Les Françaises, les Français et l'Épuration

François Rouquet Fabrice Virgili · Chapitre 8 sur 170

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Les Françaises, les Français et l'Épuration

L’épuration, plus d’un demi-siècle d’histoire

laissé une tache indélébile.

Ces différents éléments s’inscrivent par ailleurs dans le

contexte singulier de transition de la Seconde Guerre mondiale à

la guerre froide, situation qui biaise les enjeux de l’épuration et

les brouille avec ceux de l’avenir à construire. C’est donc dans un

cadre géographique élargi que nous proposons ici d’envisager

l’épuration : du village au pays tout entier, jusqu’au continent et à

l’Empire. Tout comme s’élargit le cadre social, dans une approche

qui se veut populaire, ou « d’en bas », de l’intimité du domicile et

de la famille au bureau, à l’usine ou au champ, de la rue au

tribunal, des Maquis aux prisons.

 

L’ÉPURATION,

PLUS D’UN DEMI-SIÈCLE D’HISTOIRE

 

Longtemps déterminé par sa dimension juridique,

« l’événement-épuration » est principalement situé dans la

seconde moitié des années 1940 : de 1942 ou 1944 à 1949 ou 1953

selon les auteurs. Globalement, des premiers textes à l’arrêt des

poursuites devant les tribunaux d’épuration (c’est-à-dire jusqu’à

la dernière cour de justice) ou à la principale loi d’amnistie.

Pourquoi passer d’une décennie à plus d’un demi-siècle

d’histoire ? En amont, tout montre que la volonté de punir celles

et ceux qui collaborent avec l’envahisseur allemand se manifeste

précocement. Dès l’été 1940 en effet, les premières voix,

clandestines, s’expriment en ce sens. Aux voix succèdent très vite

les actes qui deviennent constitutifs de la Résistance : l’épuration

est d’abord une violence de guerre contre l’ennemi. Bien entendu

les années 1944-1945-1946 correspondent à l’acmé du phénomène et c’est à ce moment qu’ont lieu la plupart des

arrestations, des exécutions, des tontes, des procès. L’épuration

est alors un mouvement social, l’objet d’un débat public intense

désormais à nouveau possible avec le retour de la démocratie.

Progressivement, les priorités des Françaises et des Français

évoluent, tandis que leur aspiration à des temps meilleurs et à un

apaisement des tensions l’emporte sur la nécessité d’une justice

implacable. Il est pourtant difficile de dater la fin de l’épuration.

Quelle limite chronologique lui donner ? Celle des derniers

procès devant les juridictions d’exception que sont les cours de

justice, en 1949 ? La dernière exécution d’un collaborateur en

1951, mais aussi cette même année d’un criminel de guerre

allemand ou japonais ? La grande loi d’amnistie de 1953 ? La

libération des derniers condamnés au début des années 1980 ? Et

que faire des nombreuses répliques mémorielles qui ont ponctué

la seconde moitié du e XX siècle ? Peut-on dissocier du phénomène

les procès tardifs de Klaus Barbie, Paul Touvier et Maurice

Papon, lesquels pour des raisons juridiques se tiennent au nom

du crime contre l’humanité ?

À l’évidence, ces scansions ultérieures sont l’expression

prolongée d’un « événement élastique » pour reprendre une

expression proposée par l’historien Pierre Laborie. Enfin,

contrairement aux idées reçues transmises par les approches

« d’en haut » de l’épuration, celle-ci n’a pas été un sujet tabou.

Les Françaises et les Français au sein de leurs familles ou de leur

entourage ont évoqué, parfois à mots couverts, parfois à voix

haute, ce qu’a été cet événement et les traumatismes familiaux

qu’il a engendrés. La presse, le cinéma, la littérature, la chanson,

la télévision se sont aussi emparés du sujet, au gré des

« révélations », des enjeux politiques mais également des choix artistiques de la nécessité de dire. Aux historiens de prolonger

encore ce travail d’intelligibilité du passé et à nous de proposer

ici une histoire élargie, si ce n’est une nouvelle histoire de

l’Épuration.

 

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