Les Françaises, les Français et l'Épuration
Les exécutions de l’été 1944
prononcées par les cours de justice — plus de 2 000 furent donc
commuées — on parvient à près de 1 700 condamnations et
exécutions légales.
LES EXÉCUTIONS DE L’ÉTÉ 1944
L’expression de « justice au coin d’un bois » reprise par
l’historien de l’épuration Peter Novick 44 ne reflète que
partiellement ce qui se passe en cet été 1944. Car si des hommes
sont abattus à la fin d’un combat permettant leur capture, ou lors
d’actions punitives, d’autres exécutions se veulent publiques,
contrairement à la pratique abolie seulement depuis le décret-loi
du 24 juin 1939 supprimant la publicité des exécutions capitales.
Quant aux Allemands, ils prenaient soin d’exécuter à l’écart
otages et résistants, de crainte d’incidents et de manifestations, et
de déporter les femmes en Allemagne pour y être exécutées,
notamment Berty Albrecht, Olga Bancic, France Bloch-Sérazin,
Suzanne Masson. Les fameux « Avis-Bekanntmachungen »
bilingues placardés sur les murs de la France occupée
n’annonçaient qu’a posteriori et simultanément condamnation et
exécution.
Avec la Libération, les exécutions font partie de la grande
revanche patriotique. D’une part, elles sont la démonstration que
la force a changé de camp ; d’autre part, que la justice n’attend
pas. L’ordonnance du 3 mars 1944 prévoyait l’exécution par
fusillade pour les crimes contre la sûreté de l’État ou les
sentences prononcées par les tribunaux militaires, mais aussi
pour des raisons pratiques quand il n’était pas possible de
transférer la guillotine sur le lieu d’exécution 45. Rien n’était en revanche dit sur la publicité de l’exécution mais, de fait, en bien
des lieux, les pelotons opéraient en public, confirmant leur
volonté d’affirmation et de démonstration du pouvoir.
Entre la fin août et le courant du mois de septembre,
plusieurs cours martiales, en particulier dans le sud du pays et
dans les régions d’anciens Maquis, condamnent couramment à
mort miliciens et dénonciateurs. À Nîmes, le 28 août, 9 miliciens
sont fusillés. Deux jours plus tard, la cour martiale prend le relais
et 45 condamnés à mort sont exécutés jusqu’au 19 septembre
1944 46. La sentence n’est pas accomplie « au coin d’un bois »
mais dans les arènes, lieu emblématique de la ville, depuis les
jeux du cirque romain antique jusqu’à ceux, contemporains, des
courses de taureaux : un espace central clos mais ouvert au
public, lieu de rassemblement et de mise à mort à la fois festif et
punitif. À Montpellier, la cour martiale, établie comme dans
chaque département de la région, dépend du commissaire de la
République Jacques Bounin et du chef régional FFI de
Chambrun. Elle condamne à mort et fait exécuter 71 personnes
entre le 31 août et le 11 septembre 1944 47. Plusieurs centaines de
personnes assistent dès l’aube aux exécutions du jour.
Les récits qu’en font les témoins dans leurs correspondances
montrent l’ambivalence d’une fascination du sang, symbole de la
« vengeance assouvie » et signe de débordements, fascination qui
inquiète les autorités, mais également d’un sentiment de dégoût
face à cette « boucherie ». À cela s’ajoute l’incompétence des
pelotons qui est dénoncée comme transformant les exécutions en
massacres 48.
Exécution publique, filmée ou photographiée, comme à
Grenoble où six miliciens sont passés par les armes devant la
caméra le 2 septembre 1944. Le journaliste américain John Osborne est présent. Son article, accompagné de nombreuses