Les Françaises, les Français et l'Épuration

François Rouquet Fabrice Virgili · Chapitre 32 sur 170

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Les Françaises, les Français et l'Épuration

Trouver les collabos

de participer à l’épuration dans son propre voisinage. Arrêter ou

faire arrêter un « collabo », c’est alors œuvrer pour la libération

de la Patrie.

 

TROUVER LES COLLABOS

 

Le moment où l’on met la main sur les personnes, dont on est

bien souvent convaincu qu’il s’agit d’un « collabo », est

éminemment critique. Il est comparable à l’instant où des soldats

se rendent à l’adversaire et montre combien est ténue la frontière

entre le statut de combattant et celui de prisonnier de guerre.

Minutes fatidiques au cours desquelles des hommes ayant

pourtant levé les bras en l’air ou agité un drapeau blanc sont

parfois abattus. Les soldats allemands étaient fréquemment

terrifiés à l’idée de se rendre auprès des FFI 18. Dans la mesure où

la Wehrmacht avait refusé de considérer ces derniers comme les

membres d’une armée régulière, ses soldats craignaient, parfois à

raison, que les résistants ne les traitent de manière identique.

Dans le Morbihan, un tiers des 78 exécutions d’août 1944

concernent des soldats de l’armée allemande. Parmi eux, dix

soldats allemands sont fusillés le 9 août 1944 à Landévant par des

FFI commandés par un officier parachutiste 19. Cas plus rare au

Blanc (Indre), cinq auxiliaires féminines capturées le 13 août sont

exécutées en tant qu’otages deux semaines plus tard. Les

exécutions de prisonniers, quoique répétées en plusieurs lieux, ne

sont pas la règle. Elles n’en inquiètent pas moins les Allemands. À

Paris, le général von Choltitz, avant de signer l’acte de reddition

le 25 août 1944, s’assure par l’intermédiaire du consul général de

Suède (pays neutre), Raoul Nordling, que lui-même, ses hommes et les auxiliaires féminines de la Wehrmacht seront correctement

traités 20. On connaît par les films tournés lors des événements

dans la capitale l’exécution d’au moins un soldat, boulevard

Saint-Michel 21. Quel que soit le jugement moral qu’on leur porte,

ces exécutions relevaient pour ceux qui les commirent de la lutte

armée.

 

Entre les résistants et les collaborateurs, pas de convention de

Genève. Seuls des ordres précis, une solide morale individuelle

ou une conception de la justice sans faille partagée par le groupe

peut protéger celle ou celui qui vient d’être arrêté. À défaut, cela

conduit à l’exécution, plus encore que sommaire, immédiate. Elle

signe une juste vengeance et sans doute aussi la manifestation

éclatante d’une résistance en quête de légitimité. La lutte armée

est l’occasion de la revanche et de l’action. Donner la mort c’est

devenir guerrier. Les témoignages de résistants montrent

qu’associée à l’élan de la libération, la lutte armée est le symbole

d’une forme de dignité retrouvée dans un système d’opposition

simple où l’ennemi est clairement défini. Les abus s’expliquent

par cette fonction de catharsis du traumatisme de la défaite et de

la soumission subie pendant quatre années 22. Marc Bergère

souligne le caractère modéré de l’épuration dans le Maine-et-

Loire où seules trois exécutions sommaires ont été commises. La

première, début juillet, soit avant la Libération, concerne un

médecin « collaborateur notoire ». La deuxième survient lors des

combats qui marquent le tout début de la libération du

département le 5 août 1944. Ce soir-là, à Ingrandes-sur-Loire, des

résistants ouvrent le feu sur la voiture d’un responsable de la

milice de Rennes. Le chauffeur qui s’enfuit est abattu. La

dernière concerne un collaborateur évadé et retrouvé à son

domicile par quatre FFI qui l’abattent de onze balles 23.