Le Manoir aux roses
51 – Mabs
MABS
LE MERCREDI, Mabs rentra escorter ses sœurs vers leur nouvelle vie. À présent, elle s’inquiétait pour Peg : deux de ses sœurs se retrouvaient prises en charge d’un seul coup tandis que Peg restait à Mushroom Court, où elle jouait le rôle de mère pour Matty pendant que son père et son frère travaillaient. Mais il le fallait : jamais ils ne trouveraient d’endroit plus adapté à la petite Angie. Mieux valait qu’une des aînées reste sur place avec les garçons plutôt que l’enfant de quatre ans. Malgré tout, sachant que Peg aimait l’élégance et les choses féminines plus que n’importe lequel d’entre eux, cela paraissait cruel.
« Ton tour viendra, Peg, déclara Mabs, l’attrapant par les bras et plongeant ses yeux dans les siens au moment de partir. Je te le promets. Et ça sera parfait. »
Peg hocha la tête, mais Mabs remarqua les larmes derrière son sourire tandis qu’elle leur disait au revoir d’un geste de la main. Il faut que je fasse quelque chose pour lui remonter le moral, se dit Mabs. Et vite !
Elle ne s’inquiétait pas pour Jen ni même pour Angie, bien que celles-ci s’apprêtent à vivre un changement soudain et radical. Elle les conduisit à Polaris House en calèche car Angie avait de trop petites jambes pour marcher jusque-là, et redécouvrit la maison d’Olive à travers leurs yeux en arrivant. Adoucis par le soleil de la fin d’après-midi, ses oriels, sa tourelle et ses toits pointus paraissaient plus magiques que jamais. Le pouce d’Angie se glissa dans sa bouche.
« C’est là qu’on va vivre ? chuchota Jenny. Oh mon Dieu. »
Mabs les fit entrer et les présenta à Olive, rayonnante dans une robe en soie prune qui bruissait et brillait. Le mobilier opulent mettait brutalement en lumière l’apparence déguenillée de Jen et Angie. Elles ressemblent à des épouvantails, songea Mabs, les regardant avec tendresse. Puis Mrs Westallen apparut avec Anne pour emmener les filles prendre un bain chaud et changer de vêtements tandis que Mabs se dépêchait de retourner auprès de Mrs Finch.
Elle ne les revit que le dimanche suivant, qui était la Pentecôte. Comme une immense fête foraine se tenait sur la lande, les Daley de Mushroom Court – tous sauf papa – se rendirent enfin à Hampstead. Mabs se réveilla tôt pour les rejoindre à mi-chemin. Alors qu’elle traversait la maison sur la pointe des pieds, elle remarqua que la porte de la chambre d’Otty était entrouverte.
Mabs frappa doucement. Par l’entrebâillement, elle vit Otty assise sur son lit dans sa chemise de nuit blanche, parfaitement immobile. Elle frappa de nouveau puis entra.
« Otty ? Vous allez bien ? »
Otty se tourna vers elle d’un air hagard et hocha la tête.
« Est-ce que vous êtes souffrante ? Je peux faire quelque chose pour vous ? »
Otty esquissa un petit sourire et secoua la tête.
« Je vais bien. Je n’ai pas bien dormi cette nuit.
— Rien de pire qu’une mauvaise nuit. Vous devriez aller à la fête foraine tout à l’heure, nous retrouver, les enfants et moi. Les fêtes sur la lande sont très amusantes, d’après Olive. Elle dit que les gens l’appellent “Appy ‘Ampstead”, comme dans la chanson.
— Oui, peut-être. Merci Mabs.
— On pourrait se retrouver à la porte de Spaniard’s Road à midi ? Ça vous donnera amplement le temps de venir. Je parie qu’un peu d’air frais et de divertissement vous remettra d’aplomb en un rien de temps.
— Très bien. Passez-leur le bonjour de ma part. »
Lorsque Mabs vit Jenny et Angie, elle eut du mal à en croire ses yeux. Jenny avait un uniforme, bien sûr, mais ce jour-là, elle portait une tenue qu’Olive lui avait trouvée, se basant sur la façon dont Mabs avait décrit son teint et sa silhouette. Sa couleur d’un bleu-gris poudreux faisait ressortir le bleu des yeux de Jenny, tandis que ses couches de coton et de mousseline convenaient parfaitement au temps. Elle avait chaussé une petite paire de lunettes rondes qui effaçaient la tension de son visage. Angie portait une robe en tarlatane à carreaux rouges et noirs avec de petites chaussures noires qu’elle agitait sans cesse, pointant les orteils, comme ébahie par son élégance. Peg était désormais la seule sœur encore vêtue d’une vieille robe loqueteuse et tachée. Mabs fut donc soulagée d’avoir fait preuve de prévoyance lorsque Jenny lui tendit un paquet emballé dans du papier.
« C’est pour toi, ma puce, fit Mabs, le tendant à son tour à Peg.
— Qu’est-ce que c’est ? » interrogea Peg.
Une robe à fleurs en mousseline vert et blanc glissa du paquet quand elle l’ouvrit.
« Allez, dépêche-toi d’aller te changer derrière ces buissons, lança Mabs avec un grand sourire. Je l’ai fait faire en un seul morceau pour qu’elle soit facile à enfiler. Faudrait pas que tout Hampstead te voie en sous-vêtements !
— Mais, mais… comment ? voulut savoir la pauvre Peg, serrant la robe dans ses poings comme si on risquait de la lui retirer à tout moment.
— J’ai demandé à Olive de te commander une robe pendant qu’elle s’occupait de celle de Jen. Je l’ai payée, même si elle était pas d’accord. J’allais quand même pas te laisser être la seule à rien porter de joli pour cette occasion.
— Oh mon Dieu, Mabs. T’es la meilleure sœur au monde ! » s’écria Peg, qui plongea derrière les buissons et se dévêtit avec une rapidité étonnante.
Une fois parée de ses nouveaux atours, Mabs lui arrangea les cheveux et dégagea sa chaîne en argent et son fer à cheval pour qu’ils soient visibles.
« T’es la reine du bal, Peg » lui dit-elle en l’embrassant.
La fête foraine s’avéra aussi amusante qu’Olive l’avait promis. La lande grouillait de gens venus de tout Londres afin d’échapper à la foule citadine. Des couples dansaient au son de la musique jouée par des tourneurs d’orgue de Barbarie qui décochaient des sourires espiègles aux filles qui passaient. Il y avait aussi des tours à dos d’âne, à l’idée desquels Matty se mit à sauter, mu par une telle euphorie que Mabs s’obligea à ignorer la mine réticente et sous-alimentée des ânes pour ne pas priver son frère de ce plaisir. Elle s’efforça de regarder son sourire ravi plutôt que les côtes saillantes de la pauvre bête sous son tapis de selle blanc et crasseux.
Il y avait des chamboule-tout, des cordes à sauter, des stands qui vendaient des glaces et des bonbons. Derrière ces stands, des enfants braillaient : « Glaces ! Hokey pokey ! » Olive avait expliqué à Mabs que le terme « hokey pokey » venait de l’italien O che poco – oh si peu – car ces glaces à la vanille agrémentées de petits morceaux de caramel ne coûtaient qu’un penny. La nuit précédente, Mabs avait sorti un peu de ses précieuses économies afin de gâter les enfants. C’était tout un art : il fallait trouver l’équilibre entre ses grands projets d’avenir et la notion que les petits plaisirs quotidiens étaient aussi importants et, au final, les seuls sur lesquels on pouvait vraiment compter.
Mais cet amour de Jem avait apporté son argent. Jenny avait reçu son salaire pour ses trois premiers jours de travail (de toute évidence en raison de la prévenance d’Olive plutôt que de son fonctionnement habituel) et Angie tenait un minuscule porte-monnaie contenant un shilling : « un cadeau de Clover ». Ainsi, à eux tous, les Daley étaient, pour une fois, parés pour une journée inoubliable.
À midi, ils attendirent à la porte mais Otty n’arrivait pas. Peut-être Mr Finch avait-il insisté pour qu’elle déjeune avec la famille ; à la réflexion, Mabs aurait dû proposer un horaire plus tardif. Ou alors peut-être avait-elle attrapé quelque chose. Quoi qu’il en soit, Mabs savait qu’il n’était pas juste de sa part de demander aux enfants de faire le pied de grue. Au bout de trois quarts d’heure, ils renoncèrent.
Le temps que Jem remporte une noix de coco, que Matty effectue deux tours à dos d’âne, que Nicky et Peg dansent jusqu’à l’étourdissement et que tous achètent des bonbons à emporter chez eux, il était 17 heures. La lande ne désemplissait pas mais Matty et Angie tenaient à peine debout et Mabs commençait elle aussi à fatiguer. S’amuser demandait beaucoup de travail !
« C’était le plus beau jour de ma vie », dit Matty entre deux bâillements de lion.
Il ne pouvait assurément pas parcourir à pied les huit kilomètres qui les séparaient de Saffron Hill, mais puisqu’ils avaient glorieusement dépensé tout leur argent, Mabs allait de nouveau devoir piocher dans ses économies. Après avoir dit au revoir à Jenny, Angie et Jem, les autres traînèrent leurs pieds endoloris jusqu’à Willoughby Walk. Peg et les garçons poussèrent des cris d’admiration devant la beauté du lieu de travail de Mabs.
Ils attendirent dans la rue pendant qu’elle se dépêchait de monter au grenier. La maison semblait étrangement silencieuse, songea-t-elle en s’agenouillant et glissant son bras sous le lit. Elle ne trouvait pas sa tirelire ; celle-ci devait être hors d’atteinte. Elle passa sa tête en dessous pour voir où elle se trouvait et le carrousel de sa vie s’arrêta de tourner d’un coup sec. La tirelire n’était pas là.
Pendant un moment, Mabs resta agenouillée par terre, les yeux rivés sur une toile d’araignée et un gros mouton de poussière. Mais pas de tirelire. Prise d’une panique glaciale, Mabs chercha partout, même dans les recoins les plus improbables, parfaitement consciente qu’elle avait disparu. Elle ne pouvait pas avoir disparu. Dans cette boîte reposaient tous les rêves qu’elle nourrissait pour sa famille.
Mabs se souvint qu’ils l’attendaient dehors. Nauséeuse, elle redescendit d’un pas lourd. Elle frappa à la porte de sa maîtresse, se demandant si celle-ci pourrait l’éclairer. Personne ne répondit, mais elle entra quand même. Pas de Mrs Finch. En plus de quoi son lit était fait avec plus grand soin qu’habituellement. Mabs fronça les sourcils ; quelque chose clochait. La pièce était trop silencieuse, trop… vide, bien que tous les meubles et objets décoratifs soient à leur place. Elle remarqua un espace sur l’étagère, comme si deux ou trois livres avaient été retirés. Dans la penderie aussi il y avait un espace vide, de la largeur de trois ou quatre robes. Mrs Finch avait-elle fait du tri ? Si c’était le cas, elle ne s’était pas débarrassée de grand-chose.
Doublement déconcertée, Mabs descendit au rez-de-chaussée, où elle aperçut Mrs Webb.
« Oh, Mrs Webb, est-ce que je pourrais vous emprunter un shilling s’il vous plaît ? supplia-t-elle. Ça m’embête de vous demander ça, mais j’ai promis aux enfants qu’ils rentreraient en calèche et mon argent… eh bien, il a disparu ! Je vous rembourserai.
— Je suis navrée pour vous, répondit la gouvernante d’un air grave, je sais que vous avez travaillé dur pour cet argent. Mais cela ne me surprend pas.
— Comment ça ? Vous croyez quand même pas que Lydia ou Betsy l’auraient pris, si ?
— Lydia ou… oh non, Mabs. Vous n’êtes donc pas au courant ?
— Au courant de quoi ?
— Tenez, voici votre shilling… ensuite, vous feriez mieux d’aller dans le bureau. Ils y sont tous. »
Avec l’impression croissante de vivre un cauchemar, Mabs donna le shilling aux enfants, qu’elle salua d’un air absent. Ils étaient trop fatigués et étourdis de joie pour le remarquer. Après quoi Mabs se rendit directement dans le bureau de Mr Finch.
Mrs Webb avait raison : ils étaient tous là sauf Mrs Finch. Otty, assise par terre dans un coin, se tenait aussi immobile qu’une statue. Averil était affalée sur la banquette du bow-window et Elfrida, gracieuse et droite, bouillonnait de fureur près de la porte. Leur père arpentait la pièce, les mains derrière le dos.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? » interrogea Mabs.
Elle s’approcha aussitôt d’Otty et s’agenouilla pour prendre ses mains glacées dans les siennes.
« Elle s’est enfuie avec son amant, cracha Elfrida. Celui dont je vous ai parlé. Il s’est débrouillé pour la trouver et l’a incitée à partir.
— Celui dont vous lui avez parlé ?! répéta Mr Finch, stupéfait. Juste ciel, Daley, vous ne m’en avez rien dit.
— Je l’ai suppliée de garder le secret, intervint Elfrida. J’aurais dû me taire, mais j’étais bouleversée à Noël et Daley s’est montrée si bienveillante et… cela m’a échappé.
— Miss Daley est une amie fidèle pour toute la famille, rétorqua Mr Finch. Mais comme c’est embarrassant. Et contraire aux convenances.
— Et moi, je n’arrive pas à croire que vous nous ayez caché une chose pareille, Elfrida ! lança Averil. Vous saviez que maman avait eu une… une liaison, et vous ne nous en avez pas parlé ? Otty est trop jeune, bien sûr, mais Charlie ou moi ?
— Quel intérêt ? demanda Elfrida. C’était une sinistre histoire, à cause de laquelle nous avons dû quitter Durham ; ça n’avait rien d’un sujet de conversation réjouissant.
— Mais… mais… » reprit Mabs.
Elle se leva car des crampes lui serraient les jambes, mais elle tenait toujours la main d’Otty.
« Comment ? Que… ?
— Hier soir, soupira Mr Finch. Je suis allé la voir ce matin et elle avait disparu. Elle n’a rien emporté d’autre qu’un petit sac et a laissé un mot expliquant qu’elle ne supportait pas de vivre avec moi ; qu’elle était partie avec… lui.
— Jonathan, grimaça Elfrida.
— J’ai du mal à y croire, observa Averil à mi-voix. Je sais que maman avait des soucis, mais elle a toujours été si gentille envers nous et je sais qu’elle nous aime. Pourtant, d’après papa, elle ne nous a pas mentionnés. Il a brûlé le mot, bien sûr.
— Je n’aurais pas supporté de le relire, répondit-il, frémissant. De regarder ce message que je redoutais depuis des années, pour être honnête. »
Mabs ignorait que penser de toute cette histoire. Elle qui avait passé la journée de la veille avec Mrs Finch aurait juré que sa maîtresse ne cachait pas de secret. Comment Jonathan avait-il pu apparaître et l’enlever du jour au lendemain ? Bien entendu, Mrs Finch ne serait pas partie sans un mot pour ses enfants. Et pourtant… quelle autre solution s’offrait à elle ? Olive elle-même n’en avait pas trouvé.
Elle regarda Mr Finch. Soit il disait la vérité, soit il était le meilleur acteur de toute l’Angleterre. Il y avait là, comme toujours dans cette famille étrange, une véritable énigme. Si les choses n’étaient pas ce qu’elles semblaient, alors Mrs Finch courait peut-être un danger, et seule Mabs en savait assez pour avoir conscience de cette possibilité. Elle se sentait engourdie, et Otty, à son côté, paraissait dans le même état. Elle n’avait pas ouvert la bouche.
« Je n’ai pas la moindre idée de l’endroit où ils ont pu aller, reprit Mr Finch. Je ne sais pas par où commencer à chercher.
— Pour quelle raison voudriez-vous la chercher ? s’indigna Elfrida.
— Freds ! s’exclama Averil. Il s’agit de notre mère !
— Et alors ? Elle nous a montré combien nous comptions à ses yeux ! »
Son refus de pardonner était glacial… jusqu’à ce qu’il se mette à fondre. Puis des larmes coulèrent sur son visage et tout son corps commença à trembler.
« Notre propre mère nous a abandonnés ! »
Mabs assistait à la scène, horrifiée. Voir Elfrida perdre ainsi son sang-froid était éprouvant. Averil, bouche bée, fixait sa sœur. Otty ne réagit pas du tout, les yeux toujours dans le vague comme une âme en peine. Mr Finch tapota l’épaule d’Elfrida d’un air absent, marmonnant :
« Pauvre enfant. Mon Dieu, mon Dieu. »
Une fois Elfrida calmée, Mabs s’éclaircit la gorge.
« Euh, m’sieur ? J’imagine que vous êtes pas au courant, mais ma tirelire a disparu.
— Votre tirelire ?
— Oui, m’sieur. La boîte dans laquelle je garde ma paye. Toutes mes économies depuis mon arrivée ici. Je la garde sous mon lit.
— Je ne sais rien à ce sujet. Vous voulez dire… qu’elle a volé tout votre argent ?
— Oh non, m’sieur ! Mais… il a disparu. J’espérais qu’il y aurait une explication logique.
— Oh, Abigail, Abigail. »
Il secoua la tête et se laissa choir à son bureau.
« Je suis navré, miss Daley. Je sais qu’elle vous tenait en haute estime.
— Vous croyez que Mrs Finch m’a pris mon argent, m’sieur ?
— Quelle autre explication y aurait-il ? Elle avait sans doute besoin de monnaie pour s’enfuir. Mais enfin, voler sa fidèle dame de compagnie, vous, miss Daley, qui avez fait preuve d’une patience d’ange… »
Mabs déglutit. Mrs Finch savait mieux que quiconque qu’elle avait amassé une jolie somme dans sa chambre du grenier. Mais elle savait aussi mieux que quiconque à quoi l’argent devait servir. Elle s’était toujours intéressée de près à Jenny et aux autres. Elle avait été si heureuse d’apprendre que Jem et les filles avaient trouvé d’excellents postes. Jamais elle n’aurait fait une chose pareille. De plus, Jonathan était un homme riche et couronné de succès ; pourquoi aurait-elle eu besoin des économies d’une domestique ?
Otty se mit à trembler.
« S’il y a rien que je puisse faire pour vous aider, m’sieur, dit Mabs, j’aimerais sortir pour m’éclaircir les idées. Je pourrais m’occuper de Miss Ottilie ? Vous voulez aller prendre l’air, Otty ? »
Otty secoua la tête.
« Juste ciel ! Ottilie, pardonnez-moi ma chérie. J’avais oublié que vous étiez encore là. Vous êtes trop jeune pour tout ceci ; ce doit être très choquant pour vous. Miss Daley, pourriez-vous raccompagner Otty à sa chambre ? Et dois-je vous rappeler que la confidentialité est de la plus haute importance ?
— Bien sûr, m’sieur. Allez, venez, Otty, vous ne pouvez pas rester assise ici toute la nuit. »
Otty n’opposa aucune résistance lorsque Mabs l’aida à se lever et entreprit de l’éloigner du bureau. L’atmosphère qui y régnait, Elfrida et son maelström d’émotions et les commentaires de son père ne pouvaient que lui être néfastes.
« Au fait, miss Daley ?
— Oui, m’sieur ?
— Je… Cela signifie que vous devrez nous quitter, je le crains. Il ne fait nul doute à mes yeux que ma femme ne reviendra pas. Naturellement, je n’ai donc plus besoin d’une dame de compagnie. Je suis vraiment navré, miss Daley, vous nous avez été d’une aide inestimable. Mais mes finances sont telles que je ne peux continuer à…
— Je comprends, m’sieur. Quand voulez-vous que je parte ?
— Je vous paierai encore un mois, bien sûr. Vous aurez besoin de temps pour trouver une autre solution. Et vous partirez avec de très élogieuses recommandations. Je regrette sincèrement que mon épouse vous ait mise en porte-à-faux alors que nous avons tous tant d’estime pour vous. »
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