Fan Squad (French Edition)

C. S. Quill · Chapitre 11 sur 57

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Fan Squad (French Edition)

10 - Elvis

10

 

 

ELVIS

 

Sur une échelle de 1 à « j’ai mangé mon voisin », j’essaie de

déterminer à quel point je suis mal barrée.

 

Oh. Mon. Dieu ! Il est là. Derrière moi. Probablement en train de viser ma colonne vertébrale avec deux poignards en or sertis de pierres précieuses et…

TU PARS EN LIVE !

– Oh !

Lorsque je me retourne, je dois ressembler à une petite fille prise la main dans le pot de bonbons. Les trois premières secondes, j’admire la beauté et le charisme d’Oxton Briggs, avant de me rappeler le spectacle que je lui offre. Je tripote son instrument fétiche sans vergogne. J’ouvre la bouche, et mon cerveau décide que la lettre T est une bonne réponse à apporter au chanteur énervé qui me fait face.

– T… T… T…

– T’es qui, putain ? Et qu’est-ce que tu fous avec ma guitare ?

CACHE-TOI DERRIÈRE LE PORTEMANTEAU !

Tu te moques de moi, Rita ? Je dois trouver quelque chose à dire !

– Je suis votre community manager, je parviens à formuler du premier coup.

Avant de me dégonfler, je continue sur ma lancée.

– Votre manager m’a demandé de venir prendre mes marques ce soir, pour mieux vous cerner avant le début de la tournée, alors je…

L’oxygène et l’inspiration me quittent, je me raccroche comme je peux aux branches.

– …prends mes marques.

J’ai toujours eu un don pour me justifier.

– Je savais que c’était une idée de merde. Donne-moi ça !

Il tend les bras dans ma direction, tandis que mes jambes, ankylosées par la panique, s’animent avec désordre, si bien que mon pied droit bute dans son homologue. Je me vois partir en avant. J’hésite à jeter l’instrument sur son propriétaire comme un enfant qu’on sauverait des flammes, mais ce dernier anticipe la catastrophe et saute devant moi.

– Bordel ! il siffle en bloquant ma chute puis en m’arrachant son bien des mains.

Ses yeux débordent de colère, je me prépare à être atomisée lorsqu’un nouveau venu s’ajoute à ce tête-à-tête désastreux.

– Qu’est-ce qui se passe ici ? demande Riley Moore.

Il avise son pote, avant de s’intéresser à moi. Je voulais me tenir aussi loin d’eux que possible ce soir, c’est raté. Si Asher se pointe à son tour, je me brise la nuque moi-même.

– La prochaine fois que t’as un bon feeling sur une nana, garde-le pour toi, crache le chanteur. Vous me faites tous chier.

– Ah, c’est toi ! s’exclame Riley en plissant les paupières. Je t’avais pas reconnue avec ton accoutrement… T’as peur que des fans en délire te sautent dessus ? Non parce que, pour avoir déjà testé, la casquette et les lunettes ne suffisent pas. À l’avenir, je te conseille plutôt un casque de moto. C’est moins confortable, mais bien plus efficace.

Bon sang, je crève de honte ! Riley se rend compte de la façon dont le leader colle sa guitare contre lui et devine alors ce qui énerve son ami. Il rigole, puis secoue la tête gravement.

– Tu as osé apposer tes empreintes sur cet objet divin ?

Désespérée par ce que j’ai provoqué, je lui ressers la même excuse à chier.

– Votre manager et mon patron m’ont donné la mission de…

– Prendre tes marques, ouais ! siffle mon client. T’as l’intention de faire de ma gratte la prochaine star d’Internet ?

C’est une idée intéressante.

– À vrai dire, c’est un peu une extension de vous, c’est pas idiot…

– Donc tu tripotes mon extension le premier jour ? T’es ce genre de fille ?

CET ÉCHANGE PART À VAU-L’EAU ! RÉPONDS OUI ET SCRUTE SA BRAGUETTE, S’IL TE PLAÎT !

– Mais pas du tout ! je me défends, cramoisie. Je ne fai…

– Vas-y, j’me casse avant de ne plus pouvoir refréner la pulsion de te cogner le front avec le manche, il m’interrompt.

Sa tirade assassine émaille un peu le vernis brillant dont il est recouvert dans mon esprit.

LA FAUTE À QUI ?

Il prend le large. Riley s’approche de moi et me tapote l’épaule.

– Il est particulièrement de mauvais poil aujourd’hui. Son envie de cinéma, c’est pas aussi simple que ça, alors ne le prends pas personnellement. T’en fais pas, ça va aller. Si tu ne touches plus à son bébé et que tu n’abîmes pas son gros ego foireux, tout ira bien.

Je ne trouve absolument rien à répondre. Mon équilibre en sa présence est si précaire que je préfère ne faire aucune promesse que je ne suis pas certaine de tenir. Je parviens tout juste à plaquer un sourire sur ma bouche avant de sortir de la pièce. Et du bar. J’en ai assez fait pour ce soir.

Dans trois jours, je monterai dans un avion et je devrai faire face aux Unfool en permanence. J’ai un boulot énorme à faire sur moi durant ce laps de temps si je ne veux pas reproduire ce désastre.

 

*

* *

On est déjà vendredi. Il est 9 h 52 et je scrute l’heure sur mon portable en espérant qu’un vortex temporel s’ouvre tout à coup et me renvoie quatre jours en arrière. Quatre toutes petites journées pour éviter de me retrouver sur le point de partir à l’aéroport pour intégrer le staff des Unfool.

9 h 53. Ça ne fonctionne pas.

L’hypnose non plus, au passage. J’ai laissé Addison tester sur moi une technique trouvée sur Internet, soi-disant implacable. Mensonge ! J’ai toujours la trouille et honte de ma prestation de mardi soir.

– Tes affaires sont prêtes ? me demande ma meilleure amie en s’asseyant à table, face à moi.

– Oui, je réponds, à peine attentive.

– Ton stock d’insuline est OK ?

– Oui.

– Tes strings en dentelle sont soigneusement rangés dans ta valise ?

– Oui.

– Ton vibro cactus aussi ?

– Oui. Attends, t’as dit quoi ?

– T’es certaine d’avoir pensé à tout ?

– Oui, oui.

C’est faux, je ne pense qu’aux Unfool depuis que j’ai quitté le travail lundi. Je ne serais pas étonnée de trouver dans ma valise un tube de concentré de tomates à la place de mon dentifrice.

– Quand est-ce que mon baby-sitter arrive ? elle poursuit en se frottant les mains d’impatience.

– Je lui ai donné rendez-vous à 10 heures devant l’immeuble. Vous me déposez à l’aéroport et, ensuite, il est tout à toi.

– Youhou !

– Tu pourrais au moins feindre le déchirement de te séparer de moi pendant ces six prochaines semaines.

– J’ai le cœur brisé, j’te promets. Mais je me console en sachant que Chester cuisine beaucoup mieux que toi.

– Je devrais te laisser toute seule ici. Tu ferais cuire l’éponge à chiottes à la place de ton steak de soja et ce serait bien fait pour toi.

– Je me débrouillerais bien mieux que Ches et toi le pensez, elle rétorque en me tirant la langue. Vous me couvez comme une pauvre petite aveugle, mais j’ai de la ressource !

– Tu dis ça uniquement quand ça t’arrange, je rigole. Je sais très bien que tu es capable de vivre seule, même quand tu fais exprès de casser les assiettes sales pour que je me sente forcée de laver la vaisselle à ta place.

– Je ne vois pas du tout ce que tu veux dire…

– Tu adores aller chez Chester, un point c’est tout.

En parlant de lui, mon téléphone s’anime et affiche sa photo.

– Allô ?

– Je suis en bas !

Il raccroche aussitôt. Je garde le portable à l’oreille en veillant à contrôler ma respiration qui s’emballe. Dans moins de quarante minutes, je serai à l’aéroport, sur le point d’embarquer dans le jet des Unfool. C’est une histoire de dingue, brûlez-moi vive.

– Arrête de flipper, me souffle ma meilleure amie en se remettant debout.

– Facile à dire.

Je me lève à mon tour, passe la lanière de ma sacoche de travail sur mon épaule et vérifie que le mémo envoyé par l’assistante de Davenport est à l’intérieur. Douze pages, m’expliquant ce que je dois mettre en place pour les Unfool et, surtout, pour Oxton Briggs et sa future carrière d’acteur. Si je fais abstraction de lui, ce dossier est incroyable, et j’ai déjà un tas d’idées excitantes, sans compter la prime de déplacement très intéressante qui accompagne cette nouvelle mission. Je me raccroche à ça pour ne pas fuir en hurlant. Je contrôle mes papiers d’identité, ma dose d’insuline d’urgence, et ajoute une une bouteille d’eau au cas où. J’attrape ensuite ma valise à roulettes, celle de mon amie, et nous descendons jusqu’au trottoir.

– Ça va, les filles ? nous accueille le dernier membre de notre trio.

– Qu’est-ce qu’on mange à midi ? le questionne Addi sans préambule.

– Cette nana ne vient chez moi que pour la bouffe, soupire Chester en me débarrassant des deux grosses valises.

Il hisse la mienne dans son coffre, puis attrape celle de sa nouvelle colocataire temporaire.

– Bon sang, qu’est-ce que t’as fichu là-dedans, Addison ? Je peux comprendre que la valise de Vi soit lourde vu qu’elle part pour plusieurs semaines, mais tu peux m’expliquer pourquoi la tienne pèse deux fois plus ? Je te rappelle que j’habite à dix minutes d’ici, tu n’avais pas besoin de vider tes penderies.

– Ne me compare pas à cette personne ! J’y peux rien, si Elvis peut se contenter de trois pauvres jeans pour survivre, elle réplique en s’engouffrant dans la voiture.

– Je savais que je n’aurais pas dû attendre autant avant de prendre un nouveau colocataire, il fait mine de se morfondre. Suis-je un mauvais ami si je te souhaite de te faire virer au bout de trois jours pour que tu viennes la récupérer ? il me demande pour taquiner Addi.

– J’adorerais ! Mais ça voudrait dire que tu serais forcé de m’accueillir moi aussi puisque je ne pourrais plus payer mon loyer.

– Ah ! Vrai. Je te souhaite de tout déchirer, alors.

Il claque le hayon du coffre et nous nous installons à l’avant du véhicule. J’attache ma ceinture et pose mes paumes sur mes cuisses. Elles sont moites.

– J’ai trouvé une recette qui me fait trop envie ! reprend Addison en s’accoudant entre les deux sièges depuis l’arrière.

– Boucle ta ceinture et le reste, on verra ça ce soir, il la rembarre.

– Vi, tu peux dire à mon chaperon que je suis un être humain qui mange également au déjeuner ? Parce que j’ai l’impression qu’il essaie de me gruger, là.

– Je t’ai dit de boucler ta ceinture, insiste Chester en faisant démarrer la voiture. Et il y a une boîte de beignets à côté de toi. T’as pas senti la bonne odeur de gras et de sucre ?

– Bien sûr que si !

– Super radar, Addi, je la taquine en mettant mes lunettes de soleil.

Chester s’insère dans la circulation et le trafic est si fluide – enfoiré ! – que nous atteignons l’aéroport plus vite que prévu.

– T’as tout ce qu’il te faut ? s’assure mon meilleur ami en éteignant le moteur.

Il parle de mes médicaments et j’entends Addison se racler la gorge. Chester n’est pas au courant de la requête de mon boss au sujet de mon diabète et j’ai fait promettre à ma meilleure amie de ne rien lui dire. En plus d’être ultra-protecteur, il est urgentiste. Il ne me laisserait jamais embarquer s’il savait que je m’apprête à vivre cette tournée en cachant ma maladie.

– J’ai tout le nécessaire, j’acquiesce en lui adressant un sourire rassurant.

Nous sortons de la voiture et, tandis que Chester extrait ma valise de son coffre, Addison me prend dans ses bras.

– Profite bien, Vi. Tu pues la trouille, mais mon radar me dit que ça va être l’aventure la plus dingue de ta vie.

– Ça ne me rassure pas du tout, je ris doucement dans son cou.

– Tu m’appelles quand tu veux, peu importe l’heure, OK ?

– D’accord.

– Au fait, essaie de ne pas parler avec Rita à voix haute. Ton petit groupe chéri n’a pas besoin de savoir qu’ils ont embauché une timbrée.

– C’est toi qui as donné un prénom à ma voix intérieure !

– Mais c’est toi qui l’entends, donc…

Elle mime une bouche cousue. Chester fait rouler ma valise jusqu’à moi et m’étreint à son tour.

– On n’a pas eu le temps d’en parler, mais je sais.

Évidemment qu’il sait ce que les Unfool représentent. On ne se connaissait pas encore quand j’ai découvert le groupe, mais il m’a suffisamment côtoyée ces dernières années pour avoir une bonne idée de leur importance à mes yeux.

– Tu m’appelles quand tu veux, peu importe l’heure, OK ?

– Espèce de copieur ! s’exclame Addi en essayant de le frapper, sans succès.

– J’adore quand elle loupe sa cible, il se marre en lui ébouriffant les cheveux d’une main.

– Je déteste quand il fait ça ! elle se rebiffe en reculant. Je vais faire de ta vie un enfer !

– J’ai aucun doute là-dessus, démon.

– Vous allez pas me manquer du tout, je les interromps en ravalant la boule qui se forme dans ma gorge.

J’écope d’un câlin de groupe, avant de me résoudre à rejoindre le hall des départs derrière moi. À chaque pas que je fais, je me demande vers quoi je me dirige et si je ne ferais pas mieux de prendre la fuite, de poser ma démission et de devenir masseuse en Thaïlande.

 

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