Les Françaises, les Français et l'Épuration

François Rouquet Fabrice Virgili · Chapitre 26 sur 170

Pages du PDF

Les Françaises, les Français et l'Épuration

L’extrêmement loin : l’Indochine et les concessions

liberté risquait de se transformer en aspiration à l’indépendance.

 

L’EXTRÊMEMENT LOIN :

L’INDOCHINE ET LES CONCESSIONS

 

L’indulgence envers les dirigeants coloniaux profita également

à l’amiral Decoux, gouverneur de l’Indochine. Accusé d’avoir

collaboré avec les Japonais, il avait même préparé une opération

militaire conjointe pour s’emparer de la Nouvelle-Calédonie qui

avait rejoint la France libre. Il fut arrêté après-guerre et lui aussi

déféré devant la Haute Cour de justice mais bénéficia d’un non-

lieu en 1949 43. Le déroulement des événements fit de l’Indochine

le territoire où la question de l’épuration fut posée tardivement.

En effet, après le coup de force japonais du 9 mars 1945, les

Français perdirent de fait leur souveraineté sur la péninsule.

L’indépendance du Vietnam fut proclamée à deux reprises.

D’abord par l’empereur Bao Dai avec le soutien tactique des

Japonais le 11 mars 1945, puis, lors de la capitulation de ces

derniers, par le Vietminh le 2 septembre 1945. Aussi, pour le

Gouvernement provisoire de la République française, la priorité

était la reconquête. Celle-ci plus ou moins effective au début de

l’année 1946, l’installation de la cour de justice pour les faits de

collaboration relevait avant tout de l’affirmation de la

souveraineté française 44. Ici, comme ailleurs, la République se

devait de punir les traîtres. Aussi, le 11 mai 1946, est instaurée la

cour de justice de l’Indochine qui avait compétence pour juger les

faits de collaboration commis par des citoyens français sur le

territoire de la colonie 45.