Les Françaises, les Français et l'Épuration
Trouver les collabos
de participer à l’épuration dans son propre voisinage. Arrêter ou
faire arrêter un « collabo », c’est alors œuvrer pour la libération
de la Patrie.
TROUVER LES COLLABOS
Le moment où l’on met la main sur les personnes, dont on est
bien souvent convaincu qu’il s’agit d’un « collabo », est
éminemment critique. Il est comparable à l’instant où des soldats
se rendent à l’adversaire et montre combien est ténue la frontière
entre le statut de combattant et celui de prisonnier de guerre.
Minutes fatidiques au cours desquelles des hommes ayant
pourtant levé les bras en l’air ou agité un drapeau blanc sont
parfois abattus. Les soldats allemands étaient fréquemment
terrifiés à l’idée de se rendre auprès des FFI 18. Dans la mesure où
la Wehrmacht avait refusé de considérer ces derniers comme les
membres d’une armée régulière, ses soldats craignaient, parfois à
raison, que les résistants ne les traitent de manière identique.
Dans le Morbihan, un tiers des 78 exécutions d’août 1944
concernent des soldats de l’armée allemande. Parmi eux, dix
soldats allemands sont fusillés le 9 août 1944 à Landévant par des
FFI commandés par un officier parachutiste 19. Cas plus rare au
Blanc (Indre), cinq auxiliaires féminines capturées le 13 août sont
exécutées en tant qu’otages deux semaines plus tard. Les
exécutions de prisonniers, quoique répétées en plusieurs lieux, ne
sont pas la règle. Elles n’en inquiètent pas moins les Allemands. À
Paris, le général von Choltitz, avant de signer l’acte de reddition
le 25 août 1944, s’assure par l’intermédiaire du consul général de
Suède (pays neutre), Raoul Nordling, que lui-même, ses hommes et les auxiliaires féminines de la Wehrmacht seront correctement
traités 20. On connaît par les films tournés lors des événements
dans la capitale l’exécution d’au moins un soldat, boulevard
Saint-Michel 21. Quel que soit le jugement moral qu’on leur porte,
ces exécutions relevaient pour ceux qui les commirent de la lutte
armée.
Entre les résistants et les collaborateurs, pas de convention de
Genève. Seuls des ordres précis, une solide morale individuelle
ou une conception de la justice sans faille partagée par le groupe
peut protéger celle ou celui qui vient d’être arrêté. À défaut, cela
conduit à l’exécution, plus encore que sommaire, immédiate. Elle
signe une juste vengeance et sans doute aussi la manifestation
éclatante d’une résistance en quête de légitimité. La lutte armée
est l’occasion de la revanche et de l’action. Donner la mort c’est
devenir guerrier. Les témoignages de résistants montrent
qu’associée à l’élan de la libération, la lutte armée est le symbole
d’une forme de dignité retrouvée dans un système d’opposition
simple où l’ennemi est clairement défini. Les abus s’expliquent
par cette fonction de catharsis du traumatisme de la défaite et de
la soumission subie pendant quatre années 22. Marc Bergère
souligne le caractère modéré de l’épuration dans le Maine-et-
Loire où seules trois exécutions sommaires ont été commises. La
première, début juillet, soit avant la Libération, concerne un
médecin « collaborateur notoire ». La deuxième survient lors des
combats qui marquent le tout début de la libération du
département le 5 août 1944. Ce soir-là, à Ingrandes-sur-Loire, des
résistants ouvrent le feu sur la voiture d’un responsable de la
milice de Rennes. Le chauffeur qui s’enfuit est abattu. La
dernière concerne un collaborateur évadé et retrouvé à son
domicile par quatre FFI qui l’abattent de onze balles 23.