Le Manoir aux roses
65 – Olive
OLIVE
J’ACCUEILLE LES INVITÉS les uns après les autres, bien que certains ne soient pas encore arrivés. L’un d’eux est Mr Harper. Je ne l’ai pas vu depuis le jour où il a appris l’existence de Clover. J’espère qu’il viendra car c’est un mécène ; je veux m’assurer que Mr Gladstone et Mabs pourront continuer à faire appel à lui. J’aimerais qu’il s’intéresse encore à la fondation, même s’il ne voit pas d’un bon œil la femme non conformiste qui l’a créée.
Une autre personne que je cherche des yeux – inutilement, car j’ignore à quoi il ressemble – est Jonathan Ingram, le grand amour d’Abigail. Oui, je me mêle encore des affaires des autres. J’ai cherché ses coordonnées le mois dernier et lui ai écrit pour lui expliquer tout ce qui s’était passé. J’ai joint à ce courrier un mot pour les parents d’Abigail, demandant à Mr Ingram s’il aurait l’amabilité de le leur confier.
Par ailleurs, j’attends avec anxiété l’arrivée des Blythe. C’est étrange. J’ai envie de les voir parce que, s’ils ne venaient pas, ce serait un terrible affront. Peu m’importe qu’ils insultent ma famille (après tout, nous avons l’habitude), mais je n’aimerais pas qu’ils méprisent la fondation. En même temps, je n’ai pas envie de les voir parce que… eh bien, ils sont épouvantables !
Voilà pourquoi je hante le vestibule tel Banquo au festin. J’ai conscience que je ne peux passer la soirée ici à accueillir chaque invité, mais je ne veux pas manquer l’arrivée de ces quelques personnes. Une fois qu’ils seront tous là, j’irai rejoindre mes amis et boire des litres de champagne.
Puis j’aperçois une femme que j’ai invitée sans penser qu’elle viendrait : Mrs Zenobia Lake, la veuve solitaire de Belsize Park. J’ai également invité l’unique domestique qui lui reste, Bertha, mais Mrs Lake est seule.
« Juste ciel, Mrs Lake ! »
Je la rejoins au pas de course et prends ses deux mains dans les miennes.
« Comme c’est gentil à vous d’être venue. »
Ma vieille amie, la reine déchue de Hampstead, me dévisage d’un air morose.
« Olive, je ne me serais déplacée pour personne d’autre. Je n’ai pas assisté à un bal depuis plus de vingt ans. Nous savons toutes deux que ma fortune s’est volatilisée et que je vous suis aussi utile pour lever des fonds qu’un parapluie en mousseline de soie. Mais si ma présence donne à cet événement ne serait-ce qu’un peu de prestige, alors je suis prête à souffrir. »
C’est encore une reine. Regardez-la ! Elle porte une robe d’un bleu intense ornée de nœuds couleur crème, au style en vogue trente ou quarante années plus tôt. Ses cheveux, blancs comme du lait et encore très fournis, sont relevés au-dessus de sa tête, et bien qu’elle s’appuie sur une canne, elle a l’air déterminé.
« Je suis tellement honorée de vous recevoir. »
Je regarde autour de moi et constate avec ravissement que Mabs est encore dans les parages. Je les présente l’une à l’autre, gardant en permanence un œil sur la porte. Mabs emmènera Mrs Lake voir mes parents et lui trouvera une chaise.
Presque aussitôt, Mr Harper arrive. Il fait une de ces têtes en me voyant toute parée d’indigo et de diamants !
« Ça alors, miss Westallen ! s’exclame-t-il tandis que je lui serre la main. Vous êtes… Mon Dieu, quelle belle femme vous êtes.
— Merci, Mr Harper », dis-je d’un ton léger, comme si je recevais ce genre de compliment vingt fois par jour.
J’en ai reçu beaucoup ce soir, d’ailleurs.
« Je suis très heureuse que vous soyez venu.
— Oh, je n’aurais raté cela pour rien au monde. C’est sans doute l’événement de la décennie. Et pour une cause si louable.
— Quel plaisir de vous l’entendre dire ! Nous sommes honorés de votre implication, qui je l’espère se poursuivra. »
Il y a sur son visage une drôle d’expression. Pas de l’embarras – il est trop sûr de lui pour cela – mais plutôt la conscience de ce qui s’est passé entre nous.
« Je vous le promets. Je crois très fort à ce que vous essayez de faire. »
Puis son expression s’intensifie. Son admiration est évidente.
« D’ailleurs, miss Westallen, je regrette d’avoir dû partir si vite lors de ma dernière visite. Me permettrez-vous de revenir vous voir et de goûter à la fameuse citronnade ?
— Je comprends tout à fait, Mr Harper. »
En effet. Le monde est ce qu’il est et il nous façonne. Il ne changera pas du jour au lendemain. Pourtant, j’hésite. J’aime bien Mr Harper, je l’ai toujours bien aimé. Et il y a quelque chose d’admirable chez un homme capable de revenir sur ses positions, de reconnaître qu’il a pu avoir tort. Mais devrais-je sérieusement envisager une personne qui a réagi comme il l’a fait au sujet de Clover ?
« Qu’en pensez-vous ? insiste-t-il.
— Miss Westallen, bonsoir ! »
Une voix retentissante nous interrompt. Je sursaute et me retourne. Les Blythe sont enfin là. Le clan entier !
Voici Malvern Blythe, le vieil ami de mon père devenu son ennemi, et son épouse aux couleurs vives. Tous deux se dressent, pleins de suffisance, et me fixent d’un regard froid. Voici les trois fils : Felix, Crispin et Ignatius. Tous de beaux jeunes hommes arborant un éventail d’expressions qui vont de plaisante à affable. Ils me saluent d’une poignée de main cordiale tandis que leurs parents restent à l’écart, droits comme des piquets, comme si tout contact physique avec un Westallen risquait de les faire fondre. Et voilà Rowena Blythe, qui regarde autour d’elle de ses yeux pétillants, et mon cœur se serre. Je n’y peux rien. Je pensais que j’étais belle, ce soir. Mais à présent, j’ai l’impression que ma robe est terne, que mes diamants ne sont qu’un vain effort pour paraître jolie. Je me trouve trop grande, ma voix trop grave, je me sens trop tout.
Elle, c’est une rose. Elle porte une robe rose de la couleur du sucre filé. Sa peau est d’une brillance satinée. Ses interminables cheveux dorés tournoient autour de sa tête telle de l’écume, ornés de perles. Ses yeux sont d’un bleu éclatant, son visage aussi délicat que celui d’un chat. Elle est la féminité incarnée. Nous nous serrons la main et elle m’adresse un sourire engageant.
« Je suis heureuse de vous revoir, miss Westallen, déclare-t-elle. Deux fois en moins d’un an ! C’est là une bonne chose, je trouve.
— Un plaisir, miss Blythe, rétorqué-je, cherchant à lui rendre son sourire. Vous êtes tous les bienvenus.
— Nous avons été si impressionnés par ce que la fondation cherche à entreprendre. Mon père aimerait faire un don substantiel. »
Cela ne me surprend pas ; le contraire aurait été terriblement mal vu.
« Je vous en saurai fort gré, monsieur », dis-je, m’efforçant de lui sourire malgré les bouffées d’hostilité qui se dégagent de lui.
Je dois détourner le regard. Qui se tient à côté de moi ? Le versatile Mr Harper, bien sûr.
Il contemple Rowena d’un air que j’ai déjà vu. Non pas comme il m’a regardée moi, avec admiration et un plaisir empreint d’intérêt. Non, Mr Harper est perdu. C’est un homme délirant d’insolation. C’est Icare. Je résiste à l’envie de lui attraper le bras et de m’y accrocher, afin de l’empêcher d’être aspiré par le champ gravitationnel de Rowena.
« Permettez-moi de vous présenter Mr Lionel Harper, lancé-je d’un ton précipité. C’est un des mécènes de la Fondation Westallen – notre tout premier, à vrai dire – et il a déjà fait tant de choses pour nous. »
Je nomme tous les Blythe et m’écarte doucement du petit groupe tandis qu’ils entament une conversation polie.
Mon amie Julia Morrow apparaît, escortée par un Jeremiah Daley très élégant dans son costume. Je sens le regard désapprobateur de Maude Blythe à la vue de la divorcée. Nous papotons un moment, après quoi je risque un coup d’œil par-dessus mon épaule. Les Blythe s’éloignent, mais Rowena se retrouve derrière eux pendant que Lionel Harper lui parle avec le plus grand sérieux. Elle le regarde d’un air inexpressif et je n’imagine tout simplement pas ce qu’une jeune beauté de la haute société pourrait bien avoir en commun avec un homme d’affaires aussi intelligent que Mr Harper. Mais il est vrai que Rowena Blythe donnerait envie à Hélène de Troie d’aller se cacher dans une pièce obscure. Je ne crois pas que je doive réfléchir à accepter ou non que Mr Harper me rende visite.
Le flot d’arrivées s’est nettement amenuisé. Je ne vois pas trace de Jonathan Ingram, mais je n’ai aucune envie de rester plantée là toute la nuit et de manquer ma propre fête. Je ressens soudain l’envie irrépressible de serrer mes parents dans mes bras.
Je passe une joyeuse demi-heure avec maman et papa, Mabs et Kip, Abigail et Otty, Mr et Mrs Miles, Julia et Mrs Lake… mon Dieu ! Tout le monde ! Puis je fais le tour de la salle. Rowena Blythe est en train de parler avec un autre beau parti à la mine amoureuse. Je m’arrête. Elle a le même air inexpressif qu’avec Mr Harper. Moi qui croyais qu’elle ne comprenait rien à ce qu’il lui racontait, je me suis peut-être trompée. Il me semble à présent que ce regard inexpressif est peut-être de l’ennui. Je n’avais jamais cherché à imaginer ce que l’on peut ressentir lorsque tant d’hommes s’éprennent de vous si instantanément et ardemment – c’est là un problème qui ne risque pas de m’arriver –, mais maintenant que j’y réfléchis, ce doit être un peu agaçant. Être acculée par un prétendant après l’autre… Peut-être Rowena ne souhaite-t-elle que rire et échanger des ragots avec ses amis.
Sur un coup de tête, je tâte le terrain en m’arrêtant pour les saluer. Elle me présente avec beaucoup d’enthousiasme, comme si j’étais sa planche de salut.
« Comment se porte votre adorable fille, miss Westallen ? s’enquiert-elle. Quelle enfant charmante. Est-elle ici ce soir ? »
Le gentleman s’excuse et Rowena pousse un soupir de soulagement.
« Merci, dit-elle.
— Je vous en prie. »
Je me demande si elle ne rêve à présent que d’aller rejoindre les autres belles plantes. Si c’est le cas, ni l’une ni l’autre ne savons comment prendre congé. Je décide donc de lui répondre :
« Clover va très bien, merci, miss Blythe. Oui, elle est ici avec sa petite compagne. Il me semble que la dernière fois qu’elles ont été aperçues, elles cherchaient des fées sur la terrasse.
— Comme c’est adorable. Puis-je la voir ? Je doute qu’elle se souvienne de moi, mais j’adore les enfants. »
Eh bien, vous avez le choix de pères potentiels, me dis-je. L’intérieur de ma tête est parfois un endroit si grossier !
« Mais certainement. Voudriez-vous m’accompagner sur la terrasse ? »
Elle hoche le menton et m’emboîte le pas – les événements ont pris une tournure étrange ! En effet, les filles sont en train de confectionner des guirlandes de jasmin sous l’œil attentif d’Otty. Toute la soirée, elles ont été surveillées par quelqu’un que j’aime. D’abord mes parents, puis Jenny ; après Jenny, Mabs ; après Mabs, Otty. L’espace d’un instant, mon cœur s’emballe devant leur innocence, devant le fait qu’elles sont si bien protégées. Et, pour la millième fois, je pense à Gert, toujours portée disparue et vivant je ne sais quelle vie je ne sais où. Elle n’était pas censée devenir ma fille, c’est certain, mais je prie encore pour elle. Je prierai toujours pour Gert.
« Miss Blythe, voici Miss Ottilie Finch, une jeune amie à moi. Vous vous souvenez de ma fille, Clover, bien sûr. Et voici sa compagne, Miss Angeline Daley.
— Oh, que vous êtes mignonnes ! » s’exclame Rowena, s’accroupissant pour être à leur niveau.
Ses envoûtantes jupes roses balayent la poussière de la terrasse – j’aurais pensé que ce genre de chose la dérangerait. Puis elle lève les yeux vers Otty et s’excuse.
« C’est si impoli de ma part ! Je suis ravie de vous rencontrer, miss Finch. »
Otty lui adresse une jolie courbette. Rowena bavarde un instant avec les filles pendant que je discute avec Otty. À brûle-pourpoint, la voilà qui me pose une drôle de question.
« Que pensez-vous des gens de couleur, Olive ? »
D’abord perplexe, je me dis qu’elle parle peut-être des gens qui portent du rouge à lèvres ou qui colorent leurs cheveux de façon artificielle – bon nombre de personnes de ces deux catégories sont présentes ce soir. Puis je m’aperçois rapidement qu’elle parle d’étrangers à la peau sombre.
« Ce que je pense d’eux ? m’étonné-je. Eh bien, la même chose que de tout le monde. Certains sont épouvantables, d’autres sont merveilleux et le reste sont quelque part entre les deux. »
Elle semble extrêmement soulagée.
« Et en connaissez-vous ? » demande-t-elle.
Je réfléchis à sa question. Pour une raison que j’ignore, je vois bien que ce sujet lui tient à cœur.
« Je dois avouer que non. J’en ai rencontré deux ou trois, avec lesquels j’ai eu de brèves conversations. Mais ce n’est pas la même chose que de connaître quelqu’un, si ? »
Au moment même où je parle, j’ai la tête qui commence à tourner. La société est ainsi faite que les gens comme moi – pour ce que cela veut dire – ne croisent jamais le chemin de ce groupe de personnes, n’est-ce pas ? Tout comme la séparation entre riches et pauvres, les lois à l’égard des hommes ou des femmes, les convenances entre maîtres et domestiques. Étrange.
« Et croyez-vous qu’ils soient exactement comme nous ? Au fond d’eux, j’entends ?
— Mais oui, ma chérie. Je sais que beaucoup pensent le contraire, mais franchement, comment pourrait-il en être autrement ? Pourquoi me posez-vous ces questions ? »
Otty me décoche un sourire radieux et se jette à mon cou.
« Je le savais ! exulte-t-elle contre mon épaule. Je le savais. Oh, Olive, vous êtes formidable.
— Oui ma chérie, en effet », taquiné-je tandis qu’elle se décroche.
Je crois savoir de quoi il s’agit. Elle a dû être témoin de quelque acte méchant ou irrespectueux envers un nègre. Comme si l’innocence de la pauvre enfant n’avait pas été assez brisée dernièrement.
« Otty, le monde est un endroit très étrange. Souvent, les gens… ne sont pas très gentils. Je crois que vous le savez mieux que quiconque. Mais nous devons nous efforcer d’être les meilleurs possible, et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour rendre ce monde meilleur quand nous en avons l’occasion. Nous devons accepter le fait que les choses ne soient pas parfaites, sans nous laisser démoraliser par cette notion. »
Rowena se lève. Les filles ont glissé des brins de jasmin dans ses cheveux.
« Merci, miss Westallen. Ce sont deux merveilleuses fillettes. Vous avez beaucoup de chance. »
Ce n’est pas là la Rowena que je pensais connaître. Mon irritation envers elle s’évanouit.
« C’est vrai. Merci. »
Les enfants ont arraché une quantité excessive de jasmin pour leur « maison de fées », mais je jette un coup d’œil à Otty, dont le regard est bien plus âgé aujourd’hui que la première fois que je l’ai rencontrée, et je n’ai pas le cœur de les gronder. Encore combien de nuits s’assiéront-elles pour guetter des fées, se couvrant du parfum des fleurs sans se soucier de rien ? Combien d’autres petits enfants donneraient n’importe quoi pour être à leur place ?
Quelqu’un appelle Rowena.
« C’est Verity, dit-elle d’un air réticent. Je devrais aller lui parler. Bonne soirée, miss Westallen, et bonne chance. »
À cet instant, j’ai presque l’impression que je pourrais l’aimer. Sornettes.
Otty affirme qu’elle est heureuse de rester auprès des enfants ; je retourne donc à l’intérieur. L’orchestre a entamé une valse. Des danseurs tournoient sur la piste tel un kaléidoscope coloré. En périphérie, des groupes de personnes discutent, rient et boivent du champagne. Je remarque un homme grand que je ne connais pas, debout sur le seuil entre le vestibule et la salle de bal. Il a des favoris sombres et un visage rendu plus beau encore par son expression à la fois ironique et chaleureuse. Il a la peau fortement hâlée d’un homme qui a vécu à l’étranger. Alors que j’observe une caractéristique après l’autre, je me rends compte qu’il s’agit sans doute de Jonathan Ingram.
Je me dirige vers lui sans le quitter des yeux, heurtant plusieurs personnes au passage. Tandis que je traverse la salle en m’excusant, je vois son regard se poser avec une intensité fort particulière. Il a bien sûr repéré Abigail, qui est en train de parler à Julia. Captivée, je le regarde s’approcher d’elle, se frayant avec grâce un passage dans la foule. Abigail et Julia éclatent de rire, puis Abigail se retourne et l’aperçoit. Le rire s’évanouit sur ses lèvres, ses joues rougissent et ses yeux se délectent de lui. Jamais je n’oublierai l’expression de son visage. Il arrive à sa hauteur et lui prend les mains.
Je me dirige vers eux, mais ils s’éloignent, non pas sur la terrasse, où la plupart des amoureux se retrouvent, mais dans le vestibule. Une fois là-bas, Mr Ingram montre quelque chose du doigt. Je vois un couple de personnes âgées qui attendent anxieusement avec un autre couple de l’âge d’Abigail.
Cette dernière m’aperçoit et tend la main vers moi. Elle est pâle et stupéfaite.
« Olive, annonce-t-elle d’une voix qui ne semble plus vraiment connectée à son corps. Voici Jonathan Ingram. Et là-bas, ce sont… mes parents. Mon frère Hedley. Et son épouse, Lavinia. »
Sa voix se brise et elle se jette dans les bras de sa mère.
« Miss Olive Westallen, je suppose, avance Mr Ingram d’une belle voix grave. Merci mille fois. »
Je lui adresse un grand sourire.
« Mr Ingram. Il n’y a vraiment pas de quoi. Mais si le cœur vous en dit, vous pouvez toujours faire un don. »
Il rit. Je l’aime bien. Nous allons le revoir souvent ; je n’ai pas besoin de mes cartes divinatoires pour le savoir.
La soirée touche à sa fin. Les invités commencent à partir, bien que beaucoup d’entre eux soient encore là. Le bal est un succès éclatant. J’ai prononcé mon discours, qui a été très bien reçu ; de nombreuses promesses de don ont été faites pour venir en aide aux nécessiteux et distribuer de l’espoir. J’ai accordé une centaine de danses et me suis aperçue dans une douzaine de miroirs. Je ne suis pas trop grande, ma robe n’est pas trop sombre et mes diamants pas trop tapageurs. Ce n’est pas la beauté de Rowena qui m’a brièvement fait de l’ombre, c’est ma propre jalousie. Mais il existe bien des façons d’être belle, tout comme il existe bien des façons d’être bon, ou méchant, ou drôle. Il y a de la place pour tous dans ce monde vaste et magnifique.
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