Fan Squad (French Edition)

C. S. Quill · Chapitre 15 sur 57

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Fan Squad (French Edition)

14 - Elvis

14

 

 

ELVIS

 

Qu’est-ce qui est grand, brun et qui sent les ennuis ? Indice :

ce n’est pas un ours.

 

Riley s’empresse de venir à ma rencontre et me détaille du haut de son 1,83 mètre. Oui, je connais même leurs tailles.

– C’est l’émotion de revenir sur le sol sacré qui te fait te prosterner ainsi ?

– Quelque chose comme ça.

Il se penche et tire sur mon coude pour m’aider à me relever. Je dépoussière mon jean pour cacher ma stupidité et évalue l’état de mes rotules. Durant un instant, je regrette de ne pas avoir de fracture, ça m’aurait permis de rebrousser chemin direction Los Angeles.

– Pourquoi tu l’as poussée, Ox ? il balance par-dessus ma tête sur un ton blagueur. Tu nous avais promis de contrôler ton pendant sadique ! Ta dernière victime a cassé ses quatre dents de devant, ça t’a pas suffi ?

– J’avoue que c’était extrêmement tentant, mais celle-ci a fait le job toute seule.

Il largue sa phrase tel un parpaing et me dépasse comme si de rien n’était. Quel connard ! Son ton acerbe et son absence de compassion m’atteignent plus profondément que prévu. Non parce que j’aurais voulu qu’il se jette sur moi, mort d’inquiétude, en tâtant chaque partie de mon corps pour s’assurer que j’allais bien… mais plutôt parce qu’une fois de plus, son comportement ne colle pas à l’idée que je me faisais de lui. Le sol me semble moins stable tout à coup.

T’INQUIÈTE ! TU L’AS JUSTE MIS DE MAUVAIS POIL AVEC TA GRANDE BOUCHE !

C’est le chanteur des Unfool, mon crush ultime, pas un trouduc insensible et égocentrique… à qui ma main droite est en train d’adresser un doigt d’honneur que je n’ai pas autorisé. Riley rigole, ma main gauche se hâte de rabaisser l’autre, mais Oxton s’est retourné et ne manque pas mon affront. Il arque un sourcil, je fais de même pour donner le change. Histoire d’y aller à fond au point où j’en suis, je saisis mon portable et fais ce pour quoi on me paie.

– Tu viens de me prendre en photo ? il grogne à mon attention.

– Hashtag Viva Las Vegas, je rétorque effrontément.

Il me scrute en inspirant lentement, mon courage bat déjà en retraite et je baisse les yeux sur mon téléphone.

T’ES COMPLÈTEMENT INCONSCIENTE, VI !

Effectivement, quelque chose cloche chez moi. Qu’est-ce qui me prend d’agir ainsi avec lui ? La plupart du temps, le stress me fait raconter n’importe quoi mais là, chaque échange me met en position défensive et il en ressort une espèce d’agressivité mordante.

 

– Remuez-vous ! nous crie Miranda.

Deux gros 4 × 4 nous attendent près d’un hangar vitré. Je ralentis le pas pour ne pas m’engouffrer dans celui des musiciens. J’ai besoin d’un sas de décompression avant d’arriver à l’hôtel, afin de procéder à une petite mise à jour mentale. La pression me fait dégoupiller, je dois me reprendre.

Avant tout, je tape un message pour Addison. D’habitude, j’opte pour les vocaux, mais les sièges voisins sont occupés, je n’ai pas envie que les autres entendent mon épopée aérienne. Heureusement, son téléphone lit les textos à voix haute.

 

Elvis : Je viens d’atterrir à Vegas.

Addi : Ne vous mariez pas ce soir !

Elvis : Hein ?

Addi : Chester m’emmène acheter une robe seulement lundi ! Je suis sûre qu’il accepte mal son amour à sens unique alors il repousse l’inévitable.

Elvis : De quoi tu parles ?

Addi : Je sais que c’est difficile de se contrôler quand l’amour frappe, mais je frapperai plus fort si tu te maries avec Oxton Briggs sans moi !

 

Ce n’est définitivement pas près de m’arriver vu ce qu’il vient de se passer.

 

Elvis : Relax, pas d’union à venir.

 

C’est le moins que l’on puisse dire.

 

Addi : Comment ça ? Pas de coup de foudre pour la starlette ? Elvis : Nope !

Addi : La déception ! Même pas une petite main au cul ?

Elvis : C’est bon, t’as fini ? Je suis là pour le boulot, pas pour trouver un mari. Addi : Un mari riche… Quelle rabat-joie ! Reviens me parler quand tu auras défait le nœud de ton côlon.

 

Je clos la conversation et cale ma tempe contre la vitre. J’observe les rues de Vegas en soupirant, elles sont nettement moins impressionnantes que ce à quoi je m’attendais.

– La journée, c’est plutôt quelconque, c’est la nuit que t’en prends plein les yeux.

Je me tourne vers celui qui vient de me parler.

– Je m’appelle Mills, je suis l’ingé son de la tournée.

– Et moi, la community manager. Elvis, j’ajoute en lui tendant la main.

– Promis, je vais pas t’emmerder avec ça, il murmure en souriant. Riley a déjà mis le paquet.

– Je t’en suis profondément reconnaissante.

– C’est ton baptême du feu ?

– Ça se voit tant que ça ?

– Tu vas t’y faire, c’est une expérience incroyable, surtout avec les Unfool. Si tu veux un conseil, évite juste de cracher sur Oxton à l’avenir, ça fait mauvais genre.

– Tu m’as vue ?

– Tout le monde t’a vue ! Mais personne n’a commenté à voix haute, on n’a pas envie de se faire virer.

– Génial.

Il cache son rire derrière sa main tatouée, tandis que je m’enfonce dans mon siège en me frottant le visage. Je démarre du mauvais pied, c’est super. Il me tarde de passer des journées entières avec eux !

Je reviens sur mon écran et ouvre la photo prise à la sortie de l’avion. Je ferais un excellent paparazzi, Oxton est canon dessus. Je suis la seule à savoir que l’air sombre qui flotte sur ses traits m’est destiné, n’importe qui d’autre prendrait ça pour une pose de rock star.

Soudain, j’ai une idée. Je m’empresse de créer un compte Instagram au nom d’Oxton Briggs et j’envoie en parallèle un mail à Sarah pour que notre contact privilégié chez eux le fasse certifier au plus vite. Je ne vais rien poster dessus pour l’instant, mais ce profil personnel vide va réveiller la toile et susciter une véritable attente chez ses fans. Ils vont se demander ce qu’il se passe tout d’un coup et la mayonnaise va rapidement prendre. Ce sera le tremplin parfait pour amorcer la suite.

Je retourne sur le compte des Unfool, retouche un peu la photo et tape un court texte accrocheur sur lequel j’identifie le profil tout neuf pour inciter les gens à s’abonner.

 

« @OxtonBriggs est à Vegas ! Gros concert #Unfool ce soir à l’Ultra Arena ! »

 

Je m’interromps en pensant à quelque chose.

– Dis-moi Miranda, je l’interpelle alors qu’elle s’active elle aussi sur son portable. Tu crois que tu peux me dégoter deux places VIP pour ce soir ? Ce serait cool de les faire gagner à des fans. Les gens adorent ça et vu que le show est complet, ça va relancer la com sur l’événement, booster la publication et mettre en avant le nouveau compte du chanteur vedette.

– T’es déjà à fond. J’aime ça ! Si tu penses que c’est bien, alors fonce. Par contre, j’te préviens, Ox est pas du genre à laisser entrer des fans dans sa loge.

– Il est pas proche d’eux ? je m’étonne.

– Non, il les tient à distance depuis toujours. Il les respecte, mais parfois j’ai l’impression que ça génère un truc bizarre chez lui. Et je te parle même pas d’Asher qui ferait un malaise si une groupie se jetait à son cou. Il ne penserait qu’aux bactéries qu’elle pourrait lui transmettre.

Une vraie partie de plaisir, ma parole !

Sa remarque sur Oxton me laisse perplexe. Là encore, ça ne colle pas avec ce que j’imaginais de lui.

Je reprends la publication pour y ajouter le concours flash et balise au mieux le contenu avant de valider la mise en ligne.

– On arrive, annonce le chauffeur.

Quoi, déjà ? Nous passons devant l’hôtel le plus immense que j’aie jamais vu, puis descendons dans un parking souterrain. Un majordome nous attend à la sortie de la voiture et nous guide jusqu’à un ascenseur privé presque aussi grand que ma chambre. Cachée derrière un type qui ne s’est pas présenté mais qui a tout l’air d’un garde du corps invincible, je me colle dans un recoin et regarde mes pieds.

La cabine gravit la tour pendant une longue minute. Je relève le nez lorsqu’un mouvement à ma gauche attire mon attention. Oh ! C’est pas vrai ! Oxton cale son épaule contre la cloison, à dix centimètres de moi, et brandit son téléphone devant mon visage. Il est trop proche, j’essaie de me déplacer, mais je ne parviens à gagner qu’un piètre centimètre. Sa présence m’oppresse, j’ai du mal à m’oxygéner correctement.

– Un concours, sans déconner ?

Le peu d’air que j’avais réussi à faire entrer dans mes poumons me ressort aussi sec par les narines. Il a vu la publication ?

– Je croyais que les réseaux sociaux ne vous intéressaient pas.

– Je suis vigilant, je me méfie de ce que tu pourrais faire.

Il est tout ce qu’il y a de plus sérieux.

– C’est vrai que c’est terrifiant 98 229 likes en moins de quinze minutes.

J’essaie d’avoir la victoire modeste, mais j’ai soudain très envie de m’applaudir.

– T’as quel âge pour faire gagner des places ? Quatorze ans ?

Je brûle de lui dire que c’est l’âge que j’avais quand il a entamé sa carrière sous mes yeux, mais je me contente d’une réponse plus professionnelle.

– Rassurez-vous, monsieur Briggs, je connais mon travail. Je ne ferai rien qui puisse nuire à votre image.

– Comme jeter ma guitare par terre ou me cracher en pleine face ?

Ça va, pas la peine d’en faire toute une histoire !

– J’ai avalé de travers ! Et je vous ai présenté mes excuses pour cet incident.

Un rictus qui ne présage rien de bon ourle ses lèvres. Je crois que ma remarque sur ses prédispositions à être acteur a causé des dégâts. Avec du recul, j’admets que ce n’était pas la meilleure chose à dire, même s’il s’était montré désobligeant.

Dieu merci, un bip retentit et les portes s’ouvrent enfin. Sauvée par le gong ! Décontenancée, je suis la dernière à sortir de l’ascenseur. Notre groupe se scinde en deux, à droite les Unfool et à gauche les autres. Je ne sais pas trop où aller, je décide de prendre la direction la plus éloignée de celle de mon client.

– Elvis ! me hèle Miranda qui est partie de l’autre côté. Toi, tu viens avec nous !

Je m’immobilise et grimace.

– À plus tard, me lance Mills en me tapant sur l’épaule.

J’opère un demi-tour et pénètre dans ce qui s’avère être une suite royalement ostentatoire, en essayant de camoufler mon air ébahi. Les musiciens sont déjà installés sur des canapés, comme si tout ça n’était pas dingue. Je sais que les gens riches ont l’habitude de ce genre d’environnement, mais ça n’en reste pas moins hallucinant.

ET UN PEU STUPIDE !

Effectivement, quand je pense au camp de caravanes de mon enfance où je me rends encore de temps en temps pour apporter à manger au vieux Wilfred, je me dis que tout ça est beaucoup trop. Mais bon, qu’y puis-je ?

– Ça te plaît ? me demande Riley lorsque je passe derrière lui.

Je m’arrête et me tourne dans sa direction. Même s’il est calé dans les coussins comme un être humain lambda, j’ai du mal à me faire à cette vision.

– C’est joli, je parviens à commenter en lui souriant poliment.

Assis à côté de lui, Oxton me lâche un coup d’œil rapide, pendant que son acolyte me scrute plus longuement. Je prends conscience que j’ai de la chance de profiter d’une telle suite, alors je m’empresse de remercier Riley.

– Avec plaisir, Elllvis !

Il se jette en arrière sur le sofa et roule sur lui-même en entonnant l’un des tubes du King. Au passage, il donne un coup de genou dans le menton du chanteur.

– Fais gaffe, putain ! il râle en lui enfonçant son poing dans le ventre.

– 1 Love me tender, love me sweeet ! ronronne Riley, mort de rire.

– T’en as pas marre d’entendre ça constamment ? soupire Miranda devant moi.

– Je suis habituée, je rétorque en haussant les épaules. Rien d’original, j’ajoute sur un timbre plat.

– Comment ça ? se redresse Riley, scandalisé. Tu vas me dire que c’est pas de la magie à l’état pur d’avoir le plus cool des Unfool en train de te fredonner du Presley ?

TU N’AS PAS IDÉE !

– C’est un rêve.

J’ai voulu prononcer ça d’une façon normale, mais mon self-control a transformé mon ton en quelque chose de tellement ironique que je me fissure de l’intérieur. Je sens mes oreilles devenir brûlantes et je visualise Rita nouer mes amygdales autour de son cou pour quitter ce monde anxiogène. Je me racle la gorge et gonfle les joues.

– Kassim a pas foutu dans ton contrat une clause qui stipule que tu dois nous aimer ?

Mais j’étais sincère !

– Disons au moins simuler ? il renchérit en feignant la désillusion.

– Je sais simuler !

– Ah oui ?

Blanc gênant.

– Cool, il acquiesce, fier de lui. Je me sens nettement plus serein pour l’avenir.

– Ignore-le, Elvis, me sauve l’attachée de presse en me tirant par le bras. Les rock stars ont beau jouer les types rebelles blasés et jurer le contraire, ils ont besoin d’amour.

– Qu’est-ce que tu sors comme conneries, ricane Oxton. Quand je pense à ce pauvre bébé qui entend tout ce que tu racontes, je ressens presque une once d’empathie.

– Surtout lui, elle précise en me faisant signe de la suivre.

 

1. « Aime-moi tendrement, aime-moi avec douceur. » Paroles de la chanson Love Me Tender,

interprétée par Elvis Presley.

 

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