Les Françaises, les Français et l'Épuration
Chronologie
1938
17 juin 1938 (et 29 juillet 1939), décrets-lois qui prévoient de déférer devant un tribunal
militaire toute personne accusée de trahison au titre de l’article 75 du Code pénal. Novembre 1938, décret-loi sur « les étrangers indésirables sur le territoire français ».
1939
24 juin 1939, décret-loi supprimant la publicité des exécutions capitales. 1 er septembre, l’armée allemande pénètre en Pologne ; déclenchement de la guerre en
Europe.
1940
10 mai, début de l’offensive allemande en Belgique et en France. 16 juin, le président Lebrun nomme Philippe Pétain président du Conseil.
17 juin, Pétain appelle à cesser le combat.
17 juin, Brive-la-Gaillarde, tract « Celui qui se rend est mon ennemi » d’Edmond
Michelet.
22 juin, signature de l’armistice à Compiègne.
Juillet, Paris, début de la circulation sous le manteau des Conseils à l’occupé par Jean
Texcier.
10 juillet, Vichy, Pétain obtient les pleins pouvoirs. Fin de la IIIe République. Août, Châtillon-la-Palud, affiche « Les morts crient vengeance ». 2 août, de Gaulle est condamné à mort par contumace par le Tribunal militaire
permanent de la 13e région siégeant à Clermont-Ferrand pour « trahison, atteinte à
la sûreté extérieure de l’État, désertion à l’étranger en temps de guerre sur un
territoire en état de guerre et de siège ».
24 octobre, entretien Pétain-Hitler à Montoire.
12 novembre, prise de Libreville (Gabon) par les FFL, suicide du gouverneur Masson ;
le général Têtu et les officiers qui refusent de rejoindre de Gaulle sont faits
prisonniers de guerre à Brazzaville. L’Afrique équatoriale française (AEF) rallie la
France libre.
16 novembre, Vichy, proclamation de la loi « portant réorganisation des corps
municipaux » qui supprime le système électif. Les maires sont désormais nommés.
1941
27 au 28 février, des milliers de papillons « Ils seront punis » collés dans six villes de la
zone sud.
22 juin, opération Barbarossa, offensive allemande contre l’URSS. Juillet, article dans Défense de la France : « vous serez tondues, femelles dites françaises
qui donnez votre corps à l’Allemand ».
29 juillet, accords Darlan-Kato en Indochine française. Août, Maurice Schumann propose qu’un « simple T [montre] aux agents avérés de
l’ennemi qu’ils sont connus, qu’ils sont repérés et que — le jour venu — ils ne
seront pas oubliés ».
21 août, premier attentat contre un soldat allemand : Fabien abat l’aspirant Moser au
métro Barbès.
24 septembre, René Cassin nommé commissaire à la justice du Comité national. 27 août, attentat de Paul Collette contre Pierre Laval et Marcel Déat. 4 septembre, Marcel Gitton (Parti ouvrier et paysan français — POPF) abattu par un
commando du PCF.
11 novembre, le Front national dieppois marque des commerces par la lettre « K » pour
« kollaborateurs ».
7 décembre, attaque de Pearl Harbor, entrée en guerre des États-Unis. 24 décembre, débarquement des Forces navales de la France libre (FNFL) à Saint-
Pierre-et-Miquelon. L’administrateur vichyste Bournat est mis aux arrêts.
1942
2 janvier, Alsace, entrée obligatoire dans la Hitlerjugend entre 10 et 18 ans. 3 janvier, attaque d’une permanence du Rassemblement national populaire (RNP) rue
de la Procession à Paris, dans le 15e arrondissement — « Avis, la justice populaire
châtiera ».
13 janvier, déclaration de Saint-James pour le jugement des crimes de guerre commis
par l’ennemi adoptée par les Alliés (Belgique, France libre, Grèce, Luxembourg,
Pologne, Norvège, Pays-Bas, Tchécoslovaquie et Yougoslavie). Janvier, l’annexion de l’Alsace-Moselle, jusque-là de fait, prit une dimension juridique
avec l’application du droit pénal allemand en Alsace.
19 février au 14 avril, procès de Riom, Léon Blum, Édouard Daladier (anciens
présidents du Conseil), Guy La Chambre (ancien ministre de l’Air après Pierre Cot),
et des militaires Maurice Gamelin (ancien chef de l’état-major) et Robert Jacomet
(contrôleur général de l’armée).
Avril, la campagne des « T » est relancée à la BBC.
2 juin, André Clément, le rédacteur en chef du Cri du Peuple, le journal du PPF, est
abattu.
Juillet, plusieurs officines collaborationnistes explosent simultanément en zone sud. Juillet, création du Comité général d’études (CGE) à l’initiative de Jean Moulin et de
François de Menthon pour « préparer les mesures immédiates qui seront à prendre
lors du changement de régime ».
7 octobre, le président Roosevelt, pour les États-Unis, et le chancelier de la chambre
des Lords, pour le Royaume-Uni, annoncent la constitution d’une commission des
Nations unies chargée de l’investigation des crimes de guerre (UNWCC). 8 novembre, débarquement en AFN.
Novembre, Madagascar, capturé par les Anglais, le gouverneur général Armand Annet
est envoyé en résidence surveillée en Afrique du Sud, à Zefonstein. 28 novembre, intervention des FNFL ; André Capagorry, à la tête de 75 hommes,
débarque à La Réunion. Reddition de Pierre Aubert placé en résidence surveillée à
l’île Maurice.
28 décembre, rattachement de Djibouti à la France libre ; le général Truffert, fidèle à
Vichy, interné dans le camp de prisonniers de guerre n o 365 à Londiani au Kenya.
1943
Janvier, grandes listes noires nationales par le PCF.
18 mars, le gouverneur de Guyane, Veber, est destitué et remplacé par un Comité de
direction provisoire.
Mars, reddition de la 6e armée de von Paulus à Stalingrad. Mars, internement des premiers collaborateurs d’AFN dans les camps de Berrouaghia,
Mecheria et Bossuet.
22 mars, Maurice Schumann dénonce solennellement sur Radio Londres plusieurs
commissaires de la Brigade spéciale, du « Service juif » et des Renseignements
généraux.
28 avril, Paul de Gassowski, chef-adjoint de la milice des Bouches-du-Rhône, est
abattu.
Juillet, liste noire du Front national universitaire.
14 juillet, première liste noire du journal gaulliste Bir Hakeim. 8 août, discours du général de Gaulle à Casablanca, « L’Union nationale ne peut se
faire et ne peut durer que si l’État sait distinguer les bons serviteurs et punir les
criminels ».
15 août, constitution de la Commission spéciale d’enquête de Tunisie, pour examiner
« les conditions dans lesquelles les forces armées de l’Axe ont pu pénétrer en
Tunisie en novembre 1942 ».
18 août, le Comité français de libération nationale (CFLN) prend la première
ordonnance en instaurant une commission d’épuration. Celle-ci n’a pas seulement
à s’occuper des événements d’Afrique du Nord, mais de « tous ceux, qui, dirigeants
ou fonctionnaires, [ont] par leurs actes, leurs écrits ou leur comportement
encouragé l’action de l’ennemi ».
20 août, Alsace annexée, circulaire qui prévoyait le transfert systématique vers
l’Allemagne ou la Pologne des familles de réfractaires. 3 septembre, le CFLN promet des poursuites contre le maréchal Pétain et tous les
membres de ses gouvernements.
9 septembre, prise du pouvoir à Ajaccio par la Résistance, premières mesures
d’épuration sur l’île.
22 septembre, arrestation de l’amiral Esteva (Tunisie). 23 septembre, Maurice Schumann accuse sur les ondes la servilité sanguinaire des
magistrats des Sections spéciales.
1 er octobre, création de la commission départementale d’épuration corse. 4 octobre, libération de Bastia et de la Corse.
5 octobre, arrivée du général de Gaulle en Corse.
10 octobre à Toulouse, la 35e brigade des Francs-tireurs et partisans-Main-d’œuvre
immigrée (FTP-MOI) abat le procureur Lespinasse.
20 octobre, installation officielle de l’UNWCC à Londres. 21 octobre, arrestation du général Bergeret (Syrie).
Novembre, Pierre Boisson (gouverneur de l’AOF) convoqué par la commission
d’épuration mise en place à Alger et inculpé par le tribunal militaire pour haute
trahison.
11 novembre, Nantua (Ain), un couple de restaurateurs est tondu par le Maquis. 18 novembre, Alger, ordonnance créant une commission de vérification des
internements.
21 novembre, à Thônes en Haute-Savoie, le chef départemental de la milice, Gaston
Jacquemin, et l’un de ses hommes sont abattus.
11 décembre, arrestation de Marcel Peyrouton (Algérie) et Pierre Boisson (AOF). 28 décembre, suite à ces arrestations, Maurice Schumann, dans l’émission Honneur et
patrie, rappelle que, selon le paragraphe 5 de l’article 75 du Code pénal, seront
poursuivis pour trahison « Tout Français qui en temps de guerre entretiendra des
intelligences avec une puissance étrangère ou avec des agents en vue de favoriser
les entreprises de cette puissance contre la France ».
1944
10 janvier, Joseph Darnand est à la tête de toutes les forces de maintien de l’ordre du
régime.
10 janvier, ordonnance du CFLN pour la création des Commissaires régionaux de la
République.
31 janvier, ordonnance (Alger-CFLN) relative aux faits de collaboration réprimant les
dénonciations adressées à l’occupant, aux autorités de Vichy et agents de la
collaboration.
3 février, le maréchal Sperrle, du haut commandement de l’armée à l’Ouest,
promulgue, dans le cadre du renforcement de la lutte contre la Résistance, une
ordonnance spécifiant qu’aucune mesure trop sévère n’entraînera de punition pour
ses auteurs.
3 mars, ordonnance (Alger-CFLN) prévoyant l’exécution par fusillade pour les crimes
contre la sûreté de l’État ou les sentences prononcées par les tribunaux militaires. 4 mars, début du procès Pucheu, fusillé le 20 mars au Polygone d’Alger. Mars, condamnation pour brutalités d’une dizaine de gardiens du groupement de
travailleurs d’Hadjerat M’Guil (AFN).
15 mars, le CNR décide de la création des Milices patriotiques. Avril, Violette Morris, membre de la Gestapo française, est abattue. 21 avril, ordonnance (Alger-CFLN) sur le maintien des conseils municipaux. 3 juin, Alger, le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) remplace
le CFLN.
6 juin, débarquement de Normandie.
9 juin, massacre d’Oradour-sur-Glane.
14 juin, sur les antennes de la BBC, André Gillois prévient les gendarmes que suivre les
ordres de Darnand, secrétaire général au maintien de l’ordre, « c’est passer à
l’ennemi, c’est trahir purement et simplement, c’est aller à coup sûr et sans
rémission possible au peloton d’exécution ».
16 juin, mise en place d’un tribunal militaire français à Bayeux, chargé « du pillage des
Français par des Français » et, quand les preuves sont évidentes, des
collaborateurs.
22 juin, ordonnance relative à la mise sous séquestre des entreprises de presse sur le
territoire métropolitain au cours de sa libération.
26 juin, ordonnance du GPRF : les juridictions militaires sont compétentes jusqu’à
l’établissement des cours de justice dans chaque département. 26 juin, ordonnance réprimant les faits qui « favorisent les entreprises de toute nature
de l’ennemi » entre le 16 juin 1940 et la date de la Libération. 27 juin, ordonnance qui régit l’épuration administrative. 28 juin, assassinat du ministre de l’Information Philippe Henriot à Paris. Juillet, condamnation de Pierre de Ricko, directeur du camp de Djenien Bou Rezg
(AFN).
20 juillet, exécution des treize derniers miliciens par les résistants de Saint-Amand-
Montrond.
9 août, 10 soldats allemands fusillés à Landevant.
15 août, débarquement en Provence.
17 août, Oberkommando der Wehrmacht (OKW) donne l’ordre de retraite. 17 août, création d’une commission de criblage par le Commissaire régional de la
République (CRR) d’Angers, Michel Debré.
18 et 31 août, fonctionnement du tribunal du peuple de Pamiers (plusieurs dizaines
d’exécutions).
20 août, Pétain est emmené à Sigmaringen.
23 août, cour martiale du Grand-Bornant, 76 miliciens sur 97 jugés sont condamnés à
mort et fusillés le lendemain.
25 août, Paris, reddition du commandant von Choltitz. 26 août, au terme d’une semaine de combats pour la libération de la capitale, descente
des Champs-Élysées par le général de Gaulle et un Te Deum est célébré dans la
cathédrale Notre-Dame. Le cardinal Suhard y est persona non grata. 26 août, ordonnance définissant l’indignité nationale. 27 août, circulaire 10.010 du ministère de la Guerre qui permet d’exclure de l’armée
tous les non-résistants.
28 août, ordonnance établissant les chambres civiques auprès des cours de justice. 28 août, ordonnance relative à la répression des crimes de guerre jugés par une
juridiction militaire.
29 août, ordonnance qui « fixe les conditions dans lesquelles les crimes de guerre
seront poursuivis et jugés et attribue la compétence en cette matière aux seuls
tribunaux militaires ».
30 août-4 octobre, fonctionnement de la cour martiale de Grenoble, 23 condamnations,
dont 15 à la peine de mort et exécutées.
30 août-19 septembre, cour martiale de Nîmes, 45 condamnés à mort sont exécutés. 31 août-11 septembre, cour martiale de l’Hérault, 71 condamnés à mort sont exécutés,
dont Jean-Paul Reboulleau, milicien, nommé préfet délégué de l’Hérault.
1 er septembre, mise en place de la première commission d’épuration administrative au
ministère des Colonies.
Septembre, le gouverneur de Guyane, Jean Rapenne, est destitué et mis à la retraite
d’office par la commission d’épuration.
5 septembre au 15 novembre 1944 : tribunal militaire d’Angers. 7 septembre, création par Yves Farge, CRR de Lyon, de trois commissions de criblage. 7 septembre, mise en place de la Commission centrale d’épuration de la magistrature. 11 septembre, premier procès devant une cour de justice au palais de justice de
Marseille.
Septembre, quinze entreprises dans les secteurs des transports, de l’énergie et des
travaux publics sont réquisitionnées par le Commissaire régional de la République,
Raymond Aubrac, en liaison avec l’union départementale CGT des Bouches-du-
Rhône.
16 septembre, décret sur les tribunaux militaires qui se substituent à toute instance
autoproclamée.
28 septembre, l’ancien préfet de la Lozère, Roger Dutruch, est fusillé à Mende. 4 octobre, ordonnance qui renforce le pouvoir des préfets en matière d’internement
administratif et création des commissions de vérification (CVIA). 13 octobre, François Mauriac, dans les colonnes du Figaro, emploie pour la première
fois le terme d’amnistie.
14 octobre, création du Service de recherche des crimes de guerre ennemis (SRCGE)
sous la direction du colonel Chauveau.
23 octobre, première session de la cour de justice de la Seine, procès de Georges
Suarez, condamné à mort et fusillé le 9 novembre.
30 octobre, condamnation de Pierre Boisson par le tribunal militaire d’Alger à la
révocation sans pension.
2 novembre, mise en place de la cour de justice de Haute-Savoie. 16 novembre, Charles Marion, préfet de Haute-Savoie en février-mars 1944, est extrait
de sa cellule et exécuté lors de l’attaque de la prison où il est détenu. 18 novembre, ordonnance établissant la Haute Cour de justice. 21 novembre, libération de Metz par l’armée américaine. 23 novembre, le général Leclerc libère Strasbourg.
27 novembre, création de l’Office de recherche des criminels de guerre (ORCG) dédié à
la poursuite des criminels en Allemagne.
Décembre, environ 50 000 personnes sont internées sur 171 sites pour la France
entière.
26 décembre, ordonnance qui définit comme coupable d’indignité nationale « tout
Français qui aura sciemment apporté en France ou à l’étranger une aide directe ou
indirecte à l’Allemagne ».
28 décembre, le tribunal militaire de Metz, qui couvrait tout l’Est, avait commencé à
siéger.
1945
3 janvier, Albert Lejeune, patron du journal L’Auto, est fusillé à Marseille. 23 janvier, Angelo Chiappe, ancien préfet du Gard puis du Loiret, est fusillé après avoir
été condamné à mort par la cour de justice de Nîmes. 28 janvier, arrestation à Metz de toutes les femmes de nationalité allemande. Février, à cette date il reste 31 380 internés selon le ministère de l’Intérieur. 22 février (ordonnance), création des comités d’entreprises définis comme organes de
représentation des salariés sans réel pouvoir sur la marche de l’entreprise. La loi
n’entérine pas le principe d’une cogestion ouvrière des entreprises espéré par la
CGT.
5 mars, Redange (Moselle), cent cinquante personnes environ protestent contre le
retour d’internés du Centre de séjour surveillé (CSS) de Queuleu. 9 mars, coup de force japonais en Indochine.
12 mars, premier procès devant la Haute Cour de justice de l’amiral Esteva. 14 mars, libération de Forbach.
15 mars, suicide en prison de Pierre Drieu la Rochelle. Mars, installation du CROWCASS (Central Registry of War Criminals and Security
Suspects, Registre central des criminels de guerre et des suspects pour la sécurité)
à Paris, au 53 rue des Mathurins.
6 avril, ordonnance constituant un jury d’honneur pour examiner le cas de
parlementaires siégeant en 1940.
7 au 8 avril (nuit), Basse-Yutz, une potence est installée avec la pancarte : « AVIS AUX
COLLABORATEURS, Celle-là ne vous pendra pas au nez mais au cou. Que ceux
des nazis qui n’ont pas leur carte de visite ci-dessous ne pensent pas qu’ils sont
oubliés. » Après la potence, il y avait 33 morceaux de carton portant chacun le nom
et la qualité d’un membre des diverses organisations nazies. 20 avril, le général Dentz est condamné à mort par la Haute Cour de justice. 21 avril (ordonnance), les femmes sont désormais inscrites sur les listes électorales et
peuvent être tirées au sort pour participer à un jury de cours d’assises comme de
cours de justice.
26 avril, arrestation de Philippe Pétain lors de son arrivée à la frontière française. 28 avril, Benito Mussolini, sa compagne Clara Pettacci et quelques autres dignitaires
fascistes sont exécutés à Giulino di Mazzegra sur les bords du lac de Côme. 30 avril, suicide d’Adolf Hitler dans son bunker à Berlin. 30 avril au 19 juin, Pétain est interrogé à onze reprises. 29 avril et 13 mai, élections municipales, premières élections depuis la Libération et
première participation des femmes.
8 mai, fin de la guerre en Europe.
31 mai, le CNR organise une réunion à la Mutualité pour « le châtiment immédiat de
Pétain ».
18 juin, Metz, la cour de justice et la chambre civique commencent à fonctionner. 26 juin, première audience de la cour de justice de Strasbourg. 1 er juillet, nombre maximal d’internés en Moselle : 3 937 à Queuleu et 1 433 à Suzange. 12 juillet, premier jugement, par le tribunal militaire de Rennes, pour crime de guerre
de six membres du 681 e bataillon d’infanterie légère de marine, dont le plus gradé
est le Fregattenkapitän Georg Hillenbrandt. Condamnés à mort, cinq d’entre eux
sont fusillés le 27 avril 1946.
Juillet, Pierre Aubert (Réunion) est relaxé par la cour de justice de la Seine. 23 juillet, à 13 h 30, s’ouvre le procès de Philippe Pétain en Haute Cour sous la
présidence de Paul Mongibeaux.
1 er août, arrivée de Pierre Laval (après un long périple d’Allemagne vers l’Espagne puis
l’Autriche) au Bourget.
3 août, Pierre Laval témoigne au procès Pétain.
6 août, début des travaux de la chambre civique de Strasbourg. 8 août, accords de Londres pour l’organisation du tribunal international. 13 août, à Lyon, le Comité départemental de libération a réuni à la Bourse du travail
environ 1 200 personnes pour réclamer la peine de mort pour Pétain. 15 août, fin de la guerre en Asie.
15 août, à 4 heures du matin, après sept heures de délibéré, les vingt-quatre jurés
déclarent Pétain coupable de haute trahison et d’intelligence avec l’ennemi. Il est
condamné à mort mais le verdict est cependant assorti du vœu que la sentence ne
soit pas appliquée. Transfert de Pétain au fort du Portalet (Basses-Pyrénées). 1 er septembre, fermeture du CSS (Centre de séjour surveillé) de Drancy. 13 septembre, ordonnance relative à l’épuration de l’ordre des architectes. 26 septembre, Nîmes, un engin explose devant le magasin intitulé « Au bon lait » dont
la propriétaire avait été condamnée par la cour de justice avant d’être graciée par le
chef du gouvernement.
5 octobre, Pierre Laval, second personnage incarnant la France de Vichy, est jugé par la
Haute Cour.
10 octobre, Joseph Darnand, chef de la milice, secrétaire général au maintien de
l’ordre, est fusillé.
15 octobre, exécution de Pierre Laval à la prison de Fresnes. 21 octobre, élection de l’Assemblée constituante.
16 novembre, transfert de Pétain du fort de Portalet au fort de Pierre-Levée à l’île
d’Yeu.
20 novembre, les premières images du Tribunal militaire international siégeant à
Nuremberg sont diffusées par les actualités filmées.
Décembre, il reste encore 15 000 internés pour faits de collaboration. 20 décembre, promulgation de la loi no 10 du Conseil de contrôle interallié sur le
jugement des Allemands par les tribunaux militaires alliés. 13 décembre, décès du général Dentz à la prison de Fresnes.
1946
17 janvier, François de Menthon, procureur à Nuremberg, présente pour la première
fois l’accusation française.
19 janvier, démission du général de Gaulle ; il est remplacé par Félix Gouin le
23 janvier.
Février, à ce mois, 28 000 dénonciations pour les trois départements d’Alsace-Moselle
sont enregistrées.
2 mars, établissement du tribunal militaire français à Rastatt. 16 avril, loi d’amnistie sous certaines conditions des condamnations pour marché noir
et profits illicites.
3 mai, le Gauleiter, c’est-à-dire le gouverneur nazi, Robert Wagner est condamné à
mort par le tribunal militaire de Strasbourg.
3 mai 1946-16 avril 1948, procès de Tokyo.
10 mai, date de cessation des hostilités.
11 mai, la cour de justice de l’Indochine est instaurée. Mai, transfert du CROWCASS par les Américains de Paris à Berlin. 14 août, Robert Wagner est fusillé au fort Ney à Strasbourg. 24 au 25 août, le monument commémoratif de la bataille des FFI de Tornac (Gard) est
en partie détruit par une grenade.
1 er octobre, énoncé du verdict à Nuremberg. 13 octobre, ratification de la constitution par référendum. 16 octobre, exécution des dix condamnés à mort de Nuremberg.
1947
15-16 janvier, audition des témoins cités à charge pour les crimes commis en
Indochine française.
1 er février, les commandants du camp du Struthof, de mai 1944 à la fin de janvier 1945,
Fritz Hartjenstein, et son successeur Heinrich Schwarz, sont condamnés à mort
par le tribunal militaire français de la Zone française d’occupation à Rastatt. 14 février, procès de la Kenpeitai (police militaire japonaise) à Saigon. Leur
commandant en chef, Tomita Bunichi, avec cinq autres de ses officiers sont
condamnés à mort. Tous sont exécutés six mois plus tard. 28 février, condamnation à mort par la cour de justice du Haut-Rhin de Jean-Pierre
Mourer, Kreisleiter (dirigeant du parti nazi et de l’administration) de Mulhouse. Il
est exécuté le 10 juin à l’Île-Napoléon près de Mulhouse. 6 mars, Fernand de Brinon est condamné à mort ; il est fusillé le 15 avril au fort de
Montrouge.
14 mars, condamnation par la Haute Cour de justice de l’amiral Georges Robert à
dix ans de travaux forcés, mais sans application de la peine.
19-21 mars, la Haute Cour de justice condamne Jules Brévié, ministre des Colonies, à
dix ans d’emprisonnement et Armand Annet, gouverneur général de Madagascar, à
dix ans d’indignité nationale.
4 mai, renvoi des ministres communistes du gouvernement Ramadier. Fin du
tripartisme (SFIO, MRP, PCF).
10 juin, publication de l’hebdomadaire Aspects de la France. 1 er juillet, découverte du « Plan bleu », complot anticommuniste regroupant d’anciens
cagoulards et résistants et impliquant plusieurs communautés religieuses. 16 août, amnistie des délits de collaboration commis par les mineurs. 28 août, amnistie des Alsaciens (mais pas des Mosellans) condamnés à moins de
dix ans de dégradation nationale.
3 septembre, liquidation des réquisitions par la loi du 3 septembre qui met un terme
aux expériences de gestion ouvrière.
Création du Comité français de défense des droits de l’homme.
1948
23-24 janvier, réquisitoire du procureur français Oneto au procès de Tokyo. Avril, création de l’Union des victimes civiques (« pour la réparation des actes criminels
ou injustes commis depuis la Libération »).
16 avril, fin du procès de Tokyo. Shunroko Hata, ministre de la Guerre dans le cabinet
Abe en 1939, coupable d’avoir développé les plans pour la prise de contrôle de
l’Indochine française et Kuniaki Koiso, ministre des Affaires coloniales dans les
gouvernements Hiranuma (1939) et Yonai (1940), qui « prit part aux préparatifs de
l’Occupation de l’Indochine française », sont condamnés tous les deux à la prison à
perpétuité pour ces motifs.
Avril, publication des Crimes masqués du résistantialisme, par l’abbé Jean-Marie
Desgranges.
1949
9 février, amnistie des jeunes gens enrôlés dans la milice. 23 juin, condamnation de René Bousquet à cinq ans de dégradation nationale, peine
dont il est immédiatement relevé pour « avoir participé de façon active et soutenue
à la résistance contre l’occupant ».
23 mars, l’AFP révèle l’affaire des faux certificats de résistance. 8 juin-2 juillet, jugement à Rastatt des treize gardiennes de Ravensbrück. 1 er juillet, dernière condamnation par la Haute Cour de justice : cinq ans d’indignité
nationale pour André Parmentier.
12-23 juillet, procès d’Otto Abetz devant le deuxième tribunal militaire de Paris.
1950
12 juin, le commandant du camp de Ravensbrück, Fritz Suhren, ainsi que Hans
Pflaum, le responsable de la main-d’œuvre du camp, sont condamnés à mort par le
tribunal militaire de Rastatt et fusillés.
1951
5 janvier, loi d’amnistie des faits constitutifs de l’indignité nationale d’une durée de
moins de quinze ans et des mineurs de moins de 21 ans pour des peines inférieures
à cinq ans.
31 janvier, dernière audience de la cour de justice de la Seine. 19 mars, à Saigon, sont passés par les armes l’ex-colonel de l’armée japonaise Shizume
Takeji, et les ex-capitaines Sakamato Junji, Fukuda Yoshio et Hayakawa Kiichi,
derniers des 26 criminels de guerre japonais.
1 er juin, exécution à Lille du dernier soldat allemand condamné à mort pour crime de
guerre, le lieutenant Horst Kolrep, membre de la 3e Panzer-Division SS Totenkopf. 23 juillet, décès de Philippe Pétain à l’âge de 95 ans.
1952
3 septembre, libération de Xavier Vallat, ancien commissaire général aux Questions
juives, condamné en 1947 à dix ans de prison.
1953
12 janvier au 12 février, procès d’Oradour-sur-Glane devant le tribunal de Bordeaux. 20 février, loi no 53-112 des Français incorporés de force dans les formations militaires. 6 août, amnistie générale.
1954
22 mai, derniers fusillés de l’épuration. Théodore Leclercq, Georges Favriot et
Ferdinand Poupet, membres français de la Gestapo de la rue de la Pompe,
condamnés à mort le 22 décembre 1952, sont passés par les armes au fort de
Vincennes.
3 septembre-9 octobre, procès de Carl Oberg et Helmut Knochen. Ils sont condamnés à
mort, mais graciés le 22 avril 1958 par le président René Coty.
1955
9 mai, les États-Unis, le Canada, et plusieurs pays d’Europe de l’Ouest (la France, le
Royaume-Uni, le Benelux, l’Italie et la RFA) signent les accords de Paris qui
donnent à la République fédérale sa pleine souveraineté. Les criminels de guerre
allemands ne peuvent plus être extradés et se retrouvent alors protégés d’un
jugement par un tribunal militaire allié.
1956
Janvier, sortie de Nuit et brouillard d’Alain Resnais.
20 janvier, Christiane Renault, l’épouse de Louis Renault décédé en prison, dépose une
plainte contre X pour homicide volontaire (non-lieu prononcé en novembre par le
tribunal d’instance de Paris).
5 mars, le tribunal supérieur de Rastatt se déclare dissous.
1957
Juin, parution D’un château l’autre de Louis-Ferdinand Céline chez Gallimard. 15 novembre, La Reine de Césarée, pièce de Robert Brasillach, est montée au théâtre
des Arts à Paris.
1958
1 er décembre, création, à Ludwigsburg, du Service central d’enquêtes sur les crimes
nationaux-socialistes (Zentrale Stelle der Landesjustizverwaltungen zur Aufklärung
nationalsozialisticher Verbrechen, Ludwigsburg — ZStL).
1959
10 juin, Hiroshima mon amour, d’Alain Resnais, sur un scénario de Marguerite Duras.
1962
20 novembre, libération de Carl Oberg et Helmut Knochen, trois mois avant la
signature du traité franco-allemand de l’Élysée, date à laquelle il ne reste plus de
criminels de guerre allemands dans les prisons françaises.
1963
22 janvier, signature du traité de l’Élysée.
1964
Brassens chante La Tondue.
26 décembre, loi faisant du crime contre l’humanité le seul crime non prescriptible en
droit français.
1965
13 avril, le Bundestag modifie la loi fédérale afin de continuer à poursuivre d’éventuels
criminels de guerre nazis.
2 juillet, Jean Barbier est condamné à mort par la Cour de sûreté de l’État. Son
jugement est cassé par la Cour de cassation en octobre. 6 novembre, Jacques Vasseur est condamné à mort pour faits de collaboration. Au
mois de février 1966, sa peine est commuée en détention perpétuelle.
1966
28 avril, rejugé, Jean Barbier est à nouveau condamné à mort. Il est le dernier Français
condamné à mort pour faits de collaboration, mais est gracié par le général de
Gaulle en juillet de la même année.
Octobre, début de la série documentaire Mémoires de votre temps produite par Roger
Stéphane.
1967
26 juillet, est votée une loi ouvrant un droit à l’indemnisation des héritiers Renault.
1968
Publication de Peter Novick, The Resistance versus Vichy. The Purge of Collaborators in
Liberated France, Londres, Chatto & Windus.
1969
Septembre, Marcel Ophüls, Le Chagrin et la pitié. 22 septembre, conférence de presse de Georges Pompidou. Il cite Comprenne qui
voudra d’Éluard à propos de Gabrielle Russier.
1971
23 novembre, Grâce présidentielle accordée par Georges Pompidou à Paul Touvier, ex-
chef de la milice de Lyon.
1972
Klaus Barbie, alias Altmann, est localisé puis démasqué en Bolivie grâce aux époux
Klarsfeld et au journaliste Ladislas de Hoyos.
1973
Robert Paxton publie La France de Vichy. 19 février, des militants d’extrême droite exhument le cercueil de Philippe Pétain pour
l’emporter à Verdun, au fort de Douaumont.
1974
30 janvier, Lacombe Lucien, de Louis Malle, coécrit avec Patrick Modiano, sort en salle. Février, Marie Chaix, fille d’Albert Beugras, membre du PPF, publie Les Lauriers du lac
de Constance.
Août, ratification par le Bundestag d’un avenant aux accords de Paris (1955) qui
permet de reprendre des procédures à l’encontre de criminels nazis de premier
plan jusque-là épargnés.
1976
25 mai, émission Les Dossiers de l’écran consacrée à Pétain.
1978
28 octobre, interview de Darquier de Pellepoix publiée dans L’Express.
1979
3 janvier, loi sur les archives, abaissement des délais légaux (loi qui réduit de
cinquante ans à trente ans la dérogation générale).
12 mars, inculpation de Jean Leguay pour crime contre l’humanité.
1980
11 février, Kurt Lischka, Herbert Hagen et Ernst Heinrichsohn sont respectivement
condamnés à dix, douze et six ans d’emprisonnement par le tribunal de Cologne.
1981
27 novembre, inculpation de Paul Touvier.
1982
Fin d’année, libération de Joseph Cortial, qui avait été condamné à la perpétuité le
21 juin 1966.
1983
19 janvier, inculpation de Maurice Papon pour crimes contre l’humanité. 5 février, arrestation de Klaus Barbie.
Mai, jugement par les autorités de RDA de Heinz Barth pour sa participation au
massacre d’Oradour-sur-Glane.
Août, Richard Freise, en poste à Poitiers pendant la guerre, se suicide à l’âge de 75 ans
peu avant son procès à Bonn.
28 août, libération de Jean Barbier.
Septembre, libération de Jacques Vasseur de la centrale de Melun. 20 octobre, à Saint-Flour (Cantal), les gendarmes viennent délivrer Esther Albouy,
60 ans, recluse dans le domicile familial depuis l’été 1944, date à laquelle elle avait
été tondue.
1985
11 juillet, la loi Badinter rend l’enregistrement audiovisuel d’un procès possible, à
condition que les caméras soient fixes et qu’il « présente un intérêt pour la
constitution d’archives historiques de la justice ». Traduction et publication en français, dix-huit ans après sa parution en anglais, de
l’ouvrage de Peter Novick, L’Épuration française, 1944-1949, Paris, Balland.
1987
11 mai-4 juillet, procès de Klaus Barbie devant la cour d’assises de Lyon, poursuivi
pour crime contre l’humanité.
1988
Publication de L’Épuration sauvage de Philippe Bourdrel.
1989
Acquittement de Modest Graf von Korff, responsable du SD de Châlons-sur-Marne,
acquitté une première fois en 1947 de ses actes commis contre la Résistance. 24 mai, arrestation de Paul Touvier au prieuré Saint-François à Nice, après avoir été
deux fois condamné à mort par contumace, en 1946 et en 1947, par deux instances
judiciaires différentes.
Une procédure est engagée contre Rolf Bilharz pour sa participation à la déportation
des Juifs de Nice et contre Walter Nährich pour celle des Juifs de Bordeaux.
1991
Réédition en collection de poche de l’ouvrage de Peter Novick, L’Épuration française,
1944-1949, Paris, Le Seuil, coll. Point.
1992
13 avril, la chambre d’accusation de la cour d’appel de Paris exonère Paul Touvier de
toute accusation de crimes contre l’humanité.
25 novembre, le jugement est finalement cassé après le recours du procureur général
Truche.
1994
17 mars-20 avril, Paul Touvier est rejugé devant la cour d’assises des Yvelines pour
complicité de crime contre l’humanité.
1997
5 février, Jean Mattéoli est chargé de constituer une commission afin « d’étudier les
conditions dans lesquelles les biens appartenant aux personnes considérées comme
juives par l’occupant ou les autorités de Vichy ont été confisqués, ou d’une manière
générale, acquis par fraude, violence ou vol dans le cadre de la politique antisémite
qui a sévi en France entre 1940 et 1944 ».
7 octobre, début du procès de Maurice Papon, ancien secrétaire général de la
préfecture de la Gironde, pour complicité de crime contre l’humanité devant la
cour d’assises de Bordeaux.
2 octobre, la circulaire Jospin à l’accès aux archives publiques de la période 1940-1945
établit une politique dérogatoire plus souple.
1998
2 avril, fin du procès de Maurice Papon. Il est reconnu coupable de « complicité de
crime contre l’humanité » et condamné à dix ans de réclusion criminelle pour
complicité d’arrestations illégales et de séquestrations arbitraires dans la
déportation de quatre convois de Juifs, de Bordeaux vers Drancy, entre 1942 et
1944.
2000
Projection du film de Raphaël Lewandowski, Audiences, autour du procès de Maurice
Papon.
2002
12 avril, « arrêt Papon », le Conseil d’État reconnaît la responsabilité de l’État qui doit
assumer la moitié des dommages et intérêts dus aux victimes par Maurice Papon.
2008
15 juillet, loi sur l’abaissement des délais légaux de consultation d’archives.
2010
Deux des huit héritiers de l’industriel Louis Renault intentent une action en justice
contre le Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane.
2014
8 août, Monterfil, une « marche blanche » du souvenir est organisée pour réhabiliter
trois femmes tondues et pendues à la Libération.
2015
24 décembre, arrêté sur la libre consultation, avant l’expiration des délais prévus à
l’article L. 213-2 du Code du patrimoine, d’archives relatives à la Seconde Guerre
mondiale.
2017
Mai, Rennes, des petits papillons « collabo » sont collés sur les plaques du boulevard
Alexis-Carrel.
Août, suite aux événements de Charlottesville, le maire de New York annonce le retrait
de deux plaques apposées en 1931 à Broadway en l’honneur de Philippe Pétain et
Pierre Laval.
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