La trinité des crinquées

Anne-Marie Desbiens · Chapitre 39 sur 58

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La trinité des crinquées

Villeray – le chœur du quartier

aussi de pas servir plus souvent.

Les pleurs d’Elsa enflèrent. Elle hoqueta quelques bor-borygmes que

Reine parut tout de même comprendre.

— Mais non, Elsa, le seul que ta présence va déranger, c’est Vladimir

qui va probablement être offusqué de pas pouvoir se vautrer partout au gré de ses humeurs.

Viviane applaudit :

— Mais oui, quelle bonne idée, Reine !

Les pleurs d’Elsa redoublèrent.

— Ben voyons, Elsa, pourquoi tu te mets dans des états pareils, ma

chouette ?

— Parce qu’elle est dans un état près du Wyoming, Viv. Parce qu’elle est

en début de grossesse. Parce qu’elle est barouettée d’un bord pis de l’autre par ses hormones en folie. Parce qu’elle se comprend pas ! Ses larmes

rempliraient le Canada coast to coast qu’elle pourrait pas mettre le doigt sur la raison expliquant ses débordements lacrymaux.

— Ahhhhh, beeeeen ouiiiii, les maudites hormones ! Ben oui, les débuts de grossesse ! Oh Seigneur, ben oui, ben oui.

En frottant le dos d’Elsa qui se calmait tranquillement, Viviane ordonna à Reine de sortir une bouteille de mousseux du frigo, ouvrit le tiroir sous la

grande table, en sortit son attirail « pour les rituels d’urgence ». Les joues rosies par l’excitation, elle étendit les bras telle une grande prêtresse

illuminée sur le point d’officier.

— Des bulles, de la sauge, des chandelles !

 

VILLERAY – LE CHŒUR DU QUARTIER

 

Nous la voyions venir, la crise du logement. Nous la pressentions. Nous la regardions pousser dans tous ces duplex en rangée transformés au gré des gros salaires en cottages de