Horus Heresy: Collection I (The Horus Heresy) (French Edition)

Quatre

Secrets et cachotteries

Le Chaos

Répandre la parole

Audience

 

Sur ces mots, Abaddon se figea.

Loken eut tôt fait de reconnaître les signes annonciateurs, et se leva rapidement pour se dresser entre le premier capitaine et le commémorateur.

— Ignace, sortez d’ici ! cria-t-il alors qu’Abaddon se retournait pour plonger sur Karkasy.

Abaddon rugit de colère et Loken lui attrapa les bras pour le retenir tandis que le poète s’enfuyait de la yourte en gémissant de terreur. Abaddon le repoussa. La force du premier capitaine dépassait largement la sienne ; Loken trébucha en arrière, mais avait réussi à rediriger la fureur contre lui.

— Tu oserais lever la main contre un frère ? beugla Abaddon.

— Je viens de te sauver d’une terrible erreur, Ezekyle, répliqua Loken en se remettant debout. Abaddon bouillonnait et Loken savait devoir ménager sa susceptibilité. Aximand lui avait parlé des accès de rage meurtrière dont avait fait preuve Abaddon durant l’extraction désespérée de leur commandant sur Xenobia, et son tempérament devenait de plus en plus imprévisible.

— Une erreur ? Mais qu’est-ce que tu racontes ?

— Tu l’aurais tué, dit Loken. Imagine ce que cela aurait entraîné. Le Maître de Guerre aurait exigé ta tête. Imagine les répercussions si un Astartes assassinait un commémorateur de sang-froid.

Comme un animal en cage, Abaddon fit fiévreusement les cent pas à l’intérieur de la yourte, mais Loken percevait que ses paroles avaient percé les brumes écarlates de sa colère.

— Ezekyle, de quoi parlait Ignace ? Était-ce un médaillon de la loge qui est passé entre toi et Erebus ?

Abaddon le regarda droit dans les yeux.

— Je ne saurais le dire.

— C’était bien ça.

— Je… Ne saurais… Le dire.

— Arrête, Ezekyle. Je ne peux plus supporter tous vos petits secrets. C’est exactement pour cette raison que je ne retournerai pas à la loge. Aximand et Torgaddon me l’ont demandé tous les deux, mais je ne reviendrai pas. Dis-moi si Erebus fait partie de la loge à présent. Est-ce qu’il en a toujours fait partie, ou bien l’avez-vous converti pendant le trajet jusqu’ici ?

— Tu as entendu ce que t’a dit Serghar lors de la séance. Tu sais que je ne peux pas parler de ce qu’il se passe dans notre cercle.

Loken s’approcha tout près d’Abaddon, plastron contre plastron.

— Tu dois me le dire, Ezekyle. Je sens que quelque chose n’est pas normal, et je te jure que je saurais si tu me mens.

— Tu crois me faire peur, petit ? s’égaya Abaddon, mais Loken voyait clair dans cette fanfaronnade.

— Oui, Ezekyle, c’est ce que je crois. Dis-moi tout.

Les yeux d’Abaddon se tournèrent furtivement vers l’entrée de la yourte.

— Très bien. Je vais te répondre, mais ce que je dirai ne sortira pas d’ici.

Loken acquiesça.

— Ça n’est pas nous qui avons amené Erebus à intégrer la loge, affirma Abaddon.

— Non ? demanda Loken en affichant son scepticisme.

— Non. C’est lui qui nous a amenés à elle.

Erebus, frère-guerrier de l’Astartes, premier chapelain des Word Bearers…

Conseiller de confiance du Maître de Guerre…

Et menteur.

Peu importait combien il cherchait à faire taire cette idée par la méditation, celle-ci ne cessait de revenir le tarauder. Les mots qu’avaient eus Euphrati Keeler la dernière fois qu’ils s’étaient parlé tournaient en rond dans sa tête.

Elle avait regardé droit dans ses yeux, et demandé : « Si vous aviez des soupçons, ou une preuve de dérèglement, vous sortiriez du rang pour vous dresser contre les autres ? »

Keeler avait envisagé l’impossible, et il avait rejeté le fait que ce qu’elle suggérait, ne pût jamais se produire. À présent, il envisageait pourtant la possibilité qu’un frère de l’Astartes, quelqu’un à qui le Maître de Guerre accordait sa confiance, pût leur mentir pour des raisons inconnues.

Loken avait cherché Kyril Sindermann afin d’évoquer le sujet avec lui, mais l’itérateur était introuvable, et il était retourné, abattu, vers les salles d’entraînement. Un tueur au sourire radieux, Sedirae, y nettoyait les éléments de son bolter démonté ; les « jumeaux » Moy et Marr dirigeaient un exercice à l’épée. Et le plus vieil ami de Loken, Nero Vipus, était assis sur un banc à astiquer sa plaque d’armure pectorale, en y effaçant les griffures gagnées sur Meurtre.

Lui et Sedirae accueillirent son entrée d’un salut de la tête.

— Garvi ? l’interpella Vipus. Quelque chose vous préoccupe ?

— Non. Pourquoi ?

— Vous paraissez tendu, c’est tout.

— Je vais très bien, le rabroua sèchement Loken.

— Parfait, si vous le dites, marmonna Vipus. Ai-je fait quelque chose de mal ?

— Je suis désolé, Nero, s’excusa Loken. J’ai juste…

— Je sais, Garvi. Tous les frères de la compagnie ressentent la même chose. Ils ont hâte d’être envoyés sur la zone et d’être les premiers à tomber sur cette ordure de Temba. Luc m’a déjà parié que ce serait lui qui aurait sa tête.

Le hochement de tête de Loken ne l’obligeait pas à s’ouvrir davantage.

— L’un de vous a-t-il vu le premier capitaine Abaddon ?

— Non, pas depuis que nous sommes revenus, répliqua Sedirae sans lever les yeux de ce qu’il faisait. Mais cette commémoratrice, la jeune fille à la peau noire, elle vous cherchait.

— Oliton ?

— Oui, c’est bien ça. Elle a dit qu’elle repasserait dans une heure.

— Merci, Luc, dit Loken, puis il se tourna vers Vipus. Et encore une fois, je suis désolé de vous avoir parlé aussi durement, Nero.

— Ce n’est rien, lui assura Vipus en riant. Je suis un grand garçon maintenant, et j’ai la peau assez épaisse pour supporter vos humeurs.

Loken lui sourit et alla ouvrir son casier d’armement grillagé. Il retira son armure et se débarrassa avec soin des épaisseurs de polymères mimétiques qu’il portait sur la peau. Quand il se fût retrouvé nu, à l’exception d’un pantalon de toile, il leva son épée et s’avança vers la cage d’entraînement, en activant l’arme tandis que s’écartaient les hémisphères de fer gris. Le serviteur de combat aux formes tubulaires descendit du plafond de la sphère.

— Exercice epsilon neuf, demanda-t-il. Indice de danger maximal.

La machine de combat se mit à bourdonner. De longs membres garnis de lames se déplièrent de ses flancs, d’une façon qui rappela à Loken les spécimens d’arachnides volants. Des pointes et des bords tronçonneurs lui poussèrent sur l’armature. Loken fit jouer son cou et les muscles de ses bras en préparation du duel à venir.

Il lui fallait avoir l’esprit clair s’il voulait réfléchir posément à tout ce qui était arrivé, et il n’existait aucune meilleure façon de purifier sa pensée que par le combat. La machine lança le compte à rebours, et Loken se mit en garde accroupie, alors que ses pensées se tournaient à nouveau vers le premier chapelain des Word Bearers.

Ce menteur…

Cela s’était passé au quinzième jour depuis leur départ de l’interex, et une semaine avant qu’ils n’eussent atteint Davin. Loken avait finalement l’occasion de parler seul à seul avec Erebus. Il attendait le premier chapelain sur le pont avant du Vengeful Spirit , en regardant les taches de lumière et les fulgurances obscures glisser contre la grande baie d’observation.

— Capitaine Loken ?

Loken se retourna et trouva la silhouette d’Erebus, au visage amical et empreint de sérieux. Son crâne chauve et tatoué luisait sous les vortex tourbillonnants de lumière colorée, qui brillaient derrière le verre blindé et décoraient son armure d’une palette de peintre.

— Premier chapelain, lui renvoya Loken en s’inclinant bien bas.

— S’il vous plaît, mon nom de guerrier est Erebus ; je serais honoré si vous acceptiez de m’appeler ainsi. Un tel formalisme ne nous est pas utile.

Loken hocha la tête tandis qu’Erebus se joignait à lui dans la contemplation du grand paysage multicolore qui s’étendait devant eux.

— Magnifique, n’est-ce pas ? apprécia le Word Bearer.

— J’avais l’habitude de le penser moi aussi, en convint Loken. Mais en vérité, je n’arrive plus à le regarder sans ressentir d’inquiétude.

— D’inquiétude ? Pour quelle raison ? demanda Erebus en lui posant une main sur l’épaule. Le Warp n’est qu’un biais par lequel transitent nos vaisseaux. L’Empereur aimé de tous ne nous a-t-il pas lui-même expliqué le moyen de nous en servir ?

— Oui, en effet, confirma Loken en risquant un regard vers les inscriptions tatouées sur le crâne d’Erebus dans un langage qu’il ne comprenait pas.

— Ce sont les révélations de l’Empereur telles qu’elles furent interprétées dans le Livre de Lorgar , transcrites dans la langue de Colchis, dit Erebus, répondant à la question que Loken n’avait pas posée. Elles me sont une arme, autant que mon bolter et ma lame. Constatant l’incompréhension de son interlocuteur, il poursuivit. Sur le champ de bataille, je me dois de susciter une crainte respectueuse. En portant la parole de l’Empereur sur ma chair même, je fais reculer le xenos et l’incroyant devant moi.

— L’incroyant ?

— Le mot est sans doute mal choisi, reconnut Erebus en méprisant le sujet d’un haussement d’épaules. « Misanthrope » serait peut-être un terme plus adapté. Mais je devine que vous ne m’avez pas fait venir ici pour admirer la vue ou mes marquages.

Loken lui sourit.

— Non, vous avez raison. J’ai demandé à vous parler car je sais que la légion des Word Bearers compte dans ses rangs beaucoup d’érudits. Vous avez ramené à nous bien des mondes censés avoir été des sièges de grande connaissance.

— C’est exact, approuva lentement Erebus. Bien que nous ayons détruit dans les flammes de la guerre une bonne partie de la connaissance que nous jugions profane.

— Mais vous êtes versé dans les questions ésotériques, et je souhaitais obtenir votre avis sur… Une question qu’il me semblait préférable d’aborder en privé.

— Vous avez réussi à m’intriguer, dit Erebus. Qu’avez-vous à l’esprit ?

Loken pointa du doigt la pulsation des lueurs spectrales du Warp, de l’autre côté du verre. Des nuages aux nombreuses nuances et des vrilles ténébreuses s’y répandaient comme de l’encre dans l’eau, en un constant maelström d’ombres et de lumière. Aucune forme cohérente n’existait dans cet autre monde mystérieux au-delà du croiseur, hormis celle du champ de Geller, sans laquelle le vaisseau du Maître de Guerre aurait été détruit en un clignement d’œil.

— Le Warp nous permet de traverser la galaxie d’un bout à l’autre, mais nous ne le comprenons pas réellement, n’est-ce pas ? demanda Loken. Que savons-nous vraiment de ce que recèlent ses profondeurs ? Que savons-nous du Chaos ?

— Du Chaos ? répéta Erebus. Loken décela un moment d’hésitation avant que le Word Bearer ne reprît. Qu’entendez-vous par ce terme ?

— Je ne suis pas certain de le savoir, admit Loken. C’est une chose que Mithras Tull m’a dite sur Xenobia.

— Mithras Tull ? Ce nom m’est inconnu.

— C’était un des officiers subordonnés à Jephta Naud, expliqua Loken. J’étais en train de lui parler quand tout a dégénéré.

— Que vous a-t-il dit, capitaine Loken ? Précisément.

Le ton employé par le premier chapelain fit imperceptiblement se plisser les yeux de Loken.

— Tull parlait du Chaos comme s’il s’agissait d’une force caractéristique, d’une présence primale dans le Warp. Il l’a qualifié de plus grande source de corruption, en disant que le Chaos nous survivrait et danserait sur nos cendres.

— Une tournure de phrase plutôt pittoresque.

— C’est vrai, mais je pense qu’il était sérieux. Loken se replongea dans la contemplation du Warp.

— Croyez-moi, Loken : le Warp n’est rien d’autre qu’une masse d’énergie aveugle en état d’agitation perpétuelle. Rien de plus. Ou bien y aurait-il quelque chose qui vous pousse à croire autrement ?

Loken repensa à la créature qui s’était emparée de la chair de Xavyer Jubal, sous les montagnes de Soixante-Trois Dix-Neuf. Ce n’avait pas été la manifestation d’une énergie aveugle. Loken avait perçu une intelligence monstrueuse et affamée derrière les traits difformes de ce que Jubal était devenu.

Erebus le regardait, dans l’expectative. Pour autant que le Word Bearer eût été bien accueilli parmi les Sons of Horus, Loken n’était pas encore prêt à partager son témoignage sur l’épisode des Pics des Murmures avec un étranger. Il répondit finalement en hâte :

— J’ai lu le récit de batailles entre les tribus de Terra avant la venue de l’Empereur, et il y est dit qu’ils usaient de pouvoirs qui…

— Était-ce dans Les Chroniques d’Ursh ? demanda Erebus.

— Oui, comment le savez-vous ?

— Je les ai lues moi aussi, et je vois à quels passages vous faites référence.

— Alors vous savez également qu’il y est question de dieux primordiaux et des invocations qui leur sont adressées.

Erebus eut un sourire indulgent.

— Oui. Et c’est là l’ouvrage de fabulateurs outranciers et d’incorrigibles démagogues, cherchant à rendre leurs divagations aussi spectaculaires que possible. Les Chroniques d’Ursh ne constituent pas le seul texte de cette nature. De nombreuses narrations de ce genre furent composées avant l’Unification ; chaque écrivain noircissait page après page des horreurs les plus abusives pour surpasser ses contemporains. Avec pour résultat des œuvres de… de valeur douteuse.

— Vous pensez donc qu’elles n’ont aucun fondement ?

— Pas le moindre, assura Erebus.

— Tull prétendait que l’Immaterium, comme il l’appelait, était à la racine de la sorcellerie et de la magie.

— La magie ? Erebus éclata de rire, avant de river son regard dans celui de Loken. Il vous a menti, mon ami. Cet homme avait fraternisé avec des espèces xenos, ce qui est une abomination aux yeux de l’Empereur. Vous savez bien qu’on ne peut croire la parole d’un ennemi ; et après tout, l’interex ne nous a-t-il pas accusés à tort d’avoir dérobé l’une des épées des kinebrach dans sa Galerie des Objets ? Même après que le Maître de Guerre eût assuré en personne que cela ne pouvait être ?

Loken ne répondit pas, cependant que les liens de fraternité qu’on lui avait inculqués luttaient contre ce que lui disaient ses propres sens. Tout ce qu’Erebus énonçait ne faisait que renforcer sa propre conviction dans l’inexistence de la sorcellerie, des esprits et des démons.

Il ne pouvait pourtant pas ignorer ce que son instinct lui hurlait : qu’Erebus lui mentait, et que la menace du Chaos était horriblement réelle.

Mithras Tull était devenu un ennemi, Erebus était un Astartes. Et Loken se sidérait lui-même d’être davantage porté à croire le guerrier de l’interex.

— Il n’existe rien qui ressemble au Chaos tel que vous me l’avez décrit, promit Erebus.

Loken hocha la tête. Mais il réalisa que personne, pas même l’interex, n’avait précisé quel type d’arme avait été subtilisé à la Galerie des Objets.

— T’as entendu ça ? insista Karkasy en se versant un nouveau verre de vin. Un plein accès… Au Maître de Guerre ! C’est une honte. Nous, on est là à se casser le cul pour créer de l’art digne de ce nom, dans l’espoir d’attirer l’œil de quelqu’un d’important, et elle, elle arrive en se pavanant, sans même un « s’il vous plaît », et elle a droit à une audience avec le Maître de Guerre !

— J’ai cru comprendre qu’elle avait des relations, déplora avec lui Wenduin, un petit bout de femme aux cheveux roux et à la silhouette généreuse, que la rumeur du vaisseau prétendait être chaude comme la braise une fois mise sous les draps. Karkasy s’était rapproché d’elle dès qu’il eût remarqué que Wenduin était pendue au moindre de ses sarcasmes. Il avait oublié quelle était exactement sa spécialité, même s’il se souvenait vaguement de quelque chose à propos de « compositions de lumières harmoniques », quoi que cela pût bien vouloir dire.

Honnêtement, se dit-il, on laissait vraiment n’importe qui devenir commémorateur.

Comme à l’accoutumée, la Retraite était comble des poètes, dramaturges, artistes et compositeurs qui lui donnaient son atmosphère bohème, tandis que les officiers de l’Armée Impériale en permission et les matelots de bord étaient venus là pour se laisser impressionner par des histoires de livres publiés, d’ovations lors des soirées d’ouverture et d’excès hédonistes dans les coulisses.

Sans ce public, la Retraite se révélait être un bar inconfortable, enfumé et vandalisé, rempli de gens qui n’avaient rien de mieux à faire que de se trouver là. Les joueurs avaient gratté la dorure des arcades pour la scinder en morceaux qui leur servaient de jetons, morceaux dont Karkasy possédait maintenant un petit tas substantiel dans sa cabine. Les artistes avaient recouvert en blanc des parties entières des cloisons pour y peindre leurs propres créations, lesquelles relevaient pour l’essentiel de la farce.

Hommes et femmes occupaient toutes les tables disponibles, jouaient une main ou deux de merci-merci pendant que certains des commémorateurs les plus enthousiastes méditaient à leur prochaine composition. Karkasy et Wenduin étaient assis dans l’une des alcôves capitonnées, le long du mur de la Retraite remplie du bruissement des conversations.

— Des relations, répéta prudemment Wenduin.

— C’est ça, exactement, réagit Karkasy en vidant son verre. J’ai entendu dire le Conseil de Terra, et le Sigillite aussi.

— Mais comment elle a les a eues ? se demanda tout haut Wenduin. Ses relations, je veux dire.

Karkasy secoua la tête.

— Sais pas.

— C’est pas comme si toi, t’avais pas de relations du tout, lui fit-elle remarquer en remplissant elle aussi son verre une nouvelle fois. Je sais pas de quoi tu te plains, tu as un des Astartes qui veille sur toi. T’es mal placé pour lui faire la leçon !

— Tu parles ! grogna-t-il en frappant du plat de la main sur la table. Je suis obligé de lui montrer tout ce que j’écris. C’est de la censure. Voilà ce que c’est.

Wenduin haussa les épaules.

— Peut-être que oui, peut-être que non ; en tout cas, t’as quand même pu aller au conseil de guerre, pas vrai ? Je suis sûre que ça valait bien un peu de censure.

— Peut-être, éluda Karkasy, qui ne souhaitait pas se laisser entraîner sur le sujet des événements de Davin, et de sa terreur à la vue d’un premier capitaine enragé prêt à lui arracher la tête.

En tout cas, le capitaine Loken l’avait plus tard retrouvé tremblant dans la tente du Commissariat, occupé à attaquer une bouteille de distilac. Cela avait été un peu ridicule, en vérité. Loken avait arraché une page de son Bondsman numéro 7, et avait écrit dessus en grosses lettres avant de la lui tendre.

— Ceci est un serment de l’instant, Ignace, lui avait-il dit. Savez-vous ce qu’il représente ?

— Je crois, avait-il répondu en lisant ce que Loken y avait inscrit.

— Ce serment s’applique à une action spécifique très précise, avait expliqué Loken. Il est courant qu’un Astartes prête ce genre de serment avant la bataille pour faire vœu d’atteindre un certain objectif, ou pour jurer de défendre un idéal. Dans votre cas, Ignace, ce sera de garder pour vous ce qui s’est passé ici.

— Je ne dirai rien à personne, capitaine.

— Vous devez le jurer, Ignace. Placez la main sur cette feuille et lisez le serment à voix haute.

Ce qu’il avait fait, une main tremblante posée sur la page, dont il se rappelait la texture épaisse sous sa paume moite.

— Je fais serment de ne jamais répéter à quiconque ce qu’il s’est dit entre nous. Loken avait hoché la tête avec solennité.

— Ne prenez pas ceci à la légère, Ignace. Vous venez de prêter serment à un Astartes, et vous ne devrez jamais le briser. Ce serait une grave erreur.

Il avait acquiescé, et rejoint le premier transport pour quitter Davin.

Karkasy chassa ce souvenir de sa mémoire. Toute la chaleur ou le réconfort qu’avait pu lui apporter le vin s’étaient soudainement et péniblement envolés.

— Hé, l’interpella Wenduin. Tu m’écoutes ? T’as l’air parti à mille kilomètres d’ici.

— Oui, désolé. Qu’est-ce que tu disais ?

— Je te demande s’il y a des chances pour que tu parles de moi en bien au capitaine Loken ? Tu pourrais peut-être lui parler de mes compositions ? Tu sais, lui dire qu’elles sont très bonnes.

Ses compositions, très bonnes ?

Il regarda dans ses yeux et y discerna une convoitise répugnante derrière l’intérêt apparent qu’elle lui portait. Il la voyait désormais comme l’arriviste qu’elle était. D’un seul coup, il ne désira plus que s’en aller.

— Alors ? Tu crois que tu pourrais ?

Il lui fut épargné de devoir imaginer une réponse par l’arrivée d’une silhouette en robes.

Karkasy leva les yeux et dit :

— Je peux vous aid… Mais sa phrase resta en suspens quand il eût fini par reconnaître Euphrati Keeler. La transformation qui s’était opérée depuis la dernière fois qu’il l’avait vue était remarquable. Au lieu de son ensemble habituel de treillis et d’une paire de bottes, elle portait la robe beige d’une commémoratrice, et ses longs cheveux avaient été taillés en une modeste frange.

Bien que cette apparence fût plus féminine, Karkasy s’aperçut avec déception que le changement n’était pas de son goût, et qu’il préférait son ancien style plus agressif à l’étrange caractère asexué que lui conférait cette tenue.

— Euphrati ? C’est toi ?

Elle se contenta de hocher la tête.

— Je cherche le capitaine Loken, tu l’as vu aujourd’hui ?

— Loken ? Non, enfin, si, mais pas depuis Davin. Tu veux te joindre à nous ? ajouta-t-il en ignorant le regard de vipère que Wenduin jetait dans sa direction. Son espoir d’être sauvé fut anéanti quand Euphrati s’excusa.

— Non merci. Ça n’est pas vraiment un endroit pour moi.

— Ni pour moi, et pourtant j’y suis, sourit Karkasy. Tu es sûre de ne pas te laisser tenter par un peu de vin ou un jeu de cartes ?

— Je suis sûre, mais merci quand même. À plus tard, Ignace, et passe une bonne soirée, le salua Keeler avec un sourire entendu. Karkasy lui adressa un sourire en coin, et il la regarda s’éloigner, passant d’alcôve en alcôve avant de quitter la Retraite.

— C’était qui ? demanda Wenduin, sur un ton de jalousie professionnelle qui amusa Karkasy.

— Une très bonne amie à moi, lui répondit-il en appréciant tout le sens de ces mots.

Wenduin hocha la tête.

— Écoute, est-ce que tu veux coucher avec moi ou pas ? le questionna-t-elle, ayant abandonné toute prétention d’intérêt véritable au profit de l’ambition assumée. Karkasy éclata de rire.

— Je suis un homme ; bien sûr que j’en aie envie.

— Et est-ce que tu parleras de moi au capitaine Loken ?

Si tu es aussi bonne au pieu qu’on le raconte, alors oui , aurait-il voulu pouvoir répondre.

— Oui, ma chère, je lui parlerai de toi, dit-il en remarquant au bout de la table une feuille de papier pliée. Est-ce qu’elle se trouvait déjà là plus tôt ? Il ne s’en souvenait pas. Tandis que Wenduin quittait l’alcôve, il ramassa le papier et le déplia. En haut était dessiné une sorte de symbole, un long I majuscule avec une étoile en son centre. Il n’avait aucune idée de ce qu’il représentait, et se mit à parcourir les lignes, pensant qu’il pouvait s’agir du travail perdu par un des commémorateurs.

Cette possibilité s’estompa quand il lut les mots inscrits sur le papier.

« L’Empereur de l’Humanité est la Lumière et la Voie, et toutes ses actions sont pour le bien de l’Humanité, de nous qui sommes son peuple. L’Empereur est Dieu et Dieu est l’Empereur ; ainsi est-il dit dans le… »

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Wenduin.

Karkasy ne lui répondit pas, plongea le papier dans sa poche et quitta l’alcôve. Son regard parcourut la Retraite, où plusieurs brochures identiques étaient posées sur diverses tables. Il était à présent convaincu que cette feuille n’avait pas été sur la table avant le passage d’Euphrati, et commença à faire le tour de la salle, pour ramasser autant de ces brochures cornées qu’il pouvait en trouver.

— Mais qu’est-ce que tu fais ? s’impatienta Wenduin, qui le regardait faire, les bras croisés sur la poitrine.

— Fous-moi la paix ! lui cracha Karkasy en se dirigeant vers la sortie. Trouve-toi un autre gars plus naïf à séduire, je n’ai pas de temps à perdre avec toi.

S’il n’avait pas été si préoccupé, Karkasy se serait sans doute délecté de son expression de surprise.

Quelques minutes plus tard, Karkasy arrivait devant la cabine d’Euphrati Keeler, dans les profondeurs du dédale de coursives voûtées et de passages ruisselants du pont résidentiel. Il remarqua le symbole de la brochure gravé sur la poutrelle près de sa porte, à laquelle il tambourina du poing jusqu’à ce qu’on consentît à lui ouvrir. Une odeur parfumée de bougies s’échappa dans le couloir.

Elle lui sourit, et il comprit qu’elle l’avait attendu.

— Lectio Divinitatus ? dit-il en lui montrant la pile d’opuscules qu’il avait ramenés de la Retraite. Il faut qu’on parle.

— Oui, Ignace, il faut qu’on parle. Elle se retourna et le laissa debout sur le seuil, qu’il ne tarda pas à franchir.

Les appartements privés d’Horus étaient étonnamment modestes, songeait Petronella ; simples et fonctionnels, où seuls quelques objets pouvaient être considérés comme des possessions intimes. Elle ne s’était pas attendue à trouver une débauche ostentatoire, mais tout de même davantage que le logement d’un quelconque soldat de l’Armée Impériale. Contre l’une des cloisons, un casier était rempli de parchemins jaunis couverts de textes de serments, et des livres très usagés reposaient sur les étagères, près du lit dénudé dont les dimensions qui lui paraissaient massives étaient probablement à peine suffisantes pour un être à l’échelle du primarque.

Elle sourit à l’idée d’Horus en train de sommeiller, et se demanda à quelles visions de puissance et de gloire pouvait bien rêver un fils de l’Empereur. L’image d’un primarque endormi avait quelque chose de rassurant sur sa nature humaine, même s’il ne lui avait jamais traversé l’esprit qu’un Horus put avoir besoin de se reposer. Petronella avait supposé qu’en plus de ne jamais vieillir, les primarques ne se fatiguaient jamais. Elle en conclut que ce lit n’était qu’une affectation, un rappel pour lui de son humanité.

En signe de déférence après leur première entrevue, Petronella ne portait aujourd’hui qu’une robe simple, vert émeraude, aux jupons soulignés par des dentelles argent et topaze, sur une brassière écarlate au décolleté scandaleux. Dans une modeste besace lamée de fil d’or passée à l’épaule, elle avait amené sa plaque de données et sa mnémoplume. Ses doigts lui démangeaient de se mettre au travail. Elle avait laissé Maggard à l’extérieur des quartiers en sachant que de se voir refuser la chance de rencontrer un guerrier tel qu’Horus était pour lui comme une punition. Une telle proximité des Astartes avait été puissamment enivrante pour son garde du corps, qui, d’après elle, les considérait comme des dieux. Sa joie de se trouver au milieu de tels combattants avait quelque chose d’attachant. Mais aujourd’hui, elle allait garder le Maître de Guerre pour elle seule.

Ses doigts frôlèrent la surface du bureau en bois. Il lui tardait de commencer cette première session. Les proportions de ce bureau étaient aussi exagérées que celles du lit. Petronella sourit encore en imaginant les campagnes qu’il y avait planifiées, et les ordres de guerre signés sur un de ses coins usés.

Avait-il écrit ici le billet qui lui avait accordé sa première entrevue, se demanda-t-elle ?

Elle se remémora l’instruction reçue de rejoindre le Maître de Guerre immédiatement ; elle se rappela sa terreur, et son exaltation, et Babeth qui courait en tous sens pour lui préparer une dizaine de tenues. Elle avait fini par opter pour quelque chose d’élégant et de discret : une robe couleur crème dont le corsage ivoire lui redressait la poitrine, et un collier d’or rouge, qui remontait de son cou pour s’enrouler autour de son front en une cascade de perles et de saphirs. Dédaignant la coutume en vogue sur Terra de se poudrer le visage, elle avait opté pour un subtil mariage de sulfure d’antimoine sur le pourtour des yeux et de brillant à lèvres polychromatique.

Horus avait manifestement apprécié sa retenue vestimentaire, et l’avait accueillie par un large sourire quand elle avait été amenée en sa présence. Le souffle de Petronella, s’il n’avait déjà été largement gêné par son corset, aurait été coupé par la glorieuse perfection physique et le charisme palpable du Maître de Guerre. Ses cheveux étaient courts, et son visage ouvert et beau, dont les yeux étourdissants la fixaient en lui disant qu’elle était pour lui la chose la plus importante qui fût. Elle s’était sentie éblouie, comme une débutante à son premier bal.

Lui portait une armure de bataille reluisante, de la couleur d’un ciel d’hiver, aux arêtes renforcées d’or battu, chaque épaulière couverte de texte en bas-relief. Un œil fixe lumineux était ouvert sur le fond terne de son plastron, comme une goutte de sang sur une neige virginale. Son regard l’avait transpercée.

Maggard se tenait alors près d’elle, resplendissant dans ses plates d’or poli et ses mailles d’argent. Il ne portait bien sûr aucune arme, ses épées et ses pistolets ayant été confisqués par les gardes d’Horus.

— Monseigneur, avait-elle salué en courbant la tête et en exécutant une révérence précise, le bras tendu devant elle, paume en bas, dans l’expectative d’un baisemain.

— Vous êtes donc de la maison Carpinus ? avait demandé Horus.

Elle avait rapidement recouvré de ce manquement qu’avait commis le Maître de Guerre en ignorant sa main et en lui posant une question avant que les présentations formelles n’eussent été achevées.

— En effet, monseigneur.

— Ne m’appelez pas comme ça, avait-il demandé.

— Oh… Bien sûr… Comment dois-je m’adresser à vous ?

— « Horus » serait un bon début, avait-il dit. Elle avait relevé les yeux pour le voir sourire ; derrière lui, ses guerriers essayaient sans succès de cacher leur amusement. Petronella avait réalisé qu’Horus se jouait d’elle. Elle s’était forcée à lui rendre son sourire, sans rien laisser paraître de sa contrariété devant une entrée en matière si peu formelle.

— Je m’en souviendrai.

— Et donc, vous voulez être ma documentaliste personnelle, c’est bien ça ? lui avait-il demandé.

— Si vous m’autorisez à remplir un tel rôle, oui.

— Pourquoi ?

Malgré toutes les questions auxquelles elle s’était préparée, elle n’imaginait pas que celle-ci lui serait jetée si crûment.

— Parce que je sens que telle est ma vocation, monseigneur, avait-elle commencé. Il relève de ma destinée, en tant que descendante de la maison Carpinus, de garder trace des grands événements et des hauts faits, et de condenser toute la gloire de cette guerre ; l’héroïsme, le danger, la violence, la fureur de la bataille. Je désirerais…

— Avez-vous déjà vu une bataille, jeune fille ? s’était brusquement enquis Horus.

— Eh bien, non. Jamais directement, avait-elle répondu, en sentant ses joues s’empourprer de colère à ce nom de « jeune fille ».

— Il me semblait bien. Seuls ceux qui n’ont jamais tiré un coup de feu ni entendu les mourants hurler ont envie de voir le sang, la vengeance et la destruction. C’est ce que vous voulez ? C’est là votre « vocation » ?

— Si c’est ce qu’est la guerre, alors oui, avait-elle dit, pour ne pas se laisser décontenancer devant son comportement cavalier. Je veux tout voir. Tout voir et consigner la gloire d’Horus pour les générations futures.

— La gloire d’Horus, avait répété le Maître de Guerre, que ces mots semblaient ravir.

Il la tenait clouée sous son regard.

— Ma flotte compte déjà de nombreux commémorateurs, mademoiselle Vivar. Dites-moi pourquoi vous mériteriez cet honneur.

À nouveau bousculée par ce franc-parler, elle avait cherché ses mots, et comme le Maître de Guerre s’était mis à rire de ce moment de gêne, son irritation avait refait surface. Elle avait parlé avant de pouvoir se retenir de le faire.

— Parce que personne dans cette bande de commémorateurs que vous avez réussie à accumuler ne fera un aussi bon travail que moi. Je saurais vous immortaliser, mais ne croyez surtout pas que vous ayez le droit de m’infliger vos mauvaises manières et votre attitude hautaine… monseigneur.

Un silence menaçant s’était fait.

Alors Horus s’était mis à rire, durement, et elle avait compris qu’en un instant d’emportement, elle venait de ruiner ses chances d’accomplir la tâche qu’elle s’était fixée à elle-même.

— Je vous apprécie, Petronella Vivar de la maison Carpinus, avait-il dit. Vous ferez l’affaire.

Bouche bée, elle avait senti son cœur se mettre à trépider.

— Vraiment ? s’était-elle fait confirmer, inquiète que le Maître de Guerre eût pu à nouveau se moquer d’elle.

— Vraiment, avait déclaré Horus.

— Je pensais…

— Écoutez, jeune fille, il me suffit généralement d’une dizaine de secondes pour me prononcer au sujet d’une personne, et l’opinion que je me fais ne change ensuite que rarement. À l’instant même où vous êtes entrée, j’ai discerné la combattante qu’il y avait en vous. Vous avez quelque chose de la louve, et c’est ce que j’aime. Une seule chose…

— Oui ?

— Ne soyez pas si formelle la prochaine fois, s’était-il moqué. Nous sommes sur un croiseur de guerre, pas dans l’un des parloirs de la Mérique. Je crains de devoir maintenant vous demander de m’excuser, car il me faut descendre sur Davin pour y tenir un conseil.

Et c’était ainsi qu’elle avait été nommée.

Il l’étonnait encore que tout eût été si facile, même si cela voulait dire que la plupart des tenues solennelles emmenées avec elle étaient désormais inappropriées, ce qui la forçait à revêtir des robes incroyablement ordinaires, qui auraient semblé plus à leur place dans les hospices pour déshérités des spires de Gyptus. Les dames de la haute société ne l’auraient pas reconnue.

Cette considération la fit sourire tandis que ses doigts atteignaient le bout du bureau et trouvaient un ancien ouvrage relié de cuir craquelé, aux lettres d’or estompées. Elle l’ouvrit et tourna paresseusement quelques pages, s’arrêtant sur l’une de celles où un diagramme astrologique complexe montrait une conjonction spécifique de planètes, sous laquelle se trouvait l’image d’une sorte de bête mythique, mi-homme, mi-cheval.

— Mon père me l’a offert, dit une puissante voix derrière elle.

Elle se retourna en retirant vivement du livre sa main coupable.

Horus se tenait derrière elle, sa silhouette massive engoncée dans son armure. Sa personne physique était toujours aussi intimidante et virile. L’idée de se trouver seule, dans la même pièce qu’un spécimen masculin aussi vigoureux et en l’absence d’un chaperon, donnait à sa gêne un caractère délicieux.

— Pardonnez-moi, s’excusa-t-elle. C’était impoli de ma part. Horus la rassura d’un geste de la main.

— Ne vous en faites pas. S’il y avait quoi que ce soit que je ne souhaitais pas vous montrer, je ne l’aurais pas laissé sorti.

Malgré ces mots rassurants, il vint prendre le livre et le glissa parmi les autres de l’étagère au-dessus de son lit. Elle sentit immédiatement en lui une grande tension ; en dépit de ses extérieurs calmes, elle lut la colère forcenée qui bouillonnait sous sa peau, comme les flammes d’un volcan endormi au bord de relâcher sa fureur contenue.

Il parla encore avant qu’elle n’eût pu trouver à répondre.

— J’ai peur de ne pas avoir un seul moment aujourd’hui pour m’asseoir et vous parler, mademoiselle Vivar. Des troubles survenus sur la lune de Davin requièrent mon attention immédiate.

Elle tâcha de masquer sa déception en lui certifiant :

— Ça n’est pas un problème. Nous pouvons convenir d’un nouveau rendez-vous quand vous aurez plus de temps.

Il se mit à rire, d’une façon sèche et, songea-t-elle, un peu trop triste pour être convaincante.

— Ce ne sera peut-être pas avant longtemps, lui annonça-t-il.

— Je ne suis pas du genre à renoncer facilement, promit-elle. J’attendrai.

Horus considéra un instant ces paroles, puis secoua la tête.

— Non, ça ne sera pas nécessaire, dit-il avec un sourire. Vous disiez vouloir observer la guerre ?

Elle hocha la tête d’un air enthousiaste.

— Alors accompagnez-moi à la baie d’embarquement. Je vous montrerai comment les Astartes s’y préparent.

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