Les Françaises, les Français et l'Épuration
L’épuration, plus d’un demi-siècle d’histoire
laissé une tache indélébile.
Ces différents éléments s’inscrivent par ailleurs dans le
contexte singulier de transition de la Seconde Guerre mondiale à
la guerre froide, situation qui biaise les enjeux de l’épuration et
les brouille avec ceux de l’avenir à construire. C’est donc dans un
cadre géographique élargi que nous proposons ici d’envisager
l’épuration : du village au pays tout entier, jusqu’au continent et à
l’Empire. Tout comme s’élargit le cadre social, dans une approche
qui se veut populaire, ou « d’en bas », de l’intimité du domicile et
de la famille au bureau, à l’usine ou au champ, de la rue au
tribunal, des Maquis aux prisons.
L’ÉPURATION,
PLUS D’UN DEMI-SIÈCLE D’HISTOIRE
Longtemps déterminé par sa dimension juridique,
« l’événement-épuration » est principalement situé dans la
seconde moitié des années 1940 : de 1942 ou 1944 à 1949 ou 1953
selon les auteurs. Globalement, des premiers textes à l’arrêt des
poursuites devant les tribunaux d’épuration (c’est-à-dire jusqu’à
la dernière cour de justice) ou à la principale loi d’amnistie.
Pourquoi passer d’une décennie à plus d’un demi-siècle
d’histoire ? En amont, tout montre que la volonté de punir celles
et ceux qui collaborent avec l’envahisseur allemand se manifeste
précocement. Dès l’été 1940 en effet, les premières voix,
clandestines, s’expriment en ce sens. Aux voix succèdent très vite
les actes qui deviennent constitutifs de la Résistance : l’épuration
est d’abord une violence de guerre contre l’ennemi. Bien entendu
les années 1944-1945-1946 correspondent à l’acmé du phénomène et c’est à ce moment qu’ont lieu la plupart des
arrestations, des exécutions, des tontes, des procès. L’épuration
est alors un mouvement social, l’objet d’un débat public intense
désormais à nouveau possible avec le retour de la démocratie.
Progressivement, les priorités des Françaises et des Français
évoluent, tandis que leur aspiration à des temps meilleurs et à un
apaisement des tensions l’emporte sur la nécessité d’une justice
implacable. Il est pourtant difficile de dater la fin de l’épuration.
Quelle limite chronologique lui donner ? Celle des derniers
procès devant les juridictions d’exception que sont les cours de
justice, en 1949 ? La dernière exécution d’un collaborateur en
1951, mais aussi cette même année d’un criminel de guerre
allemand ou japonais ? La grande loi d’amnistie de 1953 ? La
libération des derniers condamnés au début des années 1980 ? Et
que faire des nombreuses répliques mémorielles qui ont ponctué
la seconde moitié du e XX siècle ? Peut-on dissocier du phénomène
les procès tardifs de Klaus Barbie, Paul Touvier et Maurice
Papon, lesquels pour des raisons juridiques se tiennent au nom
du crime contre l’humanité ?
À l’évidence, ces scansions ultérieures sont l’expression
prolongée d’un « événement élastique » pour reprendre une
expression proposée par l’historien Pierre Laborie. Enfin,
contrairement aux idées reçues transmises par les approches
« d’en haut » de l’épuration, celle-ci n’a pas été un sujet tabou.
Les Françaises et les Français au sein de leurs familles ou de leur
entourage ont évoqué, parfois à mots couverts, parfois à voix
haute, ce qu’a été cet événement et les traumatismes familiaux
qu’il a engendrés. La presse, le cinéma, la littérature, la chanson,
la télévision se sont aussi emparés du sujet, au gré des
« révélations », des enjeux politiques mais également des choix artistiques de la nécessité de dire. Aux historiens de prolonger
encore ce travail d’intelligibilité du passé et à nous de proposer
ici une histoire élargie, si ce n’est une nouvelle histoire de
l’Épuration.
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