Fan Squad (French Edition)

C. S. Quill · Chapitre 34 sur 57

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Fan Squad (French Edition)

33 - Elvis

33

 

 

ELVIS

 

Ci-gît Elvis Calloway, dont la bravoure légendaire n’a pu la

sauver d’un baiser mortel.

 

Je suis en état de choc. Face à moi, à distance respectable cette fois, je discerne les lèvres d’Oxton qui remuent, sans qu’aucun son me parvienne. Est-ce que ça s’est vraiment passé ?

OH QUE OUI ! IL T’A EMBRASSÉE ! OXTON BRIGGS T’A EMBRASSÉE AVEC LA LANGUE !

Rita court en rond sous mon crâne en jappant. Je bats des cils en scrutant le pli sur le front du chanteur, de l’acteur, ou qui qu’il soit.

QUI ? C’EST OXTON BRIGGS ET IL T’A GALOCHÉE COMME UN…

– Ça suffit !

– Pardon ? tique mon unique interlocuteur.

Merde, il croit que je m’adressais à lui.

– C’est une manie de m’embrasser aujourd’hui ? je m’emporte malgré moi.

Pourquoi j’ai balancé ça ? Je ne pouvais pas la fermer ?

– Hey ! C’est toi qui as commencé cet après-midi !

– Combien de fois je vais le répéter ? C’était toi.

– Mais pas du tout !

Il a l’air sincère, mais c’est un acteur maintenant, il sait donc simuler.

OU BIEN C’ÉTAIT RÉELLEMENT TOI, COQUINE !

Non ! Pourquoi je l’embrasserais ? Il n’est plus celui sur lequel je craquais.

TU L’AS LAISSÉ FAIRE, À L’INSTANT.

Bon sang, je suis larguée par cette situation.

– Tu m’as trouvé comment ?

– Tu veux que je note la prestation de ta langue dans ma bouche ? j’éructe.

– J’te parle de mon rôle, Calloway !

SON RÔLE, IDIOTE ! MAIS À TITRE D’INFORMATION, JE LUI METS UN 10/10 !

– Ce baiser faisait partie du jeu, il précise. Mais par curiosité, tu lui attribuerais quelle note ?

– J’ai connu mieux, je l’interromps avec un peu trop d’empressement.

– Avec qui ? il sourit en me scrutant trop intensément pour un moment comme celui-ci.

– Robert, un mec super.

ET ÇA FAIT DES RIMES !

– Un type qui s’appelle Robert peut pas avoir de sex-appeal.

– On en parle, de Robert Pattinson ? Robert Downey Jr ? Vous savez, ces acteurs adulés qui ont déjà plein de films à leur actif.

– Ils ne seront qu’un lointain souvenir quand j’aurai plié le game.

– Eh ben… Ça me fait mal de l’admettre, mais j’aime entendre ça. Cette volonté, c’est inespéré !

– Tu sais comment me motiver.

– Tu es paré pour demain, je déclare donc les répétitions définitivement terminées. Clap de fin. The end.

– T’as raison, on a bien bossé, il répond en désignant le script. Chose promise, chose due, qu’est-ce que tu veux manger ?

De la mort-aux-rats ? J’avais oublié son invitation à dîner, si je la décline et file me réfugier sous mon lit, est-ce que ça rendra cette situation encore plus gênante ? Indéniablement.

– Du 1 pulled pork, je concède.

– Rien que ça ? il rigole en dépliant la carte de l’hôtel. Je pensais à des sushis, mais ça sonne si basique à côté de ton choix.

Il s’assied sur le canapé et fait glisser son doigt sur le menu en quête de nourriture. Il est à l’aise, maintenant qu’il a terminé sa répétition, tout est parfaitement normal. Un baiser ? Quel baiser ? J’en ai fait toute une histoire, on dirait.

SA LANGUE ÉTAIT DIVINE, IMAGINE SI…

Rita, pitié ne fais pas ça !

Je me rends compte que mes jambes flageolent encore, je me poste sur le sofa, aussi loin que possible de lui. Je ramène mes genoux contre ma poitrine et enroule mes bras autour. J’ai imaginé des millions de façons qu’aurait pu avoir le leader des Unfool de m’embrasser, sans jamais croire que ça arriverait vraiment. Ni comme ça. J’en serais presque déçue si Rita ne prenait pas tout l’espace dans ma tête en foutant la zizanie dans mes émotions. Pourquoi j’ai autant aimé ?

AH QUAND MÊME ! TU L’ADMETS !

Oui, on ne m’avait jamais embrassée de cette façon et c’est terrifiant.

– À quoi tu penses, Calloway ?

– À ce que je ferais si c’était la fin du monde, je réponds au pif.

– Raconte.

Merde !

– J’ai plusieurs idées, ce serait trop long à développer.

– Le room service arrive dans vingt minutes, ça va nous occuper.

– Comme vous voudrez, monsieur Briggs.

– Et elle rechute ! il s’exclame en rejetant la tête en arrière. Tu souffres d’une maladie chronique du « monsieur » ou quoi ?

Je n’ai même pas noté que mes barrières ont repris leur place. Je me contente de le narguer avec un sourire.

– Vous voulez entendre mes idées ou pas ?

– Je brûle d’impatience !

– Option 1 : la surface de la Terre est ravagée par des tempêtes, nous vivons dans des souterrains…

– Nous ? il m’interrompt en nous désignant.

– C’est un nous collectif, espèce d’égocentrique vaniteux ! Plutôt mourir de faim et de soif sur une Terre désolée que passer l’Apocalypse coincée avec vous dans un tunnel obscur et crasseux.

– Tes phrases sont si longues… Tu as conscience que ça diminue l’apport en oxygène de ton cerveau et que c’est sans doute pour ça que tu es bizarre ?

Je lève non pas un, mais deux majeurs vers lui.

– De toute façon, vous ne survivriez pas une journée !

– J’aurais pourtant une super community manager pour veiller sur moi.

– Dans mon contrat, y’a une clause qui stipule que toute fin du monde entraîne l’arrêt immédiat de mes engagements.

– Elle sera supprimée dès demain matin. Et puis, réfléchis, je pourrais te chanter des chansons.

– Il y a un truc génial qui s’appelle Spotify.

– Et comment tu comptes recharger ton téléphone ? En plus, mon statut d’idole t’apportera des faveurs.

– Du genre l’accès VIP à un concert devant un public de zombies ?

– D’où sortent ces zombies ?

– On vient de passer à l’option 2, suivez un peu ! Maintenant que j’y songe, vous me seriez très utile. Si je leur livre en pâture le grand Oxton Briggs, à coup sûr, ils se désintéresseront de mes organes.

– Tu penses à tout, c’est dingue.

– N’est-ce pas ?

Le temps qu’il narre à son tour ses options apocalyptiques, un homme au costume impeccable nous apporte notre commande. Il dresse une table digne d’un restaurant gastronomique, nous prie de bien vouloir prendre place, puis lève les deux cloches en inox en nous souhaitant un bon appétit.

QUEL MONDE ÉTRANGE ET SURFAIT !

– Tu regrettes ton choix ? me demande Oxton en remarquant que j’observe ce qu’il y a devant moi. On peut échanger, si tu préfères.

– Bas les pattes, c’est à moi ! Je ne suis toujours pas habituée à vivre de cette façon, voilà tout.

– Tu te fais jamais livrer à bouffer ?

Sa question me tire un ricanement.

– Certainement pas ce porc effiloché sous cloche, je ris en penchant la tête pour comprendre l’œuvre d’art culinaire que j’ai sous le nez. Je suis sûre qu’il coûte une fortune et ça me met mal à l’aise.

– T’en fais pas, si tu te régales, c’est l’essentiel.

– C’est pas ça. Je connais des gens qui n’ont même pas les moyens de manger trois repas par jour et qui pourraient se nourrir pendant une semaine à ce prix.

Wilfred par exemple, ce vieil ours qui vit encore dans la caravane numéro 3 du camp où j’ai grandi et à qui j’apporte quelques courses quand je le peux. Oxton scrute nos assiettes et tripote l’un de ses makis avec le bout de sa baguette.

– Je reviens, il lance en quittant sa chaise.

Est-ce qu’il l’a mal pris ?

Lorsqu’il réapparaît, il m’est impossible de lire sur son visage si je l’ai vexé.

– Pardon si j’ai cassé l’ambiance, je m’excuse d’une petite voix.

– Non, tu as raison, parfois j’oublie la chance que j’ai.

– Merci pour ce repas, je ne vous jugeais pas, c’est promis.

– Je sais. J’aime bien ça chez toi, d’ailleurs, cette façon que tu as d’être toujours ouverte d’esprit.

Mon cœur, touché par les mots d’Oxton, bat plus vite. Il y a des choses qu’il aime chez moi et c’est la première fois qu’il m’en fait part.

IL T’A EMBRASSÉE QUAND MÊME !

J’essaie de penser à autre chose.

RATÉ !

Laisse-moi tranquille !

– T’es la seule qui ait accueilli mon envie de cinéma avec autant d’entrain, il poursuit sans se douter que je me dispute avec Rita. Et ne me rabâche pas que tu es payée pour ça, tu es comme ça.

– J’ai beau être jeune, j’ai connu un paquet de gens dans ma vie.

– Quand tu vivais avec ta mère ?

Il n’avait jamais plus évoqué cet article édifiant jusque-là, j’apprécie son approche humble.

– Oui. Beaucoup d’entre eux avaient des rêves et je trouvais ça génial, même dans cet endroit. Quand on abandonne ses rêves, on perd tout espoir, et je déteste cette idée.

J’ai parlé tout en lorgnant mon assiette. En levant les yeux, je croise ceux de mon client, profonds et concentrés.

– Quoi ?

– T’es vraiment pas celle que j’imaginais, il souffle.

SI VOUS SAVIEZ !

– Raconte-moi un souvenir de jeunesse, il enchaîne en se raclant la gorge.

– Un bon ou un mauvais ? je plaisante.

– Un bon.

– Hum… Je devais avoir 11 ans et une fille de mon âge a emménagé dans la caravane en face de la mienne. C’était la première fois que j’avais une voisine avec qui je pouvais jouer et discuter. Personne à l’école ne venait chez moi et je n’étais pas quelqu’un qu’on invitait à une soirée pyjama. Elle n’est pas restée très longtemps malheureusement, mais j’ai adoré cette parenthèse.

– C’est plutôt triste pour un bon souvenir.

– Je ne suis pas d’accord. Elle est partie vivre dans le Kentucky quand son père a décidé de reprendre sa vie en main. Ça m’a montré que c’était possible.

– Ta mère a repris sa vie en main, elle aussi ?

– Pas quand je vivais encore avec elle, mais maintenant si. Elle ne se drogue plus.

– Elle est où, aujourd’hui ?

– Dans l’Illinois aux dernières nouvelles. Elle a effectué un virage à cent quatre-vingts degrés en se mariant avec un pasteur.

– Il a dû kiffer le côté brebis égarée.

– Je ne vois que ça, je rigole.

– Tu as coupé les ponts ?

– Oui et non. Tu vas trouver ça étrange, mais j’ai du mal avec sa nouvelle existence. Je suis heureuse qu’elle ait réussi à se sevrer mais… c’est presque comme si ce n’était plus ma mère et…

Je m’arrête au milieu de ma phrase lorsque je me rends compte que je n’ai jamais dit ça à personne. Le seul à qui j’en aie parlé, c’est l’Oxton de mon imagination. Ces deux versions de lui se rejoignent pour la première fois.

– Et ? il s’intéresse sans se douter de mes pensées.

– Et en général on se donne des nouvelles pour notre anniversaire. Elle est née le lendemain du mien, c’est pratique.

– C’est quand ?

– Le mien ?

– Le sien ! J’envisageais de l’appeler pour le lui souhaiter et la remercier d’avoir mis au monde cette affreuse personne qui me fait face.

– C’est le 17 avril, je fais mine de grogner.

– C’est noté ! Je dirai à Mira de lui faire envoyer des fleurs avec une petite carte.

– Désolée, Oxton, j’suis à peu près certaine qu’elle ne sait pas qui tu es.

Il apprécie le retour du « Oxton » qui est sorti tout seul. Je perds les pédales.

– Bon sang, les Calloway piétinent mon ego de mère en fille ! il s’exclame alors.

Le morceau de viande que je viens d’avaler passe difficilement, je le fais descendre avec un verre d’eau mais ma gorge n’en reste pas moins nouée. J’ai horreur du mensonge et je ne vois pas comment me dépêtrer de celui-là.

 

On termine notre dîner en revenant sur le tournage de cet après-midi et sur le programme de demain. Un flash de ses lèvres sur les miennes me traverse tout à coup.

– Tu as aimé ?

IL LIT DANS TON ESPRIT !

J’en lâche ma fourchette, avant de percuter qu’il parle de ce que j’ai mangé.

– C’était délicieux.

– Parfait ! Alors on peut y aller, il me surprend en quittant la table.

– Où ça ?

– Dehors.

Il enfile sa casquette et glisse son portable dans sa poche arrière. C’est une blague ?

– Allez ! il me presse.

– Qu’est-ce qu’on va faire dehors ?

– Une balade.

– On ne va pas sortir se promener tous les deux !

– Et pourquoi pas ? Je connais bien la ville.

C’est moi ou mon escapade avec Mills l’a perturbé ? Il agrippe mon poignet et m’entraîne hors de la suite, dans le large couloir de l’hôtel. Avec ses grandes jambes, il va trop vite pour moi. Quand les portes de l’ascenseur se referment sur nous, il daigne enfin me libérer de son emprise et fait tourner sa visière en arrière.

– Tu fais une réaction aux sushis ?

– Tu m’as donné une idée, je suis sûr que ça va te plaire.

Il sait attiser ma curiosité. Nous sortons au niveau du parking souterrain, où aucune voiture ne nous attend, contrairement à l’accoutumée. Je le suis jusqu’à une Chevrolet garée plus loin. Il la déverrouille et me fait signe de m’installer à l’avant. Je pose une main sur le toit et examine les environs.

– Où est Travis ? C’est lui qui conduit systématiquement. On va pas partir sans Travis, je m’inquiète.

– Chut ! Si tu prononces son prénom trois fois, il va se matérialiser et m’envoyer illico dans les limbes.

Je bloque sur son visage.

– Le poisson cru a des effets hors du commun sur votre personnalité. Il vous rend drôle, je ne m’y attendais pas.

– Et tu n’as pas tout vu ! il énonce avec confiance.

Mon cœur bat la chamade. J’entends alors des pas derrière moi et découvre trois employés de l’hôtel, portant dans chacune de leurs mains deux grands sacs en kraft.

– Pile à l’heure ! les félicite Oxton. Vous pouvez les mettre dans le coffre, il ajoute en actionnant le bouton servant à l’ouvrir.

Il leur file ensuite un billet à chacun et prend place derrière le volant. Je suis complètement paumée.

– Allez, monte avant que ça refroidisse !

Je m’exécute, pas plus avancée. Il manœuvre et lorsque nous débouchons dans la rue, une drôle d’odeur commence à imprégner l’habitacle.

– Qu’est-ce que ça sent ? On dirait…

Je me tourne vers la banquette arrière, plisse le nez, le front et l’hémisphère droit de mon cerveau pour tâcher de trouver une explication.

– Je ne…

– Premier arrêt ! il scande en se garant en double file.

La casquette bien vissée sur le crâne, il saute du véhicule et se précipite vers le coffre. Je le rejoins alors qu’il ouvre un premier sac pour en sortir une boîte en aluminium. Il me dépasse, monte sur le trottoir et s’agenouille près d’un sans-abri assis par terre.

– Bonsoir monsieur, au menu de ce soir, du pulled pork. La demoiselle ici présente m’a assuré qu’il était délicieux !

L’homme est aussi surpris que moi, mais n’hésite pas longtemps à s’emparer de ce repas tombé du ciel. Il remercie son bon Samaritain avec émotion, j’en ai les larmes aux yeux alors que je comprends enfin ce qu’il a manigancé.

Quand Oxton revient vers moi, mes sens sont en effervescence.

– En voiture, y’en a encore vingt-neuf à livrer ! il me lance en me passant à côté.

Tandis que je boucle à nouveau ma ceinture, il se réinsère dans la circulation en fredonnant. Je le scrute comme si j’étais spectatrice d’un événement surnaturel. Je n’arrive pas à y croire. Oxton Briggs a organisé une distribution de plats sur le pouce. Je n’avais pas idée qu’il pouvait avoir ce genre de sensibilité. En fait, il démantèle morceau par morceau l’Oxton que j’avais façonné. Ma déception s’étiole, je ne peux pas reprocher à quelqu’un de ne pas être exactement comme je le souhaitais. Surtout quand ce nouvel homme assis à ma gauche me plaît de plus en plus.

– Dès que tu vois quelqu’un dans le besoin, préviens-moi.

– D’accord, je souffle.

 

À l’affût, je pousse un cri dès que j’aperçois une personne à gâter. C’est une expérience humaine hors du commun et la partager avec le leader des Unfool la rend d’autant plus spéciale.

 

Nous venons de distribuer l’avant-dernière boîte et nous descendons le trottoir. Un poids a quitté mes épaules, je me sens tellement bien. Arrivés au croisement de deux rues, nous nous arrêtons côte à côte pour attendre que le feu des piétons passe au vert. Une rafale fait voler mes cheveux, il me devance en les repoussant naturellement de mon visage.

– T’as pas froid ?

– Euh… Non, ça va.

– Tant mieux.

Les mains dans ses poches, il m’observe si intensément que je frissonne. Je ressens l’envie qu’il efface l’espace entre nous pour me prendre dans ses bras et m’embrasser encore.

DIS-LUI QUE TU ES FRIGORIFIÉE ET QUE TU AS BESOIN QU’IL TE RÉCHAUFFE !

Impossible, je n’aurai pas le courage de faire le premier pas. Il cogite lui aussi, je le devine dans ses prunelles et le doute perd en vigueur lorsqu’il se penche subtilement vers moi.

– Regarde, c’est Oxton Briggs et Elvis !

Nous sursautons.

Hein ? J’ai rêvé ? Je ne viens pas d’entendre une nana…

– Oxton ! Elvis !

Je n’ose pas bouger, c’est la première fois qu’on me reconnaît dans la rue et c’est terrifiant. Le chanteur recule d’un pas et braque son attention au-dessus de ma tête.

– Chier.

– C’est un petit ou un grand « chier » ? je murmure du bout des lèvres.

Derrière lui, je remarque des passants qui nous dévisagent, puis commencent à sortir leurs téléphones pendant que d’autres nous hèlent. De seconde en seconde, l’attroupement grandit.

OK, on est dans une grosse merde.

– C’est le moment de courir, non ? je parle bas. Je ne ferai pas le poids pour les repousser.

Un premier mec nous demande une photo, puis un deuxième. Je tourne sur moi-même à mesure que mon prénom retentit, jusqu’à me retrouver au bord de la route.

Il faut qu’on se tire d’ici, mais la voiture a l’air si loin. Nom d’un chien, on n’aurait jamais dû sortir sans escorte, je donnerais tout pour voir apparaître un garde du corps. Ou une demi-douzaine de gardes du corps.

– Travis, Travis, Travis ! je répète trois fois, comme l’a évoqué Oxton tout à l’heure.

– Montez !

Le rugissement provient d’un SUV bleu qui vient de piler à deux centimètres de moi.

J’HALLUCINE, C’EST TRAVIS AU VOLANT ! MA PAROLE, ÇA FONCTIONNE VRAIMENT !

 

1. Spécialité du sud des États-Unis. Porc effiloché extrêmement tendre.

 

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