Fan Squad (French Edition)

C. S. Quill · Chapitre 18 sur 57

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Fan Squad (French Edition)

17 - Oxton

17

 

OXTON

 

Nous avons les moyens de vous faire parler. Épargnez-vous

le pire, avouez.

 

Comment a-t-elle réussi à entrer ? Tout en la scrutant, je me pose cette question en boucle. J’ai du mal à croire que Rody l’ait finalement laissée passer, surtout après mon petit numéro de vedette harcelée. À vrai dire, je m’attendais à ce que Mira aille la chercher à son arrivée, mais cette foutue community manager est tranquillement installée dans ma loge, à me défier de ses prunelles chocolat. Elle ne laisse paraître aucun indice sur la manière dont elle s’y est prise et ça me rend dingue qu’elle puisse voir à quel point je suis stupéfait. Je dois admettre qu’elle cache bien son jeu, au premier abord, rien n’indiquait qu’elle puisse faire preuve d’un tel aplomb. Sa réflexion dans le jet m’a mis hors de moi, mais j’avoue qu’en cet instant elle m’impressionnerait presque.

Riley tousse bruyamment en nous dévisageant tour à tour.

– Asher, c’est moi ou y’a une onde électromagnétique digne de l’Étoile noire entre Elvis et Ox ? J’ai envie de nommer ça un Elvox. Ça sonne comme une terrible menace mystique.

Le batteur n’a que faire de ce que lui raconte notre pote. Il est obnubilé par autre chose, que je devine sans difficulté.

– T’as bu dans cette bouteille ? il interroge Elvis.

– Euh… non.

– Et dans celle-ci ? il insiste.

– Non plus. Elles sont neuves, elle précise en désignant le niveau d’eau.

Il émet un bruit de gorge dubitatif. Quand il bloque sur un truc, il perd toute logique. Je savais que l’affront de cette fille à Los Angeles serait une obsession pour Asher et j’en rigole d’avance. Jamais il ne lui foutra la paix, il va peut-être même la faire craquer avant moi.

– Tu as bu dans le verre de Kassim, dans cette salle de réunion à L.A., l’aiguille Riley en sentant son incompréhension. Tu l’as traumatisé.

– Ah ! Ah ? Désolée… elle articule, donnant l’air de se rejouer la scène. Je ne recommencerai pas.

– Ouais, grince Asher en fronçant les sourcils.

Elle remue sur son siège, son assurance semblant s’être envolée.

– Bon, je vais faire quelques clichés de la salle qui se remplit ! elle s’exclame en sautant de son fauteuil.

Ah ! Ça devient intéressant !

– Je t’accompagne, je rétorque en me relevant.

Elle se fige et regarde ses pieds en se mordant la lèvre.

– Mais non, reposez-vous ! elle balance en secouant sa main vers moi.

– Je ne suis pas fatigué.

Il me semble l’entendre grogner alors que ses yeux remontent vers mon visage.

– Vos cernes m’indiquent le contraire, elle réplique du tac au tac.

J’arque un sourcil. Elle ne manque pas de repartie, mais il en faut plus pour me déstabiliser. J’admets qu’en dehors des autres membres du groupe et de cette sorcière de Miranda, ça fait un bail que personne ne m’a tenu tête comme elle. Pauvre petite fille inconsciente, elle est en train d’agiter un morceau de viande devant le grand méchant loup. Vu mes nerfs à vif, elle mise sur le mauvais candidat.

– T’es trop mignonne, je raille. Je ferai un gros dodo ce soir, merci pour ta sollicitude. Maintenant bouge, je meurs d’envie que tu tires mon meilleur portrait. D’ailleurs, je me suis entraîné pendant que tu avais disparu.

Pour illustrer ma phrase, j’arbore une pose absolument ridicule en tordant la bouche.

– Tu aimes ?

Tout en elle me hurle que non. Je prends un pied d’enfer.

– J’adooore, elle susurre en forçant un ton stupide. Je trouve que ça vous rend tellement plus accessible. Vos fans seront touchés que vous partagiez avec eux vos troubles mentaux.

– Elvox, murmure Riley quelque part.

Uppercut, mais j’ai une bonne garde.

– Notre premier point commun, je largue avec une émotion feinte.

Ça me démange de rire, mais je le camoufle. Après dix ans sur le devant de la scène, j’excelle dans l’art de l’illusion. Vas-y, continue sur ce terrain-là, c’est toi qui glisseras la première.

– Ça me donne envie d’écrire une chanson ! s’écrie Riley.

– Et à moi, de foutre le camp, baille Asher.

C’est Elvis qui en profite pour s’échapper. Je m’engage à sa suite à grands pas.

– Où est-ce que tu vas, mec ? me balance Riley.

Je l’ignore et course ma cible.

– Comment tu as fait ? j’attaque dès que la loge est derrière nous.

Elle continue à marcher dans le couloir comme si elle était seule. Et sourde.

– Hey ! je beugle.

Elle ralentit, ses épaules se soulèvent dans un soupir résigné et elle pivote dans ma direction.

– Comment tu as fait ? j’insiste.

– Comment j’ai fait quoi ?

Je vais l’étrangler.

– Ne me prends pas pour un con, tu sais très bien de quoi je parle.

– Pardonnez-moi, monsieur Briggs, mais je ne vois pas du tout où vous voulez en venir.

Le nez levé, elle me dévisage avec insolence.

– Arrête de me filer du « monsieur » de cette façon, j’ordonne en la surplombant. C’est crispant.

– Oh ? Vraiment ? J’en suis profondément désolée mais M. Davenport m’a expressément demandé de ne pas me montrer familière, sous peine de terribles représailles.

– Tu penses qu’il est plus dangereux que moi ?

Elle me balance un sourire foudroyant, puis file dans le couloir à toute vitesse. Je reste immobile quelques secondes avant de la poursuivre.

– Non mais… Tu sais à qui tu t’adresses ? je crie dans son dos.

C’est pitoyable comme argument, il me colle à la bouche, mais pas moyen de la laisser gagner. Elle bosse pour moi, merde ! Elle s’arrête si abruptement que je lui rentre dedans. À mon contact, elle bondit sur le côté, se frotte les bras comme si j’étais couvert de crasse et reprend sans se démonter :

– Je m’adresse à Oxton Harlow Briggs, né à Vancouver le 21 sept…

– Ravale ta fiche Wikipédia.

– À ce sujet, j’ai prévu de la mettre à jour, notamment la photo de profil. Elle date d’au moins une décennie, une petite actualisation me semble la bienvenue.

Elle m’évalue avec un sourire machiavélique scotché sur sa gueule d’angelot.

– Tu…

Merde, je ne sais même pas quoi répondre à ça. Je n’ai aucune idée du cliché qui agrémente ma page Wikipédia, mais plutôt mourir de la peste que lui offrir le dernier mot.

– Tu sais quoi ? j’embraie alors. Tu as entièrement raison, on va en prendre une nouvelle immédiatement.

Sans qu’elle puisse s’échapper, je me jette sur elle, passe mon bras autour de son cou et la rapatrie contre mon flanc. Je dégaine mon portable comme un cow-boy et le lève devant nous. Trois pressions de doigt plus tard, je capture un selfie de nous deux.

– Non mais ça ne va pas ! elle s’offusque en me repoussant.

Elle recule comme si je l’avais gazée avec un aérosol empoisonné, et pose une paume sur sa poitrine qui monte et descend très vite. Ses yeux sont écarquillés, elle est toute retournée. Je jubile. Plus encore quand je découvre cette merveilleuse photo d’elle sur mon écran, la joue enfoncée dans mon aisselle.

– Tu es si photogénique, je la complimente en hochant la tête avec appréciation.

– Il ne se passe pas une journée sans qu’on me le dise ! Maintenant que vous êtes content de vous, vous pouvez l’effacer.

– Tu ne veux pas la voir d’abord ? C’est ton premier selfie avec moi, ça compte, ces choses-là.

J’oriente le portable vers elle, elle cache aussitôt ses yeux derrière ses cheveux.

– Non !

Elle est si bizarre, ce n’est pas comme si je lui montrais une 1 dickpick.

– Il faut vraiment que j’aille bosser, elle souffle, hors d’haleine en amorçant un demi-tour. Je vous rappelle à toutes fins utiles que c’est la raison de ma présence, alors si vous pouviez vous faire à l’idée et ne pas me mettre de bâtons dans les roues.

Je lui emboîte le pas en ricanant.

– Vous restez là ! elle s’agace en me devinant derrière elle.

Elle se prend pour qui ? Le pire, c’est qu’elle attise mon envie de jouer.

– Dis-moi comment tu as passé la sécurité et je te fous la paix. Je gère très mal ma curiosité, je ressens déjà sa brûlure partout en moi.

– Quant à moi, je gère très mal ma voix intérieure, je l’entends déjà me hurler de vous pousser dans une fosse remplie de groupies cannibales.

– Tu vas foutre mon concert en l’air.

– Vous aviez qu’à ne pas m’empêcher d’entrer.

Eh bien ! Ça l’a vraiment mise hors d’elle…

– Tu l’as cherché en te montrant désobligeante dans le jet.

– C’est vous qui avez commencé par me manquer de respect ! Je n’ai fait que me défendre.

– Tu ne devrais pas me provoquer, je suis obstiné.

– C’est puissant et ça rime… Ça ferait une super chanson, ou une publication, voire un tee-shirt.

– Très bien, j’assène.

Elle ne lâche pas l’affaire. Elle veut jouer à ça ? Parfait ! Je n’étais pas favorable à sa présence, j’ai maintenant trouvé comment faire passer la pilule. J’avais besoin d’un exutoire à la pression que l’évolution de ma carrière m’inflige, le voilà debout devant moi, sous la forme d’une petite nana qui me tient tête.

– Heureuse que nous parvenions enfin à un accord.

– Je joue de la guitare depuis que je suis gosse, je suis doué pour les accords.

– Félicitations, monsieur Briggs.

Je rêve de lui faire bouffer ses « monsieur Briggs ». Je pourrais la virer sur-le-champ rien que pour ça. Une part de moi en a envie depuis qu’elle a touché à mon instrument, mais une autre s’obstine à vouloir la rendre chèvre. Je me découvre un penchant sadique et je ne vais pas manquer de l’utiliser dorénavant.

Je la laisse partir devant, abandonnant l’idée de la poursuivre. Cependant, avant qu’elle ne bifurque au bout du couloir, je l’interpelle.

– Tu n’aurais jamais dû faire ça !

Elle disparaît de ma vue sans répondre, mais je mettrais ma main au feu que ma menace l’a fait tressauter.

– Attends de voir la surprise que je te réserve, j’ajoute alors qu’elle n’est plus là.

 

1. Photo de parties intimes.

 

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