Fan Squad (French Edition)

C. S. Quill · Chapitre 40 sur 57

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Fan Squad (French Edition)

39 - Elvis

39

 

ELVIS

 

Quand cette tournée sera terminée, je pourrai dire que j’ai

tout vu. Tout.

 

Depuis la banquette avant, Oxton m’envoie une œillade interloquée.

– Oh ! Bordel, mais c’est pas vrai ! enrage Mira en essayant de me frapper avec son pied.

– Tu… Quoi ? reprend la voix endormie de Ches. Tu me réveilles pour te payer ma tête ?

– C’est moi qui suis en train d’accoucher ! tonne Miranda.

Elle tente encore de me filer un coup de pied mais, Dieu merci, ses muscles sont trop tétanisés pour réagir.

– Mon amie Miranda a perdu les eaux et tout va trop vite. Elle est allongée et je suis persuadée que son vagin se transforme et…

– Du calme ! me coupe Chester. Sois plus précise et parle plus doucement, je ne comprends rien.

J’avale un grand bol d’air et lui fais un topo plus factuel de la situation.

– Est-ce que tu vois sa tête ?

– Elle est pâle et grimaçante.

– Pas celle de la mère, celle du bébé, Elvis !

– Ah ! Non !

– OK, écoute-moi, Vi. Il faut que tu me dises s’il y a la tête du nourrisson.

– Comment je vois ça ?

– Tu regardes dans le trou, idiote !

– Jamais.

– Regarde entre mes cuisses, Elvis ! m’ordonne Mira.

– Je suis sûr qu’elle va y trouver des burnes, j’entends Riley chuchoter à Asher.

– Ce seront les tiennes, Moore ! l’agresse Miranda. Quand je te les aurais arrachées et pendues là en guise de trophée.

– T’arriverais pas à marcher avec, il frime.

– On peut se concentrer sur ce qui est en train de se passer sous mon nez ? je m’agace.

– Je préfère ne pas imaginer tout ce qui prolifère à l’arrière, marmonne Asher sans se retourner.

– Oh, toi ! Ferme-la ! crache Mira en le pointant du doigt.

Hormis Asher, je suis la seule à saisir le message caché.

– Allez, Elvis, fais ce que je te dis, c’est important, insiste Ches. On doit s’assurer que le bébé est engagé dans la bonne position pour qu’il ne lui arrive rien. Vu ce que tu me racontes, il est descendu très rapidement.

Merde.

– D’accord.

Je détourne les yeux et tombe sur ceux, concentrés, d’Oxton. Il m’adresse un léger signe de tête encourageant et je m’exécute.

– Attends !

Alors que j’entame ce qui va indéniablement me traumatiser à vie, Asher me lance son flacon de gel hydroalcoolique, si fort que je le reçois sur l’arête du nez.

– Aïe !

– Tu vas lui refiler la peste avec tes doigts crasseux !

– J’ai pas l’intention de la toucher !

Cela dit, il n’a pas tort, alors je me désinfecte les mains sous son regard rassuré et… également inquiet pour ce bébé à naître. J’arrête de cogiter pour ne pas me jeter hors du véhicule en marche et fais ce que Chester m’a demandé.

– Y’a quelque chose… je prononce du bout des lèvres.

– Mais encore ? s’impatiente Ches.

– C’est peut-être la tête, oui, je crois apercevoir des cheveux.

– Parfait. Maintenant, tu vas…

– On y est ! nous avertit Riley en donnant un coup de volant à gauche.

Je regarde à travers la vitre et mon cœur s’emballe en voyant les lumières rassurantes de l’hôpital. On ne pouvait pas arriver deux minutes plus tôt, histoire que mes pauvres yeux innocents échappent à ce trauma ? Notre chauffeur dérape devant l’entrée, Asher saute hors du véhicule et court vers l’accueil.

– Un maniaque qui pénètre dans un repaire de maladies de son propre chef ? s’étonne Oxton. Qu’est-ce que j’ai loupé ?

TROIS FOIS RIEN !

Quelques secondes plus tard, il en sort accompagné d’un escadron d’infirmières. Je n’ai jamais ressenti autant de soulagement. La portière s’ouvre dans mon dos, des bras m’attrapent par les épaules pour m’aider à quitter le véhicule. Mes jambes tremblent, si bien que j’appuie mon dos contre la masse dure derrière moi. Trop occupée à scruter l’équipe médicale qui extrait Mira de la voiture, je ne prends pas conscience immédiatement de celui contre qui je suis adossée. Celui à qui appartiennent les bras tatoués qui me retiennent. Mon souffle déraille et je tourne lentement mon profil vers le chanteur des Unfool. Ses prunelles d’abord braquées sur l’attroupement devant nous dévient ensuite sur moi. J’ai envie de l’embrasser.

– Ça va ? Tu es toute pâle.

– Ça t’étonne ?

– Tu es courageuse, je m’en serais jamais approché, il rit doucement.

– Je ne sens plus mes rétines, je crois qu’elles ont mis fin à leurs jours.

– Entrons. Je t’offre un café pour récompenser ta bravoure.

Il enfile ses lunettes de soleil et rabat sa visière pour camoufler son identité. Sans crier gare, il s’approprie ma main, l’enferme dans la sienne et m’entraîne vers le hall. OK, ne tirons pas de plans sur la comète, disons qu’il craint juste que le contrecoup d’avoir vu l’entrejambe de Miranda d’aussi près me fasse perdre connaissance.

IL TE TIENT LA MAIN, VI !

Nous suivons le brancard qui part à toute vitesse, l’une des infirmières se retourne vers notre groupe.

– L’un de vous est le père ?

Tandis que Riley et Oxton balancent un « non » en chœur, je regarde automatiquement Asher. Les yeux braqués sur Miranda qui souffre, je devine le chaos de ses pensées derrière son front plissé et la façon dont il frotte son pouce contre son index. Il croise tout à coup mes prunelles. Si je n’ai jamais évoqué ce sujet après l’avoir surpris, cette fois je me lance. Sa manière de me scruter comme pour chercher un quelconque aval délie ma langue.

– Vas-y, je souffle.

Il ferme les paupières et expire en serrant les poings.

– C’est moi, il prononce alors en partant rejoindre son attachée de presse.

J’en ai les larmes aux yeux, j’aimerais voir la réaction de Miranda, mais ils disparaissent déjà derrière des portes battantes. Je me retrouve soudain encerclée par deux membres des Unfool, abasourdis.

– Qu’est-ce que… bafouille Riley en désignant un point devant lui. Est-ce qu’il…

– Ash est le père de ce bébé ? Oxton parvient à verbaliser.

– Non mais c’est incroyable, j’articule en appuyant sur chaque syllabe. Asher et Miranda ?

Est-ce que je simule bien la surprise ? Oxton se place face à moi en relevant un peu sa visière du bout de l’index.

– Je suis effarée, je m’obstine à prétendre.

– Depuis quand t’es au courant ?

– Quarante-neuf secondes. Comme vous deux.

– J’ai vu Ash te regarder.

– Non, tu fais erreur ! Ash pense qu’un contact visuel avec moi suffirait à lui refiler la grippe.

– Elvis…

– On le boit, ce café ?

Riley se colle à son pote et me dévisage. À eux deux, ils forment un mur infranchissable.

– Parle, il ordonne en levant le menton. Parle, ou tais-toi à jamais !

J’arque un sourcil moqueur, il fronce les sourcils.

– Non, c’est pas ça ! Parle ou…

– On s’occupera de toi, tranche Oxton.

C’est un bon acteur, il fait semblant d’être flippant, hein ?

JE NE SUIS PAS SÛRE…

– Infirmière ? j’appelle d’une petite voix. Inf…

– N’espère même pas feindre l’évanouissement pour échapper à des explications, il me bloque.

– Tu me menaces ?

– Oui.

– Dans ce cas, je pourrais me mettre à hurler : « Oh mon Dieu, c’est Oxton Briggs ! » et profiter de la cohue pour m’enfuir ?

– J’aimerais te voir essayer.

– D’accord.

J’ouvre grand la bouche, sans réelle intention d’ameuter qui que ce soit, quand une large paume se plaque sur mes lèvres.

– Tu prends ses jambes et moi ses bras, chuchote Oxton à son complice.

Ils ne sont pas sérieux ?

OH QUE SI !

Je me retrouve devant l’hôpital sans même avoir foulé le sol.

– Elle a besoin d’aide ? s’inquiète un infirmier en pause.

– Oui !

– Non, scandent mes ravisseurs.

– Vous êtes les Unfool ? il percute soudain. Je peux faire une photo avec vous ?

– Bien sûr !

– Vous vous moquez de moi ? je m’indigne en gesticulant. Ils sont peut-être en train de me kidnapper et vous leur demandez un selfie ?

– Ben si vous pouviez prendre la photo, ce serait cool, il rétorque.

– Vous n’avez pas l’impression que je suis légèrement occupée ? À me faire kidnapper ! je répète avec plus de véhémence.

Oxton rigole au-dessus de ma tête. Dans ma position allongée, je ne peux que lui adresser une œillade meurtrière. Ils me relâchent, prennent la pause avec cet idiot en blouse blanche, tandis que je me transforme en photographe en grommelant. Le type repart, Oxton et Riley tombent assis sur le rebord du trottoir. Ils semblent oublier ma présence et se lancent dans une discussion animée.

– Merde, j’arrive pas à le croire, lâche un Riley effaré. Asher et Miranda…

– Asher tout court ! rétorque Oxton. Il supporte déjà pas qu’on le frôle, je pensais qu’il était toujours vierge.

– Mais moi aussi ! Oh ! Tu crois que Mira l’a dépucelé ?

– J’en sais rien. Peut-être qu’il lui a juste fait un don de sperme…

– Ou bien il l’a recouverte de plastique en faisant un petit trou pour sa bi…

– Non mais vous vous entendez ? j’interviens avant d’éclater de rire.

– Toi, on ne t’adresse plus la parole ! m’envoie Riley. Traîtresse !

– Je croyais qu’on se disait tout, ajoute Oxton sur un ton faussement indigné. Que j’étais ton idole entre nous trois. Et je découvre maintenant qu’Asher était ton préféré depuis le début. Je suis scandalisé !

– Outré, renchérit Riley.

– Mon cœur saigne.

– Ce n’était pas à moi de vous en parler, je me défends.

– Tu le sais depuis quand ? m’interroge Oxton.

– J’ai surpris une conversation à Miami.

– En fait, Asher a grave du succès ! percute le pianiste. Et il est courageux, réussir à se faire Mira, c’est comme gagner le Squid Game.

– Tu crois qu’ils entretiennent une relation secrète ? reprend Oxton.

– Non, je l’aurais senti ! Je suis doué pour ces trucs-là.

Oxton me regarde sous ses cils en cachant son rictus derrière sa main. Il se racle la gorge, déplie ses jambes et se met debout.

– Bon, ça sert à rien de rester ici.

Il tape un message sur son téléphone et hoche la tête vers la voiture.

– J’ai dit à Ash de nous tenir au jus, rentrons à la maison.

Rentrons à la maison… Ça sonne comme une habitude que je pourrais prendre facilement.

 

Sur le chemin du retour, nous discutons de tout et de rien. J’ai déjà imaginé une scène comme celle-ci, mais on dirait que c’était il y a une éternité. Et c’est encore mieux en vrai.

– Je vous dépose, j’ai un rencard, lance Riley en se garant devant la résidence.

– Maintenant ? s’étonne Oxton.

– Oui, Ox, maintenant. Mais si tu insistes, je peux rester et m’allonger entre vous.

– Quoi ? je m’étouffe.

– J’suis doué pour ces trucs-là, Elvis ! il se vante en tapotant sur le bout de son nez. Bonne soirée, il conclut en remuant les lèvres.

Cramoisie, je sors de la voiture et file à l’intérieur. Lorsqu’Oxton entre à son tour, il ne fait aucun commentaire et ouvre le frigo.

– T’as faim ?

– Oui !

– Je suis confus, mais je n’ai pas de quoi te cuisiner un porc effiloché.

– Ce qui me perturbe le plus, c’est que tu cuisines, en fait…

– Il y a encore des facettes de moi que tu ne connais pas, Calloway.

– Tant mieux.

Par-dessus la porte du réfrigérateur, ses iris me transpercent, diffusant en moi une chaleur addictive.

C’EST LE BON MOMENT POUR LUI EXPLIQUER CE QUE TU CACHES, TOI !

C’est vrai, on est en tête à tête, de retour à L.A., au cœur d’une relation qui a dépassé les frontières professionnelles.

FAIS-LE ! TU TE SENTIRAS LIBÉRÉE D’UN ÉNORME POIDS !

Normalement, ce n’est pas Rita la plus sensée de nous deux.

C’EST TOI QUI LE DIS !

– Bon, c’est Miranda qui a rempli le frigo avec une énième lubie alimentaire donc… je te propose de la dinde à la sauce maïs, sinon du maïs à la sauce dinde.

– Juste de la dinde.

J’adore le maïs, mais mon diabète, beaucoup moins.

– Je vais te servir la meilleure dinde au monde, il annonce en jetant une barquette devant lui.

– Tu viens de prononcer ce mot tellement de fois que j’ai l’impression d’en avoir mangé deux kilos, je ris en m’asseyant sur le tabouret près de l’îlot.

Tandis qu’il nous concocte un dîner improvisé, je prépare mon discours dans ma tête. J’ai beau le tourner dans tous les sens, je ne sais pas comment commencer.

LANCE-TOI ET ÇA VIENDRA TOUT SEUL !

– Il f…

– T’es heureuse d’être restée avec nous ce soir ? il me demande en même temps.

Fais chier !

– Vu la tournure, j’suis pas sûre…

– T’aurais loupé un truc qui ne se reproduira jamais dans ta vie.

– Oxton Briggs qui cuisine ?

– Non, ça, j’ai bien l’intention de recommencer.

Il me scrute attentivement, je cligne des yeux comme une ingénue.

– Cet accouchement sera une anecdote absolument hors du commun à raconter mais, merde ! J’ai dû… J’ai vu sa…

– N’en parlons plus, il rigole.

– D’accord, je valide en mettant tout dans le même panier.

N’en parlons pas ce soir, je lui dirai demain. Une fois que je serai rentrée chez moi. Je ne sais pas quand nous passerons une nouvelle soirée ensemble et je n’ai pas envie de gâcher celle-ci.

– C’est quoi notre programme à venir ? Mira t’a laissé quelque chose.

– En dehors d’un nouveau trauma ?

J’ouvre le fichier que Miranda a été fichue de m’envoyer entre deux contractions.

– Oh mon Dieu ! Les mémos de cette fille sont suffocants. Je ne sais pas par où commencer.

– Montre.

Je lui file mon portable. Accoudé sur le plan de travail, il fait défiler le document.

– Le premier rendez-vous est dans six jours, je précise. On peut dire que tu es un peu en vacances, non ?

– Ce n’est que l’agenda de Mira, j’ai d’autres impératifs.

– T’es certain ? Elle a tout mis, normalement.

– Crois pas que tu vas t’en tirer comme ça, Calloway. Demain par exemple, j’ai un shooting, Kassim veut du backstage sur les réseaux.

– Quoi ? J’ai rien sur l’agenda.

– Un oubli probablement.

– Un shooting pour quoi ?

– Pour diffuser ma prestigieuse beauté à travers le monde.

– C’est le principe des photos, oui. Enfin, plus ou moins. Mais ça ne répond pas à ma question.

– Tu es ma community manager, tu me suis où que j’aille, les yeux fermés. Point.

À son ton, j’ai le sentiment qu’il invente une excuse pour que je reste avec lui. Est-ce que je préférerais qu’il soit plus clair dans ses intentions ? Non. Ça me va très bien tant que je n’ai pas confessé mes péchés. Même si chaque jour qui passe rend cet aveu un peu plus compliqué.

 

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