Fan Squad (French Edition)

C. S. Quill · Chapitre 46 sur 57

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Fan Squad (French Edition)

45 - Oxton

45

 

 

OXTON

 

Agir et réfléchir ensuite. Nouveau tee-shirt officiel

disponible.

 

Dire que je suis en colère est loin de la réalité. Si je m’écoutais, je retournerais tout sur mon passage et raserais l’État entier. Depuis la révélation de Sally, je ne me reconnais pas. C’est l’apocalypse dans ma tête. Je suis devenu de nature plus méfiante depuis que ma notoriété a explosé. Au début, certains ont réussi à me berner, mais au fil des ans je me suis blindé et j’ai développé un sixième sens pour identifier les nuisibles. Mais Elvis… Elle m’a eu en beauté. Est-ce qu’elle a tout manigancé pour se rapprocher de nous ? Je veux qu’elle disparaisse du paysage, et l’enfermer dans cette loge est un bon début.

Quand je l’ai vue se pointer ce matin, j’ai pété un plomb intérieurement. Tout ce qu’on a partagé, elle et moi, m’est revenu en pleine tronche. Ce culot de venir bosser comme si de rien n’était… J’ai vu rouge. J’ai bien l’intention de la laisser moisir dans cette pièce jusqu’à la fin de la séance.

Je prends la pose devant le photographe sans faire le moindre effort. Il est patient, mais je le vois se crisper à chaque minute qui passe. S’il m’emmerde lui aussi, je me tire. Lorsqu’il annonce une pause, je rejoins mes deux potes qui boivent un café près du vestiaire. Quand j’arrive à leur niveau, ils interrompent leur conversation.

– Bois, me balance Asher en me filant un mug rempli à ras bord.

Je ne me fais pas prier. J’ai arrêté de fumer depuis un bail mais là, je grillerais bien un demi-paquet pour me calmer. Les gars sont étrangement silencieux. Je sais qu’ils sont moins remontés que moi, mais ils n’entretenaient pas la même relation avec elle. J’étais en train de tomber amoureux d’elle !

EN TRAIN, T’ES SÛR ?

J’entends un portable vibrer, le mien est resté dans mes affaires, c’est celui de Riley. Il consulte l’écran en fronçant les sourcils, puis cherche autour de lui.

– C’est qui ? je grogne.

– Elvis.

– T’as pas intérêt à répondre.

– Pourquoi elle m’appelle ? Elle est où ?

C’est au tour du téléphone d’Asher de sonner, je le lui arrache des mains. Elle veut qu’on vienne la libérer, elle peut toujours courir. Je vais lui faire regretter son attitude.

– Ox, je l’ai vue te suivre tout à l’heure. Elle est partie ? me demande Asher.

– Qu’est-ce que ça peut bien te foutre ? T’étais le premier à pas pouvoir la blairer, tu devrais être heureux qu’elle dégage du paysage.

– C’est un danger biologique à elle seule, mais c’est pas une mauvaise fille. Si elle était aussi diabolique que tu l’as décrété, elle n’aurait pas été si discrète au sujet de Jane.

– J’valide ce que dit Ash. Je suis de ton côté, Ox, mais j’ai pas aimé être distant comme ça avec elle tout à l’heure. On pourrait au moins écouter ses explications.

– Quelles explications, Riley ? La nana nous balade depuis son premier jour ! Qu’elle reste enfermée là où elle est.

– Quoi ? il s’exclame. Tu l’as enfermée ? Où ça ?

Pour seule réponse, je hausse les épaules.

– Ox !

– Dans la loge ! Le temps de… de me…

De m’empêcher de l’étrangler, de me calmer, de réfléchir… De digérer que, depuis le début, elle me raconte n’importe quoi, et que j’ai développé des sentiments pour quelqu’un qui n’existe pas.

– Mec, on séquestre pas les gens…

– Je sais ! T’as qu’à aller lui ouvrir et lui dire de se casser.

– Ox… C’est Elvis ! Elle traîne avec nous depuis le mois de juin, je peux pas croire qu’elle soit si…

– T’as entendu Sally, non ? je l’interromps d’une voix rageuse.

Il me scrute un long moment, attentif à mes expressions.

– T’as couché avec elle ?

– Tu le sais très bien, je souffle en contractant la mâchoire.

– C’est qui, le champion ? il chuchote à Asher en tapant contre sa poitrine.

– Ouais, sur la table ! grimace ce dernier. Dire que j’ai failli manger dessus.

Riley lui fait signe que ce n’est pas le moment, avant de me regarder.

– Sois prudent dans tes réactions, mec. T’es à fleur de peau, ne fais rien que tu pourrais regretter quand tu seras calmé.

– Je serai calmé quand elle aura dégagé.

Il me gonfle. Tout le monde me casse les couilles, je n’ai qu’une envie : rentrer et m’enfermer dans ma chambre avec ma guitare.

– Je vais la libérer, il conclut en secouant la tête.

– Excusez-moi ! nous hèle le type qui garde l’entrée. Il y a une ambulance qui est là, on ne m’a pas prévenu, quelqu’un a un souci ?

– Une ambulance ? s’impatiente le photographe qui vit probablement sa pire journée.

J’entends des éclats de voix virulents provenir de l’extérieur.

– Un certain Chester, ami de Mlle Calloway, précise le vigile. Je peux le laisser entrer ou pas ?

Elle a téléphoné à son pote ? Parfait, qu’il vienne la récupérer pour l’emmener loin d’ici.

– Ouais, je crache. Allez-y, bon débarras.

La seconde qui suit, un type fou furieux déboule.

– Elvis ! il hurle en jetant des regards partout.

Il est malade ou quoi ? Qu’est-ce qu’il a à beugler ? Lorsqu’il me reconnaît, il se rue sur moi. Travis se matérialise, s’interpose et le repousse.

– Laisse, je gère, je rassure mon garde du corps.

Une petite baston me détendra.

– Où est la loge ? il gueule en me lâchant un regard haineux.

Il est hors d’haleine, je remarque soudain sa sacoche d’urgentiste accrochée à son épaule et les deux autres hommes qui entrent à sa suite.

– Où est la putain de pièce où tu l’as enfermée, espèce de fumier inconscient ?

Je le croyais énervé, mais il est surtout terrifié.

– C’est quoi ton problème ?

– Elle est en train de faire une crise ! il tonne en m’attrapant par le col.

Même s’il ne saisit pas plus que moi de quoi ce type parle, Riley réagit plus vite. Il part en courant vers la loge, Chester me lâche direct et s’élance à sa suite. Je secoue la tête et croise le regard étonné d’Asher.

– Une crise de quoi ? il me demande en fronçant les sourcils.

– De nerfs, probablement.

Je hausse les épaules avant de les suivre et arrive pile au moment où Riley déverrouille la porte. Je m’attends à voir une nana échevelée bondir comme un diable.

– Putain ! Elvis !

Son cri a fusé en même temps que celui de Chester et leurs tonalités font naître en moi une peur aussi soudaine qu’inattendue. Et en entrant derrière eux, elle empire. Je repère tout de suite le corps d’Elvis par terre. Inconsciente, elle convulse si fort que j’entends son crâne cogner contre le sol. Mes yeux s’écarquillent d’horreur et toutes mes émotions se rejoignent en une seule encore plus puissante : la terreur. Son ami se jette à genoux près d’elle et s’affaire à la maintenir.

– Non, non, non ! Pas ça ! il éructe.

– Qu’est-ce qu’elle a ?

Je ne reconnais pas ma voix, pourtant c’est bien moi qui ai parlé.

– Elle va tomber en coma acidocétosique, il crie en direction de ses collègues.

Il ajoute d’autres termes que je ne comprends pas, mon cerveau a enregistré le seul mot qu’il a reconnu. Mon corps tout entier est paralysé.

– Coma ? Comment ça un coma ? je m’affole.

Riley me bloque avec son bras pour m’empêcher de la rejoindre.

– Laisse-moi passer, bordel !

– Ils ont besoin d’espace.

– Va chercher le brancard, ordonne Chester à son coéquipier.

– Qu’est-ce qui se passe, nom de Dieu ? je m’excite.

– Elvis est diabétique, bande de débiles !

– Quoi ? s’étrangle Asher derrière moi.

Diabétique ?

– Comment vous avez pu l’enfermer ici sans ses médicaments ?

– On n’en savait rien, se défend Riley.

Il m’adresse une œillade mortifiée, je vacille et me retiens à son épaule. Une fois de plus, elle nous a caché quelque chose sur elle, mais cette fois, il n’y a pas de colère. Je suis bien trop mort de trouille pour ressentir quoi que ce soit d’autre. C’est ma faute.

– J’vous jure que si je la perds, je vais ruiner vos vies, assène son ami en lui faisant une injection.

Son corps tressaute et sa tête roule sur le côté. Aidé des deux autres secouristes, il la hisse sur le brancard et la sangle. Je suis debout, mais c’est comme si mon cœur avait cessé de battre.

– Si Elvis meurt, ce sera à cause de toi, Oxton Briggs. J’espère que cette dispute en valait la peine.

Sur ce, il pousse le brancard à toute vitesse, je sors de ma léthargie et cours après lui.

– Dans quel hôpital tu l’emmènes ? je crie.

– Va te faire foutre. Tu n’es personne, je n’ai pas à te répondre.

Les pneus de l’ambulance crissent sur l’asphalte et elle disparaît au bout de la rue. Je me prends la réalité de plein fouet. La discussion virulente que nous avons eue dans cette loge de malheur sera peut-être la dernière.

 

Une voiture pile à côté de moi, Travis est au volant.

– Monte, Ox, on va les suivre.

Je me jette sur le siège passager, Ash et Riley sont déjà assis à l’arrière.

– Ash, cherche sur Internet ce qu’elle a, je lui ordonne.

– Tu sais à qui tu parles ? C’est ce que je suis en train de faire.

– Ça dit quoi ?

Il ne répond pas.

– Ash !

– Rien de bon, mec. Rien de bon.

Ma poitrine se craquelle et mon sang ne fait qu’un tour.

– Fonce, Travis, j’articule avec toutes les peines du monde.

Il gère la course-poursuite comme un pro jusqu’aux abords du centre hospitalier. À ce moment-là, je perds de vue l’ambulance, qui a dû emprunter un accès dédié. Peu importe, maintenant, je sais dans quel hôpital ils l’ont emmenée, Chester peut bien aller se faire foutre lui aussi. La voiture est à peine arrêtée que je me jette à l’extérieur.

– Oxton, attends !

J’ignore Travis, déboule à l’accueil des urgences et me rue vers le comptoir.

– Elvis Calloway, je balance en me penchant au-dessus de la banque.

La jeune femme décolle de son siège, cligne des yeux, tandis que sa bouche s’ouvre lentement.

– Vous… vous…

– Je veux savoir où est Elvis Calloway !

J’ai haussé le ton, Travis apparaît à ma gauche et m’enfonce une casquette sur le crâne.

– Sors, tu attires l’attention, il siffle entre ses dents.

– J’bouge pas de là.

– Sois pas idiot, tu seras pas plus avancé si tu sèmes la zizanie ici. Tout le monde te regarde.

Il a raison, je repère déjà des gens qui lèvent leurs téléphones devant eux. Putain, c’est insupportable !

– Va m’attendre dans la voiture, je m’occupe d’avoir des nouvelles. De toute façon, où qu’elle soit maintenant, tu ne pourras pas la voir.

L’idée de ne pas pouvoir la rejoindre se transforme en une crainte viscérale de ne plus jamais la voir du tout. Je découvre ce sentiment et mon souffle déraille.

– Sors, insiste mon garde du corps en m’empoignant le bras.

J’acquiesce et repars dehors, désorienté. Les gars sont encore dans la voiture, je reprends ma place à l’avant et claque la portière avec rage. Mes poumons sont dans un étau et l’envie de gueuler m’étouffe. Je me défoule en cognant la boîte à gants de toutes mes forces.

– Te sens pas coupable, mec, me lance Riley en posant sa main sur mon épaule.

Je suis terrorisé et ça annihile toutes les autres émotions que je ressentais depuis hier soir. Soudain, rien ne semble avoir plus d’importance que de savoir Elvis tirée d’affaire. Je me suis laissé dépasser par ma colère, évidemment que je me sens coupable.

– Qui enferme les gens dans une putain de loge quand ils sont énervés après eux ?

– Les gars amoureux ?

À quoi bon nier ? Je l’avais compris avant que Sally ne se pointe hier soir, mais je le ressens dans chacune de mes cellules à présent. Je pensais que quelqu’un comme Elvis serait simple à aimer pour un mec compliqué comme moi, je me suis planté, mais est-ce que ça valait la peine de tout remettre en question ? Asher se racle la gorge et me lâche un regard consterné.

– Je suis désolé de plomber l’ambiance, mais je tiens à dire que même un gars amoureux ne doit pas faire ça.

– Merci, Ash…

– À ton service, Oxy. On fait quoi, maintenant ?

– Vous pouvez partir si vous voulez, moi j’attends ici.

Je resterai là jusqu’à ce qu’elle reprenne conscience, peu importe le temps que ça prendra.

 

Le front collé contre la vitre passager, je ne quitte pas des yeux l’entrée de l’hôpital. Tout à coup, je reconnais celui qui en sort. C’est Chester. Je saute de la voiture et cours vers lui. L’air qui flotte sur son visage me tord le bide.

– Elle est où ?

Surpris de me trouver là, il me toise en serrant les dents. Il n’apprécie pas ma présence.

– Qu’est-ce que tu fous là ? il crache de manière acide.

– Est-ce qu’elle va bien ? je tonne en l’attrapant par le bras.

– T’es venu vérifier que tu ne l’as pas tuée ? il rétorque avec hargne.

Sans prévenir, il balance son poing dans mon œil. Je vois rouge et me jette sur lui et je lui rends son crochet.

– Putain ! Oxton, lâche-le !

Travis m’attrape par le tee-shirt et me repousse loin de Chester. Pris dans une sorte de frénésie, je ne me contrôle pas et repars en avant, mais mon garde du corps me repousse encore.

– Pas bouger ! il siffle.

Riley me tend sa main pour m’aider à me stabiliser, je me sens complètement fou. Chester essuie le sang qui lui coule du nez.

– Dégage d’ici ! T’as causé assez de dommages pour aujourd’hui.

– Dis-moi comment elle va.

– Elle est dans le coma.

Il fout un coup de pied dans une poubelle.

– Tire-toi d’ici, il insiste entre ses dents serrées. Tu pourras pas la voir, de toute façon, c’est réservé à la famille et aux amis proches. Tu n’es ni l’un ni l’autre.

Il se barre, me laissant comme un con devant cet hôpital, à deux pas d’Elvis, qui reste pourtant hors de portée. Je ne suis ni l’un ni l’autre, c’est vrai et ça me fout une gifle monumentale.

 

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