Sugar Baby - Tome 2

Eva Dupea · Chapitre 15 sur 75

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Sugar Baby - Tome 2

Chapitre 13

 

 

Adam

 

En me levant ce matin, je savais que j’allais vivre une journée de merde, comme je les déteste. Pour commencer, je me suis réveillé avec un mal de chien à la main. En découvrant que celle-ci avait pratiquement doublé de volume, j’ai dû me résoudre à consulter. Diagnostique : déchirure ligamentaire. J’ai l’interdiction de taper dans quoi que ce soit, et je dois porter une attelle pendant quelques semaines. Le flacon d’antidouleur prescrit par le médecin urgentiste est le seul point positif à cette nouvelle malchance. Deux gélules, et le monde me semblera moins pourri.

Quand Paul se gare devant l’immeuble où est censée vivre Mia, j’en ai la confirmation. Cette journée est à marquer d’une pierre noire ! Le casting pour trouver la nouvelle égérie s’est plutôt bien passé. Du moins, j’ai trouvé quelques filles qui pourraient faire l’affaire. Malgré tous mes efforts, tout le monde semble contre moi, et pour Mia. Qu’a-t-elle de plus que les autres ? Pourquoi tout le monde la veut ? Pourquoi cette fois-ci je ne parviens pas à faire valoir mon autorité ?

Certes, aucune des filles que j’ai sélectionnées pour les essais photo n’arrive à la cheville de Mia, mais certaines d’entre elles méritent que l’on s’arrête sur elles. Je tente de me convaincre que j’ai raison, et que les autres ont tort. Mes investisseurs n’ont pas apprécié mon changement de style, et encore moins les modèles que je leur ai proposés. Leur rejet ne m’a pas empêché de lancer les essais, et j’étais plutôt confiant, jusqu’à ce qu’Antonio se mette également à jouer avec ma patience. Selon lui, je fais une grave erreur en refusant que Mia revienne sur ce projet.

Je n’avais certainement pas besoin que mon plus fidèle collaborateur se dresse à son tour contre moi. Mais je dois me rendre à l’évidence : les essais photo ne sont pas concluants. Aucune des filles n’apporte cette douceur et cette sensualité dont elle était naturellement dotée sur chacun des clichés que nous avons pris à Belmar. Ces derniers jours, j’ai lutté pour respecter mes principes, mais à présent j’ai conscience de filer droit dans le mur. Je dois mettre ma fierté de côté, et oublier ma première règle : ne jamais recontacter une fille que j’ai blessée. Une fille qui s’est faufilée dans mes veines comme une dose de drogue dure, à laquelle je devrai résister le reste de ma vie.

Tout le monde est formel. Mes « potentiels » investisseurs, mon équipe, Antonio, même Courtney ! Tous déclarent que Mia est l’égérie parfaite, une perle rare dont il ne faut surtout pas se séparer. Alors même si j’ai ma fierté d’homme, je n’en reste pas moins un business-man. Sans cette fille, je n’aurais sans doute pas créé une collection pour femmes aussi spectaculaire, aussi sincère. Toutes ces montres ont une seule source d’inspiration : Mia. Elle est cette femme que j’idéalisais, et que je pensais ne jamais rencontrer, et en même temps elle est tout le contraire. Je n’ai pas peur de sa force, mais de ses faiblesses, et malheureusement je suis l’une d’elles.

Malgré cela, je ne peux pas me résoudre à mettre en péril ce travail de longue haleine, que j’ai jeté à la poubelle quand j’ai déconné. J’ai investi du temps et de l’argent dans ce projet. Si celui-ci se révèle un succès, je pourrai monter le dernier échelon, celui qui me sépare de la concrétisation d’une vie : l’entrée en Bourse de ma marque. Lorsque j’aurai atteint une telle réussite, plus personne ne pourra douter de mes compétences et de mes talents, pas même mon père, qui me déteste plus que quiconque sur cette foutue Terre. Je suis peut-être responsable de la mort de mon frère, mais je suis celui qui aura donné vie à son rêve.

Refusant de tout foutre en l’air, je me décide à tenter le diable. Je suis contre cette stupide idée, mais je n’ai pas le choix. Je lâche un soupir d’agacement, et je frappe sur la vitre qui me sépare de mon chauffeur. Lorsque celle-ci se baisse, je croise le regard de Paul dans le rétroviseur, et je lui demande.

— Paul, sauriez-vous à quel étage résidait Mia ?

— Je pense me souvenir que c’était au septième étage, appartement 33 A.

— Quelle mémoire ! m’étonné-je.

— Il est difficile d’oublier Mlle Lacroix, rétorque-t-il.

Je lève les yeux au ciel. Et un de plus dans la poche de Mia !

— Pardonnez-moi, monsieur.

— Ne vous inquiétez pas, Paul, ces derniers jours, tout le monde me donne le fond de sa pensée. Visiblement, je suis le seul con qui souhaite ne plus jamais la revoir, lâché-je en détournant les yeux sur l’entrée de l’immeuble.

— Je doute que ce soit vraiment le cas. Si vous ne vouliez plus la revoir, vous ne seriez pas ici.

— Vous ne savez rien, Paul. Je n’ai aucune envie de la revoir, mais tout le monde croit qu’elle est indispensable à ma collection. Entre elle et moi, ce ne sera toujours qu’une question d’argent. Est-ce clair ?

— Oui, monsieur.

— Faites-moi plaisir, Paul. Réservez ces fichues vacances, et emmenez votre femme au Mexique. Vous êtes un mec bien, il vous suffit de rappeler ce détail à votre épouse…

Je ne lui laisse pas le temps de répondre. Je sors de la voiture, et j’avance vers l’entrée. Le portier à qui parlait souvent Mia est présent. Il doit sans doute savoir si elle est encore ici ou non.

— Bonjour, monsieur. Puis-je vous aider ? me demande-t-il quand je m’immobilise face à lui.

— Bonjour. Oui, j’aimerais savoir si Mlle Lacroix vit encore ici.

— Oui, elle est revenue, il y a quelques jours, répond-il dans un sourire qui trahit son contentement.

Encore un…

— Merci, réponds-je, avant de m’éloigner.

Sept étages plus haut, je suis devant l’appartement 33 A. Je n’ai pas peur de lui faire face, mais je ne suis pas du tout à l’aise à l’idée de la revoir. Je lui ai envoyé un message horrible, et depuis je crois qu’elle m’a littéralement bloqué et éjecté de son existence. Je le mérite, et je n’attends pas qu’elle accepte la proposition que je suis venu lui faire. Prêt à affronter sa colère et son refus de m’adresser la parole, j’appuie sur la sonnette. J’entends des pas qui approchent. Dans quelques secondes, son visage va apparaître derrière cette porte, et je ne sais pas encore ce que je vais lui dire. Mais quand la porte s’ouvre enfin, les battements de mon cœur ralentissent immédiatement.

Ce n’est pas Mia, mais sa colocataire, dont j’ai oublié le prénom. Quand elle me voit, son air souriant disparaît, laissant place à un regard qui pourrait se révéler létal. Il n’y a aucun doute, elle sait tout.

— Qu’est-ce que tu veux ? me demande-t-elle, sans s’ennuyer avec la politesse.

— Bonjour. J’aimerais voir Mia.

— Elle n’est pas là, répond-elle d’un ton sec, tout en me regardant de haut en bas, d’un air dédaigneux.

Il y a trois ans, cette meuf m’aurait sauté dessus sans que je l’y invite. Elle est l’opposé de Mia, et je me demande comment deux filles si différentes peuvent cohabiter. Quand une femme vous désire, rien ne peut l’en empêcher. Si du jour au lendemain elle vous regarde comme si vous la dégoûtiez, c’est que vous avez sacrément merdé, et qu’elle le sait.

— Tu pourrais lui dire que je suis passé ?

— Je peux, mais ne t’attends pas à ce qu’elle retombe dans tes bras. Tu as un sacré culot de te pointer après tout ce temps, et après lui avoir envoyé ce message horrible !

— Dois-je en conclure que Mia t’a tout dit ?

— Tu percutes vite !

— Bien… Si cela peut te rassurer, je ne suis pas venu ici pour tenter de la séduire à nouveau. Cela n’arrivera plus. Je souhaite lui proposer une nouvelle entente, et cette fois, celle-ci sera purement professionnelle.

— Ça tombe bien, car Mia t’a oublié depuis longtemps, et elle voit même quelqu’un, lâche-t-elle, comme pour me torturer.

Je souris à cette tentative d’assaut, et je réponds :

— Je suis au courant pour son ex…

— Son ex ? demande-t-elle en pouffant de rire. Non, joli cœur, elle ne revoit pas son ex. Elle a mis le grappin sur un beau Français, qui tout comme elle est venu étudier la musique dans notre belle et grande ville. Alors, un conseil : fous-lui la paix !

Sur ces mots, elle me claque la porte au nez. Mon pouvoir de séduction en prend un coup. J’ai eu beau sourire et me montrer attentif à ses paroles, elle ne s’est pas radoucie, comme j’ai l’habitude que cela se produise. Peu importe, cette fille ne m’intéresse pas. Malgré tout, elle est censée être ma messagère, et j’ose espérer qu’elle parle de ma venue à Mia. Je tourne les talons, sans perdre contenance, mais au fond de moi je suis piqué à vif. Visiblement, j’ai fait fausse route. Mia n’a pas remis le couvert avec son ex. Et dire que je le lui ai reproché, en me moquant d’elle… Je me sens con.

Je sors de l’immeuble, et je file vers la voiture. Je m’engouffre dans la berline, disparaissant de la vue de ces regards imaginaires, qui ne me scrutent que dans mon esprit. J’ai l’impression que le monde entier est à présent au courant que je me suis amouraché d’une fille plus jeune que moi, et que cette dernière m’a oublié, tout en continuant de me hanter. La colère se répand dans mon corps. Mais alors que Paul me demande si j’ai pu rencontrer Mia, je la vois. Mon regard est happé instinctivement par cette silhouette qui vient d’apparaître à l’angle de la rue, et qui se dirige vers nous.

En la revoyant, cette colère qui me consumait quelques secondes plus tôt se volatilise, avant de revenir plus virulente encore. Son doux visage se devine de plus en plus, éclairé par la lumière des lampadaires qui me rappelle la beauté de ses traits par intermittence. Tout à coup, j’ai peur qu’elle me voie. Je ne suis plus du tout prêt à lui faire face. Que pourrais-je bien lui dire ? Elle revient certainement d’un rendez-vous galant. Elle s’est même peut-être envoyée en l’air, avec son nouveau mec. Je ne peux pas…

— Paul, démarrez, lui demandé-je, alors que Mia est maintenant assez proche pour faire signe au portier.

— Mais, monsieur, Mlle Lacroix…

— Bordel, Paul ! Foutez le camp d’ici !

Sans plus discuter, Paul démarre aussitôt, et s’éloigne du danger qu’est devenue cette rue. Je fuis comme un lâche, et cela me donne envie de démolir tout ce qui bouge. Malheureusement pour moi, il me reste des séquelles de mon dernier coup de colère. J’ai cogné si fort dans le sac de frappe que je me suis cassé une phalange. Résultat : une main dans le plâtre, pendant un mois. Ces derniers temps, mon karma semble me renvoyer à la gueule tout le mal que j’ai semé autour de moi. Si c’est le cas, alors, je vais prendre cher. Lassé de cette journée, et de ce qu’elle a fait de moi, j’oublie mon envie d’aller me perdre dans un bar, et je demande à Paul de me ramener chez moi.

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