Fan Squad (French Edition)
36 - Elvis
36
ELVIS
Elvis is alive… Et je me demande bien comment c’est
possible en côtoyant Oxton Briggs.
L’hôtel dans lequel nous descendons à Chicago ressemble à celui de Vegas. Majestueux et chic, à l’image de la suite double dans laquelle Oxton et moi pénétrons en silence. Durant les trente-sept minutes entre l’aéroport et ici, il n’a pipé mot et m’a ignorée. Soit Darell lui a cassé le moral, soit c’est ma faute. Le chanteur est pensif, comme s’il planchait sur la résolution d’un problème ardu.
Nous partageons la même suite VIP, une jeune femme pimpante nous y accueille et me guide jusqu’à ma chambre. Elle m’y expédie avec un rictus pseudo-courtois, et s’empresse de retourner auprès de Sa Majesté dans la pièce de vie. Par ma porte ouverte, je l’entends minauder puis glousser, quant à Oxton, il éclate de rire, ce qui ne lui arrive quasiment jamais. Je déteste ça.
ÇA SONNE BIZARREMENT, VA VOIR CE QU’ILS FABRIQUENT !
Il peut bien faire ce qu’il veut…
Je résiste quatre secondes, puis me faufile jusqu’à l’angle d’un mur pour espionner ce qui les faire rire ainsi. Dos à moi, le maudit chanteur se tient face à son interlocutrice. Malgré la stature d’Oxton, je la discerne qui se balance d’un escarpin à l’autre, une main relevée.
ALLUMEUSE !
– Bien sûr, ce sera avec grand plaisir, Catarina.
– À plus tard alors, monsieur Briggs.
– Oxton, il corrige sur un ton qui me hérisse.
NON MAIS OH !
Ce spectacle remplit ma gorge d’acide, que je cracherais volontiers sur le visage poudré de cette chaudière ambulante.
– Catarina, je marmonne tout bas d’une manière méprisante. Je t’en foutrais !
CATINRINA, OUAIS !
– Oxton, je continue à marmonner sur le même ton, en prenant un timbre plus rauque.
J’avais raison, c’est son mode de fonctionnement avec les nanas ! Espèce de…
– Un problème ?
Je fais un saut tant l’apparition soudaine d’Oxton me surprend. Trop occupée à formuler des insultes salées dans ma tête, je ne l’ai pas vu arriver.
– Non mais vous voulez que je meure prématurément, monsieur Briggs ? je l’agresse en portant une main à ma poitrine. Je viens de frôler la crise cardiaque.
– Qu’est-ce que tu fabriques dans le couloir ?
– Je le mesure, je rétorque du tac au tac. Je ne sais pas qui est mon père, mais je le suspecte d’être architecte étant donné ma passion pour les superficies.
– Et il fait combien de mètres carrés ?
– J’ai perdu le fil quand vous avez surgi !
– Je suis navré.
– J’apprécie votre sollicitude. Vous pouvez y aller maintenant.
– Un coup de main pour recommencer tes calculs ?
– Inutile, je vais plutôt analyser le flux énergétique qui circule. D’ailleurs, je sens un fort courant par ici, je vais le suivre jusqu’à ma salle de bains.
– Incroyable, j’arrive à le sentir moi aussi ! il s’écrie en fermant les yeux et en remuant les bras comme s’il était possédé. C’est prodigieux, je vais le suivre aussi jusqu’à ta salle de bains.
Je réprime un rire face à cette personnalité drôle et naturelle qu’il ne montrait pas avant.
N’OUBLIE PAS CATINRINA !
Rita est jalouse et rancunière. Je me renfrogne.
– Elle est sympa, non ? il s’enquiert.
– Je me méfie des filles dont le prénom finit en A, je rétorque sans réfléchir. Mais allez-y, foncez !
T’AS BIEN RAISON, NOUS SOMMES IMPRÉVISIBLES ! revendique Rita.
– Je parlais de cette suite, il lance en affichant un large sourire.
C’était un piège.
– Un souci avec Catarina ? il raille.
– Qui ?
– Je t’ai vue nous épier dans le reflet du miroir.
– Je ne vous espionnais pas ! J’ai entendu un drôle de son sortir de votre bouche, j’ai cru qu’elle était en train de vous égorger, mais vous ne faisiez que rire. Bêtement, si je puis me permettre.
Il m’observe avec malice, comme si mon comportement était celui qu’il attendait.
– J’ai tout manigancé pour t’énerver et ça fonctionne.
Quoi ?
– Je ne suis pas énervée ! je me défends. Je suis plutôt déçue qu’elle ne vous ait pas planté son ongle dans la carotide. Je suis persuadée qu’elle boit le sang de ses proies avant de se rouler dedans.
– Tu as un tel potentiel scénaristique, t’as jamais pensé à te reconvertir ?
– Pourquoi pas ? J’écrirais un film d’horreur sur une célébrité sacrifiée.
– Intéressant…
– Un véritable rôle sur mesure ! Sur ce, je vais me doucher, à tout à l’heure.
Je pars à reculons sous son regard persistant.
Dès que je suis appuyée contre le lavabo, je relâche tout mon air.
Et voilà, une fois de plus, j’ai raconté n’importe quoi ! Dans ces moments-là, je me demande si Rita n’a pas un concurrent qui n’émerge qu’à de rares occasions. Je suis insupportable. Qu’est-ce que je veux, à la fin ? Sa proximité m’inquiète mais sa distance me bouffe la cervelle. Je décide de prendre un bain, ça me permettra de me tenir loin de mon client durant une bonne heure et de réfléchir à ce qui déraille chez moi.
Lorsque la baignoire est suffisamment remplie, je m’allonge sous l’épaisse couche de mousse en soupirant. Tu attends quoi de lui ? Tu luttes contre quoi, au juste ? Contre cette attirance qui n’a plus rien à voir avec l’ancienne, contre la peur d’être encore déçue ? Je fais le yoyo et finis par mettre la tête sous l’eau le plus longtemps possible.
Lorsque la mousse a disparu et que je commence à avoir froid, je me résous à émerger, m’essuie les pieds sur le tapis et passe mes bras dans un peignoir.
ÇA VA MIEUX ?
Non !
– T’es toujours en vie où t’as fait ta crise cardiaque à retardement ?
La voix d’Oxton qui émane de derrière la porte me fait bondir et reculer, jusqu’à tomber à la renverse dans la baignoire encore pleine. L’eau amortit ma chute, mais je me cogne la tête contre le carrelage.
– Aïe !
– C’est quoi ce bruit ? Elvis !
Le battant tape contre le mur et mon bourreau se matérialise devant moi.
– Merde ! Ça va ?
– Qu’est-ce que je t’ai fait pour que tu attentes à ma vie deux fois en moins d’une heure ? je fulmine en me frottant l’arrière du crâne.
Il me jauge en clignant des yeux.
– Désolé, Elvis, j’entends des sons sortir de ta bouche, mais mon cerveau n’est pas en mesure de les traiter. Il est trop occupé à te mater.
Je me rends alors compte que je n’ai pas eu le temps de fermer mon peignoir quand ce foutu chanteur s’est invité derrière ma porte et qu’il est à présent presque entièrement ouvert. L’eau cache à peine mon bas-ventre et un seul de mes seins a la chance d’être camouflé par le tissu.
– Sors !
Je me contorsionne pour m’extirper de cette satanée baignoire, mais l’angle de mon corps ne facilite pas les choses. Hormis envoyer des vagues par-dessus bord et divulguer davantage de peau, je ne suis bonne à rien.
– Laisse-moi t’aider, sourit Oxton.
Je feule comme un chat agressif, mais ça ne le décourage pas. Il se penche au-dessus de moi, glisse ses mains sous mes bras, tire, et hop ! me revoilà debout, à moitié nue et trempée. Il décroche le deuxième peignoir pendu et me fait signe de quitter celui que j’ai fermement rabattu sur moi.
– Tourne-toi !
– J’ai déjà vu ce que tu veux me cacher.
– Tourne-toi, je répète.
Il accède à ma requête et me montre son dos. Je largue le tas humide par terre et me couvre en serrant bien fort la ceinture. Il soupire bruyamment.
– J’ai été si mauvais au pieu pour que tu repousses toutes mes tentatives d’en discuter ?
– Quoi ?
Il se repositionne face à moi, sourcils froncés.
– J’y réfléchis depuis tout à l’heure et…
– T’es pas sérieux ? je l’interromps en ouvrant de grands yeux.
C’est donc là-dessus qu’il cogite ? Sur sa performance ?
– Tu es bizarre et distante, il poursuit. Je n’aime pas ça.
– Tu t’attendais à quoi ? Que je te saute au cou en braillant un « Oxy chéri » ?
– Non, là, c’est moi qui aurais pris le large !
– Alors quel est le problème ?
– J’espérais un peu plus de…
Cette conversation est irréelle.
– Tu es Oxton Briggs et je suis ta community manager insupportable, tu te rappelles ? Me fais pas croire que tu t’inquiètes à propos de moi et… de ce qu’il y a eu. C’est ridicule !
ARRÊTE, ELVIS ! C’EST GÉNIAL !
Je rigole nerveusement. Pas lui.
– OK, je vois… Du coup, tout roule entre nous ?
– Comme sur des roulettes.
– On a couché ensemble et tout va bien ?
– Parfaitement.
Je balance mes réponses au plus vite pour me débarrasser de lui. Sa façon de me dévisager se modifie sans subtilité et l’atmosphère se charge autour de nous.
– Donc si j’ai envie de t’enlever ce peignoir maintenant et de recommencer, c’est tout à fait envisageable ?
Rita s’enhardit.
OUIII ! DEUXIÈME ROUND !
Quant à moi, je reste muette et figée en apparence, mais dans mon corps, c’est l’effervescence. Il n’est pas le seul à vouloir recommencer. Je me bagarre avec cette envie depuis qu’il a quitté ma chambre hier soir. Oxton se déplace vers la douche à l’italienne qui agrémente aussi cette salle de bains et actionne le robinet. Quand la température semble lui convenir, il revient vers moi et se cale dans mon dos. Le son de sa respiration me fait perdre la tête.
– Si d’aventure je faisais ceci…
Ses bras m’encerclent et il dénoue la lanière de mon peignoir pour l’ouvrir. Je gonfle ma poitrine et rentre mon ventre.
– Je travaille pour toi, je murmure fébrilement.
– …et que je posais mes paumes ici, il poursuit lentement en se foutant de cette excuse bidon.
Il passe les pans en éponge, et effleure mes flancs qui se couvrent de chair de poule.
– Je travaille pour toi, j’insiste. C’est pas malin de recommencer si…
SI QUOI ? LÂCHE DU LEST ET PROFITE !
Il plaque mon dos à son torse et caresse mon nombril. L’excitation me sangle et je m’entends expirer. Comment arrive-t-il à me faire basculer d’une émotion à l’autre aussi facilement ?
– Est-ce que tu as envie de moi ? il chuchote dans mes cheveux.
SI TU DIS NON, JE T’EMPOISONNE DE L’INTÉRIEUR !
– Oui.
J’en crève d’envie, même. Je suis tombée amoureuse d’Oxton Briggs quand il est entré dans ce bar et est venu s’asseoir sur ce tabouret à côté de moi, mais avec tout ce qu’il s’est passé ces dernières semaines, je suis un peu perdue. Comment est-ce que la Elvis de 14 ans et celle de 24 ans peuvent ressentir autant de sentiments pour cet homme, aussi intensément, mais pour des raisons totalement différentes ?
Je sens ses muscles se détendre, à une seule exception. Ses doigts remontent vers mes épaules pour me retirer le peignoir. Toujours derrière moi, je perçois des mouvements, le bruit de ses vêtements qui atterrissent par terre et, lorsqu’il revient contre ma peau, il est nu également. Il se moule à moi et ses mains reprennent place sur mon ventre.
Alors qu’il m’embrasse dans le cou, quelques-uns de ses doigts s’aventurent lentement entre mes cuisses. Il guette chacune de mes réactions avec une attention et un respect qui me font chavirer. Je perds mes repères de groupie au profit de nouveaux plus censés, plus naturels, de ceux qui accompagnent une fille et un garçon sur le point de franchir une étape. Il doit ressentir mon lâcher-prise, car il s’engage plus loin avec dextérité. J’oublie où je me trouve et qui je suis, le plaisir me coupe les jambes. Oxton contient mes soubresauts en me maintenant d’un bras, s’essoufflant autant que moi. Enfermée dans son étreinte, je me sens invincible. Une ultime secousse et il m’entraîne sous la douche. L’eau chaude me coule dans la nuque, il est enfin face à moi et me jauge avec une ferveur étourdissante.
– Je vais t’embrasser, il déclare avec une simplicité stupéfiante.
– Comme toujours, je souffle d’une voix qui semble appartenir à une autre.
Son sourire se colle sur le mien, et il m’embrasse passionnément. L’une de mes mains vient prendre la mesure de sa longueur, tandis que l’autre s’emmêle dans ses cheveux. Ses halètements bruyants couplés à la vapeur qui nous entoure créent un cocon érotique impénétrable. Courbé sur moi, il me fait à nouveau l’amour et, alors que ma désillusion semblait rendre ça impossible, je retombe amoureuse d’Oxton Briggs.
*
* *
Lorsque je me réveille à côté d’un dos tatoué découvert, je me sens bien. Courbaturée par une nuit mouvementée, mais bien. Oxton dort profondément, mais sa main est enroulée autour de mon poignet comme s’il craignait que je ne disparaisse. L’espace d’une seconde, un bonheur intense se diffuse dans mes veines, mais la suivante, je me rappelle deux choses capitales. Primo : hier soir je n’ai pas mangé et ne me suis pas injecté l’insuline nécessaire à mon organisme. Deuzio : Oxton ne sait pas que je suis une fan absolue des Unfool et je vais devoir lui en parler. La première devrait davantage m’inquiéter, mais c’est la seconde qui me tord les boyaux. Depuis le début, il se montre tel qu’il est, j’ai l’impression de lui jouer un tour et il ne mérite pas ça.
Je libère doucement ma main de la sienne, sors du lit à pas feutrés et ouvre les taquets de ma valise le plus silencieusement possible pour en extraire mon boîtier. S’il le pouvait, son écran afficherait un « Pauvre conne, tu déconnes ». Je m’enferme dans la salle de bains, ajoutant à mon dossier mon diabète caché. Alors que je jette un coup d’œil vers la douche, la culpabilité me cisaille. Il faut que mon mensonge prenne fin, mais je suis terrifiée des conséquences.
TU FERAIS MIEUX DE FLIPPER POUR TA GLYCÉMIE !
Je transpire en me glissant dans la baignoire, je me savonne rapidement et rejoins la chambre. Oxton dort toujours, je mets un short et un débardeur et file dans le salon. Je passe commande pour un petit-déjeuner adapté et patiente sur le canapé. Deux coups tapent à la porte, je fonce accueillir le room service mais me retrouve face à… Catarina.
– Bonjour, Oxton est là ? elle commence de but en blanc.
Tirée à quatre épingles, avec un gloss couleur anus qui m’ulcère, elle essaie de regarder par-dessus ma tête.
ENFONCE-LUI TES DOIGTS DANS LES YEUX !
– Vous n’êtes pas au courant ? j’énonce en feignant le drame. Il nous a quittés dans la nuit. L’artère qui mène à son arrogance a enfin rompu, il est mort sur le coup.
Elle cille, cherchant à comprendre où commence la vérité et où se termine la vanne.
– Bonne journée ! je conclus en lui fermant la porte au nez.
J’ai à peine fait deux pas que ça toque à nouveau.
– Faites votre deuil, bon sang ! je débite en ouvrant à la volée.
Riley Moore a pris la place de Catinrina, qui se tient droite comme un I sur le côté. Travis et Asher sont là aussi.
– On vient pour la veillée, il souffle avec une peine feinte. Je transmettrai vos vœux à la famille, il ajoute à l’attention de Catarina.
Je m’efface pour les laisser entrer et referme sans un remords pour la prétendante éconduite.
– Tu viens de nous offrir une scène magique ! C’était quoi d’après vous ? Riley s’enquiert auprès de ses deux acolytes. De la jalousie ?
– Je tenais une fan hystérique à l’écart, j’assène.
Un bruit de pas résonne dans le couloir, je prie pour qu’Oxton ne se pointe pas à poil. Dès que Riley l’aperçoit, il pousse un cri, tombe à genoux et lève les bras au plafond.
– Il a ressuscité !
– Il est bourré ? me demande le revenant d’une voix rauque.
Son timbre me fait frissonner. Il traverse la pièce torse nu, Dieu merci, il est presque habillé. Qu’est-ce qu’il me plaît avec ses cheveux désordonnés…
TU LE MATES DEVANT LES AUTRES !
Je me détourne illico et tombe sur le regard d’Asher, qui n’est pas dupe, mais ne moufte pas. Il serait bien culotté de commenter alors que je n’ai rien dit sur Miranda et lui.
– Alors, mon pote, comment c’était ? il lance à Oxton en lui tendant son poing.
On pourrait presque croire qu’il évoque la nuit que nous avons passée ensemble et je rougis.
– Kass et Travis nous ont dit que t’avais assuré comme un pro ! le félicite Riley.
– C’était super, j’ai hâte que vous voyiez le résultat.
– T’as de sacrés cernes, vieux, la pression t’a tenu éveillé toute la nuit ou quoi ?
– Quelque chose comme ça.
Il nous dévisage tour à tour avec suspicion.
– Vous avez fait quoi, tous les deux ? il nous interroge en nous pointant du doigt.
Ça frappe à nouveau à la porte.
SAUVÉE !
Mon petit-déjeuner est enfin là, je me jette dessus lâchement en les laissant bavarder. Une fois restaurée, je fais un crochet par ma chambre pour vérifier mon taux de glycémie et reviens avec les autres quand j’entends Riley beugler mon prénom avec insistance.
– Ça vous dit d’aller faire un tour au Lollapalooza cet aprèm ? Incognito ! il articule avec un large sourire. Ce sera blindé de monde, on passera inaperçu !
– Je n’aime pas cette idée, grogne Travis. J’ai déjà donné avant-hier avec ces deux-là !
– Ouais, on a vu ça, il répond en jouant des sourcils. Allez, c’est l’ultime date de notre tournée, demain on repart à Los Angeles pour vivre des mois d’ennui !
Eh oui… c’est le dernier jour, je soupire intérieurement. J’appréhendais la durée de cette tournée et la voilà qui touche déjà à sa fin. J’ai envie de retrouver mon appartement, mes meilleurs amis et ma petite vie tranquille, mais que va-t-il se passer entre le leader et moi quand nous serons de retour au bercail ? Je secoue la tête et remarque qu’Oxton m’observe. Je crois qu’il pense à la même chose que moi.
– J’suis chaud, il tranche d’un ton vif. J’ai besoin d’une bière et de bonne musique. Et toi, Elvis ?
– Carrément chaude, je souffle. J’veux dire, OK ! Je ferai des photos pour mon post sur ce festival !
Un sourire scabreux ourle ses lèvres, j’ai la gorge sèche tout à coup.
– Yeah ! s’excite le pianiste. Pardon, je devrais dire oh yeah !
Il se déhanche, son clin d’œil me ramène sur Terre et m’incite à secouer la tête de dépit.
– Avec Asher on s’est ennuyé grave pendant votre absence, il reprend en faisant une moue désespérée. Du coup, on a fait du shopping comme deux vieilles bourgeoises et on t’a acheté un petit truc, Elvis.
Il ouvre son sac et en sort un sachet qu’il me tend.
– Euh… Pourquoi ?
– Quand on l’a vu, on était obligé de te le prendre. Ouvre !
Comble de la gêne, se voir offrir un cadeau par les Unfool.
OH ! T’AS COUCHÉ AVEC LEUR CHANTEUR, ARRÊTE TON CINÉMA !
Je ravale ma timidité et étends devant moi ce qui se révèle être un tee-shirt noir. Sur lequel est écrit : « Elvis is alive ! »
– Avoue que c’est la meilleure fringue au monde ! Y’avait le boxer assorti, mais on n’a pas osé aller jusque-là.
Il lorgne ouvertement Oxton, mais ce dernier reste hermétique, concentré sur ses pieds. À vrai dire, je ne sais même pas s’il a entendu, car il semble accaparé par ses pensées. Soudain, sous ses cils, il rive ses iris aux miens avec malice, dans une invitation très claire. Il aimerait beaucoup me voir porter le boxer en question. Le temps de m’en débarrasser.
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