Horus Heresy: Collection I (The Horus Heresy) (French Edition)
Vingt-et-un
Illumination
À la chute de la Citadelle de Fer, la guerre sur Aureus fut achevée. La Fraternité en tant qu’organisation combattante avait été démantelée, et même s’il subsistait quelques poches de résistance à réduire, le conflit pouvait être considéré comme terminé. Les pertes avaient été élevées dans les deux camps, plus spécialement parmi les unités de l’Armée Impériale. Le corps d’Hektor Varvaras fut ramené vers la flotte avec les honneurs qui lui étaient dus, et rendu à l’espace au terme d’une cérémonie à laquelle assistèrent les officiers de plus haut rang de l’expédition.
Le Maître de Guerre fit en personne l’élégie du seigneur commandant, avec une passion et une douleur manifestement profondes.
— L’héroïsme ne réside pas uniquement dans l’homme, mais aussi dans sa faculté à saisir l’opportunité, prononça-il. C’est uniquement d’où nous nous tenons, d’où nous regardons son succès que certains peuvent s’en réjouir, mais nous avons perdu ce jour-là des milliers de nos meilleurs combattants et je pleure chacun d’entre eux. Hektor Varvaras savait que pour marcher avec les dieux, il devait attendre d’entendre leur pas résonner derrière les événements, puis sauter et s’agripper au revers de leurs robes. Varvaras nous a quittés, mais il n’aurait pas voulu que notre deuil nous freine, car l’histoire n’attend jamais. Elle n’a pas de présent, rien qu’un passé directement lié au futur. Essayer de s’y accrocher, c’est vouloir être balayé avec lui. Et cela, mes amis, ne se produira jamais, pas tant que je serai Maître de Guerre. Ces hommes qui ont combattu et risqué leurs vies avec Varvaras veilleront à jamais sur ce monde, afin que son sacrifice ne soit jamais oublié.
D’autres orateurs firent leurs adieux au seigneur commandant, mais aucun avec la même éloquence. Fidèle à sa parole, Horus fit en sorte que les unités de l’Armée Impériale qui avaient été loyales à Varvaras fussent détachées à la protection des planètes qu’elles venaient de ramener dans le giron impérial.
Un nouveau gouverneur fut installé dans ses fonctions, et la puissance martiale de la flotte entama son lent processus de regroupement, en préparation de l’étape suivante de la croisade.
La cabine de Karkasy empestait l’encre et les vapeurs d’alcool. Sa copieuse mécanique tournait à plein régime pour imprimer suffisamment d’exemplaires d’une nouvelle édition de La vérité est tout ce que nous avons . Bien que sa production eût dernièrement été moins prolifique, sa boîte de Bondsman numéro 7 était presque vide. Il y avait presque une existence de cela, à ce qu’il lui semblait, Ignace Karkasy se rappela s’être demandé si la durée de vie de sa créativité se limiterait à la quantité de carnets qui lui restait à noircir. De telles pensées lui paraissaient maintenant bien puériles au vu de l’ardent désir d’écrire qui l’animait ces jours-ci.
Il s’assit au bord de sa couchette, le dernier endroit libre où il put encore se poser, pour y peaufiner les derniers vers injurieux de son nouveau pamphlet en fredonnant pour lui-même d’un air satisfait. Les papiers remplissaient la petite chambre, dispersés sur le sol, punaisés sur les cloisons, empilés sur toute surface assez plate pour les accueillir. Des notes gribouillées, des odes abandonnées et des strophes à moitié finies occupaient toute la place, mais telle était la fécondité de sa muse qu’il ne s’attendait pas à la voir s’épuiser de sitôt.
Il avait entendu dire que la guerre contre les Aurétiens était terminée, que les Sons of Horus avaient finalement pris la dernière citadelle quelques jours plus tôt, après ce que la rumeur du vaisseau nommait déjà « le massacre des Montagnes Blanches ». Il n’avait pas encore eu vent de toute l’histoire, mais plusieurs sources qu’il avait entretenues durant les dix mois de la guerre allaient sûrement l’abreuver d’éléments juteux.
Il entendit frapper trois coups secs à sa porte.
— Entrez !
Karkasy continua d’écrire pendant que l’écoutille s’ouvrit, trop concentré sur les mots pour gâcher une seule seconde de son temps.
— Oui ? dit-il sans lever le nez. Que puis-je pour vous ?
Aucune réponse ne vint, il leva donc un regard irrité pour trouver un guerrier en armure dressé en silence devant lui. Karkasy commença par ressentir un accès de panique en voyant la longue épée de l’homme, et le reflet dur qui courait sur le pistolet rangé dans son étui, mais il se détendit en reconnaissant le garde du corps de Petronella Vivar. Maggard, ou quelque chose comme ça.
— Eh bien ? demanda-t-il à nouveau. Vous souhaitiez quelque chose ?
Maggard ne proféra toujours pas le moindre mot, et Karkasy se rappela enfin que l’homme était muet, en se disant qu’il était bien stupide d’envoyer comme messager quelqu’un qui ne pouvait pas parler.
— Je ne peux pas vous aider si vous ne m’expliquez pas pourquoi vous êtes ici, articula lentement Karkasy pour s’assurer que le garde du corps comprendrait bien.
En guise de réponse, Maggard tira de sa ceinture un morceau de papier plié et le lui tendit de sa main gauche. Le guerrier ne tenta aucunement de se rapprocher de lui. Avec un soupir résigné, Karkasy reposa son Bondsman et souleva du lit sa masse conséquente.
Il avança précautionneusement au milieu des piles de notes et prit le papier qui lui était tendu. Un papyrus de couleur sépia, tel que ceux produits dans les spires gyptiennes, tissé de fibres en motif croisé. Un peu de mauvais goût selon lui, mais certainement hors de prix.
— Qui vous a envoyé me porter ça ? demanda Karkasy, avant de se souvenir à nouveau que ce messager ne pouvait pas parler. Il secoua la tête en se permettant un sourire, déplia le papyrus et posa les yeux sur le contenu de ce mot.
Il fronça les sourcils en reconnaissant des vers de sa composition, à l’imagerie sombre et au symbolisme puissant. Tous étaient dans le désordre, tirés d’une dizaine de poèmes différents.
Karkasy atteignit le bas de la feuille, et sa vessie se vida de terreur quand il réalisa la portée de ce message, et la fonction de son porteur.
Petronella arpentait à grands pas la longueur de son salon, impatiente de commencer à transcrire les dernières pensées de son garde du corps. Le temps que Maggard avait passé avec les Astartes avait été des plus fructueux, et elle en avait déjà appris beaucoup sur ce qui lui eût normalement été caché.
Une structure commençait à s’imposer, celle d’une fable tragique narrée en ordre inversé, s’ouvrant sur le lit de mort du primarque, et dont la coda triomphale parlerait de sa survie et de ses gloires à venir. Après tout, elle n’allait pas se limiter d’elle-même à un seul ouvrage.
Elle commençait même à envisager un titre provisoire, dont elle estimait qu’il convoyait toute la gravité requise pour traiter d’un tel sujet, tout en l’incluant, elle, dans sa formulation.
Petronella appellerait cette pièce maîtresse Dans le sillage des dieux , et avait décidé quelle serait sa phrase d’ouverture. Cette ligne importante entre toutes, où le lecteur était accroché ou restait froid, tirée de ses propres pensées terrifiées au moment où le Maître de Guerre s’était écroulé devant elle.
J’étais là, le jour où Horus est tombé.
Cette phrase avait toutes les qualités tonales adéquates, laissait les lecteurs dans le doute. Ils allaient lire une histoire profonde, mais dont la fin demeurait jalousement gardée.
Tout se mettait en place, mais Maggard tardait à revenir de sa dernière incursion dans le monde des Astartes et sa patience s’amenuisait. Sa frustration avait déjà poussé Babeth jusqu’aux larmes, et elle avait renvoyé la camériste vers la pièce minuscule où celle-ci dormait.
Elle entendit à côté s’ouvrir la porte de ses appartements, et marcha droit vers l’antichambre de réception pour réprimander Maggard.
— Quelle heure signifie exactement pour toi… commença-t-elle, mais sa voix s’éteignit lentement quand elle vit que la personne présente devant elle n’était pas Maggard.
C’était le Maître de Guerre.
Il n’était habillé que de robes simples, et paraissait ainsi encore plus majestueux qu’elle se souvenait l’avoir vu. Horus projetait une aura intense, et elle se retrouva incapable de parler lorsqu’elle posa le regard sur lui, frappée par la pleine force de sa personnalité.
Derrière lui, le cadre de la porte était occupé par la silhouette imposante du premier capitaine Abaddon. Horus leva les yeux quand il l’entendit arriver et adressa un signe de tête à son capitaine, qui referma la porte dans son dos.
— Mademoiselle Vivar, salua le Maître de Guerre. Petronella dut fournir un effort de volonté pour retrouver l’usage de sa voix.
— Oui… Monseigneur, bégaya-t-elle, horrifiée que le Maître de Guerre dût voir ses quartiers dans un état aussi lamentable. Elle devrait se souvenir de punir Babeth pour avoir négligé ses fonctions. Je… C’est-à-dire, je ne m’attendais…
Horus leva la main pour l’apaiser et la fit se taire.
— Je sais vous avoir négligée, dit-il. Vous avez recueilli mes pensées les plus intimes, et j’ai laissé les préoccupations du conflit contre la Technocratie détourner mon attention de vous.
— Monseigneur, je n’attendais pas de votre part autant de considération, répondit Petronella.
— Vous seriez surprise, lui dit-il en souriant. Votre ouvrage avance bien ?
— Très bien, monseigneur, lui confirma-t-elle. Depuis notre dernière rencontre, j’ai tâché d’être prolifique.
— Puis-je y jeter un œil ?
— Bien entendu, répondit-elle, exaltée qu’il pût s’intéresser à son travail. Il lui fallait maintenant se forcer à marcher, à non à courir, jusqu’à son bureau, où elle indiqua les feuillets amoncelés sur son écritoire.
— C’est un peu en désordre, mais tout ce que j’ai écrit est là, jubila-t-elle. Je serais honorée de recevoir vos critiques. Après tout, qui serait mieux qualifié que vous ?
— En effet, convint Horus en la suivant jusqu’à l’écritoire pour y ramasser sa production la plus récente. Son regard parcourut les pages, lisant et digérant leur contenu plus vite qu’aucun homme ordinaire n’en eût été capable.
Elle guetta sur son visage la moindre réaction, mais il demeura aussi indéchiffrable qu’une statue, au point qu’elle commença à redouter sa désapprobation.
Il reposa finalement les pages sur son sous-main.
— Tout cela est excellent. Vous êtes une documentaliste très talentueuse.
— Je vous remercie, monseigneur, lança-t-elle dans un élan d’enthousiasme, cet éloge se déversant en elle comme un fortifiant.
— Oui, vraiment, dit Horus, la voix soudain devenue froide. Il en deviendrait presque dommage que personne ne puisse jamais lire ce que vous avez écrit.
Maggard leva la main pour attraper le poète par l’avant de sa tenue, le retourna et lui enroula son bras autour du cou. Karkasy lutta contre cette prise robuste, impuissant contre la force supérieure de Maggard.
— Pitié ! s’étrangla-t-il. La terreur lui rendait la voix perçante. S’il vous plaît, ne faites pas ça !
Maggard ne dit rien, et il entendit un bruit de cuir quand la main libre du guerrier souleva le rabat de son holster. Karkasy se débattit, mais ne pouvait rien faire. La puissance écrasante du bras de Maggard le privait de son souffle. Sa vision commençait à se brouiller.
Karkasy pleura des larmes amères, et le temps parut se ralentir. Il entendit le raclement apathique du pistolet glissant hors de son étui, et le clic sonore du chien ramené en arrière.
Il se mordit la langue. Une écume sanglante lui monta aux coins de la bouche. La morve et les larmes se mêlaient sous son nez, ses talons glissaient désespérément au sol, et des papiers volaient dans toutes les directions.
L’acier froid se pressa sous son cou. Le canon de l’arme de Maggard lui était enfoncé sous la mâchoire. Karkasy sentit l’odeur de l’huile.
Il aurait tant voulu…
La détonation se répercuta en échos assourdissants dans la cabine exiguë.
Petronella ne fut d’abord pas sûre d’avoir bien compris ce que le Maître de Guerre avait voulu dire. Pourquoi personne ne pourrait-il lire son œuvre ? Puis elle déchiffra la lueur froide dans ses yeux.
— Monseigneur, je ne suis pas certaine de comprendre, dit-elle, hésitante.
— Vous m’avez très bien compris.
— Non… murmura-t-elle en reculant devant lui.
Le Maître de Guerre la suivit, ses pas lents et mesurés.
— Quand nous nous sommes parlé dans l’apothecarion, je vous ai laissé regarder dans la boîte de Pandore, mademoiselle Vivar, et j’en suis sincèrement désolé. Une seule personne a besoin de savoir ce que renferme ma tête. Les choses que j’ai faites et vues, ce que je m’apprête à faire… Et cette personne n’est autre que moi.
— Je vous en prie, monseigneur, supplia-t-elle en quittant son bureau pour reculer vers l’antichambre. Si vous n’êtes pas satisfait de ce que j’ai écrit, tout peut être révisé et corrigé. Vous auriez un droit d’approbation sur l’ensemble, bien entendu.
Horus secoua la tête, en continuant de se rapprocher d’elle à chaque pas.
Petronella sentit ses yeux s’emplir de larmes. Tout ceci ne pouvait pas réellement être en train de se produire. Le Maître de Guerre n’aurait jamais essayé de l’intimider, ce devait être une plaisanterie cruelle jouée à ses dépens. L’idée des Astartes se moquant d’elle piqua au vif sa fierté blessée, et la part d’elle qui avait rétorqué au Maître de Guerre à leur première rencontre remonta à la surface.
— Je suis la Palatina Majoria de la maison Carpinus, et je vous somme de me respecter ! cria-t-elle en se dressant fermement devant lui. Vous n’avez pas le droit de me menacer de la sorte.
— Je ne cherche pas à vous menacer, dit Horus, qui tendit doucement les mains pour la tenir par les épaules.
— Non ? demanda Petronella, que cette promesse soulageait. Elle savait que ça n’était pas possible, qu’il devait y avoir une erreur.
— Non, dit Horus, en glissant les mains vers son cou. Je veux vous éclairer.
D’un mouvement sec du poignet, il lui brisa la nuque.
La cellule était étroite, mais propre et bien entretenue. Mersadie Oliton était assise près du lit, et pleurait doucement, les larmes coulant en abondance sur sa peau d’ébène. Kyril Sindermann était assis avec elle et lui aussi se répandait en pleurs, une main fermée sur celle de l’occupante du lit.
Euphrati Keeler gisait immobile, le reflet de sa peau pâle et lisse la faisant ressembler à une céramique polie. Depuis qu’elle avait fait face à l’indicible dans la chambre d’archivage numéro trois, Euphrati était demeurée inerte, en observation sur le pont médical.
Sindermann avait raconté à Mersadie ce qui était arrivé. Elle s’était depuis retrouvée tiraillée entre l’envie de le croire et de le traiter de fou. Sa description d’Euphrati s’interposant devant un démon, et de l’énergie de l’Empereur se déversant de son corps était trop absurde pour être vraie… Elle se demanda s’il en avait déjà parlé à d’autres.
Les apothicaires et les médecins ne trouvaient chez Euphrati aucun désordre physique, excepté cette brûlure en forme d’aigle sur sa paume, qui refusait de s’effacer. Ses constantes vitales étaient stables, ses enregistrements d’ondes cérébrales paraissaient normaux : personne ne pouvait expliquer son état et personne ne savait comment la tirer de son coma apparent.
Mersadie lui rendait visite aussi souvent qu’elle le pouvait, mais elle savait que Sindermann, pour sa part, venait chaque jour, passait plusieurs heures de suite à son chevet. Ils se retrouvaient là parfois, et parlaient ensemble à Euphrati des événements survenus sur les planètes en dessous d’eux, des batailles livrées, ou simplement des racontars qui circulaient à bord.
Rien ne semblait atteindre l’imagiste, et Mersadie se demandait parfois s’il n’aurait pas été charitable de la laisser mourir. Que pouvait-il y avoir de pire pour une personne comme Euphrati Keeler que d’être emprisonnée par sa propre chair, sans capacité de raisonner ou de communiquer…
Elle et Sindermann étaient arrivés au même moment ce jour-ci, et s’étaient immédiatement aperçus que l’autre avait pleuré. La nouvelle du suicide d’Ignace Karkasy les avait tous deux profondément atteints. Mersadie ne parvenait toujours pas à croire qu’il eût pu commettre un tel acte.
Une lettre d’adieu avait été retrouvée dans sa cabine. Et on prétendait qu’il l’avait rédigée en vers, ce qui en disait long sur sa suffisance artistique.
Ils avaient pleuré à deux cette nouvelle âme perdue, puis s’étaient assis de part et d’autre du lit, en se tenant les mains et celles d’Euphrati pour évoquer des heures meilleures.
Tous deux se tournèrent en entendant des coups frappés derrière eux.
Un homme au visage fin et honnête, portant l’uniforme de la Legio Mortis, se présenta dans l’embrasure de l’entrée. Derrière lui, le couloir était bondé, constata Mersadie.
— Puis-je me permettre d’entrer ? s’enquit-il.
— Qui êtes-vous ? lui demanda-t-elle.
— Je m’appelle Titus Cassar et je suis moderati primus sur le Dies Irae . Je suis venu voir la sainte.
Ils se retrouvèrent sur le pont d’observation, dont l’éclairage resta tamisé. Seule la lumière reflétée par les planètes qu’ils venaient de conquérir agrémentait l’obscurité. Loken se tenait là, la paume contre le verre blindé, à penser que quelque chose de fondamental était arrivé aux Sons of Horus sur Aureus, mais sans savoir dire quoi.
Torgaddon le rejoignit un moment plus tard, et Loken l’accueillit par une accolade fraternelle, heureux qu’il lui restât un camarade aussi fidèle.
Ils demeurèrent silencieux quelques instants, perdus dans leurs pensées, à regarder les planètes vaincues tourner dans l’espace au-dessous d’eux. Les préparatifs du départ étaient presque achevés et la flotte était prête à repartir, même si aucun des guerriers embarqués n’avait une idée de leur prochaine destination.
Ce fut Torgaddon qui brisa le silence.
— Que va-t-on faire, alors ?
— Je ne sais pas, Tarik. Je n’en sais vraiment rien.
— Je me disais bien, dit Torgaddon en levant une éprouvette, où nageait quelque chose au reflet doré sous la lumière ténue. Dans ce cas, ça ne va pas nous aider.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda Loken.
— Ça, répondit Torgaddon, ce sont les fragments de bolt extraits d’Hektor Varvaras.
— Des fragments de bolt ? Et pourquoi les as-tu récupérés ?
— Parce qu’ils sont à nous.
— Comment ça ?
— Je te dis qu’ils sont à nous, répéta Torgaddon. Le bolt qui a tué le seigneur commandant a été tiré par un bolter Astartes, pas par une des armes de la Fraternité.
Loken secoua la tête.
— Non, il doit y avoir une erreur.
— L’Apothicaire Vaddon a testé les fragments lui-même. C’est un bolt à nous, pas d’erreur possible.
— Tu crois que Varvaras a été touché par un bolt perdu ?
De la tête, Torgaddon fit signe que non.
— La blessure était centrée, Garvi. Quelqu’un l’a visé.
Loken et lui comprenaient tous deux les implications de cette découverte, et Loken se sentit gagné par une humeur mélancolique à l’idée que Varvaras eût été assassiné par un des leurs.
Ils se turent un long moment.
— Après tant de tromperie et de destruction, devons-nous désespérer, ou sont-ce la foi et l’honneur qui nous mèneront à l’action ?
— D’où est-ce que tu tires ça ? s’étonna Torgaddon.
— C’est un extrait de discours, je l’ai lu dans un livre que Sindermann m’a prêté, dit Loken. Il me paraît approprié, étant donnée notre situation.
— C’est vrai, admit Torgaddon.
— Que sommes-nous en train de devenir, Tarik ? Je ne reconnais plus notre légion. Quand a-t-elle changé ?
— Au moment où nous avons rencontré la Technocratie.
— Non, dit Loken. Je pense que c’était sur Davin. Plus rien n’est pareil depuis. Quelque chose est arrivée aux Sons of Horus là-bas, quelque chose de sombre et de maléfique.
— Tu es conscient de ce que tu dis ?
— Oui, affirma Loken. Je dis que nous devons défendre la vérité de l’Imperium de l’Humanité, qu’importe le mal qui puisse l’assaillir.
Torgaddon hocha la tête
— Le serment du Mournival, avait-il reconnu.
— Le mal s’est immiscé dans notre légion, et c’est à nous de l’en déraciner. Es-tu avec moi ? demanda Loken.
— Toujours, répondit Torgaddon, et les deux guerriers se serrèrent la main à la manière ancienne de Terra.
Le sanctum du Maître de Guerre était aussi peu éclairé, avec pour seule source de lumière le scintillement froid des instruments du pont. La salle était pleine. Le noyau dur des officiers et des commandants du Maître de Guerre se tenait rassemblé autour de la table. Ce dernier était assis à sa place habituelle, qui présidait l’assemblée ; Aximand et Abaddon, debout derrière lui, rappelaient par leur présence quelle était son autorité. Maloghurst, Regulus, Erebus, le princeps Turnet de la Legio Mortis, et divers officiers supérieurs de l’Armée Impériale triés sur le volet formaient le reste de l’auditoire.
Satisfait que toux ceux dont la présence était requise fussent arrivés, Horus se pencha en avant et se mit à parler.
— Mes amis, la phase suivante de notre campagne parmi les étoiles va bientôt commencer, et je sais que vous êtes tous curieux de savoir quelle est notre prochaine destination. Je vais vous la révéler, mais avant cela, chacun d’entre vous doit être conscient de l’ampleur de la tâche qui nous attend.
Il constata avoir obtenu la pleine attention de tous, et poursuivit.
— Je vais renverser l’Empereur et prendre sa place sur le Trône de Terra en tant que maître de l’Humanité.
L’énormité de ses paroles fut évidemment un choc pour l’assemblée martiale, à qui il laissa plusieurs minutes pour apprécier tout leur poids, en se délectant de l’expression alarmée qu’il trouva sur chaque visage.
— N’ayez pas peur, vous êtes tous en terrain ami, s’amusa Horus. J’ai parlé individuellement à chacun d’entre vous durant le cours de la guerre contre la Technocratie. C’est la première fois que vous êtes rassemblés et que je peux vous parler ouvertement de notre destin. Vous serez mon conseil de guerre, ceux à qui je pourrai confier l’avancement de mon plan.
Il se leva de son siège, et continua de parler en faisant le tour de la table.
— Prenez un instant pour observer le visage de l’homme assis à côté de vous. Dans les combats qui viendront, il sera votre frère, car tous les autres se détourneront de nous quand nous aurons fait connaître nos intentions. Les frères d’hier s’affronteront pour le prix ultime que sera la domination de la galaxie. Nous devrons faire face à des accusations de trahison, mais ces charges finiront par tomber, parce que nous avons raison. Nous avons raison et l’Empereur nous ment. Il m’a mal jugé s’il croyait que je resterais sans rien faire tandis qu’il se désintéresse de ses domaines pour essayer de se hisser au statut de dieu, en nous abandonnant parmi les ruines qu’a engendrées son ambition.
L’Empereur peut compter sur la loyauté de millions de soldats, et de centaines de milliers de guerriers Astartes. Ses flottes s’étendent au milieu des étoiles d’un bout à l’autre de la galaxie. La 63e expédition ne peut espérer égaler de telles ressources ; vous le savez tous. Malgré quoi nous avons l’avantage.
— Quel avantage ? demanda Maloghurst, exactement au bon moment.
— Celui de la surprise. Personne ne nous suspecte encore d’avoir eu connaissance du véritable projet de l’Empereur, et c’est en cela que réside notre plus grande force.
— Et Magnus ? ajouta diligemment Maloghurst. Que se passera-t-il quand Leman Russ l’aura ramené sur Terra ?
Horus sourit.
— Calme tes inquiétudes, Mal. J’ai déjà contacté mon frère Russ, et je l’ai pleinement éclairé sur l’usage de sorts et d’invocations démoniaques que faisait Magnus. Il a montré… une colère adéquate, et je pense l’avoir convaincu que de ramener Magnus sur Terra serait une perte de temps.
Maloghurst retourna son sourire au Maître de Guerre.
— Magnus ne quittera jamais Prospero vivant.
— Non, reconnut Horus.
— Qu’en est-il des autres légions ? s’inquiéta de savoir Regulus. Elles ne resteront pas sans rien faire quand nous déclarerons la guerre à l’Empereur. Comment proposez-vous de les neutraliser ?
— C’est une excellente question, adepte, dit Horus en continuant son tour de la table pour venir parler au-dessus de son épaule. Nous ne sommes pas sans alliés. Fulgrim est avec nous, et il est en route pour gagner Ferrus Manus des Iron Hands à notre cause. Lorgar comprend lui aussi la nécessité de ce qui doit être fait, et tous deux ont rallié la pleine puissance de leurs légions à ma bannière.
— Ce qui en laisse beaucoup d’autres, lui fit remarquer Erebus.
— En effet, chapelain, mais avec votre aide, d’autres se joindront à nous. Sous couvert de l’Édit des Chapelains, nous enverrons des émissaires vers chacune des légions, pour y promouvoir la formation de loges guerrières. Les débuts seront humbles, mais nous pourrons en convaincre beaucoup.
— Cela prendra du temps, dit Erebus. Horus hocha la tête.
— Il nous faudra du temps, oui, mais cela nous sera profitable à long terme. Pendant ce temps, les légions dont je ne crois pas que nous pourrons dévoyer auront répondu à des ordres de mobilisation. Les Ultramarines vont se rassembler sur Calth pour y être attaqués par les Kor Phaeron des Word Bearers, et les Blood Angels ont été envoyés vers l’amas de Signus, où Sanguinius s’engluera dans le sang. Alors nous porterons un coup unique et décisif contre Terra.
— Cela laisse encore d’autres légions, estima Erebus.
— Je le sais, répondit Horus, mais le plan que j’ai conçu éliminera une fois pour toutes la menace qu’elles représentent pour nous. Je vais les attirer dans un piège dont aucune ne réchappera. Je vais anéantir ce que l’Empereur a fait de l’Imperium, et de ses cendres se lèvera un nouveau maître de l’Humanité !
— Et où comptez-vous tendre ce piège ? demanda Maloghurst.
— Non loin d’ici, dit Horus, dans le système d’Isstvan.
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