Sugar Baby - Tome 2

Eva Dupea · Chapitre 36 sur 75

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Sugar Baby - Tome 2

Chapitre 34

 

Je ne suis pas dépaysée, lorsque j’arrive à destination. Tout comme l’Upper East Side, Gramercy Park est un quartier résidentiel calme et huppé avec des brownstones et des immeubles chics donnant sur des rues arborées. Je déambule dans une foule aisée, qui à cette heure-ci se presse dans les restaurants et les bars. Tout en découvrant un nouveau coin de la Grande Pomme, je suis la direction que m’indique mon GPS. C’est peu sûre de moi que j’arrive devant la façade du Dear Irving. Bien que je me sois renseignée sur cet établissement, ce que je vois de l’extérieur me rassure un peu plus encore.

J’entre alors dans ce bar historique, où le bois noble est omniprésent. Les luminaires apportent une douce lumière chaude, qui me plonge immédiatement dans cette ambiance ancienne qui fait la réputation de ce bar. Je traverse une première pièce, où les tables sont isolées par des rideaux de perles scintillantes. Mon regard s’attarde sur la beauté des choses qui m’entourent, mais quand le bar apparaît au bout du corridor, mes yeux ne savent plus où se poser. Le parquet ciré, les dorures, les innombrables lustres qui éclairent le comptoir… Tout est pensé pour que nous ayons l’impression de faire un saut dans le temps.

Comme convenu, je me dirige vers le bar, et je demande au serveur où je peux trouver M. Oliver Allen. Ce dernier m’invite à m’adresser au majordome qui se trouve à l’entrée d’un grand salon situé à ma gauche. Tout en regardant autour de moi si mon nouveau sugar daddy est dans le coin, je rejoins l’homme tiré à quatre épingles. Ce dernier me salue avec élégance, et me demande s’il peut me venir en aide. Je réitère alors ma question, non sans redouter l’imminence de cette rencontre que je ne souhaite pas vraiment, mais dont j’ai besoin, si je veux satisfaire Vanda et rester à New York.

— Mademoiselle Lacroix, c’est bien ça ? me demande l’homme.

— C’est cela, réponds-je en triturant nerveusement mon bracelet de sugar baby.

— M. Allen vous attend dans le salon Marie-Antoinette. Veuillez me suivre, s’il vous plaît.

Je suis les pas du majordome, tout en m’interrogeant. Le salon Marie-Antoinette ? Je ne m’attendais pas à me retrouver dans un salon privé. Mes mains moites serrent mon étui à violon. Si maman était là, je me prendrais sans doute la gifle qu’elle n’a jamais eu l’occasion de m’infliger de son vivant. Je souris nerveusement au majordome, tandis que mon cœur s’emballe lorsqu’il ouvre les portes du petit salon. C’est si majestueux que j’ai l’impression d’avoir été téléportée à Versailles. L’immense lustre en cristal attire mon attention. Il est magnifique, mais la seule question que je me pose est s’il ne risque pas de tomber.

Soudain, un homme se lève dans ce décor royal. J’oublie la beauté du mobilier ancien, pour répondre au sourire d’Oliver, mon nouveau sugar daddy. Ce dernier porte la gentillesse sur son visage. Il est assis, pourtant je peux deviner qu’il n’est pas très grand. Il passe nerveusement sa main dans ses cheveux poivre et sel pour les discipliner, puis ajuste ses lunettes sur son nez aquilin. Il porte un complet bleu qui s’accorde parfaitement avec ses yeux de la même couleur. Oliver fait partie de ces hommes qui n’attirent pas tout de suite l’attention, et cela me convient très bien.

J’entre dans le salon, dont les portes se referment sur mon passage. Je suis à présent seule, face à cet inconnu, avec qui je n’ai conversé qu’une seule fois. Maladroitement, Oliver s’écarte du fauteuil où il était installé. Il a l’air stressé, et étrangement cela me rassure de ne pas être la seule dans cet état.

— Bonjour, Mia.

— Bonjour, Oliver. Je suis enchantée de faire votre connaissance, dis-je en avançant vers lui, et en lui tendant la main.

— Le plaisir est partagé. Par contre, vois-tu un inconvénient à ce que l’on se tutoie ?

— Pas du tout, réponds-je dans un sourire.

J’ignore pour quelle raison, mais je suis tout à coup beaucoup plus détendue. Oliver dégage quelque chose de bienveillant. Alors que je pensais être celle qui serait le moins à l’aise pendant ce rendez-vous, je me retrouve à rassurer Oliver, qui ne sait déjà plus où donner de la tête.

— Installe-toi, où tu veux…, lâche-t-il, en repositionnant nerveusement les flûtes à champagne sur la table basse en bois précieux.

Je m’assieds dans le fauteuil situé en face du sien, préférant tout de même garder une distance entre lui et moi. Il s’installe à son tour. Nous nous sourions timidement, et là, c’est le blanc. Un silence pesant plane dans la pièce, tandis qu’à l’extérieur les voix des autres convives s’élèvent joyeusement. Rassurée par cette première rencontre des plus embarrassées, je décide de le mettre à l’aise.

— J’ai l’impression que je ne suis pas la seule à être stressée, lancé-je souriante, tout en me levant pour m’emparer de la bouteille de champagne.

— Toi aussi ? En tout cas, ça ne se voit pas, répond-il en me regardant ouvrir la bouteille de champagne.

Manque de bol, le bouchon saute, cogne le haut plafond, et atterrit sur la tête d’Oliver, qui se frotte vigoureusement le crâne. Je me confonds en excuses, avant que nos rires remplissent l’espace.

— Je suis désolée, dis-je, sans pouvoir m’empêcher de rire à nouveau.

— Il n’y a pas de mal, mais si ce rendez-vous se passe bien, et que nous sommes amenés à nous revoir, je prendrai toutes les précautions nécessaires.

— Comment ça ?

— Je mettrai un casque de chantier…

Nous rions de plus belle. Voilà qui est fait, nous sommes tous deux beaucoup plus détendus. Je verse le champagne dans les flûtes, non sans faire déborder l’une d’entre elles. Décidément, je n’en rate pas une. Malgré tout, je suis surprise d’être aussi calme. La personnalité d’Oliver y est sans doute pour quelque chose. Nous passons la première heure à parler de nous. Oliver est marié, et c’est la première fois qu’il demande les services d’une sugar baby. Quand il s’est lancé dans l’aventure, il savait quels étaient ses besoins. Il n’est pas ici pour tromper sa femme, mais uniquement pour passer un moment avec une personne pleine de vie.

En tombant sur mon profil, et en découvrant que je donnais des représentations pour les sugar daddies adeptes de musique classique, Oliver a franchi le cap qu’il n’osait pas franchir. Passer un moment avec moi, et m’écouter jouer du violon, n’a rien de répréhensible. Et contre toute attente, j’apprends que sa femme est au courant de notre arrangement. Agréablement surprise, je lui raconte à mon tour mon parcours, et les raisons de ma présence ici. Tout comme mes anciens sugar daddies, il est ravi de pouvoir soutenir financièrement mon projet de vie à New York. Quant à moi, je me sens en accord avec moi-même.

Les deux heures que nous devions passer ensemble passent si vite que je suis heureuse lorsqu’il me propose un second rendez-vous dans une semaine. J’accepte, non sans lui demander s’il a des goûts particuliers pour la musique. Il me cite quelques compositeurs classiques, que je garde en tête pour notre prochaine rencontre. Ce soir, je n’ai pas été très originale. J’ai joué la facilité en interprétant le Clair de lune de Debussy, et quelques morceaux de son répertoire. Oliver était aux anges, mais artistiquement parlant j’ai fait le minimum syndical. La prochaine fois, j’ai envie de lui faire plaisir, et de voir ce rendez-vous comme une véritable représentation artistique.

Oliver me paye bien assez pour que je lui fournisse un moment de qualité, et comme je n’ai pas besoin de retirer ma culotte pour satisfaire cet homme, je ne vais pas bouder mon plaisir. Finalement, nous débordons un peu sur l’heure, en buvant un dernier verre, et en parlant du parcours professionnel d’Oliver. Quand ce dernier me précise qu’il me payera le temps supplémentaire, je refuse. Il est surpris, mais il ne s’oppose pas à ma décision, comme l’aurait fait Adam. Mon nouveau sugar daddy est adorable. Alors, quand il me propose de me raccompagner chez moi, j’accepte sans crainte. S’ils pouvaient tous être comme lui !

Oliver est riche, mais il n’a pas de chauffeur. Beaucoup plus humble qu’Adam, il me raccompagne lui-même dans un SUV familial, qui rappelle son goût pour la famille, la nature, et les longues promenades avec son gros chien. Cet homme, qui approche la soixantaine, a l’air d’avoir une vie parfaitement équilibrée, pourtant il a tout de même besoin de s’offrir une dose de frissons artistiques en compagnie d’une jeune femme qui pourrait être sa fille. Malgré tout, je ne porte aucun jugement sur lui. Il est bien trop gentil et correct pour cela. Avec lui, je n’ai absolument pas peur de me faire peloter les nichons sans mon autorisation. Oliver me dépose devant mon immeuble, sans tenter quoi que ce soit d’inapproprié.

— Je suis heureux d’avoir fait ta connaissance, déclare-t-il en mettant le frein à main.

— J’ai également passé un très bon moment. Merci pour cette soirée.

— Merci à toi. Je ne te retiens pas plus longtemps. Je sais que tu as un emploi du temps chargé, et j’ai un ami à quatre pattes qui m’attend pour sa promenade nocturne.

— Ne faisons pas attendre Fredon ! rétorqué-je en riant.

— Tu as retenu son nom, s’étonne-t-il.

— Je ne sais pas que jouer du violon, je sais aussi écouter, réponds-je dans un clin d’œil.

Nous nous souhaitons une bonne nuit. Naturellement et sans aucune gêne, j’opte pour la bise en guise d’au revoir. Quand je sors de l’habitacle, toutes les peurs que j’avais au sujet de cette nouvelle rencontre se sont envolées. Je lui fais un dernier signe, puis je regarde la voiture s’éloigner. J’ai le cœur léger, et je suis vraiment ravie d’avoir rencontré Oliver. Avec lui, je n’aurai jamais de mauvaise surprise, pas comme celles qu’Adam adore me réserver. Et ce soir, il a décidé de ne pas faire exception à la règle.

Alors que je m’apprête à entrer dans l’immeuble, mon regard se pose sur le trottoir d’en face. Un grand mec m’observe. Installé sur sa sublime moto, il retire son casque. Adam ! J’ai beau me dire que je dois l’ignorer, c’est toujours le même refrain. Dès qu’il me provoque, dès qu’il s’immisce un peu trop dans ma vie, je démarre au quart de tour. Sans même regarder la circulation, je traverse la route, et je file droit sur celui qui affiche déjà son air provocateur.

— Qu’est-ce que tu fous là ?

— Je voulais m’assurer que tu rentres à bon port, et qu’il ne te manque pas de respect.

— Ne me dis pas que tu m’espionnes !

— Je ne t’espionne pas, j’assure ta protection.

— Bordel, Adam. Fous-moi la paix !

— J’étais dans le salon juste à côté du vôtre. Je dois admettre que ce mec est plutôt respectueux. C’est presque trop beau pour que ce soit vrai.

— Je n’en reviens pas… Tu m’as suivie !

— Mia…

J’appose ma main devant son visage, lui imposant le silence. J’ai à nouveau envie de le gifler, mais cette fois je contrôle mes nerfs. Je lui lance un regard noir, et tout en lui demandant de se mêler de son cul, je tourne les talons sans lui laisser l’occasion de me mentir et de se mentir à lui-même. Mais, en entrant dans mon immeuble, une question me vient en tête : lequel de nous ment le plus ? Lui, lorsqu’il dit vouloir s’éloigner de moi, tout en me suivant comme un flic ? Ou moi, qui m’emporte quand il ose agir ainsi, mais qui jubile intérieurement ? Parce qu’il faut bien l’avouer : savoir qu’il s’inquiète pour moi me rend folle de joie.

C’est donc avec une pointe de culpabilité pour Ethan, mais heureuse, que je rentre chez Anisha. Comme toujours, cette dernière s’est absentée. Comme toujours, je m’en accommode. Je suis tellement fatiguée que j’y vois l’occasion d’aller me coucher immédiatement. Je prends une douche et je file sous mes draps. Demain, une journée aussi chargée que celle-ci m’attend. J’ai besoin de recharger mes batteries. Mais surtout, j’ai besoin de me retrouver dans le silence, seule avec moi-même.

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