque.
« C’est du Nord aujourd’hui que nous vient la lumière. »
– 593 –
Je suis bien content de voir que mon grand ami Tourgueneff vous charme. Si vous le connaissiez personnellement que serait-ce ? Il est exquis.
Pour les besoins de mon bouquin, moi aussi, j’ai relu le livre de Lanfrey sur la Révolution. C’est une œuvre d’honnête homme. Mais rien de plus. Voilà ce que j’appelle des esprits inutiles – c’est-à-dire des gens qui chantent une note connue et déjà mieux chantée par d’autres.
Si je me souviens du salon de la pauvre Muse ? – Je crois bien ! Je vois tous ses hôtes, depuis d’Arpentigny jusqu’à la hideuse Blanchecotte, qui m’est re-apparue un soir, il y a deux ans, chez le père Hugo. Vraiment elle est espovantable. On m’a donné dernièrement des nouvelles de Mme Bissieu. Il paraît qu’elle se trimbale beaucoup dans les « Fêtes », fréquente les Bals, – vie parisienne, etc.
Je ne connais pas Le Journal d’une femme du bon Feuillet. Les Amours de Philippe m’ont semblé ineptes. Quel triste auteur ! Pour moi, c’est le Néant ! – Mais les dames le trouvent « charmant ». Néanmoins sa vogue baisse.
– Lisez-vous les œuvres d’Herbert Spencer ? Voilà un homme celui-là ! – et un vrai positiviste. Chose rare en France quoi qu’on die. – L’Allemagne n’a rien à comparer à ce penseur ! Du reste, les Anglais me semblent énormes. Leur attitude dans la question d’Orient a été superbe d’impudence et d’habileté. –
Allons, adieu. Écrivez-moi. Et pensez quelquefois à votre vieil ami, qui souvent songe à vous.
Mes meilleurs souvenirs à l’Époux. Sa santé est-elle meilleure ?
– 594 –
À GERTRUDE TENNANT
Croisset, dimanche, 1er septembre 1878.
Ma chère Gertrude,
Voici mes plans pour le mois de septembre : demain je m’en vais dans le pays de Caux chez ma nièce Juliette, puis j’irai à Paris et à Saint-Gratien chez la princesse Mathilde, où j’ai l’habitude tous les automnes de passer quelques jours. Je resterai à Paris deux ou trois jours tout au plus et je serai revenu le 22 ou le 23. C’est là que je compte vous voir. Vous n’êtes jamais venue à Croisset. Il faut que vous connaissiez mon vrai domicile, mon antre.
Tenez-moi au courant de vos pérégrinations ; en m’écrivant à Croisset, on me fera parvenir vos lettres.
Je vous recommande, puisque vous êtes en Bretagne, Quimper et Fouesnant. Si vous allez à Concarneau, vous logerez chez Mme Sergent. Recommandez-vous de moi ; vous serez bien traités. À Concarneau, vous trouverez sans doute mon ami Georges Pouchet qui travaille à l’Aquarium. Sur mon nom il se mettra à vos ordres et, quand il saura que vous êtes l’amie de Huxley, son dévouement n’aura plus de bornes.
N’oubliez pas non plus Carnac pour les menhirs. Comme nature, ce qu’il y a de plus beau en Bretagne c’est la rade de Brest, le fond de la rade du côté de Douarnenez, et Landivisiau.
À bientôt, ma chère Gertrude. Caroline se réjouit à l’idée de vous voir prochainement et moi encore plus qu’elle.
– 595 –
Je regrette de ne pouvoir faire la connaissance de votre fils. Amitiés à vos astres, et à vous toutes les vieilles tendresses de votre vieil ami.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] mercredi matin [4 septembre 1878].
Mon Loulou,
Je suis arrivé en meilleur état que je n’étais parti. Car j’avais quitté mon gîte et ma chère petite compagne, très mourose.
Voyage avec la famille Du Sommerard. Carvalho et sa femme étaient dans le train ; je ne les ai pas vus. À la gare de Paris, rencontre de l’inéluctable Arthur de Fontenillat !
Tu sauras que je suis arrivé à Rouen une heure trop tôt. Ce n’est pas à 1 h[eure] moins cinq que part ce train-là, mais à 2 heures moins un quart.
Le soir j’ai dîné avec mon disciple – dans la compagnie fortuite de Crémieux, « l’heureux auteur d’Orphée aux enfers ».
Nuit de 9 heures – de minuit à 9 h[eures] du matin. – De sorte que Monsieur est très retapé. – Je compte sur Ernest pour duire Julio.
La première chose que mon portier m’ait dite, c’est que M. Commanville venait de partir pour Rouen – et la seconde c’est : « Voilà une feuille de contributions qu’on vient d’apporter », coût 172 fr[ancs] 55 c[entimes].
– 596 –
Comme, dans 8 jours, on aurait une sommation avec frais, j’ai payé, ce matin, ces 172 fr[ancs] 55 c[entimes].
Le sieur de Fiennes ne sera à Paris que vendredi prochain.
Je vais commencer mes courses – qui ne sont pas minces ! Il fait très chaud. Monsieur va suer.
Adieu pauvre chérie. Donnez-moi de vos nouvelles. Je t’embrasse.
VIEUX.
À IVAN TOURGUENEFF
[Paris, 4 septembre 1878 ?]
Mon bon vieux,
Voulez-vous vous trouver vendredi prochain à 7 heures dans le passage de l’Opéra, galerie de l’Horloge ? (ladite galerie de l’Horloge est celle où se trouvent les Lieux-d’aisance !)
Je serai chez moi vers 3 heures, en revenant de Saint-Gratien. Je ferai deux ou trois courses. J’irai prendre un bain rue Saint-Arnaud. Puis je me ferai « accommoder » chez Gaubert, coiffeur de l’Opéra. – Après quoi nous dînerons et passerons la soirée ensemble. C’est convenu, n’est-ce pas.
Tout à vous.
Mercredi.
– 597 –
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris, 5 septembre 1878.]
Quelle chaleur ! Je tombe sur les bottes. – J’ai à peine le temps de m’habiller pour aller dîner chez la Princesse.
Hier j’ai passé toute la journée seul à l’Exposition – perdu de rêveries devant des statuettes antiques. Et le soir j’ai dîné chez Mme Brainne avec G. Pouchet.
Ce matin impossible de voir Bardoux.
Déjeuner chez Charpentier avec Goncourt.
De Fiennes revenant demain soir, je le verrai samedi. Ernest a-t-il repris le bail ? Quels sont nos droits ?
J’ai reçu aussi le billet de faire part de Guilbert. Où faut-il lui envoyer des cartes ?
Adieu, chérie, je t’embrasse.
Ton VIEUX.
Bonne pioche – et pas de désespoir.
Jeudi, 4 h[eures].
À IVAN TOURGUENEFF
[Paris,] dimanche [8 septembre 1878 ?].
J’ai été fâcheusement surpris, mon bon cher vieux, de ne pas vous trouver avant-hier à Paris. Quelle abomination que cette goutte !
– 598 –
Maintenant, quand nous reverrons-nous ? À Croisset, sans doute ? Car en revenant de Saint-Gratien, je ne m’arrêterai guère ici.
Je vous embrasse tendrement. Votre
À tout hasard, un de ces jours, peut-être je passerai rue de Douai… Pauvre ami ! Comme je vous plains !
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] mardi matin [10 septembre 1878].
Mon Loulou,
C’est fini, l’appartement est rendu. – Et l’écriteau « à louer » suspendu à la porte. Paul a reçu mes explications, et je lui ai promis un petit cadeau s’il obtenait du futur locataire 3 mille francs. – Cette perspective me paraît l’emplir de zèle ?
De Fiennes déplore votre départ. Il a été fort aimable. J’ai eu beaucoup de mal à obtenir de lui un rendez-vous, parce qu’il était « accablé d’affaires », avait la colique, se rendait à la messe. –
Tu peux me remercier. La chose est faite et bien faite. – Entre nous, ma petite mérotte, je trouve que tu aurais pu (à propos de remerciements) m’en envoyer un, pour avoir payé vos contributions – ou tout au moins m’accuser
connaissance du fait ? – Tu sais mieux que personne que ces 172 francs retirés ex abrupto de ma chétive bourse ne m’ont pas été une aventure agréable. Je demande maintenant si
– 599 – c’est fini ! – si nous allons vivre tranquilles ? – Que compte faire Ernest ? Que fait-il ? Le monsieur de Mme Prieur s’est-il représenté ?
J’ai eu chez Charpentier une déception – en ce sens que maintenant il n’a pas de tirage à faire de mes œuvres. Mais l’édition de luxe de Saint Julien est décidée pour cet hiver.
Autre histoire. Avant de porter la Féerie à la Revue philosophique je tente une dernière fois de la donner à un théâtre. Weinschenk, directeur de la Gaîté, m’a promis de la lire – dès que j’aurai retiré le ms. des mains de notre « sympathique ministre », personnage volatil, et insaisissable.
Aujourd’hui à 3 heures j’ai rendez-vous avec Lemerre pour les poésies de Bouilhet – et pour Salammbô. Tu vois que je suis dans « les Affaires » – que le tonnerre de Dieu écrase ! car c’est un beau sujet d’abrutissement et d’humiliation.
Mais dans quelques jours je serai revenu dans mon vieil asile – et je reprendrai B[ouvard] et P[écuchet] avec violence. – Et j’exciterai ma chère fille à la Peinture. Car il n’y a que ça : l’Art !
J’ai mis de côté pour te le montrer un article abominable (mais juste) paru hier dans L’Événement contre Maxime Du Camp. Il m’a fait faire des « réflexions philosophiques » et j’ai eu envie de faire dire une messe – d’action de grâces, pour remercier le Ciel de m’avoir donné le goût de l’Art pur. À force de patauger dans les choses soi-disant sérieuses, on arrive au crime. Car l’histoire de la Commune de Du Camp vient de faire condamner un homme aux galères. C’est une histoire horrible. – J’aime mieux qu’elle soit sur sa conscience que sur la mienne. J’en ai été
– 600 – malade, toute la journée d’hier. Mon vieil ami a maintenant une triste réputation – une vraie tache ! – S’il avait aimé le style, au lieu d’aimer le bruit, il n’en serait pas là.
J’ai rencontré Mme Régnier deux fois. Te l’ai-je dit ? Elle se propose de venir à Croisset au mois d’octobre après sa 1re ?
Mes compliments à Mme de La Chaussée. J’espère qu’elle sera encore à la maison à la fin de la semaine prochaine.
Adieu, ma chérie, je t’embrasse.
Ton VIEUX.
Recompliments de tout Saint-Gratien pour la… (plusieurs épithètes laudatives)… Mme Commanville.
À EDMOND LAPORTE
[Paris,] mercredi matin [11 septembre 1878].
Vieux Bab,
Bardoux crée en ce moment quatre places d’Inspecteurs de dessin en province : 3 000 francs par an et les frais de voyage. Il m’a dit hier : « Ton ami Laporte en veut-il une ? » « Parfaitement. » Et j’ai ajouté que vous étiez très capable de la remplir.
Ce serait absolument votre affaire.
Il faut que Bardoux obtienne le consentement et l’argent des chambres.
– 601 –
Je dois déjeuner chez lui de samedi prochain en huit.
Il a été charmant (sans blague) me donnant satisfaction, ou du moins réponse satisfaisante sur d’autres points.
Vous ne feriez peut-être pas mal de venir à Paris vers la fin de la semaine prochaine ? Nous nous en retournerions ensemble le dimanche.
Autre histoire. J’ai porté la Féerie à la Gaîté et je dois avoir la réponse dans huit jours.
Puisque Bardoux est en bonne disposition, il faut le harceler.
Je n’ai pas le temps de vous en écrire plus long.
Je vous embrasse. Votre GÉANT (qui f… comme un âne).
À GEORGES CHARPENTIER
[Paris,] jeudi matin [12 septembre 1878].
Mon bon,
Je compte sur vous, dimanche, pour orner mes salons. – D’ici là réfléchissez à ceci :
1° Que faire relativement à la Féerie ? Mon intention est de faire une dernière tentative à la Porte-Saint-Martin.
2° Vous me direz franchement si vous reculez devant Saint Julien tel que je le désire – c’est une toquade de votre ami. Pas n’est besoin de vous gêner. Je ne vous en voudrai nullement. Car avant tout je ne veux pas vous risquer dans
– 602 – une mauvaise affaire. J’irai ailleurs, voilà tout, mais je veux immédiatement savoir à quoi m’en tenir.
N.B. Et laissez repousser votre barbe. Vous êtes trop laid !
Tout à vous.
Pour le moment : du Cantal.
À ÉMILE ZOLA
[Paris, 12 septembre 1878.]
Mon cher ami,
Bardoux me charge de vous prier de venir le voir pour avoir avec vous une explication. Les raisons qu’il m’a données m’ont paru plausibles. – Vous aurez le ruban très prochainement. – Si ma plume n’était pas exécrable je vous en écrirais plus long. Bref allez le voir.
Je serai chez la princesse Mathilde à Saint-Gratien toute la semaine prochaine (à partir de mardi, sans doute). J’en reviendrai samedi (de samedi en huit) pour déjeuner chez Bardoux – et le lendemain soir je serai à Croisset.
J’ai reçu votre Théâtre dont je vous remercie ; j’en approuve la Préface, en vous disant comme Mac Mahon à l’officier nègre : « Continuez ! »
Est-ce que les messieurs d’Auch ne vous rendent pas heureux ? Après cela niez donc l’importance de l’Histoire !
– 603 –
Diane de Poitiers devenue un élément pédérastique !… Quel sujet de rêverie !
Tourgueneff est en route pour revenir. Le jeune Guy que vous verrez dimanche vous portera mes amitiés.
Tout à vous.
Votre vieux
Jeudi 12.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris, 14 ? septembre 1878.]
Ma chérie,
J’avais été longtemps sans t’écrire à cause de Fiennes – dont je voulais avoir une réponse catégorique à t’envoyer. Voilà la cause de mon retard.
Paul me prie ce matin de prendre l’argenterie dans mon appartement. – Ce que je vais faire.
Autre histoire. Bardoux ne t’a pas répondu parce que les commandes se font au mois de décembre. Tu en auras une. – Il s’entendra à ce sujet avec Guillaume. Il m’a promis de nommer Laporte inspecteur pour les classes de dessin en province (places nouvelles dont la création doit être ratifiée par les Chambres). – Il s’est justifié sur d’autres points. Bref, je l’ai trouvé charmant.
Je dois déjeuner chez lui à la fin de la semaine prochaine – avec sa mère. C’est à ce moment-là, dans une
– 604 – dizaine de jours, que je dois avoir la réponse de Weinschenk – auquel j’ai remis hier mon ms.
Le citoyen Lemerre a manqué au rendez-vous qu’il m’avait donné. Il faut que j’y retourne après-demain. Que de courses ! Et une chaleur !…
Je ne m’étonne pas du tout que tu trouves tes compagnes un peu bornées. – C’est l’effet que me produit maintenant tout le monde ! – Et puis, mon Loulou, nous avons l’habitude des conversations fortes. Le parallèle que nous établissons involontairement n’est point à leur avantage !
Il y a, au musée de Rouen, un Ribéra authentique. Veux-tu que je demande pour toi aux Beaux-Arts la commande d’une copie de ce tableau ? – Ça ne te dérangerait pas cet hiver. – L’histoire du portrait de Corneille ne me paraît pas claire ?
Je n’ai que le temps de t’embrasser, ma chère fille.
Ton vieux compagnon
GVE.
À EDMOND LAPORTE
[Paris,] dimanche, 2 h[eures, 15 septembre 1878].
Mon bon,
Je viens d’écrire à Bardoux. Et ma lettre va être mise à la poste, en même temps que celle-ci.
– 605 –
Je lui dis qu’une place d’inspecteur des écoles de dessin est insuffisante « pour un conseiller général, qui d’ailleurs soutient votre ministère – s’en rapporter au préfet
Limbourg », et je demande pour vous une place d’inspecteur des bibliothèques populaires.
Maintenant, voici un programme que je vous prie dans votre intérêt d’exécuter.
Au reçu de cette présente lettre 1° En écrire d’autres, à Cordier, à sir Richard, à Dautresme, etc., en les priant de vous adresser leur réponse boulevard Haussmann. 2° Faire sa malle, s’habiller, et filer à Rouen pour avoir une chaude recommandation de Limbourg – auquel vous direz ce que je viens de faire aujourd’hui (que le mouvement ait l’air spontané de sa part). 3° Prendre le train de 1 [heure] 45. – Et 4° être au ministère, lors du retour de la Chambre. 5° Rester à Paris, jusqu’à ce que vous ayez enlevé le morceau.
Oui, mon jeune homme, il faut foutre votre camp illico, coûte que coûte.
De l’énergie, nom de Dieu ! De l’audace ! De l’audace, toujours de l’audace !
Et il n’y a pas à me répondre : « Mais foutre ! Docteur. »
Se rappeler, mon bon, que si vous vous y fussiez pris un peu plus tôt vous auriez remporté la place de l’octroi de Rouen.
Vous figurez-vous que Bardoux va me répondre et s’occuper de vous ? – Erreur. Il y a peut-être déjà vingt compétiteurs et 80 promesses.
Dépêchez-vous ! Filez – et restez là-bas.
Bonne chance. Mais remuez-vous, tonnerre de Dieu.
– 606 –
VITELLIUS embrasse son Asiatique.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] dimanche [15 septembre] 1878.
Ma chère fille,
Je ne pourrai pas être revenu à Croisset avant dimanche prochain parce que samedi j’ai rendez-vous avec Bardoux et avec Lemerre – lequel se propose de me donner moins pour Salammbô que pour Madame Bovary. Nous n’en sommes pas encore arrivés à une discussion formelle. Mais je ne présage rien de bon et il faudra en passer par ses conditions ! Encore un renfoncement dans mes petits calculs ! – Si Ernest continue à ne me rien donner du tout comme il fait depuis deux ans, je ne sais pas comment je pourrai passer trois mois à Paris, cet hiver ? – Et tu me trouves injuste quand il m’échappe un léger murmure ! Tes privations, ma chère Caro, n’empêchent pas les miennes. – Au contraire, elles les aggravent !
J’ai cru, un moment, que le logement était loué – et trois mille francs, encore ! – Mais les dames ne sont pas revenues.
Non seulement j’espère obtenir une place pour Laporte, mais une pour mon disciple. – Pas de nouvelles de Weinschenk. Le terme n’est pas écoulé d’ailleurs. Je n’ai, du reste, aucun espoir. Cependant, qui sait ?
Maintenant je connais à fond ce que je voulais connaître à l’Exposition. – Et je retourne coucher chez la bonne Princesse. – Je reviendrai à Paris mardi ou mercredi. – Arrange-toi donc pour que j’aie un mot de toi mardi soir ou
– 607 – mercredi matin. Puis je retournerai à S[ain]t-Gratien jusqu’à vendredi soir.
Verrai-je Mme de La Chaussée à Croisset ?
***
Laure Le Poittevin ne va pas bien du tout.
***
Ce court billet est stupide. Pardonne-le à ta vieille NOUNOU qui te bécote.
J’ai pris la clef de ton argenterie. C’était plus simple. Quant aux meubles, je désire et même veux (si je puis m’exprimer ainsi) garder dans mon cabinet mes meubles de cuir. Le reste m’est indifférent.
***
Tiens-moi au courant des pourparlers avec l’Homme de Mme Prieur.
Pas de nouvelles de Chenonceaux ! bien entendu – c’est une amitié morte ! – Et Julio ?
À EDMOND DE GONCOURT
[Paris, 15 septembre 1878.]
Mon cher ami,
Je compte me rendre à S[ain]t-Gratien mercredi prochain (– j’y serai pour l’heure du déjeuner) et en repartir
– 608 – vendredi soir. – Samedi, j’ai plusieurs rendez-vous à Paris. – Et il faut que je sois à Croisset dimanche.
Donc, à mercredi, n’est-ce pas ?
D’ici là, comme toujours, tout à vous.
Votre
Dimanche.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Saint-Gratien,] jeudi [19 septembre 1878].
Aujourd’hui et demain je ne vais pas à Paris mais j’y serai samedi pour déjeuner chez Bardoux. Après quoi, j’irai chez mes deux éditeurs et chez Weinschenk. – Et dimanche, j’espère dîner avec ma pauvre fille dont je commence à m’ennuyer.
Si tu as quelque chose à me dire tu peux donc me l’écrire. Je recevrai ta lettre à temps.
Monsieur tombe sur ses bottes – d’autant plus que j’ai passé une partie de la nuit à lire le roman de Feuillet – qui est ineffable de bêtise.
Tous les jours, il vient du monde pour voir le logement. – Mais jusqu’à présent, rien de sérieux.
J’ai mal à la tête – et je vais piquer un chien.
À bientôt donc, mon Caro.
Ton vieil oncle qui t’embrasse.
– 609 –
GVE.
À ALPHONSE LEMERRE
[Paris,] jeudi [19 septembre ? 1878].
Mon cher ami,
N’oubliez pas que vous m’avez donné rendez-vous chez vous après-demain samedi – de 4 à 6.
Je serais fâché de vous manquer.
Tout à vous.
À GUY DE MAUPASSANT
Saint-Gratien, vendredi,
3 h[eures, 20 septembre 1878].
Mon cher ami,
On me retient un jour de plus à S[ain]t-Gratien. J’irai demain à Paris, où je serai tout l’après-midi (je déjeunerai même chez Bardoux), mais je reviendrai dîner ici. Et le soir à minuit je serai chez moi, au f[aubour]g S[ain]t-Honoré.
Donc, mon bon, lâchez le canotage dimanche – et venez me trouver de bonne heure. – Nous déjeunerons ensemble chez Trapp – puis à 1 h[eure] moins 5 je m’embarquerai pour Croisset.
Il faut que je vous rende compte de ma conférence avec Bardoux.
– 610 –
Tout à vous.
A LÉONIE BRAINNE
[Croisset, 22 septembre 1878.]
Je la trouve mauvaise. Vous profitez de ce que je suis à Paris pour vous enfuir à Rouen. – Et sans le jeune Guy je me serais cassé le nez à votre porte. – Tous mes anges envolés, vous, la belle Alice, et G. Pouchet !
Eh bien, quand y reviendrez-vous à Rouen ? Quand nous verrons-nous, maintenant ?…
Je vous embrasse tendrement.
Votre petit PÈRE LOULOU
S[AIN]T POLYCARPE
Cet excellent M. FLAUBERT.
***
Dimanche soir, Croisset.
À EDMOND LAPORTE
Croisset, dimanche soir [22 septembre 1878].
Me voilà revenu ! Quand vous verrai-je ?
On trouve ici que vous ne prodiguez pas vos visites. Venez donc un de ces matins déjeuner. Je ne vous dis pas dîner parce que j’ai peur que Mme Maréchal et sa fille ne viennent mardi pour ne s’en aller qu’à la fin de la semaine ? Nous n’en savons rien encore.
– 611 –
De plus, je puis être un de ces jours appelé à Rouen par le conseil de famille de mon petit-neveu Roquigny ?
Votre ami le préfet m’a envoyé son discours. Que dois-je faire ?
G. Pouchet m’enverra prochainement le titre (et peut-être l’ouvrage) en question.
Tout à vous.
Je me suis ré-occupé de la place d’inspecteur des écoles de dessin. C’est à surveiller. Il y a de la chance en obsédant Bardoux.
À MARIE RÉGNIER
[Croisset, 22 septembre 1878.]
Ma chère Confrère,
Votre lettre de jeudi n’a été décachetée par votre serviteur indigne que hier soir en revenant de S[ain]t-Gratien.
Je serais resté à Paris si je n’avais pas demain un conseil de famille à Rouen (pour la succession maternelle de mon petit-neveu). Voilà mon excuse. Les feuilles n’annoncent pas encore votre ire ? Et Charpentier m’a dit que le jour n’en était pas fixé.
Je partage vos angoisses. Et vous souhaite des avalanches de fleurs. Tenez-moi au courant des choses. Puis, venez nous voir.
– 612 –
Tout à vous.
Croisset, dimanche.
À ÉMILE ZOLA
Croisset, près Rouen, lundi 23 septembre [1878].
Mon cher ami,
Vous oubliez vos présents. Car vous m’aviez communiqué en ms. votre mirifique article paru le 15 dans La Réforme. Et j’en savais des phrases par cœur ! tant ces phrases sont flatteuses. C’est aux riches qu’il convient d’être généreux. – Re-merci donc, encore une fois, mon bon vieux.
Je n’ai pas parlé de vous à Bardoux par la raison que je n’ai pas vu ledit sieur. J’ai déjeuné samedi au ministère, avec sa mère, son secrétaire Morel, – et le recteur de l’Académie de Douai qu’il avait invité comme moi. – Et oublié comme moi !
Autre histoire. Pour avoir quelques sols j’ai porté à La Réforme ma vieille Féerie. Là, j’ai été reçu par un jeune homme très aimable et très chic qui s’appelle Lasègne ou Laserne ? Dites-moi son nom, exact. Je n’ai pas vu M. Francolin qui m’avait écrit une lettre pour demander de la copie.
Combien faut-il réclamer pour ma Féerie ? Vous qui connaissez l’établissement, donnez-moi un conseil.
– 613 –
Guy de Maupassant m’a parlé avec enthousiasme du 1er ch[apitre] de Nana. Il trouve que vous n’avez jamais rien fait d’aussi beau (sic). Qu’est-ce donc ?
Après un dérangement de trois semaines, je vais me remettre à la pioche ! – C’est dur.
Je vous embrasse.
Votre
J’aurais été vous voir hier en revenant, ici, si je n’avais eu un bagage embêtant.
À GUY DE MAUPASSANT
[Croisset, 25 septembre 1878.]
Mon cher ami,
S’il en est temps encore ne portez pas la Féerie à La Réforme.
Après m’avoir écrit que « mes prix seraient les siens » M. Francolin me déclare ce matin qu’il ne peut me donner que 30 c[entimes] par ligne, ce qui remettrait l’œuvre entière à 5 ou 600 fr[ancs]. C’est pitoyable.
J’avais écrit à Zola pour savoir combien je pouvais demander. J’attends sa réponse.
Donc, gardez le ms. jusqu’à nouvel ordre – et répondez-moi de suite pour que je sache si vous avez reçu le présent avertissement.
– 614 –
Et Bardoux ?
Il faudra m’apporter à Étretat tout ce qui est fait de votre roman.
Nous comptons y aller vers le 8 ou le 10 octobre.
Tout à vous.
Votre VIEUX.
Mercredi matin.
À GUY DE MAUPASSANT
[Croisset,] jeudi, 9 h[eures] du matin
[26 septembre 1878].
Je commence à la trouver mauvoise – et j’hésite sur la conduite que je dois tenir envers Son Excellence.