Le Manoir aux roses

Tracy Rees · Chapitre 39 sur 68

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Le Manoir aux roses

39 – Mabs

MABS

 

LE LENDEMAIN, Mabs s’éveilla avec un sentiment plaisant d’impatience. La journée de la veille avait été très belle et elle avait hâte d’apprendre comment s’était passé le déjeuner chez les Westallen. Elle s’habilla, se délectant du temps plus clément, puis s’empressa de descendre ; son estomac criait famine.

« Bonjour ! » chantonna-t-elle au moment d’entrer dans la chambre de sa maîtresse.

Puis elle s’arrêta net. La pièce était plongée dans le noir, les rideaux tirés. Il y régnait un silence inquiétant et, pendant un bref instant, elle la crut déserte. Quelque chose s’était produit, elle le sentait encore, suspendu dans l’air.

Mabs avança prudemment, par crainte d’éventuels bris de verre ou de porcelaine, mais n’entendit pas de craquement révélateur sous ses pieds. Elle écarta un rideau avec précaution ; pour une raison qu’elle ignorait, il lui semblait irrespectueux d’inonder cette pièce lugubre de lumière. La peur lui noua l’estomac : Mrs Finch était au lit, les couvertures tirées sous son menton, immobile comme une statue.

« Mrs Finch ? lança Mabs d’une voix craintive. M’dame ? »

Elle posa une main sur son épaule. À son grand soulagement, elle sentit les mouvements de sa respiration. Peut-être valait-il mieux la laisser tranquille, mais cela lui sembla une mauvaise idée. Elle la secoua. Elle la secoua plus fort encore, mais Mrs Finch continuait à dormir.

Mabs regarda autour d’elle à la recherche d’indices. Rien n’avait été cassé, tout se trouvait à sa place. Elle ouvrit le placard, ce qui était sans doute étrange en soi, mais elle voulait s’assurer qu’il n’y avait rien d’anormal. Toutes les jolies robes de Mrs Finch y étaient suspendues comme d’habitude.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? » chuchota Mabs à la robe beige que sa maîtresse avait portée la veille.

Pas de réponse. Elle se tourna vers le lit.

« Mrs Finch, reprit-elle d’une voix forte, la secouant de nouveau. C’est moi, Daley. Il est temps de se lever. De prendre votre petit déjeuner. »

Son propre appétit s’était évanoui. Elle ouvrit les rideaux en grand, dans l’espoir que la lumière s’infiltrerait dans la conscience de Mrs Finch et l’éveillerait. Dans la roseraie, quatre nouveaux boutons pointaient leur nez.

« Les roses vont être jolies, observa-t-elle. On sort au jardin, aujourd’hui ? »

Silence. Mabs poussa un soupir. Se mordant la lèvre, elle se dépêcha de descendre dans le bureau de Mr Finch. Mais lorsqu’elle frappa à la porte, personne ne répondit.

« Bonjour, Daley ! »

Dans le vestibule, Charlie s’apprêtait à sortir.

« Papa est au travail. Il n’y a pas de problème, j’espère ?

— Non, m’sieur. J’avais juste une petite question. Je sais pas pourquoi je pensais qu’il serait là.

— Ça vaut toujours la peine d’essayer, répondit Charlie d’un ton enjoué. Bien, j’y vais. Ces journées printanières sont vraiment agréables, n’est-ce pas ?

— Oui, m’sieur. Passez une bonne journée. »

Mabs se rendit à la cuisine, où elle demanda un café fort et des toasts, espérant que leur arôme tirerait Mrs Finch de son sommeil. Elle apporta le plateau elle-même et le déposa sur une petite table près du lit.

« Du bon café ! s’exclama-t-elle. Et des toasts ! Allons, debout ! »

Mrs Finch continuait à dormir. Mabs arpenta la pièce puis s’assit et pianota du bout des doigts. Pour finir, lorsque le café et les toasts furent froids, elle les avala elle-même. Ils n’étaient pas bons, mais lui permirent de mettre de l’ordre dans ses pensées.

Tout d’abord, elle pouvait supposer qu’il ne s’agissait pas là d’un sommeil naturel. Il était fort probable que Mr Finch ait administré, encore une fois, un sédatif à sa femme – quelque incident avait dû se produire pendant ou après le déjeuner. Pourtant, il était parti travailler comme d’habitude et n’avait pas laissé de message à Mabs, ce qui indiquait qu’il n’était sans doute pas très inquiet. Ou peut-être ignorait-il qu’elle dormait si profondément.

Combien de temps pouvait-elle rester assise là à la regarder dormir ? Fallait-il appeler un médecin ? Si seulement elle avait pu voir Mr Finch, ne serait-ce qu’un instant, pour lui demander conseil. Elle pouvait se rendre au canal pour le trouver, mais elle ne voulait pas laisser Mrs Finch tout ce temps. Elle avait l’impression de se retrouver à cette époque lointaine et déroutante où elle ne savait pas se sortir des situations dans lesquelles elle se retrouvait.

Elle respire, se dit-elle avec sévérité. Elle est vivante. Elle va se réveiller quand le médicament fera plus effet et tu pourras tirer tout ça au clair. Elle se résigna donc à passer une journée étrange, à guetter et attendre.

Vers 14 heures, affamée, elle partit se chercher à déjeuner.

« La maîtresse veut pas manger aujourd’hui ? interrogea Mrs Webb.

— Elle fait la sieste, répondit Mabs. Les événements d’hier ont dû la fatiguer, je crois.

— Alors mangez avec nous », suggéra Lydia.

Mais Mabs s’excusa. Elle ne supportait pas de laisser Mrs Finch seule.

Ce n’est que vers 16 heures que Mabs, qui regardait par la fenêtre, entendit un bruissement derrière elle. Elle fit volte-face. Mrs Finch se retournait, les yeux encore fermés. Mabs se rua vers elle et s’agenouilla à côté du lit.

« Réveillez-vous, murmura-t-elle. Je vous en prie, réveillez-vous enfin. Ça va, je suis là, c’est moi, Daley. »

Sa maîtresse battit des paupières et la dévisagea d’un air vaseux.

« Ça va, répéta Mabs, lui écartant les cheveux du visage. Tout va bien. »

Mrs Finch fronça les sourcils et déglutit. Mabs se leva d’un bond pour lui apporter un verre d’eau. Mrs Finch se redressa tant bien que mal.

« Oh, Seigneur ! Dieu soit loué, marmonna Mabs, passant les bras sous ses épaules pour l’aider. Laissez-moi remettre les oreillers. Voilà, c’est confortable ? Dieu merci, vous êtes réveillée. Mais bon sang, qu’est-ce qui s’est passé, m’dame ? »

Mrs Finch était encore trop désorientée pour parler ; elle tendit le bras pour prendre son verre, qu’elle avala d’un trait.

« De quoi vous avez besoin, m’dame ? De nourriture ? Un pot de chambre ? Un xérès ? Comment je peux vous aider ? »

Mais l’autre femme se contenta de lui attraper la main, qu’elle tint fermement dans la sienne comme pour rassurer Mabs et la réduire au silence. La mère de Mabs faisait la même chose quand celle-ci devenait irritable. L’après-midi s’écoula autour d’elles. Enfin, Mrs Finch s’éclaircit la gorge et demanda d’une voix enrouée :

« Quelle heure est-il ?

— 16 h 30, m’dame. »

Mrs Finch fronça les sourcils.

« Quel jour sommes-nous ?

— Mardi, m’dame. Le lendemain de votre déjeuner chez les Westallen. Vous avez dormi comme un sonneur toute la journée. »

Sa maîtresse ferma les yeux et inspira profondément. Puis elle regarda Mabs.

« Que vais-je faire, ma chère Mabel ? Que vais-je bien pouvoir faire ? »

Mabs ne releva pas l’usage de son prénom, ni le terme affectueux, et réfléchit.

« Eh bien m’dame, je sais que c’est pas mes oignons, mais il est temps que je vous pose quelques questions. Et que vous y répondiez. Sinon, comment vous voulez que je vous aide ? »

Le silence assourdissant fut interrompu par le bruit de la porte d’entrée qui s’ouvrit et se referma en claquant. Mabs vit le visage de sa maîtresse pâlir, un éclair de terreur dans les yeux.

« Ça va, m’dame. C’est juste Otty qui rentre de l’école. »

Mais Mrs Finch secoua la tête.

« Lucius ! » cracha-t-elle.

Mabs pencha la tête. En effet, lui parvint la voix de Mr Finch, qui parlait à Mrs Webb. Puis elles entendirent des bruits de pas dans l’escalier.

« Dites-lui que je dors, ordonna Mrs Finch, plongeant sous les couvertures. Dites-lui que je me suis réveillée et que je me suis rendormie. Et Mabel, je vous en supplie, ne me laissez pas ! »

Mabs n’eut que le temps de rajuster les couvertures et de rejoindre son fauteuil avant que la porte ne s’ouvre. Le visage de Mr Finch apparut dans l’entrebâillement.

« Ah, Daley, chuchota-t-il. Comment va mon épouse aujourd’hui ?

— Elle a beaucoup dormi, m’sieur. Ça m’a inquiétée.

— Elle n’a tout de même pas dormi tout ce temps, si ? »

Il entra précipitamment dans la pièce, l’air alarmé.

« Non, m’sieur, elle s’est réveillée tout à l’heure, à mon grand soulagement. Mais elle vient de se rendormir.

— Je vois. Et comment vous a-t-elle paru à son réveil ? Agitée ? Délirante ? Hystérique ?

— Non, m’sieur, pas du tout. Elle était juste très fatiguée et silencieuse. Ça m’a pas surpris quand elle s’est recouchée.

— Et vous a-t-elle… dit quoi que ce soit ?

— Pas un mot, m’sieur.

— Nous devrions la laisser se reposer. Venez avec moi, miss Daley. Nous pourrons discuter.

— Oh, je préfère pas la laisser, m’sieur, dans son état. On peut pas discuter ici ?

— Comme c’est louable de votre part. Mais Abigail a de toute évidence besoin de sommeil et vous avez certainement des questions. Venez donc. »

Mabel, je vous en supplie, ne me laissez pas ! Mabs se creusa la cervelle à la recherche d’une bonne raison de rester ; en vain. Elle se leva à contrecœur.

« Très bien, m’sieur, mais je reviendrai ici tout de suite après. Tout de suite, dès que vous aurez fini avec moi. »

Elle avait parlé haut et fort à l’intention de Mrs Finch.

Tandis qu’ils descendaient l’escalier, le cœur de Mabs battait la chamade à l’idée de sa loyauté ainsi divisée. Elle mentait à Mr Finch à la demande de sa femme, et pas pour la première fois. Mabs savait que Mrs Finch souffrait de troubles de l’esprit ; elle avait été embauchée pour ça ! Et pourtant, cette lueur terrifiée dans son regard… Ne me laissez pas.

Mr Finch ouvrit la porte de son bureau et s’écarta pour laisser Mabs entrer. Pour une fois, ses bonnes manières l’irritèrent. C’était, à ses yeux, une conversation sérieuse de trop qui allait avoir lieu dans cette pièce.

« Qu’est-ce qui s’est passé, m’sieur ? s’enquit-elle aussitôt. J’ai pas réussi à la réveiller. J’étais tellement inquiète.

— Je suis navré, miss Daley. Vous avez dû avoir un sacré choc. Je voulais vous avertir mais je suis parti très tôt ce matin, avant 6 heures, et n’ai pas eu l’occasion de rentrer déjeuner. Malheureusement, hier, elle s’est montrée… difficile. À notre retour, elle est devenue tout à fait incontrôlable et j’ai dû employer les gouttes du docteur Broome. Je n’aime pas y avoir recours, comme vous le savez, mais… je n’ai pas eu le choix.

— Le déjeuner a donc pas été un succès, m’sieur ? Désolée, je sais que vous en espériez beaucoup. Mais elle paraissait en pleine forme quand je vous ai dit au revoir hier. J’étais persuadée que ça se passerait bien.

— Le déjeuner en soi s’est plutôt bien déroulé. J’ai bon espoir que le capitaine investisse bel et bien un peu d’argent dans mon projet. Les Westallen sont des gens sympathiques, bien que la fille soit… peu commune. Elle est charmante, malgré tout, mais je ne crois pas qu’elle fasse une amie convenable pour ma femme. Bien trop entêtée – Abigail n’a nul besoin d’encouragements, de ce côté-là. Au cours du déjeuner, elles ont… Disons que certaines remarques inconvenantes ont été échangées et que j’en ai été mécontent. »

Mabs fronça les sourcils. Elle qui connaissait un peu Olive avait du mal à l’imaginer exercer une mauvaise influence sur une personne que ses parents avaient invitée à déjeuner.

« J’ai abordé la question lorsque nous sommes arrivés à la maison et notre conversation a tourné au vinaigre. Abigail est devenue folle. D’où la nécessité de prendre ces mesures. Je ne peux prétendre ne pas être profondément bouleversé, pourtant vous connaissez mes sentiments à ce sujet, miss Daley. Je veux croire que nous retrouverons tous notre équilibre. Peut-être était-ce trop pour elle, trop tôt aussi, mais la tentation de me rendre à un déjeuner au bras de ma femme, comme n’importe quel couple marié… était si grande. »

Il enfouit la tête dans ses mains avant de la relever aussitôt.

« Enfin, inutile de m’apitoyer sur mon sort. Cela restera à mes yeux un incident isolé, un revers regrettable. J’éprouve néanmoins la crainte, miss Daley, la crainte terrible que cela ne se reproduise, peut-être même souvent.

— Oh, m’sieur, chuchota Mabs, dévastée. Ça m’étonnerait.

— J’ai donc décidé de faire appel au docteur Broome, à Durham. J’ai trouvé qu’il faisait preuve d’une grande sagesse lorsqu’il s’est occupé d’Abigail. S’il pouvait lui rendre visite, ne serait-ce que brièvement, et me donner des conseils… Ma femme me manque, miss Daley. Je ne devrais pas vous confier des choses pareilles, bien sûr, et je vous prie de m’excuser. Mais je suis à bout ; cela fait si longtemps que nous n’avons pas eu une vie normale. Le pire étant que l’on ne peut la raisonner. Elle délire – elle pense que le monde entier est contre elle. Elle est capable de croire toutes sortes de choses fausses. Alors par où faut-il commencer, dans une situation pareille ? »

Par où commencer, en effet ? Mabs gravit les marches avec lenteur, profitant de ces quelques instants où elle n’était en présence ni de Mr Finch ni de Mrs Finch, des instants qui pouvaient lui laisser l’occasion d’essayer de comprendre les choses.

Elle se remémora les paroles de Mr Finch : Elle délire – elle pense que le monde entier est contre elle. Elle est capable de croire toutes sortes de choses fausses.

Puis celles de Mrs Finch : Lucius ! Dites-lui que je dors ! Mabel, je vous en supplie, ne me laissez pas !

Mabs secoua la tête pour les sortir tous deux de son esprit. Devant la porte de Mrs Finch, Mabs hésita. Cela devenait intolérable. Elle avait des économies pour la maintenir à flot. Elle pouvait trouver un autre travail. Elle n’avait qu’à partir… Sauf que c’était impossible, bien sûr.

« Je suis de retour, m’dame, annonça-t-elle, refermant la porte derrière elle. Je suis toute seule. »

La silhouette dans le lit remua et se redressa.

« Daley, fit Mrs Finch.

— Je suis désolée d’être partie alors que vous m’avez demandé de rester, mais je voyais pas comment lui dire non.

— Vous n’aviez pas le choix, je le sais. Et mon mari, que vous a-t-il raconté ? »

Mabs tira une chaise à côté du lit et s’y assit.

« En gros, m’dame, il m’a dit que vous vous êtes disputés hier après le déjeuner et que vous êtes devenue très agitée, alors il vous a donné un sédatif. D’après lui, vous pensez des choses qui sont pas vraies, m’dame, et à cause de ça, il peut pas vous raisonner. Il dit que vous lui manquez. »

Elle ébaucha un sourire triste et grimaçant.

« Le croyez-vous ?

— J’ai aucune raison de pas le croire. Et puis je vous ai vue en colère, rappelez-vous. Parfois, je sais pas à quoi m’attendre avec vous d’un jour à l’autre.

— Mais ? Il y a un “mais”, n’est-ce pas, Mabel ? Je soupçonne qu’il subsiste au moins une miette de doute dans votre esprit.

— Plus qu’une miette, m’dame. Pour être honnête, y a la moitié d’un gâteau, mais je saurais pas expliquer pourquoi. Il est gentil, intelligent et… stable, et je lui dois tout. Mais vous… vous vous comportez comme une folle, des fois. Et pourtant, vous êtes intelligente, forte et attentionnée. Quand il parle de cette femme fragile et excitable qui sait pas où est la réalité, c’est pas vous, m’dame. »

Mabs, qui observait attentivement le visage de Mrs Finch, y vit l’expression d’une personne en pleine noyade à qui l’on jetait une corde.

« Y a qu’un problème, m’dame.

— Un seul ? »

Elles laissèrent toutes deux échapper un gloussement tremblotant.

« Y en a plusieurs, mais un seul pour lequel vous pouvez m’aider. Je connais le point de vue de Mr Finch. Oh, vous méprenez pas, il m’a jamais rien confié de privé, rien qui m’aurait mise mal à l’aise. Mais je connais les faits d’après ce qu’il m’en a raconté. Vous, vous avez jamais dit un mot.

— Je sais. Il faut que je vous en parle, à présent. C’est ce que je craignais par-dessus tout car je redoutais que vous ne me croyiez pas. J’ai peur de vous perdre. Vous m’avez rendu la vie tolérable, Mabel, légèrement tolérable.

— Qu’est-ce qui s’est passé hier ? Qu’est-ce que vous avez dit de si terrible au déjeuner ? »

Mrs Finch regarda ses mains et poussa un soupir.

« Nous avons abordé le sujet de l’éducation d’Otty. Il va la changer d’école, vous savez.

— Quoi ? Pourquoi ? Elle adore cette école !

— Je sais. Mais en ce qui concerne l’éducation des femmes, Lucius est… conservateur. Otty vous a sans doute parlé de son professeur, des débats, des examens. Lucius est consterné. J’ai soutenu qu’il devrait la laisser à l’académie, puisqu’elle s’y épanouit et qu’elle a déjà enduré tant de changements en si peu de temps. Olive était d’accord avec moi. Olive… n’est pas conservatrice ! Je voyais bien que Lucius était très mal à l’aise et n’allait pas revenir sur sa décision. Comme toujours. Eh bien, j’en ai payé le prix.

— Je vois… » murmura Mabs.

C’est pour ça que je devais pas lui parler des leçons de lecture ? se demanda-t-elle.

« Mabel, c’est beaucoup vous demander de voir sous un autre angle l’homme qui vous a donné un emploi, un salaire et vous a toujours traitée avec courtoisie. J’en suis navrée. Mais je vous assure que je ne délire pas et que je ne mens pas. Souhaitez-vous que je poursuive ? »

Mabs déglutit.

« Oui, m’dame.

— Alors je pense qu’il me faut commencer au tout début. »

 

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