Horus Heresy: Collection I (The Horus Heresy) (French Edition)

Dix-sept

Vaincre, c’est survivre

Dies Irae

La fin

 

— Traître, prononça Loken en s’avançant dans l’hémicycle.

— Il n’y avait plus rien à trahir, lui rétorqua Abaddon.

Malgré tout ce qui s’était produit sur Isstvan III, le mot « trahison » avait encore le pouvoir d’aviver cette colère toujours présente à l’intérieur de lui.

— Je t’envie, Loken, continua-t-il. La galaxie doit te paraître tellement simple. Tant qu’il y a quelqu’un que tu peux appeler ton ennemi, tu combattras jusqu’à la mort en étant convaincu d’avoir raison.

— Je sais que j’ai raison ! cria Loken. Comment est-ce que tout ça pourrait vous donner raison à vous ? Est-ce que vous aviez raison d’anéantir cette cité et d’assassiner vos frères ? Qu’est-ce qui t’est arrivé, Ezekyle, pour que tu te transformes en celui que tu es maintenant ?

En laissant Aximand se tenir seul à côté du pupitre, Abaddon descendit du proscenium. Son armure Terminator le rendait bien plus grand que Loken, lequel savait, pour avoir vu le premier capitaine en opération, qu’elle ne le gênait pas, et lui permettait de combattre comme n’importe quel Astartes en armure énergétique.

— Ce que nous avons fait sur Isstvan III, nous y avons été avons été contraints par l’incapacité des esprits étriqués à comprendre la réalité, dit Abaddon. Tu crois que j’y ai joué mon rôle et que je suis ici parce que j’apprécie de tuer mes frères ? Je crois en quelque chose, Loken, tout autant que toi. Il existe des forces dans cette galaxie que même l’Empereur ne comprend pas. Si cet égoïste laisse l’Humanité pourrir sur la branche pendant qu’il cherche à devenir un dieu, ces forces nous submergeront, et le moindre être humain dans cette galaxie disparaîtra. Est-ce que tu comprends ça ? La race humaine tout entière ! Le Maître de Guerre l’a compris, lui, et c’est pour cela qu’il doit prendre la place de l’Empereur. Pour empêcher cette menace.

Torgaddon secoua la tête.

— Empêcher cette menace. Tu es un imbécile, Ezekyle. Nous avons très bien vu ce qu’Erebus faisait. Il vous a menti à tous. Vous avez conclu un pacte avec des puissances maléfiques.

— Maléfiques ? intervint Aximand. Elles ont sauvé la vie du Maître de Guerre. J’ai vu quel est leur pouvoir, et il est à sa portée de les contrôler. Vous croyez que nous sommes fous, ou aveugles, mais les forces du Warp sont la clé de cette galaxie. Et c’est cela que l’Empereur ne peut comprendre. Le Maître de Guerre sera le souverain du Warp, comme de l’Imperium. Et c’est ainsi que nous régnerons sur les étoiles.

— Non, répondit Loken. Le Maître de Guerre a été corrompu ; s’il monte sur le trône de Terra, ce ne sera pas l’Humanité qui régnera sur la galaxie. Et tu le sais, Horus. Même si Ezekyle ne le sait pas. Ezekyle ne se soucie pas de la galaxie, tout ce qui l’importe, c’est d’être dans le camp des vainqueurs.

Abaddon sourit, en approchant lentement de Loken, alors que Torgaddon le contournait pour se diriger vers Aximand.

— Vaincre, c’est survivre, dit-il. Celui qui meurt a perdu, et ce en quoi il croyait ne signifie plus rien. Il pourrait aussi bien ne jamais avoir existé. Moi, je vais vivre. La victoire, Loken, la victoire est la seule chose qui ait une vraie valeur dans cette galaxie. Tu aurais dû passer plus de temps à te comporter en soldat ; peut-être qu’aujourd’hui, tu te retrouverais dans le camp des vainqueurs.

Loken leva son épée en s’efforçant de jauger les mouvements d’Abaddon.

— Il est toujours temps de décider de qui va gagner.

Il le sentait se tendre, prêt à frapper. Les rodomontades du premier capitaine n’étaient qu’une couverture.

— Loken… Tu as fait tant de chemin, et tu n’as toujours pas compris. Nous ne sommes pas à ce point différents des humains que nous n’ayons pas droit à quelques défauts. Mais te battre contre nous au lieu de réaliser ce que le Maître de Guerre cherche à accomplir… C’est impardonnable.

— Et toi, Ezekyle, quel est ton défaut ?

— De trop parler, répondit Abaddon, et il s’élança, les lames de son gantelet baignées d’énergies létales.

Torgaddon vit Abaddon charger vers Loken, et prit cela comme un signal pour attaquer Aximand. Son frère d’antan avait lu son intention dans ses yeux, et se précipita à sa rencontre, alors que les deux autres membres du Mournival commençaient déjà à détruire les bancs de la salle.

Ils se rejoignirent dans un choc de plaques d’armure, s’empoignèrent avec toute la force que seuls peuvent mobiliser ceux qui furent autrefois frères et devinrent les pires ennemis. Ils restèrent ainsi accrochés l’un à l’autre comme des lutteurs, jusqu’à ce qu’Aximand parvînt à écarter d’un coup les bras de Torgaddon pour lui envoyer son coude dans la mâchoire.

Torgaddon recula, bloqua le retour droit dirigé lui aussi vers son visage, et se rapprocha d’Aximand en lui expédiant son genou dans l’abdomen.

L’Autre Horus chancela, mais Torgaddon savait qu’il faudrait davantage qu’un choc aux entrailles pour arrêter un guerrier tel que lui. Son adversaire était d’une constitution solide ; sa force, son habileté et sa stabilité sur ses appuis égalaient les siennes.

Les deux guerriers se firent face. Pendant un instant, Torgaddon reconnut sur les traits d’Aximand une expression de regret.

— Pourquoi fais-tu ça ? lui demanda-t-il.

— Vous dites que vous êtes contre nous, répondit Aximand.

— Et c’est le cas.

Tous les deux abaissèrent leur garde et se redressèrent ; ils étaient frères, des membres du Mournival qui avaient traversé tant de batailles ensemble que leurs postures étaient inutiles. Tous deux savaient comment l’autre se battait.

— Tarik, dit Aximand. Si cela avait pu se terminer autrement, c’est ce que nous aurions fait. Aucun d’entre nous n’aurait choisi d’en passer par là.

— Horus, quand as-tu réalisé à quel point vous étiez allés trop loin ? Quand le Maître de Guerre t’a dit que nous allions être bombardés, ou un peu avant ?

Aximand regarda vers le combat que se livraient Loken et Abaddon.

— Tu peux t’en sortir, Tarik. Le Maître de Guerre veut la tête de Loken, mais il n’a rien dit te concernant.

Torgaddon éclata de rire.

— Nous t’avions appelé l’Autre Horus parce que tu lui ressemblais tellement, mais nous avions tort. Horus n’a jamais eu ce doute dans les yeux. Toi, tu doutes, Aximand. Peut-être que tu es dans le mauvais camp. Peut-être que c’est ta dernière chance de terminer ta vie comme un Astartes, et pas comme un esclave.

Aximand sourit faiblement.

— Je l’ai vu, Tarik, j’ai vu le Warp. On ne peut pas se dresser contre lui.

— Et pourtant… Regarde-moi.

— Si tu avais seulement accepté la chance que la loge t’a offerte, toi aussi, tu l’aurais vu. Nous pouvons gagner une telle puissance. Si seulement tu savais, Tarik, tu nous rejoindrais dans l’instant. Tout l’avenir t’apparaîtrait clairement.

— Tu sais que je ne peux pas reculer. Pas plus que toi.

— Alors nous en sommes revenus là ?

— Exactement. Comme tu l’as dit, nous n’avons pas choisi nous-mêmes d’en arriver là.

Aximand se tint prêt.

— Comme dans les cages d’entraînement, Tarik.

— Non, répondit Torgaddon. Ça n’a plus rien à voir.

La griffe énergisée frappa vers la tête de Loken, et il s’abaissa, trop tôt pour reconnaître la feinte. Abaddon l’attrapa par le bord de son épaulière et lui planta son genou en plein dans l’estomac. La céramite se tordit. Loken sentit une pique de souffrance s’enfoncer en lui.

Abaddon le lâcha et lui lança son poing dans le visage. Loken fut projeté contre le mur de la chambre. De l’enduit roussi et des fragments de brique tombèrent autour de lui.

— Le Maître de Guerre voulait que j’emmène l’escouade Justaerin avec moi, mais je lui ai dit que je le prenais comme un affront.

Son épée était tombée à ses pieds, Loken la vit et se laissa glisser le long du mur pour la récupérer. Il se releva, s’écarta de la trajectoire d’un nouveau coup de poing et dirigea sa lame latéralement vers le visage du premier capitaine.

Abaddon la bloqua avec son avant-bras, tendit le bras pour soulever Loken du sol et le projeter à nouveau vers le mur de l’édifice. Les environs de Loken se renversèrent autour de lui, et soudain vint la douleur.

Sa vision se troubla ; lorsqu’il retomba, sa chute dispersa autour de lui quelques débris de pierre.

La souffrance lui paraissait étrange, comme si elle avait été celle de quelqu’un d’autre. Comme si son dos était brisé, et qu’une voix perfide lui murmurait à l’esprit que la souffrance disparaîtrait s’il acceptait seulement de s’y abandonner, de se laisser aller à un oubli nébuleux.

Sa poigne se resserra autour de son épée, il laissa sa colère alimenter sa volonté de combattre cette voix dans sa tête, qui lui disait de renoncer.

Il y avait longtemps, Loken avait prêté un serment à l’Empereur, et ce serment était de ne jamais abandonner, même au moment où la mort approcherait. Sa vision redevint nette, et il leva les yeux vers le trou que son corps avait ouvert en traversant le mur de l’édifice.

Loken roula sur le ventre alors que la forme massive d’Abaddon chargeait dans sa direction, en fracassant les bords de cette brèche.

Il se remit sur ses pieds et recula, et le gantelet d’Abaddon le manqua de peu. Il se rapprocha, frappa de la pointe de son épée que les épaisses plaques de l’armure Terminator détournèrent. Loken remonta en courant les marches qui entouraient l’édifice. Il entendait Torgaddon et Aximand se battre à l’intérieur. L’aide de son frère lui serait indispensable pour triompher.

— Tu ne pourras pas m’échapper éternellement ! rugit Abaddon et se retournant de son pas résonnant pour se lancer à sa poursuite.

Saul Tarvitz avait retrouvé le sourire carnassier d’un chasseur qui aurait finalement acculé sa proie. Les guerriers que Solathen et lui menaient se ménageaient un passage sanglant parmi ceux d’Eidolon, et les tuaient sans pitié, comme eux-mêmes l’avaient été si récemment. Ce qui avait été une offensive menaçant de les submerger pouvait à présent devenir une déroute pour les renégats.

Le bruit des fusillades se répercutait puissamment dans le palais. Les loyalistes lâchaient rafale après rafale sur tout ce qu’ils voyaient bouger. Ils encerclaient petit à petit le groupe d’assaut d’Eidolon qui, attaqué sur deux fronts, commençait à céder.

Tarvitz voyait certains de ses combattants, privés d’un membre ou souffrant de plaies ouvertes, continuer de livrer leur combat désespéré, en adoptant des positions défensives d’où ils pouvaient encore tirer sur les traîtres qui avaient failli réussir à les prendre en défaut. La propre épée de Tarvitz avait fauché un impressionnant total d’Astartes aux côtés desquels il avait jadis combattu et versé son sang ; chaque coup de lame était un tour cruel du destin, qui lui apportait une tristesse cuisante autant qu’une satisfaction cathartique.

Au centre de la bataille, il repéra Eidolon qui brisait un nouvel adversaire à chaque coup de son marteau, et se jeta dans la mêlée pour tenter d’atteindre le seigneur commandeur. Son corps souffrait toujours du duel contre Lucius. Appeler un apothicaire aurait été vain ; quelles que fussent les blessures dont il souffrait, celles-ci n’auraient jamais l’occasion de guérir. Tout s’achèverait ici, Tarvitz le savait, mais ce dernier combat aurait été mémorable, et jamais il n’avait été plus fier que de mener ses hommes en cet instant.

Que des combattants aussi nobles fussent sur le point de périr par la faute d’un des leurs, supposé loyal, mettait à leur résistance un point final tragique qui pour autant lui semblait approprié. Lucius avait bien failli leur coûter cette bataille d’emblée. Tarvitz se jura que s’il devait survivre à cet enfer, il traquerait ce scélérat et s’assurerait de le tuer lui-même.

Le seigneur commandeur était presque à sa portée.

À peine Eidolon l’eut-il vu venir à lui que les traîtres se mirent à battre en retraite en rangs disciplinés. Tarvitz était prêt à céder à la frustration, mais pas au point de se précipiter à la poursuite de son ennemi.

— Ligne de tir en travers de la nef ! cria-t-il à pleins poumons. Instantanément, un groupe d’Astartes se mit en formation et commença à diriger ses volées sur l’ennemi en recul.

Il abaissa son épée et s’appuya contre le mur délabré. Une fois de plus, contre toute attente, ils avaient tenu. Avant que ne lui fût laissé un seul instant pour savourer le caractère improbable de cette dernière victoire, son communicateur le sollicita.

— Capitaine Tarvitz, dit une voix, qu’il reconnut comme celle d’un des Luna Wolves.

— Parlez.

— Ici Vipus, mon capitaine. Notre position sur le toit est viable, mais nous avons de la compagnie.

— Je sais, répondit Tarvitz. Les Sons of Horus.

— Pire que ça. Levez les yeux et regardez à l’ouest.

Tarvitz s’avança au milieu des traces de la bataille, pour scruter le ciel au-dessus des ruines croulantes et nimbées de fumée. Quelque chose se dirigeait vers le palais, quelque chose d’encore distant, et néanmoins gigantesque.

— Douce Terra, soupira-t-il. Le Dies Irae .

— Je vais faire du Titan notre cible prioritaire, promit Vipus.

— C’est inutile, vous ne pourrez pas l’endommager. Continuez de viser les fantassins ennemis.

— À vos ordres, mon capitaine.

— Ennemis en approche ! cria quelqu’un proche de l’entrée du palais. Des blindés et leurs unités de soutien !

Tarvitz mobilisa ses ultimes réserves d’énergie pour à nouveau mobiliser ses troupes et organiser la défense du site.

— Escouades d’assaut, postez-vous près des portes ! À tous les autres, feu à volonté !

Tarvitz voyait arriver un important détachement des forces ennemies, des Land Raiders trapus et des Rhinos massés en lisière du palais du maître de chœur. Derrière eux, des Sons of Horus, des World Eaters et des Emperor’s Children répartissaient leurs angles de tir afin de couvrir tout le bâtiment.

Le Dies Irae serait bientôt assez proche pour faire peser sur eux toutes les batteries de son armement.

— Ils vont bientôt nous attaquer, cria Tarvitz, mais nous allons les repousser encore, mes frères ! Peu importe ce qui doit arriver, ils n’oublieront pas le combat que nous leur aurons opposé !

En considérant la taille de l’armée arrangée devant eux pour l’offensive finale, Tarvitz sut qu’ils ne pourraient résister plus longtemps.

C’était la fin.

Une armure Terminator était immense et changeait un homme en char d’assaut vivant. Ce que son porteur gagnait en protection, il le perdait en célérité ; Abaddon en avait l’habitude et malgré le poids de ses plaques, parvenait à combattre presque aussi vite que n’importe quel Astartes.

Mais « presque » n’était pas suffisant quand il devenait question de vie ou de mort.

Des gravats se répandirent à l’intérieur du parlement quand Abaddon y refit brutalement son entrée, les hautes épaules de son armure blanchies par la poudre de plâtre. Ses pas l’amenèrent sous un portique affaissé, lequel supportait encore le poids d’un bon nombre de statues de marbre. Loken frappa l’une des colonnes flûtées qui soutenaient ce portique. Le pilastre se désagrégea sous la puissance du coup.

Quand l’immense plaque de la structure tomba sur Abaddon et que toute la statuaire s’effondra, la chambre du parlement s’emplit de poussière. Loken parvenait tout de même à entendre le premier capitaine rugir de colère.

Il se détourna de l’avalanche de débris, pour se diriger en courant vers le centre de la bâtisse, au milieu du gonflement du nuage de poussière.

Et il retrouva Torgaddon et Aximand sur la scène centrale.

Torgaddon était à genoux ; le sang ruisselait de son corps et de ses membres brisés. Aximand tenait son épée brandie, prêt à lui délivrer le coup de grâce.

Loken vit ce qui allait suivre avant même que cela ne fût advenu, et hurla à son ancien frère de retenir son geste. Malgré le bruit des éboulis écartés par Abaddon, qui se libérait des statues effondrées, les mots d’Aximand lui parvinrent, atrocement distincts.

— Je suis désolé, Tarik.

Et l’épée s’abattit sur le cou de Torgaddon.

Le tir de plasma était semblable au doigt d’un soleil, qui se tendit depuis le bras du Dies Irae et transperça le mur du temple des chanteuses de guerre. Le feu liquide pénétra profondément dans le sol. Dans un bruit digne d’un cri d’agonie, un des murs s’effondra, et des éclats de pierre verte fusèrent comme des couteaux. Des guerriers furent fondus par la chaleur ou moururent sous les piles de blocs qui s’écroulèrent.

Tarvitz tomba à genoux dans l’enroulement de marches qui rejoignait les étages du temple. Une masse étouffante de cendres brûlantes gonfla autour de lui. Il reprit son ascension ; des dizaines de space marines parmi les derniers loyalistes devaient encore avoir succombé. Le bruit d’effondrement était horrifiant. Il se répercuta dans le silence que faisaient régner les renégats tout autour du palais.

Un corps tomba, celui d’un des Luna Wolves, un bras arraché par les tirs qui harcelaient les niveaux supérieurs.

— Tous sur le toit ! ordonna Tarvitz en ignorant si quelqu’un parvenait à l’entendre malgré la cacophonie des batteries du Titan. Abandonnez la nef !

Il atteignit la galerie qui courait dans la longueur du temple, la découvrit bondée de space marines. Les couleurs de leurs légions étaient impossibles à distinguer sous les couches de salissures et de sang. Mais une telle distinction n’avait plus d’importance, réalisa-t-il ; ils n’étaient plus qu’une bande de frères, luttant pour la même cause.

Au-dessus de cet étage se trouvait le toit. Tarvitz repéra le sergent Rethaerin, un solide officier du rang, vétéran de la campagne sur Meurtre.

— Sergent ! l’appela-t-il. Au rapport !

Rethaerin écarta les yeux de la fenêtre par laquelle était pointé son bolter. Un tir avait dû lui griffer le côté de la tête, et le sang lui ruisselait sur la tempe.

— C’est mauvais, mon capitaine ! répondit-il. Nous les avons retenus jusqu’à maintenant, mais nous ne résisterons pas à une autre attaque. Ils sont trop nombreux, et ce Titan va tous nous exterminer d’une seconde à l’autre.

Tarvitz hocha la tête et risqua un coup d’œil par une ouverture, vers le sol en contrebas. L’aversion qu’il ressentait envers ces traîtres, pour qui les notions d’honneur et de loyauté ne signifiaient plus rien, s’accrut encore quand il constata quelle multitude de cadavres s’étendait autour du palais. Il connaissait tous ces morts, qu’il avait menés au combat pendant ces derniers mois, et plus encore, il savait ce qu’ils symbolisaient.

Ces guerriers avaient été les meilleurs soldats de la galaxie, les sauveurs du genre humain et les favoris de l’Empereur. La trahison brutale avait mis un terme à de longues existences faites de dévotion héroïque et de sacrifice.

Jamais il ne s’était senti aussi impuissant.

— Non, dit-il en recouvrant sa détermination. Nous ne devons pas faillir.

Ses yeux cherchèrent ceux de Rethaerin.

— Le Titan va viser encore une fois le même angle du temple, plus haut, puis les traîtres vont lancer leur assaut. Faites reculer les hommes et tenez-vous en alerte.

Les renégats n’attendaient que de s’emparer du temple pour pouvoir achever les derniers loyalistes à loisir. Cette bataille n’était pas une simple bataille ; elle était pour le Maître de Guerre une démonstration de sa supériorité.

Des tirs d’un calibre prodigieux partirent du Dies Irae . Un orage de mort frappa la chapelle par l’extérieur, faisant succomber plusieurs loyalistes dans de grandes colonnes de feu.

Une chaleur infernale cogna contre le temple, et une bourrasque ardente souffla sur la galerie.

— Vous ne pouvez pas faire mieux que ça ? cria Tarvitz par colère. Vous n’arriverez jamais à tous nous tuer !

Ses guerriers le regardèrent, une lueur sauvage dans les yeux. Pour lui, ces mots lancés par emportement plus que par défi avaient sonné creux, mais il constata l’effet qu’ils avaient eu, et sourit en se rappelant de son devoir envers ces hommes.

Leurs derniers instants devaient signifier quelque chose.

Soudain, l’air se déchira quand l’arme à plasma du Titan tira à nouveau, et une chaleur lumineuse tomba sur la galerie, projetant Tarvitz à terre. Des fragments de pierre fondue se mirent à pleuvoir, des guerriers tombèrent, brisés ou calcinés autour de lui. Aveuglé, assourdi, Tarvitz se traîna à l’opposé des dégâts ; un air tiède revint bruyamment occuper le vide laissé par le tir, et ce fut comme un vent expiatoire, venu souffler les loyalistes de la surface d’Isstvan III.

Il roula sur le dos. Le tir avait traversé nettement le toit du temple, en y laissant à la place d’un des coins un trou aux bords luisants, comme une monstrueuse marque de morsure. Un tiers de la structure complète s’était effondré dans un grand glissement de pierre liquéfiée, lequel s’écoulait dehors telle une langue de jade.

Tarvitz essaya de chasser le sifflement de ses tympans et força ses yeux à faire leur mise au point.

Au travers des effluves de chaleur, il entendit s’élever un cri de guerre ennemi.

Une clameur similaire monta de l’autre côté du temple, là où les World Eaters et les Emperor’s Children étaient déployés parmi les ruines du palais.

L’assaut arrivait.

Dans son mouvement, l’éclat argenté de la lame avait projeté une gerbe rouge. Loken, horrifié, tomba à genoux en voyant la tête de Torgaddon se détacher de ses épaules. Son sang lui jaillit lentement du cou en une courte fontaine.

Loken hurla le nom de son frère, en regardant son corps s’écraser au sol du proscenium et briser dans sa chute le pupitre de bois. Ses yeux rencontrèrent ceux d’Horus Aximand et il vit s’y refléter une tristesse qui égalait la sienne.

Ses humeurs s’enflammèrent. Sa colère n’était pas dirigée contre Aximand, mais contre celui qui, derrière lui, s’extrayait des décombres. Il se retourna, et se força à se relever en voyant Abaddon se redresser sous les vestiges du portique. Le premier capitaine avait dégagé plusieurs plaques de marbre qui auraient broyé le torse d’un Astartes en armure énergétique, mais ses jambes demeuraient prisonnières et immobilisées.

Loken se laissa aller à un cri de douleur et de rage animale, et courut vers Abaddon. Il sauta, retomba en lui clouant un bras sous son genou, de tout son poids et de toute sa force. Le bras libre d’Abaddon se dressa et arrêta le poignet de Loken, qui lui approchait du visage son épée tronçonneuse.

Les deux guerriers se retrouvèrent figés dans le face à face qui déterminerait lequel vivrait et lequel devrait mourir. Loken serra les dents et força sa main à descendre, malgré la résistance d’Abaddon.

Abaddon regarda son visage, où il lut la colère qu’il ressentait pour cette perte.

— Il y a encore de l’espoir pour toi, Loken, grogna-t-il.

Loken poussa la pointe rugissante de l’épée avec plus de force que ne pouvait en contenir un seul corps. La trahison des Astartes, et de l’essence même de ce qu’ils incarnaient, brûlait dans son esprit. La cible de sa haine s’était incarnée sous les traits d’Abaddon.

Les dents de la lame tronçonneuse continuaient de vrombir. Abaddon chercha à les dévier tout en relâchant brusquement sa résistance, et la pointe mordit dans son plastron. Des étincelles jaillirent quand Loken continua de l’y pousser, au travers des épaisses couches de céramite. L’épée trépida, mais Loken conserva sa prise sur elle.

Car il savait où elle allait percer : droit sur le bouclier osseux qui protégeait la cavité thoracique d’Abaddon. Et de là, droit dans son cœur principal.

Alors même qu’il savourait l’idée de cette mort, le premier capitaine se mit à sourire et lui repoussa le poignet vers le haut. Les armures de bataille des Astartes accroissaient leur force, mais les armures Terminator la portaient à un seuil invraisemblable, et Abaddon faisait appel à cette puissance pour déloger Loken de sur lui.

Il se redressa des décombres dans un rugissement courroucé et son gantelet libéré frappa Loken en pleine poitrine. L’armure de Loken se fendit, et il sentit se fracturer les os de son propre bouclier pectoral. Il recula en titubant, en réussissant à rester debout quelques secondes avant que ses jambes n’en vinssent à céder sous lui. Il retomba à genoux, le sang dégoulinant en filets de ses lèvres gercées.

Abaddon se dressait au-dessus de lui. Loken, hébété, regarda Aximand les rejoindre. Les yeux du premier capitaine étaient emplis de son triomphe, et ceux d’Aximand, de regrets. Avec un sourire, Abaddon lui prit des mains l’épée ensanglantée.

— C’est l’arme qui a tué Torgaddon. Il me semble juste qu’elle te tue toi aussi.

Il la leva et dit :

— Tu as eu ta chance, Loken. Meurs donc avec cette pensée.

Loken alla à la rencontre de son regard impitoyable, vit la folie qui se cachait derrière ces yeux comme une foule de démons, et attendit la mort.

Mais soudain, avant que le coup ne tombât, l’édifice du parlement éclata. Quelque chose de vaste et de colossal, comme un dieu de la guerre foulant ce monde, enfonça le mur arrière.

Loken crut entrevoir un gigantesque pied métallique, aisément aussi large que le bâtiment lui-même, frapper dans la maçonnerie et la démolir sur son passage.

Il releva les yeux à temps pour apercevoir ce dieu, terrible et immense, foulant les restes de la cité Chorale. Des armes surgissaient des créneaux alignés sur son dos, et sa tête paraissait déformée par un grognement de colère insensible.

Des tuiles et des débris tombèrent en cascade du toit quand le Dies Irae dévasta le parlement, et Loken sourit de voir le bâtiment s’effondrer autour de lui.

Les vibrations d’impacts démesurés se répercutèrent dans le sol. Le bruit de cette destruction était comme la plus douce des musiques qu’il n’eut jamais entendue, et tout tourna au noir autour de lui.

Saul Tarvitz observa autour de lui, la centaine de space marines entassés dans le minuscule carré de couverts. Tout ce qu’il subsistait du temple des chanteuses de guerre. Ils y attendaient l’offensive finale des renégats depuis ce qui leur avait semblé être une éternité. Une éternité de trente minutes.

— Pourquoi est-ce qu’ils n’attaquent pas ? demanda tout haut Nero Vipus, l’un des derniers Luna Wolves encore en vie.

— Je ne sais pas, dit Tarvitz, mais quelle qu’en soit la raison, j’en suis bien heureux.

Vipus acquiesça, le visage souligné par un chagrin qui n’avait rien à voir avec les derniers combats dans le palais du maître de chœur.

— Toujours aucune nouvelle de Garviel ou de Tarik ? s’inquiéta Tarvitz, en connaissant déjà quelle serait la réponse.

— Non, lui confirma Vipus. Rien.

— Je suis désolé.

Vipus secoua la tête.

— Je ne les pleurerai pas, pas encore. Ils ont pu réussir.

Tarvitz ne répondit pas, préférant laisser le sergent espérer, et ramena son attention sur la taille de l’armée envoyée par le Maître de Guerre. Dix mille renégats patientaient, immobiles, sur les ruines de la cité Chorale. Des World Eaters scandaient leur chant aux côtés d’Emperor’s Children, tandis que les Sons of Horus et la Death Guard se tenaient en longues lignes prêts à faire feu.

Par chance, la silhouette géante du Dies Irae s’était arrêtée de tirer. Le Titan marchait vers le fort-sirène, telle une forteresse de fer ambulante.

— Ils veulent s’assurer que nous serons vaincus, dit Tarvitz. Ils veulent pouvoir planter leur drapeau sur nos cadavres.

— Mais nous leur avons fait livrer le combat de leur vie, n’est-ce pas ? demanda Vipus.

— Oui, estima Tarvitz. Oui, et même une fois que nous ne serons plus, Garro dira aux autres légions ce que nous avons accompli ici. L’Empereur enverra une armée plus grande qu’il ne s’en est vu durant toute la Grande Croisade.

Vipus regarda vers celle du Maître de Guerre.

— Il faudra.

Abaddon contemplait les décombres du parlement, dont la structure n’était plus qu’un empilement de pierre rompue. Son visage d’un violet tuméfié saignait d’une dizaine de coupures, mais il était en vie.

À côté de lui, Horus Aximand s’était adossé à une statue mutilée ; respirer lui était pénible, et son épaule pendait selon un angle peu naturel. Abaddon les avait tous deux fait sortir de la carcasse effondrée du bâtiment. À en juger par la mine abattue d’Aximand, il ne s’en était pas sorti sans quelques cicatrices d’un autre type.

C’était terminé. Loken et Torgaddon étaient morts.

Il avait cru qu’il ressentirait une joie sauvage à cette idée, mais à la place ne lui était venue qu’une sensation de vide, d’un vide étrange qui béait dans son âme, comme un réceptacle qui jamais ne pourrait être rempli.

Abaddon tâcha de ne plus y penser et parla dans son communicateur.

— C’est fait, monseigneur, dit-il.

— Ezekyle, tu te rends compte de ce que nous avons fait ? murmura Aximand.

— Nous avons fait ce qui devait être fait. Le Maître de Guerre l’a ordonné, et nous avons obéi.

— Ils étaient nos frères.

Abaddon fut stupéfait de voir des larmes rouler sur les joues d’Aximand.

— Ils avaient trahi le Maître de Guerre, il n’y a rien d’autre à en dire.

Aximand hocha la tête, mais Abaddon parvenait à discerner la graine du doute qui avait germé en lui.

Il le fit s’appuyer sur son bras, et l’aida à marcher pour aller trouver l’oiseau d’assaut qui les emporterait loin de cet endroit maudit, vers le Vengeful Spirit .

Les traîtres étaient morts au sein du Mournival, mais il n’oublierait pas cette impression de regret qu’il avait vue sur les traits d’Aximand.

Il allait falloir le surveiller, décida-t-il.

L’écran d’affichage du strategium montrait la roche nue et noire d’Isstvan V.

Alors qu’Isstvan III avait auparavant été verdoyante, Isstvan V n’avait jamais été qu’un caillou éruptif. Sans plus aucune vie depuis des éons ; ses seules traces étaient quelques cités et fortifications de basalte dispersées. Le peuple de la cité Chorale croyait que ces vestiges étaient la demeure des dieux maléfiques de leur religion, qui ourdissaient là leur revanche.

Peut-être avaient-ils raison dans un sens, médita Horus. Il repensa à Fulgrim et à son contingent d’Emperor’s Children qui y préparaient la prochaine phase du plan.

Isstvan III avait été un prologue, Isstvan V serait la bataille la plus décisive qu’avait jamais connue la galaxie. L’idée le fit sourire alors qu’il relevait les yeux. Maloghurst arrivait vers son trône de son pas difficile.

— Quelles nouvelles, Mal ? lui demanda Horus. Toutes les unités en surface sont-elles retournées à leurs vaisseaux ?

— Je viens juste d’en avoir confirmation par le Conqueror , lui apprit son écuyer. Angron est revenu. Il était le dernier.

Horus releva la tête vers le globe d’Isstvan V.

— Bien. Je ne suis pas surpris qu’il ait été le dernier à quitter le champ de bataille. Quelle est l’addition finale de cette boucherie ?

— Nous avons perdu beaucoup d’hommes dans les atterrissages, et un bon nombre autour du palais, répondit Maloghurst. Les Emperor’s Children et la Death Guard ont tout autant souffert que nous. Mais les plus atteints ont été les World Eaters, leur légion est à peine à la moitié de ses effectifs.

— Tu penses qu’il n’était pas sage de livrer cette bataille, dit Horus. Tu ne peux pas me le cacher.

— Cette bataille a été coûteuse et aurait pu être raccourcie, affirma Maloghurst. Si le retrait des légions avait été décidé avant que le siège ne se développe, nous aurions économisé du temps et des vies. Nous ne disposons pas d’un nombre infini d’Astartes, et nous n’avons certainement pas de temps en trop. Je ne crois pas que nous avions de grande victoire à gagner ici.

— Tu ne vois que les conséquences matérielles, dit Horus. Les gains psychologiques ont l’air de t’échapper. Abaddon a pris goût au sang, les véritables menaces parmi les rebelles ont été éliminées, et les World Eaters en sont amenés à un point où ils ne peuvent plus reculer. S’il n’y a jamais eu un seul doute quant au succès final de cette croisade, il aura été banni par ce que j’ai réussi sur Isstvan III.

— Dans ce cas, quels sont vos ordres ?

L’attention d’Horus revint vers l’écran d’affichage.

— Nous nous sommes attardés ici trop longtemps, et il est temps d’avancer. Tu as raison, je n’aurais pas dû me laisser entraîner dans une guerre que nous n’avions pas le temps de livrer. Mais je vais rectifier cette erreur.

— Monseigneur ?

— Fais bombarder la cité, dit Horus. Raye-la de la surface de cette planète.

Loken n’arrivait pas à bouger les jambes. Chaque battement de ses cœurs lui torturait les poumons : les muscles de sa poitrine raclaient contre les arêtes de ses os brisés. Il toussait des caillots de sang à chaque expiration en étant presque sûr qu’elle serait sa dernière. La volonté de vivre abandonnait son corps.

Par un intervalle dans les éboulis qui le clouaient au sol, il parvenait à voir le ciel gris sombre. Des stries enflammées tombaient au travers des nuages, et il ferma les yeux en comprenant qu’il s’agissait des premières salves d’un nouveau bombardement orbital.

La mort pleuvait sur la cité Chorale pour la seconde fois, mais cette fois, rien d’aussi insolite qu’un virus ne serait employé. Des têtes explosives raseraient la ville, et mettraient un point d’exclamation final à la bataille pour Isstvan III.

Un tel étalage de puissance était typique du Maître de Guerre.

Cette épitaphe ne laisserait aucun doute à quiconque sur l’identité du vainqueur.

Les premières floraisons orange éclatèrent dans la ville. Le sol trembla. Des bâtiments s’effondrèrent en vagues et les rues se remirent à bouillir.

La terre trépidait comme sous l’effet d’un séisme. Loken sentit sa prison de débris remuer. Des aiguillons de douleur le transpercèrent quand les flammes soufflèrent sur les restes du parlement.

Puis le noir vint enfin, et il ne ressentit plus rien.

Une centaine des loyalistes de Tarvitz avaient tenu bon. Les glorieux survivants de leur dernier carré, rassemblés dans ce qu’il restait du temple des chanteuses de guerre : des Sons of Horus, des Emperor’s Children, et même quelques World Eaters qui parmi eux paraissaient égarés. Tarvitz songea qu’ils ne comptaient aucun membre de la Death Guard. Peut-être quelques-uns d’entre eux avaient-ils survécu à la purge des tranchées menée par Mortarion. Ces rescapés auraient aussi bien pu se trouver de l’autre côté d’Isstvan III.

C’était la fin. Tous, ils le savaient, mais aucun d’eux ne l’avait formulé à voix haute.

Chacun connaissait tous les autres par leur nom. Avant, ils n’avaient été réciproquement que des visages salis au milieu des nuits et des jours interminables, mais ils étaient maintenant de vrais frères, des hommes avec qui Tarvitz se sentirait honoré de mourir.

Les flashs des explosions éclairaient le nord de la cité. Des étoiles filantes transperçaient les nuages sombres au-dessus de leurs têtes, ouvrant des trous par lesquels ils pouvaient entrevoir les véritables étoiles. Celles-ci brillaient à temps pour voir la cité Chorale expirer.

— Est-ce que nous les avons fait souffrir, mon capitaine ? demanda Solathen. Est-ce que notre résistance signifiait quelque chose ?

Tarvitz y pensa un moment avant de lui répondre.

— Oui, dit-il, nous leur avons fait mal. Ils s’en souviendront.

Une ogive s’écrasa sur le palais du maître de chœur, finissant par pulvériser en échardes de granite le peu qu’il restait de sa grande fleur de pierre. Les loyalistes ne se jetèrent pas à couvert, ne coururent pas s’abriter. Cela ne servait plus à rien.

Le Maître de Guerre bombardait la ville, et il savait se montrer minutieux.

Il ne les laisserait pas s’en sortir une seconde fois.

Des tours de flammes montaient dans tout le palais et se rapprochaient d’eux avec une ardeur inéluctable.

Les combats pour la cité Chorale étaient terminés.

Le temple était presque achevé, les croisées de sa haute voûte évoquaient une cage thoracique de pierre noire, sous laquelle les officiers de la nouvelle croisade étaient regroupés. Angron fulminait toujours d’avoir dû abandonner Isstvan III avant l’extermination complète de tous les loyalistes. Mortarion se montrait taciturne et renfermé. Sa Death Guard érigeait comme une barrière d’acier entre lui et le reste du rassemblement.

Le seigneur commandeur Eidolon, toujours conscient des manquements de sa légion aux yeux du Maître de Guerre, s’était fait accompagner de plusieurs escouades d’Emperor’s Children. Sa présence n’était pas la bienvenue, tout juste tolérée.

Maloghurst, Abaddon et Aximand représentaient les Sons of Horus, et à leurs côtés se tenait Erebus. Le Maître de Guerre se trouvait devant l’autel du temple, dont les quatre faces représentaient ce qu’Erebus appelait les quatre visages des dieux. Au-dessus de lui, une vaste image holographique d’Isstvan V les dominait tous.

Une zone connue comme la dépression d’Urgall y était mise en couleur : un cratère géant, surplombé par la forteresse que Fulgrim avait apprêtée pour les forces du Maître de Guerre. Des symboles bleus indiquaient les sites d’atterrissage probables, les couloirs d’attaque et de retraite. Horus avait passé la dernière heure à expliquer les détails de l’opération pour ses commandants, et son exposé arrivait à sa conclusion.

— En ce moment précis, sept légions sont en route pour nous détruire. Elles nous trouveront sur Isstvan V, et la bataille sera grande. Mais en vérité, ce ne sera pas une bataille, car nous avons accompli beaucoup depuis la dernière fois que nous nous sommes vus. Erebus, éclaire-nous sur la situation au-delà du système.

— Tout se passe pour le mieux sur Signum, monseigneur, dit le chapelain en s’avançant. Les nouveaux tatouages dessinés sur son crâne faisaient écho aux symboles gravés dans la pierre du temple. Sanguinius et les Blood Angels ne nous troubleront pas, et Kor-Phaeron nous fait savoir que les Ultramarines se rassemblent autour de Calth. Ils ne suspectent rien, et ne seront bientôt plus en mesure de prêter leurs forces à l’intervention loyaliste. Nos alliés sont plus nombreux que nos ennemis.

— Alors tout est réglé, dit Horus. Et nous briserons l’échine des légions de l’Empereur sur Isstvan V.

— Et ensuite ? demanda Aximand.

Une étrange mélancolie s’était emparée de lui depuis les affrontements de la cité Chorale. Le Maître de Guerre vit Abaddon jeter dans sa direction un regard circonspect.

— Quand notre piège se sera refermé, spécifia Aximand, l’Empereur régnera toujours et l’Imperium en répondra encore à lui. Il y aura Isstvan V, et ensuite ?

— Ensuite ? lui répondit le Maître de Guerre. Ensuite, nous attaquerons Terra.

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Le Mournival est brisé

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