Horus Heresy: Collection I (The Horus Heresy) (French Edition)
Six
Conseil
Une bonne réponse
Deux dieux dans une même pièce
Torgaddon l’attendait dans l’antichambre immense derrière le strategium.
— Te voilà, sourit-il.
— Nous y sommes, entérina Loken.
— Il va y avoir une question, l’avertit Torgaddon à voix basse. Le sujet sera mineur, et elle n’aura pas l’air de t’être adressée directement, mais sois prêt à y répondre.
— Moi ?
— Non, j’étais en train de me parler à moi-même. Oui, toi ! Considère cela comme ton épreuve du feu. Allons-y.
Loken n’appréciait pas le ton de Torgaddon, mais lui savait gré de l’avoir prévenu. Il le suivit vers l’autre côté de l’antichambre, une salle affreusement haute et étroite dont les piliers de bois estampé, encastrés dans les murs, s’élevaient à deux cents mètres au-dessus d’eux et s’entrelaçaient comme des arbres sculptés pour soutenir un plafond de verre, au travers duquel les étoiles apparaissaient. Des panneaux d’ébène lambrissaient les intervalles entre les colonnes, et ces panneaux étaient eux-mêmes couverts de millions de lignes peintes à la main, faites de noms et de chiffres tous tracés en lettres d’or exquises. Ces noms étaient ceux des morts : tous les membres des légions, de l’Armée Impériale, des flottes et de la Divisio Militaris tombés au combat depuis le début de la Grande Croisade, lors d’actions où le vaisseau-amiral était présent. Les noms de héros immortels étaient regroupés en colonnes sous les mondes conquis et les sites de célèbres engagements. L’antichambre devait son nom à cette parure particulière : l’avenue des Gloires et des Élégies.
Les deux tiers de l’antichambre étaient couverts de noms dorés. Lorsque les deux capitaines dans leur armure blanche se furent rapprochés du strategium, les murs se vidèrent ; ils croisèrent un groupe de nécrologues encapuchonnés, serrés autour du dernier panneau à moitié rempli, occupés à soigneusement consigner de nouveaux noms sur le bois noir.
Les dernières victimes. La liste de ceux tombés à la bataille dans la Haute Cité.
Les nécrologues s’interrompirent et se courbèrent au passage des deux capitaines. Torgaddon ne leur lança qu’un regard, mais Loken se tourna pour lire certains des noms à peine écrits. Certains étaient ceux des frères de l’escouade Locasta qu’il ne reverrait jamais plus.
Il sentit l’odeur de l’huile suspendue dans la dorure que les nécrologues employaient.
— Dépêche-toi, grogna Torgaddon.
Au bout de l’avenue, les hautes portes laquées d’or et de rouge étaient fermées. Devant elles, Aximand et Abaddon les attendaient, eux aussi en armure complète et tête nue, leur casque à cimier coincé sous le bras gauche. Sur les grandes épaulières blanches d’Abaddon était jetée une fourrure de loup noir.
— Garviel, sourit-il.
— Il n’est pas convenable de le faire attendre, grommela Aximand, et Loken n’était pas certain de savoir s’il parlait d’Abaddon ou du commandant. De quoi étiez-vous encore en train de bavarder ? Vous êtes pires que des commères.
— Je lui demandais s’il avait averti Vipus de ses nouvelles fonctions, mentit très simplement Torgaddon.
Aximand se tourna vers Loken, les paupières à moitié closes sur ses grands yeux languides.
— Et je l’ai rassuré sur ce point, compléta Loken. De toute évidence, les avertissements de Torgaddon n’étaient destinés qu’à lui seul.
— Allons-y, entrons, trancha Abaddon. Il leva son gantelet et poussa sur les portes.
Une courte allée processionnelle s’ouvrit devant eux, vingt mètres de pierre sombre aux motifs ajourés rehaussés d’argent. Le passage était bordé de quarante gardes de l’Armée Impériale, les propres Janissaires byzantins de Varvaras, vingt contre chaque mur. Dans leurs uniformes complets d’apparat : de longs manteaux crème à brandebourgs dorés, de hauts casques chromés aux visières grillagées et aux cocardes écarlates, coordonnées à leurs ceintures d’étoffe. Lorsque le Mournival eut franchi l’entrée, les Janissaires commencèrent à brandir leurs lances énergétiques ornementées. En partant des deux hommes les plus proches des portes, les lames lustrées se levèrent à la suite le long de l’allée, chaque arme se figeant au passage des capitaines, juste avant que leur procession ne rattrapât la vague.
La dernière paire de lanciers pivota pour saluer de front, dans un mouvement d’une exécution parfaite, et le Mournival les dépassa pour pénétrer dans l’espace du strategium.
L’immense avancée du strategium se projetait comme un balcon au-dessus du pont du vaisseau-amiral et de ses gradins. Loin en dessous d’elle, l’étage de commandement principal grouillait de centaines d’auxiliaires en uniforme, aussi minuscules que des insectes, et de serviteurs aux implants de métal terni. De chaque côté, les empilements de ponts secondaires habillés d’or et de fer noir s’élevaient, dépassaient la hauteur du strategium pour rejoindre le plafond, chaque alvéole encombré de personnel naval, d’opérateurs, d’officiers de cogitation et d’astropathes. La section frontale du pont, une vaste baie vitrée à étais, laissait voir les constellations et le noir d’encre de l’espace. Les étendards des Luna Wolves et des Imperial Fists pendaient de la voûte, de chaque côté de la bannière au grand œil, celle du Maître de Guerre dont le bas décrétait, brodé au fil d’or : « Je suis la vigilance de l’Empereur et l’œil de Terra ».
Loken se rappela avec fierté l’attribution de cet auguste symbole durant les célébrations qui avaient suivi Ullanor.
En plusieurs décennies de service, Loken ne s’était trouvé sur le pont principal du Vengeful Spirit que deux fois : la première pour accepter officiellement sa promotion au grade de capitaine, puis une nouvelle fois pour marquer son accession à la tête de la 10e compagnie. Les dimensions de ce lieu lui coupaient encore le souffle, comme en chacune des occasions précédentes.
La plate-forme métallique du strategium en lui-même supportait en son centre un cercle d’ouslite nue et non polie, d’un mètre d’épaisseur et de dix de diamètre. Le commandant avait toujours refusé toute forme de trône ou de siège. Le sol autour de cette vaste estrade était à moitié plongé dans l’ombre par le surplomb des galeries qui remontaient derrière elle les parois de la salle gigantesque. En levant les yeux, Loken aperçut par grappes des itérateurs de haut rang, des tacticiens, des notables et les capitaines d’autres engins de la flotte, rassemblés pour assister aux débats. Il chercha Sindermann sans reconnaître nulle part son visage.
Plusieurs autres individus se tenaient en silence autour des bords de l’estrade. Le seigneur commandant Hektor Varvaras, maréchal de leur armée expéditionnaire, un aristocrate au port altier et précis, vêtu de robes rouges, discutait du contenu d’une plaque de données avec deux de ses aides de camp en uniforme. Boas Comnenus, maître de la flotte, patientait en pianotant de ses doigts d’acier sur le rebord du podium de pierre. Le personnage avait une allure trapue, son corps âgé et flasque engoncé dans un splendide exosquelette de métal argenté, lui-même habillé dans un tissu d’un bleu riche et profond. Des lentilles oculaires aux mécanismes soignés bourdonnaient sur le support cybernétique qui avait supplanté ses yeux morts.
Se succédaient à sa gauche Ing Mae Sing, la maîtresse des astropathes de l’expédition, un spectre émacié et aveugle en robe blanche, et après elle, dans l’ordre, le navigator Chorogus, seigneur de la Navis Nobilite, puis le maître-compagnon des transmissions, le maître-compagnon de la lucidation, les tacticiens supérieurs, les héraldistes et divers légats de gouverneurs.
Chacun d’eux, remarqua Loken, avait posé devant lui sur le bord de l’estrade un unique objet personnel : un gant, un képi, une baguette de fonction.
— Nous, nous restons dans l’ombre, lui dit Torgaddon en le faisant reculer dans celle que jetait un balcon supérieur. C’est ici, la place du Mournival : à l’écart, mais tout de même présent.
Loken acquiesça, et resta avec Torgaddon et Aximand dans le contour obscur du surplomb. Abaddon, lui, s’avança dans la lumière et alla prendre sa place autour de l’estrade, entre Varvaras, qui l’accueillit d’un aimable hochement de tête, et Comnenus, lequel s’abstint de le saluer. Abaddon posa son casque au bord du disque d’ouslite.
— Un objet posé sur l’estrade symbolise le désir d’être entendu, expliqua Torgaddon à Loken. Ezekyle dispose d’une place grâce à son statut de premier capitaine, mais il parlera en tant que premier capitaine, pas pour le Mournival.
— Et est-ce que je vais finir par tout comprendre à ce protocole ? demanda Loken.
— Aucune chance, exprima Torgaddon. Puis il lui sourit. Mais si, bien sûr. Évidemment.
Loken découvrit un autre personnage, à l’écart de l’assemblée. Cet homme, si c’en était un, se tenait près de la rambarde, à contempler l’activité dans l’abîme du pont principal. Il paraissait davantage une machine. Quelques vagues vestiges de peau et de muscle subsistaient dans l’armature de son corps mécanique, un fabuleux assemblage d’or et d’acier.
— Qui est-ce ? s’enquit Loken dans un chuchotis.
— Regulus, lui répondit laconiquement Aximand. Adepte du Mechanicum.
C’était donc à cela que ressemblait un adepte du Mechanicum, le genre d’être qui lançait les invincibles Titans sur le sentier de la guerre, songea Loken.
— Silence à présent, lui intima Torgaddon en lui touchant le bras.
Des portes de verre blindé coulissèrent de l’autre côté de la plate-forme, et laissèrent entendre un rire tonitruant. Une immense silhouette arriva sur le strategium, engagée dans une discussion allègre avec une autre présence plus petite qui hâtait le pas pour rester à sa hauteur.
Tous s’inclinèrent. Loken, en posant un genou à terre, entendit les spectateurs en faire de même sur les galeries au-dessus d’eux. Boas Comnenus s’exécuta plus lentement parce que son exosquelette accusait son âge, de même que l’adepte Regulus, non parce son corps mécanique était grippé, mais parce qu’il rechignait manifestement à montrer une telle déférence.
Horus le Maître de Guerre regarda autour de lui, souriant, et rejoignit l’estrade où il monta d’un bond. Il marcha jusqu’en son centre, où il se retourna.
— Mes amis, dit-il. Les honneurs sont rendus. Relevez-vous.
Lentement, ils se redressèrent et le contemplèrent.
Aussi majestueux qu’à l’accoutumée, tel était le sentiment de Loken ; massif et souple dans sa démarche, un demi-dieu incarné, enveloppé dans son armure éclatante et ses fourrures. Sa tête était nue, rasée, sculpturale. Son visage était noble, hâlé par de nombreux soleils, ses yeux espacés brillaient autant que ses dents. Il sourit et adressa un signe de tête à chacun d’entre eux.
En lui se percevait une telle vitalité, comme celle d’une force de la nature (une tornade, une tempête, une avalanche) piégée et distillée dans une forme humanoïde, réceptacle de son potentiel. Il continua de pivoter, hochant la tête vers certains, soulignant certaines amitiés d’un regard chaleureux.
Les yeux du Primarque tombèrent sur Loken, caché par les ombres, et son sourire parut s’élargir une seconde.
Loken fut parcouru d’un frisson d’appréhension. La sensation était plaisante et vive. Seul le Maître de Guerre pouvait la susciter chez un guerrier de ses légions.
— Amis, reprit Horus. Sa voix était comme du miel, comme du fer, comme un murmure, comme toutes ces choses à la fois. Mes chers amis et camarades de la 63e flotte expéditionnaire. Nous y revoilà.
Les rires se répandirent sur la plate-forme et parcoururent les passerelles au-dessus d’elle.
— Un nouveau briefing, se moqua Horus, et je vous remercie tous d’avoir bien voulu venir ici supporter l’ennui d’une nouvelle session stratégique fastidieuse. Je promets de ne pas vous garder ici plus longtemps qu’il ne sera nécessaire. Mais avant toute chose…
Horus sauta au bas de l’estrade, et se pencha sur l’homme qui l’accompagnait au sortir de la chambre intérieure, comme un père présentant un petit enfant, en entourant d’un bras protecteur ses épaules infimes. Ainsi accolé, l’homme amena sur son visage un sourire raide et chétif, plus proche de la grimace désespérée que d’une démonstration de joie.
— Avant que nous ne commencions, je tiens à vous parler de mon ami Peeter Egon Momus. J’ignore encore ce qui m’a fait mériter… Pardonnez-moi, ce qui a fait mériter au genre humain tout entier un architecte aussi émérite et brillant. Peeter m’a parlé de ses projets pour la nouvelle Haute Cité de cette planète, et ils sont merveilleux. Proprement merveilleux.
— Vraiment, vous me gênez, monseigneur… balbutia Momus, le rictus vacillant. À devoir supporter directement autant de louanges suprêmes, l’architecte commençait à trembler.
— Peeter nous a été envoyé par notre seigneur l’Empereur en personne, développa Horus. Il connaissait sa valeur. Vous savez, je n’aime pas conquérir ; la conquête en elle-même est très brutale, n’est-ce pas, Ezekyle ?
— Oui, seigneur, murmura Abaddon.
— Comment pourrions-nous réunir les avant-postes perdus de l’Humanité en un tout harmonieux si nous ne venions que pour les conquérir ? Nous avons pour devoir de les quitter dans un meilleur état que nous ne les avons trouvés. De les éclairer en leur communicant la vérité impériale, et d’en faire les augustes provinces de notre vaste domaine. Cette expédition, toutes les expéditions doivent être tournées vers le futur, et ne jamais perdre de vue que ce que nous laissons dans notre sillage doit témoigner fermement de nos intentions, particulièrement sur des mondes, comme celui-ci, où nous avons été contraints de prendre les armes pour promulguer notre message. Nous devons laisser un héritage derrière nous. Des cités impériales, des monuments dédiés à l’ère nouvelle, et à ceux qui sont tombés pour aider à sa fondation. Peeter, mon ami Peeter ici présent l’a très bien compris. Je vous invite tous à prendre le temps de visiter son étude et à découvrir ses projets exaltants. Et il me tarde de voir le génie de sa vision embellir toutes les nouvelles cités que nous édifierons sur la route de notre croisade.
Les acclamations fusèrent.
— T… toutes les nouvelles cités ? toussa Momus.
— Peeter est l’homme qu’il nous fallait, proclama Horus en ignorant les réserves étranglées du vieillard. Je m’associe à sa perception de l’architecture comme une célébration. Il a compris, et comme nul autre, à ce qu’il me semble, que l’esprit de la croisade peut s’inscrire dans l’acier, le verre et la pierre. Ce que nous érigeons est bien plus important que ce que nous jetons à terre. Ce que nous laisserons derrière nous, les hommes devront pouvoir l’admirer, et se dire : « Cela a été bien fait. C’est cela, l’Imperium, et sans lui, nous serions dans le noir. » Pour toutes ces raisons, Peeter est l’homme qu’il nous fallait. Applaudissons-le !
Dans toute la vaste salle résonna une ovation grondante, à laquelle se joignirent de nombreux officiers des ponts inférieurs. Peeter Egon Momus parut légèrement déboussolé, et un auxiliaire l’aida à quitter le strategium. Horus remonta sur l’estrade.
— Commençons… Vénérable adepte ?
Regulus rejoignit le bord de la tribune de pierre, où il déposa délicatement une roue d’engrenage polie. Lorsqu’il parla, sa voix était mécanique et inhumaine, comme un vent électrique passant sur des bosquets d’acier.
— Seigneur Maître de Guerre, le Mechanicum est satisfait de ce corps stellaire. Nous continuons d’étudier avec grand intérêt les technologies recueillies ici. Les armes de phase sont soumises à un démontage analytique dans nos forges. Aux derniers rapports, trois schémas de construction standardisée qui nous étaient encore inconnus ont été récupérés.
Horus battit des mains.
— Gloire à nos frères de l’infatigable Mechanicum ! Nous rassemblons lentement les pièces manquantes du savoir de l’Humanité. L’Empereur s’en réjouira, autant, j’en suis sûr, que les seigneurs de Mars.
Regulus acquiesça, ramassa son rouage et recula de l’estrade. Horus se retourna.
— Rakris ? Mon cher Rakris.
Le seigneur gouverneur-électeur Rakris, un homme corpulent en robes gris pâle, avait déjà placé son sceptre sur l’estrade pour faire valoir sa participation ; il le tripotait à présent entre ses doigts nerveux, tout en énonçant son rapport. Horus l’entendit avec patience, en l’incitant à parler par des hochements de tête encourageants, mais Rakris ânonnait des informations d’une lenteur désespérante. Loken se sentait désolé pour lui. Rakris, un des généraux du seigneur commandant Varvaras, avait été choisi pour rester sur Soixante-Trois Dix-Neuf en tant que gouverneur, chargé de superviser les forces d’occupation le temps que la planète devint un monde impérial de plein droit. Rakris était un soldat de carrière, et même si cette nomination devait être reçue comme une distinction honorifique, la perspective d’être laissé derrière par la croisade le troublait manifestement. Pâle et hagard, il devait déjà penser à l’heure, plus si éloignée, où la croisade l’abandonnerait à la gestion de ce monde. Loken savait que quand la flotte reprendrait l’espace, Rakris, natif de Terra, se sentirait aussi seul que sur une île déserte. Le gouvernorat, supposé être la récompense ultime pour un héros de guerre, paraissait aux yeux de Loken un châtiment calme et terrible : devenir le monarque d’un monde, et s’y retrouver seul.
Pour toujours.
La croisade ne reviendrait pas avant longtemps rendre visite aux mondes conquis.
— …Et en vérité, commandant, poursuivait Rakris, il faudra peut-être plusieurs décennies pour que ce monde parvienne au stade de l’équité avec le reste de l’Imperium. Nous rencontrons une forte opposition.
— Sommes-nous très loin de nous faire accepter ? demanda Horus en se tournant.
— À des décennies d’être véritablement acceptés, monseigneur, lui répondit Varvaras, comme vous l’a dit mon ami Rakris. D’être acceptés dans les faits… C’est différent. Il subsiste un noyau de dissidence dans l’hémisphère sud que nous n’avons pas réussi à faire taire. Jusqu’à ce que ces réfractaires soient ramenés dans le rang, rien n’est vraiment certain.
Horus hocha la tête.
— Nous allons donc rester ici, s’il le faut, jusqu’à ce que cela soit réglé. Notre départ devra attendre. C’est très fâcheux… Le sourire du Primarque s’atténua un instant, le temps qu’il réfléchit. À moins qu’il n’y ait une autre suggestion ?
Il regarda vers Abaddon et laissa ses mots en suspens. Abaddon parut hésiter, et lança un bref regard dans les ombres derrière lui.
Loken réalisa que la fameuse question venait de lui être posée. Ils en étaient arrivés à un moment du conseil où leur Primarque requérait l’avis informel de son cercle d’élus en marge de la hiérarchie officielle de l’expédition.
Torgaddon le pressa d’un coup de coude, lequel n’était pas nécessaire. Loken commençait déjà à s’avancer dans la lumière derrière Abaddon.
— Maître de Guerre, dit-il, le son de sa propre voix le faisant presque sursauter.
— Capitaine Loken, lui rendit Horus, une lueur enchantée dans le regard. Les avis du Mournival sont toujours les bienvenus à ce conseil.
Plusieurs des personnages présents, y compris Varvaras, produisirent quelques bruits d’assentiment.
— Monseigneur, la phase initiale de la guerre sur cette planète a été achevée rapidement. Une frappe chirurgicale par notre fer de lance contre la tête de l’ennemi, afin de minimiser les pertes et les épreuves que les deux camps auraient subies durant un conflit prolongé. Une guérilla contre des insurgés serait inévitablement longue, ardue et coûteuse. Elle durerait des années, éroderait les précieuses ressources militaires du seigneur commandant Varvaras, et saperait les efforts du gouverneur-électeur dans ses relations au peuple. Soixante-Trois Dix-Neuf ne peut pas se le permettre, pas plus que cette expédition. Je dis, et pardonnez-moi si ça n’est pas ma place, je dis que si le fer de lance avait pour but de conquérir ce monde d’un seul coup net, il a échoué dans sa mission. Notre tâche ici n’est pas terminée. Ordonnez à la légion de finir le travail.
Des murmures s’élevèrent tout autour d’eux.
— Vous me conseillez d’envoyer une nouvelle fois les Luna Wolves, capitaine ? demanda Horus. Loken secoua la tête.
— Pas la légion entière, monseigneur. La 10e compagnie. Nous avons été les premiers au palais de la Haute Cité, et pour cela, nous avons été loués. Mais les louanges n’étaient pas méritées, puisque notre devoir n’était pas accompli.
Horus hocha la tête, comme si cette proposition soudaine le surprenait.
— Varvaras ?
— L’Armée Impériale reçoit toujours comme un honneur le soutien de la noble légion. Les factions insurgées pourraient harceler mes hommes pendant des mois, ainsi que le capitaine l’a si justement souligné, et nous causer de sérieuses pertes avant d’être éradiquées. Une compagnie de Luna Wolves pourrait les écraser d’un coup et mettre fin à la sédition.
— Rakris ?
— Une solution expéditive ôterait un poids de mes épaules, seigneur, confessa Rakris. Il sourit. Cela reviendrait sans doute à employer une masse pour ouvrir une noix, mais la démonstration de force serait frappante. Le travail serait fait, et rapidement.
— Premier capitaine ?
— Le Mournival parle d’une seule voix, monseigneur, soutint Abaddon. Je recommande d’apporter une solution rapide à ce qui nous retient ici, pour que Soixante-Trois Dix-Neuf puisse vivre sa vie, et nous poursuivre notre croisade.
— Qu’il en soit ainsi, décréta Horus en retrouvant son large sourire. Je vous en donne donc officiellement l’ordre. Capitaine, que la 10e compagnie prête ses serments de l’instant et se tienne parée, nous attendrons avec impatience la nouvelle de votre succès. Merci d’avoir exposé votre opinion si clairement et d’avoir tranché dans le vif de cet épineux problème.
Ces paroles furent accueillies par le bruit de quelques applaudissements favorables.
— De nouvelles possibilités s’offrent donc à nous, reprit-il. Nous pouvons entamer les préparatifs de la prochaine phase. Lorsque je ferai établir un contact avec lui…
Horus se tourna vers la maîtresse aveugle des astropathes, qui hocha la tête en silence.
— …Notre Empereur bien-aimé sera heureux d’apprendre que notre bras de la croisade s’apprête à avancer de nouveau. Nous devrions maintenant discuter des options qui s’offrent à nous. Je pensais vous informer moi-même de nos découvertes, mais quelqu’un d’autre prétend avec insistance qu’il est en état de le faire.
Tous ceux présents se retournèrent pour regarder les portes de verre s’écarter une seconde fois. Le Primarque se mit à applaudir, et son geste fut repris sur toutes les galeries quand Maloghurst passa en boitillant l’accès au strategium. Cette apparition formelle était sa première depuis sa récupération à la surface.
Maloghurst était un vétéran des Luna Wolves, et un Fils d’Horus par ses traits. Il avait été en son temps capitaine de compagnie, et se serait sans doute hissé jusqu’au rang de premier capitaine s’il n’avait pas été promu écuyer d’Horus. D’un esprit sagace et expérimenté, il possédait de plus de nombreux talents pour l’intrigue, qui le prédisposaient à ce rôle et lui avaient valu son surnom de « Maloghurst le Retors ». Il n’en tirait aucune honte. La légion pouvait protéger physiquement le Maître de Guerre, mais lui le protégeait politiquement. Guidant et conseillant, prenant de court les manœuvres intestines, Maloghurst était sensible aux moindres nuances et changements dans la hiérarchie de l’expédition, de qui il n’avait jamais été aimé, car son contact était intimidant, même pour un des guerriers de l’Astartes, et jamais il n’avait consenti d’efforts pour se faire davantage apprécier. Beaucoup le considéraient comme un intervenant neutre, un coopérateur, loyal à Horus et à Horus seul. Mais personne n’avait jamais fait la folie de le sous-estimer.
Toutefois, les circonstances l’avaient soudain rendu plus populaire. Presque aimé. Il avait été retrouvé en vie après avoir été cru mort, et à la lumière du sort de Sejanus, sa survie avait été reçue comme une compensation. Le travail de la commémoratrice Euphrati Keeler avait cimenté son nouveau rôle de noble héros blessé, dont le rapatriement avait fait en images le tour de la flotte. À présent, l’assemblée l’accueillait avec un enthousiasme célébrant son endurance et sa résolution. Ses infortunes l’avaient réincarné en surhomme respecté.
Loken était certain que Maloghurst avait conscience de cette tournure ironique des événements. Et qu’il était prêt à en tirer le meilleur parti.
Maloghurst arriva en vue de tous. Ses blessures avaient été si sévères qu’il ne pouvait toujours pas revêtir à nouveau l’armure de la légion, et portait à la place une robe blanche à l’arrière de laquelle était brodé l’emblème de la tête de loup. Une broche d’or représentant celui du Maître de Guerre, l’œil ouvert, fermait son vêtement sous sa gorge. Il claudiquait et ne parvenait à marcher qu’avec l’aide d’une canne de métal ; un désalignement cyphotique lui faisait une bosse dans le dos. Son visage, étiré et pâle depuis la dernière fois qu’ils l’avaient vu, soulignait son effort. Des cataplasmes de peau gélifiée synthétique couvraient les plaies de sa gorge et du côté gauche de sa tête.
Loken fut horrifié de se dire que Maloghurst était désormais aussi tordu de corps que le suggérait son surnom. Et que celui-ci était devenu très indélicat.
Horus descendit de l’estrade pour aller serrer son écuyer dans ses bras. Varvaras et Abaddon s’approchèrent eux aussi pour l’accueillir dans une accolade. Maloghurst sourit, puis il hocha la tête et salua vers les galeries pour remercier de l’accueil qui lui était fait.
Lorsque les acclamations cessèrent, Maloghurst était appuyé contre le côté du podium et y posait sa canne afin de respecter le cérémoniel de prise de parole. Au lieu de regagner sa place, le Maître de Guerre resta en retrait à l’extérieur du cercle pour laisser toute l’attention à son écuyer.
— J’ai eu droit à un certain luxe de relaxation ces derniers jours, commença Maloghurst, la voix ferme mais cassée. Des rires partirent de tous côtés, et les applaudissements reprirent un bref instant.
— Le repos forcé, reprit-il, ce fléau des qualités du soldat, m’a tout à fait convenu parce qu’il m’a laissé amplement le temps de consulter tous les rapports établis ces derniers mois par nos éclaireurs. Néanmoins, le repos forcé doit avoir les mêmes limites que toutes les bonnes choses. J’ai insisté pour qu’on me laisse aujourd’hui vous faire cette présentation parce que je me vois très mal mourir d’inaction, l’Empereur me pardonne.
D’autres s’esclaffèrent de plus belle. Loken sourit. Maloghurst savait réellement tirer parti de son nouveau statut parmi eux, et en était presque devenu… aimable.
— Voici donc un bilan. Trois zones principales nous intéressent. Sur ces mots, Maloghurst produisit une baguette de contrôle et l’agita brièvement. Ses gestes activèrent les projecteurs hololithiques encastrés dans le pont, et des formes de lumière solide se matérialisèrent au-dessus du strategium, assez haut pour que les spectateurs pussent les voir depuis les galeries. La première était une image en rotation de la planète, entourée des indicateurs de leur alignement elliptique en orbite. La planète tournoyante rétrécit pour venir prendre sa place dans l’arrangement de ce système, lui aussi enveloppé de surimpressions graphiques. Le chapelet rotatif tridimensionnel resta un instant suspendu dans l’air, puis lui aussi se comprima, et ne fut plus qu’un petit composant plus clair parmi une mosaïque d’étoiles.
— Tout d’abord, celle-ci, désignation 8-58-1-7 ; l’amas adjacent à notre position actuelle. Le voisinage stellaire se mit à luire sur la carte flottante. Notre point d’escale suivant le plus évident et le plus accessible. Les vaisseaux de reconnaissance font état de dix-huit systèmes d’importance, dont douze auraient une valeur fondamentale en termes de ressources naturelles, mais aucun signe de vie ni d’habitation. Ces estimations n’ont rien de définitives, mais pour le moment, j’irai jusqu’à suggérer que cette région ne concerne pas l’expédition. Ces systèmes sujets à certification pourront être ajoutés aux manifestes d’exploration des colons qui suivront nos traces.
Il agita à nouveau sa baguette ; un groupe astral différent s’illumina.
— Cette deuxième région… Maître ?
Boas Comnenus s’éclaircit la gorge et renseigna obligeamment l’assemblée.
— Neuf semaines, écuyer. En temps de voyage standard vers l’extérieur de la galaxie.
— Neuf semaines vers l’extérieur, merci, reprit Maloghurst. Nous venons à peine de commencer à explorer ce secteur, mais les premiers rapports indiquent dans ce périmètre une ou plusieurs cultures au stade du voyage interstellaire.
— Des cultures vivantes ? demanda Abaddon. Trop souvent, les expéditions impériales ne retrouvaient dans le désert des étoiles que les traces stériles de sociétés depuis longtemps éteintes.
— Il est trop tôt pour le dire, premier capitaine, répondit Maloghurst. Certains éclaireurs rapportent que certaines reliques découvertes présentaient quelques similitudes avec celles que nous avons trouvées en 7-93-1-5 il y a cinq ans.
— Donc, ce ne serait pas des humains ? interrogea Regulus.
— Trop tôt pour le dire, vénérable adepte, répéta Maloghurst. La région a reçu un code de désignation, mais vous serez sans doute intéressé d’apprendre que Terra lui avait déjà donné un nom. Le Sagittaire.
— « L’effrayant Sagittaire terrifie nos troupes », cita Horus avec un sourire enjoué.
— Ce pourrait bien être le cas, monseigneur. La région nécessite de plus amples observations. L’écuyer à demi invalide bougea encore sa baguette et mit l’accent sur un troisième enroulement de soleils. Notre troisième option, plus loin encore vers l’extérieur de la galaxie.
— Dix-huit semaines standard, lui avança Boas Comnenus avant même d’avoir été sollicité.
— Merci, maître. Nos éclaireurs ne s’y sont pas encore rendus, mais la 140e flotte expéditionnaire impériale, commandée par Khitas Frome des Blood Angels, nous a avertis que l’avancée impériale y rencontre de l’opposition. Les rapports sont assez imprécis, mais la guerre a éclaté.
— Une résistance humaine ? s’enquit Varvaras. Il pourrait s’agir d’anciennes colonies ?
— Des xenos, seigneur, résuma succinctement Maloghurst. Une présence ennemie d’une certaine ampleur. J’ai fait envoyer une missive aux commandants de la 140e pour demander s’ils réclamaient notre soutien. Leur flotte est bien plus petite que la nôtre. Nous n’avons encore reçu aucune réponse. Nous pouvons considérer comme notre priorité de rallier cette région pour y renforcer la présence impériale.
Pour la première fois depuis le début du briefing, le sourire avait quitté les traits du Maître de Guerre.
— Je m’entretiendrai avec mon frère Sanguinius sur ce sujet. Je ne souhaite pas voir ses hommes périr faute de soutien, dit-il, puis il se tourna vers Maloghurst. Un grand merci, écuyer, pour vos efforts et pour la concision de votre exposé.
Ses mots déclenchèrent une salve d’applaudissements.
— Une dernière chose, monseigneur, sollicita Maloghurst. Je souhaiterais faire une mise au point personnelle. J’avais reçu pour surnom Maloghurst le Retors, pour des raisons de… de caractère, dont je sais que personne ne les ignore parmi tous ceux présents. Même si certains pourraient trouver cela étrange, j’ai toujours apprécié ce surnom. J’apprécie les arts de la politique, et je ne fais aucun effort pour le cacher. À ce qui m’a été rapporté, certains de mes aides ont fait leur possible pour que ce sobriquet soit abandonné : vu mon état, ils le considéraient comme une offense. Ils pensaient que je le trouverais cruel. Je tiens à ce que tous ceux rassemblés ici sachent que ça n’est pas le cas. Mon corps s’est brisé, mais pas mon esprit, et je serais offensé si ce surnom ne m’était plus donné. Je n’apprécie guère la commisération et je ne veux pas de votre pitié. Je suis handicapé de corps à présent, mais mon esprit est resté le même. Vous n’avez pas à ménager mes sentiments. Je souhaite rester connu sous le même nom.
— Bien dit, lança Abaddon en commençant à entrechoquer ses paumes. L’assemblée se joignit à lui dans une acclamation aussi vive que celle qui avait accompagné Maloghurst jusqu’à l’estrade de pierre.
L’écuyer y récupéra sa canne, et en s’y appuyant, se tourna vers le Maître de Guerre. Horus leva les deux mains pour faire revenir le silence.
— Merci à Maloghurst de nous avoir énuméré les options s’offrant à nous. Nous avons maintenant beaucoup à prendre en compte. Je dissous cette assemblée pour le moment, mais je réclame que vos suggestions et vos remarques me parviennent avant demain soir, heure du vaisseau. Je vous encourage à étudier toutes les possibilités et à me présenter vos estimations. Nous nous rassemblerons à nouveau après-demain à la même heure.
La séance était close. Tandis que les passerelles supérieures se vidaient dans un bruissement de voix, les intervenants du strategium se réunissaient en groupes informels. Le Maître de Guerre conversait calmement avec Maloghurst et l’adepte du Mechanicum.
— Belle intervention, murmura Torgaddon à l’attention de Loken.
Loken souffla. Il n’avait pas encore réalisé quelle tension s’était accumulée en lui depuis la convocation au briefing.
— Joliment tournée, ajouta Aximand. Tes commentaires étaient très justes, Garviel.
— J’ai dit les choses comme elles me venaient, confessa modestement Loken.
Aximand le regardait, les sourcils froncés, comme s’il n’était pas sûr de savoir s’il plaisantait ou non.
— Tu n’es pas intimidé par ce genre de situation ? demanda Loken.
— Je suppose que je l’ai été dans un premier temps, répondit Aximand d’un ton désinvolte. On s’y habitue, après une ou deux fois. Mon astuce à moi, c’était de regarder ses pieds.
— Ses pieds ?
— Ceux du Maître de Guerre ; regarde-le droit dans les yeux, et une fois sur deux, tu oublieras ce que tu voulais dire. Aximand eut un léger sourire. Le premier véritable signe de sympathie envers lui que l’Autre Horus témoignait à Loken.
— Merci. J’essaierai de m’en souvenir.
Abaddon les rejoignit sous l’ombre des galeries en surplomb.
— Je le savais, que nous avions choisi le bon, dit-il en étreignant la main de Loken. Aller droit à l’essentiel, c’est ce que le Maître de Guerre attend de nous. Donner des estimations claires. Bravo, Garviel. Maintenant, fais en sorte de bien remplir ta mission.
— Ne t’inquiète pas.
— Tu auras besoin d’aide ? Je peux te prêter l’escouade Justaerin.
— Merci, mais la 10e compagnie pourra se débrouiller seule.
Abaddon hocha la tête.
— Je dirai à Falkus que ses faiseurs de veuves n’ont pas été jugés indispensables.
— Par pitié, ne fais surtout pas ça, le retint Loken, alarmé à la perspective de porter affront à Falkus Kibre, le capitaine des Terminators de la 1re compagnie. Les trois autres quarts du Mournival s’esclaffèrent de bon cœur.
— Tu verrais ta tête, lança Torgaddon.
— Ezekyle te mène en bateau si facilement, gloussa Aximand.
— Parce qu’Ezekyle sait que bientôt, il ne se laissera plus prendre, fit remarquer Abaddon.
— Capitaine Loken ?
Le gouverneur-électeur Rakris approchait d’eux. Abaddon, Aximand et Torgaddon s’écartèrent pour lui faire une place dans leur cercle.
— Capitaine Loken, formula Rakris. Je tenais simplement à vous dire… Je tenais simplement à vous exprimer toute ma gratitude. D’avoir pris personnellement la situation en main. De vous être prononcé sans détour. Les soldats du seigneur Varvaras font de leur mieux, mais ils ne sont que des hommes. L’implantation d’un nouveau régime sur cette planète est condamnée si des mesures fermes ne sont pas prises.
— La 10e compagnie va se charger du problème, seigneur gouverneur, lui assura Loken. Vous avez ma parole d’Astartes.
— Parce que l’armée n’en est pas capable ? Ils se retournèrent et découvrirent que la figure princière du seigneur Varvaras s’était elle aussi jointe à eux.
— J… je n’ai pas voulu suggérer… balbutia Rakris.
— Nous ne voulions pas vous offenser, seigneur commandant, se disculpa Loken.
— Rassurez-vous, je ne l’ai pas pris pour moi, dit Varvaras en lui tendant la main. Une vieille coutume de Terra, capitaine Loken.
Loken la lui serra.
— On me l’a rappelée dernièrement, dit-il. Varvaras sourit.
— Je venais vous souhaiter la bienvenue dans notre petit cercle intérieur, capitaine. Et vous assurer que votre prise de parole n’avait rien de déplacé. Mes hommes se font massacrer dans le sud. J’ai à ce que je crois sous mes ordres la meilleure de toutes les armées expéditionnaires, mais je sais parfaitement qu’elle n’est composée que d’hommes. Je sais quand un soldat doit céder la place à un guerrier de l’Astartes. Et nous sommes dans ce cas de figure. Rendez-moi visite à mon cabinet quand vous en aurez le loisir, je serai heureux de vous exposer toute la situation en détail.
— Merci, seigneur commandant. Je viendrai vous voir cet après-midi.
Varvaras acquiesça.
— Veuillez nous excuser, seigneur commandant, prit congé Torgaddon. Le Mournival est attendu. Le Maître de Guerre s’est retiré et il nous fait appeler.
Le Mournival franchit derrière le Maître de Guerre les portes en vitrail de son sanctum privé, une large pièce meublée avec goût, construite sous le puits des galeries d’audience, dans le flanc tribord du vaisseau-amiral. L’un des murs était de verre blindé, ouvert sur les étoiles. Devant eux s’affairaient Maloghurst et le Maître de Guerre, et le Mournival se recula dans les ombres, attendant d’être sollicité.
Loken se raidit quand trois arrivants descendirent l’escalier de fer en colimaçon depuis la galerie supérieure. Les deux premiers étaient deux Astartes des Imperial Fists, rayonnants dans leur armure de plates jaunes. La troisième silhouette était bien plus grande. Un autre dieu vivant. Rogal Dorn, Primarque des Imperial Fists et frère d’Horus.
Dorn salua chaleureusement le Maître de Guerre et alla s’asseoir avec lui et Maloghurst sur les sofas de cuir posés face au mur de verre. Des serviteurs leur apportèrent des rafraîchissements.
Rogal Dorn était un être aussi majestueux qu’Horus en toutes proportions. Lui et son entourage d’Imperial Fists accompagnaient la flotte expéditionnaire depuis quelques mois, même s’ils ne tarderaient plus à la quitter. D’autres devoirs, d’autres expéditions les appelaient. Loken avait entendu dire que le Primarque Dorn s’était joint à eux à la demande d’Horus, afin qu’ils pussent discuter à deux des attributions et prérogatives du rôle de Maître de Guerre. Depuis que cet honneur lui était échu, Horus avait sollicité l’opinion et les conseils de tous les Primarques sur ce sujet. Être nommé Maître de Guerre l’avait brutalement coupé d’eux et élevé au-dessus de ses frères, et il y avait eu des objections réprimées, notamment de la part de ceux qui estimaient que ce titre aurait dû leur revenir. La rivalité et la compétition sévissaient parmi les Primarques comme dans n’importe quelle fratrie.
Certainement guidé par la main habile de Maloghurst, Horus avait courtisé ses frères, calmé leurs craintes et apaisé leurs doutes, avait réaffirmé ses pactes, et s’était renouvelé l’assurance de leur coopération. Il ne voulait pas qu’aucun se sentît dépossédé, ni méprisé. Il ne voulait pas leur donner à penser qu’ils n’étaient plus écoutés. Certains, comme Sanguinius, Lorgar et Fulgrim, avaient dès le départ acclamé la nomination d’Horus ; d’autres, comme Angron et Perturabo, avaient ressassé leur amertume, et il avait fallu beaucoup de diplomatie de la part du Maître de Guerre pour calmer leur colère et leur jalousie. Quelques-uns, comme Russ et le Lion, s’étaient cyniquement résolus à cette tournure des événements, sans montrer la moindre surprise.
Mais d’autres encore, Guilliman, le Khan et Dorn avaient simplement emboîté le pas à Horus en acceptant le décret de l’Empereur comme le meilleur choix, et le plus évident. Horus avait toujours été le plus brillant, le premier d’entre eux et le favori. Eux ne doutaient pas qu’il fût taillé pour ce rôle, car aucun des Primarques n’avait jamais pu rivaliser avec ses exploits, ni accéder à la même intimité avec l’Empereur. C’était vers ces frères indéfectibles qu’Horus se tournait en premier pour demander conseil. Dorn et Guilliman incarnaient tous deux les parangons les plus dévoués des qualités impériales, commandaient leurs expéditions avec une dévotion et un génie militaire sans égaux. Horus briguait leur approbation comme un jeune homme aurait recherché celle de frères plus âgés et plus expérimentés.
De tous les Primarques, Rogal Dorn possédait peut-être l’esprit militaire le mieux aiguisé. Aussi ordonné et discipliné que celui de Roboute Guilliman, aussi intrépide que celui du Lion, mais aussi assez souple pour laisser parler l’inspiration, l’éclat de zèle qui avait valu tant de lauriers à Leman Russ, au Khan et à leurs semblables. Les états de service de Dorn dans la Grande Croisade n’étaient surpassés que par ceux d’Horus, mais Dorn était réservé quand Horus était charismatique, et c’était pour cela qu’Horus avait constitué un choix aussi évident. En harmonie avec sa personnalité patiente et immuable, la légion de Dorn s’illustrait dans l’art du siège et les stratégies défensives ; le Maître de Guerre plaisantait à ce sujet, en affirmant que si lui savait prendre d’assaut les forteresses comme nul autre, Dorn savait les tenir. « Si je devais un jour attaquer un bastion en ta possession, avait-il lancé lors d’un récent banquet, la guerre durerait toute l’éternité : le meilleur en attaque contre le meilleur en défense ! » Les Imperial Fists n’auraient jamais pu être délogés de nulle part, même par toute la puissance des Luna Wolves.
Depuis plusieurs mois qu’il voyageait avec la 63e flotte expéditionnaire, Dorn avait été un observateur tranquille ; il passait des heures en entretien privé avec le Maître de Guerre, mais Loken l’avait vu de temps à autre surveiller les exercices et les préparatifs de la guerre. Loken ne lui avait encore jamais parlé, ne l’avait encore jamais rencontré directement. Cet endroit était jusqu’à présent le plus petit où ils s’étaient retrouvés en même temps.
Il le voyait maintenant en discussion avec le Maître de Guerre. Deux êtres mythiques présents dans une même pièce. Loken ressentait comme un honneur le simple fait de se trouver en leur présence, de les voir parler, comme des hommes, d’un ton détendu. Maloghurst paraissait encore plus tassé à côté d’eux.
Face à celui d’Horus, d’un blanc éclatant, le Primarque Dorn portait un plastron d’armure décoré comme un sarcophage, de motifs rouge sombre et cuivrés. Des ailes d’aigle déployées, moulées dans du métal, faisaient un halo autour de sa tête ; d’autres ornaient son torse et son épaulière. Des motifs d’aquila et de lauriers étaient estampés sur les protections de ses bras et jambes. Les revers tressés d’or d’un manteau de velours rouge tombaient de ses larges épaules. Son visage fin et sévère ne souriait pas, même quand le Maître de Guerre lançait une plaisanterie. Ses cheveux étaient du même blanc que les ossements des morts.
Les deux Astartes qui l’avaient escorté depuis la galerie vinrent attendre auprès du Mournival. Abaddon, Aximand et Torgaddon les connaissaient bien, mais Loken n’avait fait que les apercevoir à l’intérieur du vaisseau. Abaddon les lui présenta comme Sigismund, premier capitaine des Imperial Fists, resplendissant dans une héraldique blanche et noire, et Efried, capitaine de la 3e compagnie. Les guerriers de l’Astartes se saluèrent en s’adressant les uns aux autres le signe de l’aquila.
— Je souscris pleinement à vos propositions de tout à l’heure, dit immédiatement Sigismund à Loken.
— J’en suis honoré. Vous avez assisté au conseil depuis les galeries ?
Sigismund acquiesça.
— Écrasez l’ennemi, réglez cette affaire et poursuivez votre route. Il reste tant à accomplir. Nous ne pouvons nous permettre de gâcher notre temps.
— Il nous reste encore tant de mondes à rallier à nous, approuva Loken. Mais un jour, enfin, nous nous reposerons.
— Certainement pas, réfuta brutalement Sigismund. La croisade ne cessera jamais. Vous n’êtes pas de cet avis ?
Loken fut pris au dépourvu.
— Jamais, répéta Sigismund avec emphase. Plus nous nous dispersons et plus nous découvrons de nouveaux mondes. Des nouveaux mondes à conquérir. L’espace ne connaît pas de limites, pas plus que notre appétit à le dominer.
— Je ne suis pas d’accord, dit Loken. Un jour, la guerre prendra fin. Le règne de la paix totale sera établi. Tel est notre but suprême.
Sigismund eut un large sourire.
— Vraiment ? Peut-être. Mais je pense que nous nous sommes lancés dans une entreprise sans fin. C’est la nature même de l’Humanité qui la rend ainsi. Il y aura toujours un nouveau but, une nouvelle perspective.
— Vous pouvez certainement concevoir un temps où tous les mondes auront été unifiés sous la loi impériale. N’est-ce pas là le rêve que nous souhaitons tous voir se réaliser ?
Sigismund le fixa droit dans les yeux.
— Frère Loken. J’en ai tant entendu sur vous, et toujours en bien, que je ne pensais pas découvrir chez vous une telle naïveté. Nous allons passer nos vies à nous battre pour bâtir cet Imperium, puis j’ai bien peur que nous passions le reste de nos jours à combattre pour le défendre. Il règne de telles ténèbres parmi les étoiles. Même quand l’Imperium sera achevé, il n’y aura pas de paix : nous serons obligés de faire la guerre pour préserver ce que nous aurons construit de dure lutte. La paix est un vœu pieux ; notre croisade adoptera peut-être un autre nom, mais elle ne cessera jamais véritablement. Dans notre lointain futur, il n’y a que la guerre.
— Je pense que vous avez tort, réaffirma Loken.
— Vous êtes si innocent, se moqua Sigismund. Et moi qui croyais que les Luna Wolves étaient censés être les plus agressifs de nous tous. Vous aimez que les autres légions vous considèrent ainsi, n’est-ce pas ?
— Notre réputation parle d’elle-même, capitaine, lui rétorqua sèchement Loken.
— Tout comme celle des Imperial Fists. Est-ce que nous allons nous battre pour savoir laquelle des légions est la meilleure au combat ?
— La réponse sera toujours les Loups de Fenris, intervint Torgaddon, parce qu’ils sont tous bons pour l’asile de fous. Il afficha un large sourire : conscient de la tension, il cherchait à la désamorcer. Si vous comparez les légions saines d’esprit, alors bien sûr, la question devient plus complexe. Les Ultramarines du Primarque Roboute seraient des prétendants sérieux, mais il y en aurait tellement d’autres. Les Word Bearers, les White Scars, les Imperial Fists, tous ont d’excellents résultats. Mais les Luna Wolves, ah… Les Luna Wolves… Dans un combat à la loyale, Sigismund, vous pensez vraiment que vous auriez une chance ? Sincèrement ? Vos gamins en jaune contre l’élite de l’élite ?
Sigismund se mit à rire.
— Si ça peut vous aider à dormir, Tarik. Louée soit Terra que cette hypothèse ne doive jamais être à vérifier.
— Ce que le frère Sigismund ne te dit pas, Garviel, continua Torgaddon, c’est que sa légion va passer à côté de toute la gloire. Ils vont être retirés du service. C’est ça qui le rend un peu aigri.
— Tarik voit la vérité comme elle l’arrange, corrigea Sigismund. Les Imperial Fists ont reçu l’ordre de l’Empereur de retourner vers Terra et d’y établir une garde autour de lui. Nous avons été choisis pour devenir ses prétoriens. Alors qui est aigri, Luna Wolf ?
— En tout cas, pas moi, riposta Torgaddon. J’irai gagner des lauriers à la guerre pendant que vous prendrez du gras à surveiller les fourneaux de cuisine.
— Vous allez être détachés de la croisade, compatit Loken. Il m’avait semblé entendre des rumeurs à ce sujet.
— L’Empereur nous demande de fortifier le palais de Terra et d’en garder les remparts. C’est en ce sens qu’il s’était exprimé lors du triomphe d’Ullanor. Nous venons de passer deux ans à parachever nos missions en cours et nous pouvons maintenant nous conformer à ses désirs. Oui, nous retournons sur Terra. Oui, nous allons rester assis là-bas pendant tout le reste de la croisade. Sauf que je pense qu’il restera encore de la croisade à faire une fois que nous aurons quitté Terra, notre devoir accompli. Ça n’est pas vous qui allez la terminer, Luna Wolves. Les étoiles auront oublié ce nom depuis longtemps quand les Imperial Fists repartiront en guerre.
Par jeu, Torgaddon posa la main sur le pommeau de son épée tronçonneuse.
— Vous tenez tellement à recevoir une correction pour votre insolence, Sigismund ?
— Je ne sais pas. Et lui ?
L’immense Rogal Dorn se tenait derrière eux.
— Sigismund a-t-il mérité d’être corrigé par vous, capitaine Torgaddon ? Probablement, mais par pure amitié, renoncez-y. Il se fait des bleus très facilement.
Tous s’amusèrent des paroles du Primarque. Le plus fugace des sourires passa sur les lèvres de Rogal Dorn.
— Loken, dit-il en lui faisant signe de le suivre. Loken suivit le Primarque vers un coin éloigné de la chambre. Derrière eux, Sigismund et Efried continuaient de plaisanter avec le reste du Mournival, et quelque part, Horus était assis et conférait intensément avec Maloghurst.
— Nous devons retourner vers le monde-mère, commença Dorn sur le ton de la conversation. Sa voix basse et étonnamment douce évoquait le bruit des vagues sur une plage distante, mais il y courait une force, comme la tension dans un filin d’acier. L’Empereur nous demande de fortifier le palais impérial, et qui suis-je pour questionner les souhaits de l’Empereur ? Je suis au contraire heureux qu’il reconnaisse le talent particulier de la 7e légion. Il baissa les yeux vers Loken.
— Vous n’êtes pas habitué à nous côtoyer, moi et mes frères, n’est-ce pas ?
— Non, monseigneur.
— C’est ce que j’aime en vous. Des hommes comme Ezekyle et Tarik ont passé tant de temps en compagnie de votre commandant qu’ils n’y pensent plus, mais vous, vous comprenez encore qu’un Primarque n’est pas un homme, pas même un Space Marine. Je ne parle pas de force. Je parle du poids des responsabilités.
— Oui, monseigneur.
Dorn soupira.
— L’Empereur n’a pas de semblable, Loken. Il n’existe pas de dieux dans cet univers creux pour lui tenir compagnie. Alors il nous a fait, nous, les demi-dieux, pour nous tenir auprès de lui. Je ne me suis jamais vraiment habitué à mon statut. Cela vous surprend peut-être ? Je sais ce dont je suis capable, et ce qui est attendu de moi, et je frissonne. Ma simple nature suffit parfois à m’effrayer. Croyez-vous qu’Horus ressente la même chose parfois ?
— Je l’ignore, monseigneur, répondit Loken. Sa confiance en lui-même est une de ses plus grandes qualités.
— Je le pense également, et j’en suis heureux. Il ne pourrait y avoir de meilleur Maître de Guerre qu’Horus. Mais un homme, même un Primarque, ne peut être bon que s’il reçoit les bons conseils, particulièrement s’il croit en lui. Ses élans doivent être tempérés et guidés par ceux dont il s’entoure.
— Vous voulez parler du Mournival, monseigneur ?
Rogal Dorn hocha la tête. Son regard partit au-delà de la cloison de verre blindé, se perdre dans l’étendue scintillante du champ d’étoiles.
— Vous savez certainement que je vous avais observé, et que je me suis prononcé en faveur de votre cooptation ?
— C’est ce qu’on m’a rapporté, monseigneur. J’en suis à la fois perplexe et honoré.
— Mon frère Horus a besoin d’entendre une voix honnête. Une voix qui comprenne l’ampleur et l’importance de notre action. La voix de quelqu’un qui ne soit pas blasé en présence de demi-dieux. Sigismund et Efried sont cela pour moi. Ils sont honnêtes envers moi. Vous devez en faire de même pour votre commandant.
— Je ferai mon possible pour…
— Ils voulaient nommer Luc Sedirae ou Iacton Qruze. Vous le saviez ? Les deux noms ont été considérés. Sedirae est un tueur avide de bataille, très semblable à Abaddon, et il aurait dit oui à n’importe quoi si cela signifiait d’obtenir la gloire. Qruze… Vous l’appelez « le Mal Entendu », à ce qu’il me semble ?
— En effet, monseigneur.
— Qruze est un sycophante. Lui aurait dit oui à n’importe quoi si cela lui permettait de rester en grâce. Le Mournival a besoin d’une opinion dissonante.
— D’un négateur, dit Loken. Rogal Dorn afficha alors un véritable sourire.
— Oui, précisément, d’un négateur comme ceux des dynasties anciennes. Vous êtres très instruit. Mon frère Horus a besoin d’entendre à son oreille la voix de la raison s’il doit parvenir à maîtriser son ardeur et à agir comme le ferait l’Empereur. Nos autres frères, dont certains sont assez furieux de l’ascension d’Horus, ont besoin de constater qu’il tient les rênes d’une main ferme. C’est donc moi qui vous ai proposé, Garviel Loken. J’ai étudié votre caractère et vos états de service, et j’ai estimé que vous étiez le métal manquant dans l’alliage du Mournival. N’en soyez pas offensé, mais pour un guerrier de l’Astartes, vous avez en vous quelque chose d’infiniment humain.
— J’ai peur que mon casque finisse par ne plus m’aller, monseigneur. Ma tête aura gonflé après tous ces compliments.
Dorn hocha la tête.
— Toutes mes excuses.
— Vous avez parlé de responsabilités. Je ressens moi aussi ce même poids, tout d’un coup.
— Vous êtes fort, Loken. Vous avez des épaules d’Astartes. Apprenez à le porter.
— Oui, monseigneur.
Dorn se détourna de la baie vitrée et baissa à nouveau les yeux vers Loken, en posant les deux mains sur ses épaules.
— Contentez-vous d’être vous-même. Exprimez vos opinions sans crainte, car vous avez reçu le droit précieux de le faire. Ainsi, je pourrais m’en retourner vers Terra en sachant la croisade entre de bonnes mains.
— Je me demande tout de même si vous ne placez pas trop de foi en moi, monseigneur, se défendit Loken. Je viens de proposer une guerre avec la ferveur d’un Sedirae…
— Je vous ai entendu parler. Vous avez parfaitement exposé votre cas. Cela fait partie de votre rôle à présent : parfois, vous devrez conseiller, et parfois, vous devrez permettre au Maître de Guerre de se servir de vous.
— De se servir de moi ?
— Vous avez compris de quoi Horus vous a chargé ce matin ?
Un silence.
— Le rôle du Mournival, à sa demande, était de le soutenir. Il cultive l’allure d’un faiseur de paix car cela lui est plus utile sur les mondes de l’Imperium. Ce matin, il souhaitait qu’un autre que lui suggère d’envoyer les légions à sa place.
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