Fan Squad (French Edition)

C. S. Quill · Chapitre 44 sur 57

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Fan Squad (French Edition)

43 - Elvis

43

 

 

ELVIS

 

Je me souviens maintenant pourquoi traîner dans un bar à

14 ans n’est pas une bonne idée.

 

Une vieille amie qui s’appelle Sally…

C’EST PAS CELLE À LAQUELLE ON PENSE, HEIN ?

Je me retourne au ralenti tandis qu’une voix féminine s’approche. Un timbre rauque, avec un accent du Tennessee. Nooon ! Je la reconnais avant même de la voir.

EH MERDE, PAS CETTE SALLY-LÀ !

J’ai voulu annuler ce dîner un million de fois, je ne le sentais pas et j’aurais dû écouter mon instinct.

TU ME METS EN CONCURRENCE AVEC TON INSTINCT ? JE SUIS LA PLUS SYMPA DES DEUX !

Ah oui ? T’es contente de ce qui nous pend au nez, là ?

OK, NON, SAUTE PAR LA FENÊTRE !

Trop tard, toutes mes alarmes s’activent en même temps alors que je me retrouve face à la propriétaire du bar dans lequel j’ai découvert les Unfool. Pendant plusieurs mois, elle a été témoin de mon attachement à ce groupe et a entendu presque tous mes soupirs transis. J’espère de tout mon cœur qu’elle m’a effacée de sa mémoire. C’était il y a dix ans, avec tous les clients qu’elle a servis, les chances sont maigres qu’elle me reconnaisse.

– Sally, j’te présente celle que toutes les stars s’arrachent, m’introduit Riley en en faisant des caisses. Mais grâce à moi et mon flair hors pair, elle bosse pour nous et s’occupe de notre petit Oxton comme une cheffe. Il ne peut plus se passer d’elle !

La barmaid pose ses yeux fardés sur moi, lorsqu’ils s’écarquillent de surprise, je comprends que mon vœu n’a pas été exaucé. Je suis foutue. Merde ! Qu’est-ce que je dois faire ?

– Elvis ? Elvis !

Est-ce qu’un jour mes espoirs ne seront pas brisés ? J’hésite à feindre une erreur de sa part, à prendre un accent italien et dire : « Non, moi c’est Rosalina, vous devez confondre », mais entourée d’Oxton, Riley et Asher, c’est impossible.

– Heyyy… je réponds en sentant mes organes se liquéfier. Saaalllyyy…

Elle se rue sur moi et m’attrape dans ses bras tatoués. Sa poigne est aussi puissante qu’il y a dix ans. Bon sang, ce n’est pas comme ça que les Unfool doivent être mis au courant ! Pas comme ça qu’Oxton…

JE T’AVAIS DIT DE LUI EN PARLER !

– C’est bien toi ? Je suis tellement heureuse de te revoir !

– Moibauchi, je parviens difficilement à articuler contre son sein.

Elle tend ses bras pour me faire reculer, me dévisage, me colle encore contre elle et recommence.

– Sale petite peste ! elle gronde. Je me suis fait un sang d’encre quand tu t’es volatilisée du jour au lendemain. J’ai mis des potes sur le coup pour essayer de te retrouver, mais ils sont revenus bredouilles.

– Je suis désolée.

Je cherche quelque chose à répondre pour expliquer pourquoi je me suis évaporée, mais je n’ai pas d’inspiration. La seule chose à laquelle je pense, c’est ce qui va me tomber dessus.

– Vous vous connaissez ? s’étonne Oxton.

PUTAIN, PUTAIN, PUTAIN !

Rita panique et c’est encore loin de la réalité. Même si je trouve un prétexte pour rentrer chez moi, ça ne changera rien. Le mieux est de tout tenter pour contenir la déflagration.

– Un peu, je minimise. Depuis, il s’est écoulé une éternitééé !

– Arrête, c’est comme si c’était hier ! J’ai servi des litres de Coca à cette gamine, elle lui répond en m’ébouriffant les cheveux. Enfin, gamine… plus vraiment, elle poursuit en me couvant d’un regard appréciateur. T’es devenue une sacrée nana !

Elle m’attrape la main et me fait tourner sur moi-même.

– Tu es magnifique !

J’ai envie de vomir, je tangue et c’est Oxton qui me stabilise en posant ses paumes sur ma taille. Elle joue des sourcils en l’observant avec complicité.

– Y’a un truc entre eux ? elle chuchote sans discrétion à Riley.

– Chuuut ! il exagère en barrant sa bouche avec son index, avant de passer un pouce sous sa gorge. Ils entretiennent une relation secrète.

– Si j’avais su que dix ans plus tard, tu…

– Bon, on prend l’apéro !

C’était supposé être une question, mais c’est un ordre suraigu. Il faut qu’on change de sujet.

– Morray ! Curris ! Carey ! je m’embrouille en voulant héler le cuistot.

– C’est Casey, il crie depuis la cuisine. J’arrive avec les amuse-bouches.

– Génial ! Je meurs de faim, pas vous ? Allez, installons-nous ! Je meurs de faim, pas vous ?

– On a compris, ricane Asher.

L’angoisse qui pulse dans mes veines me rend intenable. Résultat : je tourne autour de la table.

– C’est quoi l’idée ? Un jeu de chaises musicales ? se moque Oxton. Tu veux que je chante ?

– Alors comme ça, tu bosses pour ces lascars ? C’est dingue le destin, quand même !

BON SANG, SALLY NE LÂCHE RIEN !

Je lui fais les gros yeux pour qu’elle n’aille pas plus loin dans sa nostalgie, mais elle ne s’en rend pas compte. Le plateau présenté par Casey attire son attention.

– C’est-à-dire ? tique Oxton.

– Ça a l’air délicieux ! je m’exclame. Je meurs de faim, pas vous ?

– Si tu le dis une quatrième fois, je t’enfonce ce mini-hamburger dans la bouche, s’agace Asher.

– J’ai oublié mon plaid dans ma voiture, je débite sans réfléchir. Sally, tu m’accompagnes ?

– Euh… Un plaid au mois d’août ? C’est un code pour tes tampons ?

– Pourquoi tu parles de destin ? insiste Oxton.

Mon cœur se met à battre plus vite que jamais. Ma gorge se serre et je ne parviens plus à inspirer et expirer naturellement. Si j’avais un miroir devant moi, aucun doute que mon reflet aurait les lèvres bleues et les pupilles dilatées.

– Ben, tu sais, le destin ! j’articule sur un ton surjoué. Je m’appelle Elvis, tu es une rock star, c’est hilarant, ce hasard d’alignement des étoiles dans la galaxie intersidérale.

– Tu ne te souviens pas d’elle, Ox ? s’étonne Sally sans se rendre compte de la catastrophe qu’elle risque de provoquer. La gosse qui était au Ang’Hell tous les jeudis soir. Avec sa tignasse, ses jeans trop grands et son teint pâlichon.

WAOUH, QUEL PORTRAIT CHARMANT !

Ce sera parfait sur la tombe que les Unfool vont me creuser d’un instant à l’autre. Mon attention est accrochée au visage d’Oxton, je le vois réfléchir, froncer les sourcils, plisser le front et froncer les sourcils à nouveau. Impossible qu’il s’en rappelle, c’était il y a dix ans ! Avec tout ce qu’il a vécu depuis et toutes les personnes qu’il a croisées, je ne peux pas croire qu’il se souvienne de moi.

TU AS DÉJÀ DIT ÇA IL Y A MOINS DE CINQ MINUTES…

– Tu dois confondre, Sally. Elvis ne connaissait même pas nos chansons quand elle s’est mise à bosser pour moi.

– J’avoue qu’elle s’est transformée, mais je reconnaîtrais ce regard entre mille. Et puis, avec un prénom pareil, c’est évident.

Fin de la partie. Lorsqu’Oxton braque ses iris sombres sur moi après ce qui me semble être une éternité, les ondes qu’il m’envoie sont plus acérées que des couteaux de cuisine.

– C’est vrai ? C’était toi ?

La bouche ouverte, je suis incapable de parler. Il ferme les yeux pour se replonger dans de très vieux souvenirs.

– On peut dire qu’Elvis est votre première fan, c’est trop mignon de la voir parmi vous !

Bon sang, Sally, par pitié ferme-la ! Oxton se décompose, avant d’afficher un air que je ne lui ai jamais vu et que j’aurais voulu ne jamais découvrir.

– C’est une plaisanterie, Elvis ? La gamine qui m’a supplié de nous accompagner en tournée, c’était pas toi ? il répète plus brusquement en comprenant qu’au-delà de ce détail, le fait que je ne suis pas l’une de leurs fans est faux.

J’attrape un verre de vin rouge et le descends d’une traite.

– Alors, si, effectivement, mais…

Il abat ses paumes sur la table si violemment qu’un hoquet m’échappe. Sally quant à elle, lâche un cri bien plus bruyant.

– Qu’est-ce qu’il se passe ? elle s’inquiète en faisant osciller son regard entre Oxton et moi.

– Du calme, Ox, essaie de tempérer Riley. Ce n’est pas parce qu’elle nous kiffait quand on a commencé à jouer qu’elle est restée une groupie aujourd’hui. Pas vrai ? il m’interroge en se tournant vers moi.

Je ne peux pas leur mentir ouvertement. Jusqu’à maintenant, je me suis contentée de les laisser croire ce qu’ils avaient interprété lors de notre première rencontre. Mais je ne suis pas ce genre de personne, et eux ne méritent pas ça. On a noué une espèce de relation hybride que je ne définis pas encore très clairement et j’aurais dû leur faire cette révélation depuis longtemps.

ASSUME !

J’avais peur, mais ils me connaissent à présent, est-ce que ça change tant de choses que je sois aussi l’une de leurs fans ?

– Elvis ?

Je suis toujours incapable de prononcer le moindre mot. À la place, je plonge le regard dans celui de Riley, qui interprète immédiatement le message imprimé sur mes prunelles.

– Tu…

Il n’a pas le temps de poursuivre qu’Oxton repousse sa chaise en arrière. Son geste brutal me fait monter les larmes aux yeux.

– T’attendais quoi pour me parler de ça ?

– Je… Je ne… Le bon moment.

– Le bon moment ? On vient de passer cinq putains de jours ensemble ! il vocifère en mettant un coup de pied dans la table. Je t’ai baisée sur cette putain de table ! Tu t’es endormie dans mes putains de bras ! Je t’ai parlé de mon putain de père et toi, tu te foutais de ma gueule !

Il ferme les paupières en serrant les poings de rage. Je suffoque de honte alors qu’il déverse tous ces détails devant les autres. Les yeux de Riley oscillent entre le chanteur et moi, Sally ne sait plus où donner de la tête. Seul Asher reste stoïque.

– C’est pas comme ça…

– Dégage, Elvis !

Oxton part comme une flèche vers la baie vitrée, sans me laisser l’opportunité de me justifier. Sur son passage, il renverse tout ce qui se trouve sur une console, puis fait coulisser la fenêtre si fort qu’elle bute violemment contre l’encadrement. Elle vibre au point que je crains de la voir se briser.

– Attends, je vais m’expliquer ! je crie en me mettant debout.

– J’m’en branle, de tes explications, tu te barres, maintenant !

– Non !

– Si tu me suis, je te jure que…

Ses iris me fouettent, un sanglot douloureux bute dans ma gorge contractée. Sa silhouette disparaît dans l’obscurité, très vite rejointe par celle de Riley. C’est une catastrophe.

– N’y va pas, intervient Asher. Crois-moi, il en sortira rien de bon tant qu’il sera dans cet état.

– Il faut que je lui explique toute l’histoire.

– Tu aurais dû lui dire tout de suite, il me lance en soupirant.

IL DIT ÇA COMME SI…

– Attends, tu le savais ?

– Je ne t’ai pas reconnue immédiatement mais oui, j’le savais.

– Pourquoi t’as rien dit ?

Il remue les épaules comme s’il n’en avait pas grand-chose à faire.

– T’as de la chance que je ne me sois pas souvenu de toi dans cette salle de réunion, sinon j’t’aurais balancée direct après que t’as bu dans le verre de Kass.

Alors là, je suis sciée. Asher est le plus effacé des trois, le plus hermétique. Du moins, en apparence.

– Ça n’explique pas que t’aies gardé ça pour toi.

– Disons que je t’ai pas mal observée et que je n’ai pas senti de menace. Hormis ta propension à précipiter l’extinction de l’humanité avec tes manies dégoûtantes, il ajoute en grimaçant. Et tu t’es montrée digne de confiance vis-à-vis de Mira et moi, donc…

– L’un de vous deux peut enfin m’expliquer ce qu’il se passe ? nous interrompt Sally. J’ai dit une connerie, c’est ça ?

– Je vais voir Ox et Riley, répond Asher en se levant à son tour. Vous devriez partir, je crois que le repas est terminé.

Il pose un regard insistant sur moi, puis sort de la pièce.

La barmaid donne un coup de semelle dans mon tibia pour attirer mon attention et obtenir mes explications. Je cache mon visage derrière mes mains et enfonce mes ongles dans mon cuir chevelu.

– Je leur ai laissé penser que j’étais tout sauf leur fan, je lui explique en me frottant les yeux.

– Pourquoi t’as fait ça ? C’est complètement débile !

– Je sais. Y’a eu un quiproquo la première fois et je me suis engouffrée dans la brèche sans réfléchir. Ensuite, il y a eu Gregory, cet attaché de presse débordant d’amour qu’ils ont éjecté, puis le fait qu’Oxton a une aversion pathologique pour les groupies et je me suis convaincue qu’ils n’avaient pas besoin de savoir que j’en étais une. En même temps, comment j’aurais pu deviner que ça prendrait une telle importance ? C’était censé être l’histoire de quelques mois.

– Donc je viens de bousiller ta couverture ?

– Ouais… mais je comptais l’avouer à Oxton à la fin de mon contrat. J’avais peur de me faire virer et… Bref, je n’avais pas prévu que tu te pointes dix ans plus tard. J’imagine que c’est bien fait pour moi.

Mon angoisse est à son paroxysme, je ne fais que lancer des coups d’œil vers le jardin. Qu’est-ce qui va se passer maintenant ?

– Viens au bar avec moi, elle me propose avec douceur. On s’installera devant un cocktail pour trouver une solution.

– Merci, mais je préfère rester. Il faut que je lui parle.

– Bon, comme tu voudras. Après tout, j’ai causé assez de dégâts pour ce soir… Je suis désolée que nos retrouvailles aient tourné au fiasco.

– Tout est ma faute.

– Je suis sûre que ça va s’arranger. Je les ai jamais vus donner une telle place à quelqu’un d’extérieur, alors je suis persuadée qu’ils vont te pardonner. Ça arrive de faire une connerie.

– Tu le penses vraiment ? je murmure.

– Pour Riley et Ash, oui… Concernant Oxton, j’avais raison, non ? Il y a quelque chose entre vous ? Davantage qu’une baise sur cette table ? elle ajoute en plissant le nez.

Je garde le silence, parce que j’en sais foutrement rien maintenant que mon masque est tombé.

– Passe me voir au bar, OK ?

– OK. Si on met de côté ce qu’il vient d’arriver, ça m’a fait plaisir de te revoir.

– À moi aussi, Elvis. Je suis vraiment désolée.

Elle quitte la villa, après m’avoir fait promettre de revenir la voir au Ang’Hell. Assise seule à la table, je ne sais pas ce que je dois faire. Rester pour lui parler ? Partir pour le laisser digérer ?

TU DEVRAIS DÉGUERPIR, C’EST JAMAIS BON DE PARLER À CHAUD.

– J’imagine que je ne sers pas la suite ? intervient le cuisinier.

– Rentrez chez vous, Curtis, la soirée est finie.

– C’est Casey, je l’entends soupirer.

Je soupire aussi et me lève. Si je pars comme une voleuse, j’ai peur que ça empire. Malheureusement, lorsque je prends mon courage à deux mains et sors dans le jardin, il est vide.

– Eh oh ? je crie à la ronde. Est-ce qu’on peut en discuter ?

J’ai beau quadriller l’espace autour de la maison, pas moyen de mettre la main sur qui que ce soit. Je croise les bras sur mon ventre pour contenir mes tremblements et me résigne à filer. Nous avons une séance photo programmée demain pour le lancement du clip à venir, je m’expliquerai là-bas, en espérant qu’Oxton soit calmé. Alors que j’attends un taxi au bord de la route, la culpabilité m’accable. Je n’ai pas voulu mentir, je n’avais aucun but sournois. J’ai seulement été stupide et lâche. Ça ne me définit pas, et je ne peux pas croire qu’il tire un trait radical sur moi à cause de ça. Rien que l’imaginer me poignarde en plein cœur.

 

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