Les Françaises, les Français et l'Épuration

François Rouquet Fabrice Virgili · Chapitre 37 sur 170

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Les Françaises, les Français et l'Épuration

Les exécutions de l’été 1944

prononcées par les cours de justice — plus de 2 000 furent donc

commuées — on parvient à près de 1 700 condamnations et

exécutions légales.

 

LES EXÉCUTIONS DE L’ÉTÉ 1944

 

L’expression de « justice au coin d’un bois » reprise par

l’historien de l’épuration Peter Novick 44 ne reflète que

partiellement ce qui se passe en cet été 1944. Car si des hommes

sont abattus à la fin d’un combat permettant leur capture, ou lors

d’actions punitives, d’autres exécutions se veulent publiques,

contrairement à la pratique abolie seulement depuis le décret-loi

du 24 juin 1939 supprimant la publicité des exécutions capitales.

Quant aux Allemands, ils prenaient soin d’exécuter à l’écart

otages et résistants, de crainte d’incidents et de manifestations, et

de déporter les femmes en Allemagne pour y être exécutées,

notamment Berty Albrecht, Olga Bancic, France Bloch-Sérazin,

Suzanne Masson. Les fameux « Avis-Bekanntmachungen »

bilingues placardés sur les murs de la France occupée

n’annonçaient qu’a posteriori et simultanément condamnation et

exécution.

Avec la Libération, les exécutions font partie de la grande

revanche patriotique. D’une part, elles sont la démonstration que

la force a changé de camp ; d’autre part, que la justice n’attend

pas. L’ordonnance du 3 mars 1944 prévoyait l’exécution par

fusillade pour les crimes contre la sûreté de l’État ou les

sentences prononcées par les tribunaux militaires, mais aussi

pour des raisons pratiques quand il n’était pas possible de

transférer la guillotine sur le lieu d’exécution 45. Rien n’était en revanche dit sur la publicité de l’exécution mais, de fait, en bien

des lieux, les pelotons opéraient en public, confirmant leur

volonté d’affirmation et de démonstration du pouvoir.

Entre la fin août et le courant du mois de septembre,

plusieurs cours martiales, en particulier dans le sud du pays et

dans les régions d’anciens Maquis, condamnent couramment à

mort miliciens et dénonciateurs. À Nîmes, le 28 août, 9 miliciens

sont fusillés. Deux jours plus tard, la cour martiale prend le relais

et 45 condamnés à mort sont exécutés jusqu’au 19 septembre

1944 46. La sentence n’est pas accomplie « au coin d’un bois »

mais dans les arènes, lieu emblématique de la ville, depuis les

jeux du cirque romain antique jusqu’à ceux, contemporains, des

courses de taureaux : un espace central clos mais ouvert au

public, lieu de rassemblement et de mise à mort à la fois festif et

punitif. À Montpellier, la cour martiale, établie comme dans

chaque département de la région, dépend du commissaire de la

République Jacques Bounin et du chef régional FFI de

Chambrun. Elle condamne à mort et fait exécuter 71 personnes

entre le 31 août et le 11 septembre 1944 47. Plusieurs centaines de

personnes assistent dès l’aube aux exécutions du jour.

Les récits qu’en font les témoins dans leurs correspondances

montrent l’ambivalence d’une fascination du sang, symbole de la

« vengeance assouvie » et signe de débordements, fascination qui

inquiète les autorités, mais également d’un sentiment de dégoût

face à cette « boucherie ». À cela s’ajoute l’incompétence des

pelotons qui est dénoncée comme transformant les exécutions en

massacres 48.

Exécution publique, filmée ou photographiée, comme à

Grenoble où six miliciens sont passés par les armes devant la

caméra le 2 septembre 1944. Le journaliste américain John Osborne est présent. Son article, accompagné de nombreuses