Le Cri des oiseaux fous

Dany Laferrière · Chapitre 59 sur 59

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Le Cri des oiseaux fous

Dix ans plus tard

Dix ans plus tard, à Montréal, un coup de téléphone coupe la nuit en deux.

— Allô…

— Monsieur Laferrière ?

— Oui, c’est moi.

— Votre père vient de mourir.

Je m’assois sur le lit.

— Qui parle ?

— L’hôpital de Brooklyn… Votre père vient de mourir, il y a une heure. Nous avons trouvé votre numéro de téléphone sur lui… Nous sommes vraiment désolés.

Je ne savais pas que mon père était malade, et je n’imaginais pas non plus qu’il avait mon numéro de téléphone. Je suis allé voir mon père une fois, à New York, mais il ne m’a pas ouvert sa porte. Il affirmait qu’il n’avait pas d’enfant puisque Duvalier a fait de tous les Haïtiens des zombies. C’était aussi la seule fois que j’avais vraiment entendu sa voix. Elle venait de cette minuscule chambre où il s’était barricadé. Une voix sans visage.

J’ai appelé ma mère vers six heures du matin, pour lui annoncer la nouvelle de la mort de l’homme de sa vie. Elle a simplement remarqué que j’avais une voix étrange.

— C’est l’émotion, maman.

— Non… On dirait que tu as déjà pris un accent, m’a-t-elle dit doucement avant de raccrocher.

La mort de mon père. La douleur de ma mère. L’accent de l’exil. Ma vie d’homme commence.

 

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