Horus Heresy: Collection I (The Horus Heresy) (French Edition)

Deux

La nature de l’ennemi

Une trace

La raison d’être des arbres

 

Les guerriers arachnides mesuraient trois mètres de haut et possédaient huit membres. Ils avançaient, à une vitesse sidérante, sur leurs quatre pattes postérieures, et se servaient des quatre autres comme armes. Leur torse, proportionnellement plus massif de trente pour cent que celui d’un humain, était segmenté comme celui d’un insecte : un petit abdomen compact, pendu entre les quatre membres écartés dédiés à la marche, un thorax cuirassé d’où sortaient les huit membres. Une tête ramassée, large, en forme de coin, dotée de courtes mandibules responsables de ce cliquètement constant et caractéristique ; un épais front cténoïde et aucun œil apparent.

Les quatre membres antérieurs correspondaient au trophée que Lucius avait récupéré du premier affrontement : des griffes plaquées de métal, longues de plus d’un mètre au-delà de l’articulation. Chaque partie d’un arachnide semblait recouverte d’un épais blindage gris, presque fibreux, excepté la crête de leur tête, laquelle paraissait être une excroissance naturelle ; rugueuse, osseuse, ivoirine.

Tarvitz crut y voir une marque de statut à mesure que les combats se prolongèrent. Plus la crête chitineuse était grande, plus le guerrier était à maturité. Et plus il était donc énorme.

Tarvitz avait tué son premier arachnide au bolter quand celui-ci fut sorti d’entre les herbes qui avaient recommencé à vibrer devant eux, pour décapiter Kercort d’un geste vif de sa griffe gauche supérieure. Même stationnaire, la bête paraissait hyperactive, comme si son métabolisme, et son existence elle-même obéissaient à une cadence bien supérieure à celle des Astartes de Chemos génétiquement améliorés. Tarvitz avait ouvert le feu et criblé de trois tirs l’arête centrale de la carapace thoracique, avant que le quatrième ne fît éclater la tête dans une gerbe de pâte blanche et de fragments de crête. Les jambes de la chose vacillèrent, les lames de ses bras fouettèrent l’air, puis elle tomba. Mais il y eut juste avant un autre bruit de chute.

Celui du corps décapité de Kercort, qui avait fini par percuter la poussière rouge, la pression artérielle faisant jaillir le sang de son cou tranché.

C’était ainsi que le combat s’était déroulé. Aussi vite. Du premier coup à la neutralisation de l’ennemi, à peine le temps pour le malheureux Kercort de s’écrouler.

Un deuxième arachnide était apparu derrière le premier. Ses membres impossibles à suivre du regard avaient arraché le bolter des mains de Tarvitz et lui avaient creusé un profond sillon sur le plastron, en travers de l’aquila qui s’y déployait. C’était un grand crime. De toutes les légions, seuls les Emperor’s Children avaient reçu le droit, par la grâce de l’Empereur, d’arborer l’aquila sur leurs torses. En reculant, tandis que tout autour de lui les autres bolters tiraient et ses frères criaient derrière les bosquets de tiges, Tarvitz s’était senti victime d’une véritable insulte. Il avait dégainé son épée à deux mains, avait alimenté l’arme et frappé. La longue et lourde lame avait glissé sur la crête de l’extraterrestre en lui arrachant quelques copeaux d’un jaune osseux, et Tarvitz avait dû s’écarter de la riposte des quatre longs membres.

Son second coup avait été meilleur. Son épée avait raté la tête et s’était à la place enfoncé profondément dans la peau à nu, à la jonction entre la tête et le thorax, et celui-ci s’était fendu jusqu’en son centre dans une gerbe d’humeurs blanches. L’arachnide avait frissonné, toujours avec cette même agitation nerveuse, en appréhendant lentement l’idée de sa propre mort. Tarvitz tirait sur sa lame. Il fallut un moment à la bête pour mourir. Ses membres effilés caressaient sa plaie fatale, puis ils s’étaient lentement tendus vers le visage de Tarvitz, deux de chaque côté de ses oculaires. Le contact avait presque été doux. Quand l’arachnide était tombé en arrière, les quatre pointes produisirent un crissement aigu en raclant les côtés du casque, laissant quatre stries de métal éraflé dans la laque violette.

Quelqu’un hurlait. Un bolter tirait à plein régime, et les débris de tiges d’herbe criblées voletaient dans l’air.

Un troisième adversaire s’était précipité sur lui, mais les esprits de Tarvitz s’étaient échauffés. Il frappa de taille en faisant pivoter tout son corps, et le tranchant traversa proprement la jointure intermédiaire du corps, entre les bras à lames et les pattes inférieures.

Une gerbe du liquide pâle s’était répandue dans l’air et toute la partie supérieure du xenos était tombée. L’abdomen et la portion restante du thorax avaient abondamment répandu le même fluide laiteux, en continuant d’avancer sur les quatre pattes postérieures avant d’aller heurter une des herbes et de se renverser.

Et le combat avait été terminé. Les herbes avaient cessé de frissonner, et les conglomérats de lentes s’étaient remis à téter en sifflant.

Lorsqu’ils eurent été en surface depuis quatre-vingt-dix heures et affronté les arachnides vingt-huit fois dans l’épaisseur de la forêt d’herbes géantes, les pertes s’élevèrent à sept membres de leur maigre groupe de combat. Le procédé de progression devint mécanique, presque un état de transe, sans guidage extérieur, sans souci stratégique. Ils n’avaient établi aucun contact avec les Blood Angels, ni avec leur seigneur ou d’autres éléments des sections de leur compagnie. Ils avançaient, et tous les quelques kilomètres, les combats éclataient de nouveau.

C’était une guerre presque parfaite, médita Saul Tarvitz : simple et absorbante. Un manque de talent aux armes ou de prouesses physiques amenait la mort immédiate. Une sorte de régime d’entraînement poussé à l’extrême. Tarvitz n’apprécierait pleinement que quelques jours plus tard à quel point ses instincts s’étaient aiguisés, autant que les membres tranchants de l’ennemi. Il se tenait sur ses gardes à tout instant, sans se laisser distraire de sa vigilance, car les arachnides jaillissaient de nulle part, et leurs embuscades étaient féroces. Le groupe avançait, combattait, faisait à nouveau mouvement, sans intervalle laissé au repos ou à la réflexion. Tarvitz n’avait jamais connu, et ne connaîtrait plus jamais une implication martiale d’une telle pureté, qui ne serait pas compliquée par les jeux de pouvoir ou les convictions. Lui et ses compagnons étaient les armes de l’Empereur, et les arachnides, la quintessence sans nom du cosmos hostile dressé devant l’homme.

De moins en moins nombreux, presque tous les Astartes avaient opté pour leurs épées. Abattre une de ces cibles réclamait trop de munitions. Une lame était plus sûre, pour peu qu’on fût capable de porter le premier coup, et un coup suffisamment fort pour être décisif.

Avec une certaine surprise, Tarvitz constata que Lucius, son comparse capitaine, pensait différemment d’eux tous. Tandis qu’ils progressaient, Lucius clamait à qui voulait l’entendre que lui se distrayait face à cet ennemi.

— C’est un peu comme affronter quatre épées à la fois, compara-t-il. Lucius était un escrimeur. Autant que Tarvitz le sut, Lucius n’avait jamais été battu au maniement des armes blanches. Quand des hommes tels que Tarvitz enchaînaient les exercices pour accroître leur habileté avec toutes sortes d’armes, Lucius avait élevé sa maîtrise au rang d’art singulier et, chose assez agaçante, possédait un tel savoir-faire au bolter qu’il ne semblait pas non plus devoir le perfectionner sur les pas de tir. La prétention la plus orgueilleuse de Lucius était d’avoir « usé à lui seul » quatre cages d’entraînement. Quelquefois, les autres meilleurs bretteurs de la légion, des guerriers comme Ekhelon ou Brazenor, croisaient le fer avec Lucius pour améliorer leur propre technique. Le bruit circulait même qu’Eidolon le choisissait parfois comme partenaire d’entraînement.

Lucius maniait une longue épée très antique, une relique des Guerres d’Unification, façonnée dans les forges des Ourals par les artisans du clan Terrawatt ; un chef-d’œuvre d’équilibre et de trempe. D’ordinaire, il l’utilisait à la manière ancienne, un bouclier de combat fixé sur son bras gauche. Sa poignée d’une longueur inhabituelle lui permettait se modifier sa prise, de la manier à deux mains ou de faire tournoyer son arme comme une simple matraque, et de faire glisser sa saisie : près du pommeau pour un coup large, près de la garde pour un coup d’estoc précis.

Son bouclier était pour l’heure jeté en travers de son dos, et Lucius avait en main gauche, en guise de seconde arme, le membre sectionné d’arachnide dont il avait enveloppé la base de feuille d’acier arrachée au revêtement de son bouclier, pour empêcher le tranchant de lui entailler les doigts une nouvelle fois. La tête légèrement courbée, il remontait les interminables avenues bordées de tiges, impatient de pouvoir à nouveau semer la mort.

Durant la douzième attaque, Tarvitz put observer Lucius dans ses œuvres pour la première fois. Il le vit rencontrer de front les assauts d’un arachnide et résister à la pluie de coups résonnants, ses deux lames contre les quatre de la créature. Tarvitz compta trois opportunités de porter le coup fatal. Lucius ne les avait pas tant manquées qu’il avait choisi de ne pas les saisir ; il s’amusait trop et ne voulait pas que le jeu s’arrêtât trop vite.

— On en prendra un ou deux vivants, dit-il à Tarvitz après le combat, sans la moindre ironie. Pour les enchaîner dans les cages d’exercice. Ils seront très utiles aux frères.

— Ce sont des xenos, le railla Tarvitz.

— Si je veux encore pouvoir m’améliorer, il me faut des exercices décents. Des exercices qui me mettront à l’épreuve. Connaissez-vous un seul homme qui pourrait me mettre en difficulté ?

— Ce sont des xenos, réitéra Tarvitz.

— Peut-être est-ce la volonté de l’Empereur, suggéra Lucius. Peut-être ces choses ont-elles été placées dans l’univers pour nous permettre de progresser.

Tarvitz se faisait une fierté de ne pas essayer de comprendre comment pouvait fonctionner l’esprit d’un xenos, mais il était également certain que le but ineffable et suprême de ces arachnides, s’ils en avaient un, n’était pas d’offrir à l’Humanité des partenaires d’entraînement. Il se demanda brièvement s’ils avaient un langage, ou une culture, semblable à ce que l’homme reconnaissait comme une culture. Un art, des sciences ? Des émotions ? Toutes ces disciplines s’étaient-elles fondues dans ces bestioles, comme leur technologie, au point que l’homme ne parvenait pas à les dissocier ?

Étaient-elles poussées par quelque motif émotionnel à attaquer les Emperor’s Children, ou ne faisaient-elles que répondre à une intrusion, comme une fourmilière agressée par un bâton ? Il lui vint à l’esprit que les arachnides les attaquaient peut-être parce que, pour eux, les humains étaient d’hideux xenos.

Le concept était horrible. Les arachnides devaient bien se rendre compte de la supériorité de la morphologie humaine comparée à la leur ? Peut-être alors les combattaient-ils par jalousie.

Lucius était occupé à continuer de parler : il lui expliquait avec satisfaction une nouvelle finesse de mouvement du poignet que le combat contre les arachnides lui avait déjà révélée, et démontrait les mérites de sa technique contre le fût d’une des herbes.

— Vous voyez ? Un mouvement vers le haut, rotation. Vers le haut, rotation ; le coup descend et pénètre. Ce serait une technique inutile contre un homme, mais elle est essentielle contre eux. Je pense qu’il faudra que je la couche par écrit. Ce coup pourrait être baptisé « un Lucius », vous ne croyez pas ? Cela sonne bien, qu’est-ce que vous en dites ?

— Excellente idée, répliqua Tarvitz.

— J’ai trouvé quelque chose ! s’exclama une voix sur la fréquence de liaison. C’était celle de Sakian, qu’ils se hâtèrent de rejoindre. Sakian avait rencontré une soudaine et étonnante clairière. Les herbes s’étaient arrêtées net, pour laisser place à une large étendue de terre rouge et nue sur plusieurs kilomètres carrés.

— Qu’est-ce que ça peut bien être ? s’interrogea Bul.

Tarvitz se demanda si cet espace avait été dégagé délibérément, mais rien ne semblait indiquer que des herbes n’y avaient jamais poussé. La haute forêt murmurante cernait la zone de tous côtés.

Un par un, les Astartes se risquèrent à découvert. Dans la forêt d’herbes, où toutes les tiges se ressemblaient, ils n’avaient pas eu l’impression de progresser vers quelque part. Cette trouée était un repère marquant et leur faisait sentir une différence déconcertante.

— Venez voir. Sakian avait avancé de vingt mètres sur la plaine dépouillée et s’était agenouillé pour examiner quelque chose. Tarvitz réalisa qu’il les avait appelés par radio pour une raison plus spécifique que ce seul changement d’environnement.

— Qu’y a-t-il ? demanda Tarvitz en pressant le pas pour le rejoindre.

— Je crois savoir ce que c’est, mon capitaine, lui répondit Sakian, même si c’est horrible à dire. Je l’ai vue sur le sol.

Il lui tendit l’objet pour que Tarvitz puisse l’inspecter.

C’était un segment de verre teinté, vaguement triangulaire, vaguement concave, aux angles arrondis, avec un côté long d’environ dix centimètres. Ses bords avaient été taillés par une machine. Tarvitz lui aussi le reconnut aussitôt, parce qu’il regardait au travers de deux objets similaires.

C’était une lentille de casque d’Astartes. Quel genre de force avait bien pu la faire sauter de son cadre en céramite ?

— C’est bien ce que vous pensez, dit-il à Sakian.

— Elle n’était pas à l’un des nôtres.

— Non. Sa forme n’est pas la bonne. C’était une armure Mk III.

— Les Blood Angels ?

— Oui. Les Blood Angels.

La première preuve physique que quelqu’un avait été là avant eux.

— Inspectez les environs ! ordonna Tarvitz aux autres. Creusez dans la poussière !

La troupe passa dix minutes à chercher. Rien d’autre ne fut découvert. Au-dessus d’eux, un orage-bouclier particulièrement violent commençait à approcher, comme attiré par leur prospection. Des bandes d’éclairs striaient les nuages lourds. La lumière devint grise, et les perturbations aériennes s’invitèrent sur les fréquences radio.

— Nous sommes à découvert, marmonna Bul. Retournons dans la forêt.

Tarvitz s’en amusa un instant : Bul paraissait suggérer que les bosquets de tiges constituaient un endroit sûr.

Les fourches de la foudre, d’un jaune phosphorescent, s’abattirent sur la clairière en faisant éclater la terre. Même si chacune d’elle n’exista qu’une nanoseconde, elles parurent solides et réelles, telles des structures fondamentales de la planète, telles des arborescences épineuses et retournées. Trois Astartes dont Lucius furent frappés. À l’abri de leurs protections Mk IV, ils encaissèrent sans dommage les impacts bruyants, et se mirent à rire quand les subsistances électriques dansèrent sur leurs armures comme des guirlandes lumineuses pendant quelques instants.

— Bul a raison, dit Lucius, son signal radio temporairement brouillé par la décharge que finissait de dissiper son armure. Je veux retourner dans la forêt. Je veux chasser. Cela fait vingt minutes que je n’ai rien tué.

À cette annonce belliqueuse, plusieurs des hommes autour de lui rugirent leur approbation, et cognèrent du poing contre leurs boucliers.

Tarvitz avait à nouveau essayé de contacter le seigneur Eidolon, ou quiconque d’autre, mais la tempête continuait de le tenir en échec. D’après lui, le peu qu’il restait de leur groupe ne devait pas se séparer, et les bravades de Lucius n’allaient pas les aider.

— Faites comme vous l’entendez, capitaine. Pour ma part, je veux découvrir ce que c’est que ça, dit-il sur un ton agacé, le doigt pointé. De l’autre côté de l’espace nu, à trois ou quatre kilomètres de là, de grandes taches blanches se distinguaient parmi la haute végétation.

— D’autres arbres, dit Lucius.

— Peut-être, mais…

— Oui, bon, très bien, lui fut-il concédé.

Il ne restait plus à présent que vingt-deux guerriers sous les ordres de Lucius et Tarvitz. Ils formèrent une longue ligne dispersée et commencèrent à remonter la clairière. Celle-ci leur accordait au moins le temps de voir les arachnides approcher.

L’orage gagna en brutalité. Cinq autres hommes furent atteints par la foudre ; l’un d’eux, Ulzoras, en fut jeté à terre. Ils virent des cratères là où la foudre avait frappé le sol avec la force de missiles perforants. Le bouclier de nuages qui recouvrait l’air comme un opercule semblait presser l’air sur eux et les coincer dans un étau atmosphérique.

Les arachnides apparurent en ne se montrant d’abord que par un ou deux. Katz fut le premier à les apercevoir et avertit les autres. Les choses grises grouillaient à la lisière de la forêt de tiges. Puis elles se mirent à en émerger en masse, et commencèrent à se précipiter vers le petit bataillon de l’Astartes.

— Par Terra ! jubila Lucius. Nous allons enfin avoir droit à une vraie bataille.

Les xenos étaient plus d’une centaine, qui se rapprochaient d’eux par tous les côtés ; un anneau de métal gris empressé, qui accéléra, se referma de plus en plus vite, sur un tapis de pattes véloces.

— Mettez-vous en cercle, ordonna calmement Tarvitz. Bolters.

Lui-même planta son épée lourde la pointe en bas dans la terre rouge et récupéra son arme passée en bandoulière. D’autres en firent de même, mais Tarvitz remarqua que Lucius conservait en main sa paire de lames.

La vague des arachnides géants avalait la distance, en cercle concentrique autour de la formation des Emperor’s Children.

— Parés à tirer, annonça Tarvitz. Lucius, les deux épées levées aux côtés, lui abandonnait avec joie le commandement de cette action.

C’était à présent le claquement des mandibules fébriles qu’ils entendaient se rapprocher. Et le martèlement trépidant de quatre cents pattes.

Tarvitz se tourna vers Bul, le meilleur tireur de leur groupe.

— Je vous laisse donner l’ordre, lui céda-t-il.

— Merci, mon capitaine. Bul leva son bolter et cria : à dix mètres ! Tirez jusqu’à ce qu’à être à sec !

Quand le raz-de-marée de guerriers arachnides fut parvenu à dix mètres et demi, Bul hurla :

— Feu ! Et le cercle fermement ancré des Astartes se mit à tirer.

Leurs armes firent entendre malgré l’orage un long roulement de tonnerre. Tout autour d’eux, les ennemis des premiers rangs se tordaient et basculaient, certains démembrés par les détonations, d’autres le corps ravagé. Des fragments pointus couleur de zinc sifflaient dans l’air.

Comme Bul l’avait décrété, les Astartes continuèrent de faire feu jusqu’à avoir vidé leurs chargeurs, puis ils levèrent leurs lames à temps pour accueillir leurs adversaires. La charge des arachnides se brisa sur eux comme la houle autour d’un rocher. Lames humaines et extraterrestres se heurtèrent, et les multiples tintements du métal contre le métal se mêlèrent en une cacophonie effrénée. Tarvitz avait vu Lucius s’élancer vers l’avant à la dernière minute, les épées tailladant et sabrant à la rencontre de la horde.

La bataille dura trois minutes quand son intensité aurait dû se diluer sur une heure ou deux. Cinq autres Astartes moururent. Des dizaines d’atrocités insectoïdes tombèrent, le corps brisé, sur le sol ferreux. En essayant trois minutes plus tard d’y repenser, Tarvitz s’aperçut qu’il ne se rappelait d’aucun détail. Il avait lâché son bolter, tiré son épée, et tout n’avait plus été qu’un empilement d’instants. Il s’était ensuite retrouvé là, toujours debout, les membres endoloris par l’effort, l’épée et l’armure dégoulinantes de substance fibreuse et blanche. Les arachnides se repliaient, semblait-il en désordre, aussi vite qu’ils avaient avancés.

— Regroupement ! Rechargez vos armes ! s’entendit-il hurler.

— Regardez ! lança Katz. Et Tarvitz regarda.

Il y avait quelque chose dans le ciel ; des objets sortaient de l’air fondu et fracturé.

Les arachnides existaient sous plusieurs formes biologiques.

Les choses volantes descendaient vers eux, portées sur de longues ailes diaphanes aux battements si rapides qu’on n’en voyait qu’un flou au bourdonnement strident. Leurs corps étaient d’un noir laqué, leurs abdomens plus pleins et plus longs que ceux de leurs cousins terrestres. Leurs fines pattes sombres traînaient derrière elles tel un train d’atterrissage en fer forgé.

Les spécimens ailés emportèrent des hommes dans les airs, en se jetant sur eux pour saisir leurs armures dans l’étreinte crochue de leurs pattes. Les Astartes résistèrent, se débattirent, firent feu de leurs armes, mais en quelques secondes quatre ou cinq d’entre eux avaient été enlevés vers le ciel tumultueux où ils disparurent en criant.

La cohésion d’unité était rompue. Les hommes se dispersèrent en cherchant à échapper à ces nouveaux dangers venus des nuages. Tarvitz réclamait la discipline en lançant des ordres qu’il savait futiles ; il fut forcé de s’accroupir quand une forme ailée fondit sur lui dans un vrombissement saccadé, et ne fit qu’entrapercevoir la crête de cet ennemi, étirée en un long crochet malveillant.

Un deuxième insecte passa tout près. Les bolters s’étaient remis à tirer sans retenue. Tarvitz porta un coup d’épée assez haut, pour tenter de repousser son assaillant, dont le bourdonnement d’une intensité pénible lui faisait vibrer le diaphragme. Il frappa et piqua à nouveau ; la chose échappait sans difficulté à ses coups, virevoltante et légère. Dans un mouvement soudain, elle fit volte-face, partit se cramponner à un autre homme et l’emporta avec elle.

Un autre des insectes ailés avait agrippé Lucius par le dos et lui soulevait les pieds de terre. Lucius gesticulait comme un forcené, ses épées cherchant à frapper derrière lui, sans succès.

Tarvitz s’élança et attrapa Lucius quand celui-ci quitta le sol pour de bon. Il piqua le plus haut qu’il le put de sa lourde épée, mais une patte noire le frappa et la lui fit lâcher. Il resta accroché à Lucius.

— Lâchez-moi ! Laissez-vous tomber ! lui hurlait ce dernier.

Tarvitz s’aperçut que l’insecte tenait Lucius par le bouclier sanglé dans son dos. En oscillant dangereusement, il tira son couteau de combat et se mit à taillader les lanières, qui cédèrent. Lucius et Tarvitz s’échappèrent des griffes de la chose et firent une chute de huit mètres.

Les ravisseurs ailés s’enfuirent en emportant neuf des Astartes avec eux. Ils prenaient la direction des taches blanches aperçues de l’autre côté de la plaine. Tarvitz n’eut pas même à donner un ordre. Ses guerriers restants partirent à la poursuite des petits points volants aussi vite qu’ils le purent.

Ils les rattrapèrent à l’orée de la clairière. Les taches blanches étaient bien d’autres arbres, trois exactement. Et Lucius découvrit que ces arbres servaient bien à quelque chose.

Les corps des Astartes emportés, et sans doute propulsés là à pleine vitesse, étaient empalés sur les épines de ces arbres, leurs silhouettes en armure fermement clouées pour permettre aux arachnides volants de se repaître d’eux. Leurs ailes étaient à présent immobiles et calmes, longues et fines, repliées derrière leur dos comme des plaques de vitrail. Les insectes géants qui se pressaient sur les arbres de pierre se servaient de leur crête pour élargir les trous des armures transpercées afin d’atteindre la chair.

Tarvitz et les autres s’arrêtèrent, et regardèrent avec une consternation révoltée. Le sang coulait des échardes blanches le long des troncs crayeux.

Leurs frères n’étaient pas les seuls parmi les épines. D’autres cadavres y étaient suspendus, décomposés, réduits à des squelettes garnis de quelques derniers filaments desséchés. Des plaques d’armures rouges s’y accrochaient encore, mais pour la plupart, jonchaient le sol au pied des arbres.

Ils avaient du moins découvert ce qui était advenu des Blood Angels.

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Bataille contre les guerriers arachnides

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