Sugar Baby - Tome 2

Eva Dupea · Chapitre 75 sur 75

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Sugar Baby - Tome 2

Chapitre 73

 

 

Cette journée ne ressemble pas du tout à celle que nous avions imaginée. Elle était au départ incertaine, elle est devenue merveilleuse. Nous la passons chez Adam, où nos proches, ainsi qu’Anisha et Fire Boy qui nous ont rejoints, font connaissance, pendant que je prépare le morceau que j’interpréterai ce soir. Je suis si fière de mon parcours… Mais une pointe de nostalgie émerge en moi. Ce soir, j’arpenterai pour la dernière fois les couloirs de la MSM en tant qu’élève, et cela me fait un pincement au cœur de me dire que cette époque est à présent révolue.

Heureusement, la présence d’Adam dans ma vie me pousse à croire que tout ne fait que commencer. J’ignore encore si j’aurai une belle carrière de violoniste, mais la vie qui m’attend à ses côtés me laisse rêveuse et pleine d’espoirs. Tout en terminant de me coiffer, je repense à chaque instant que j’ai vécu, depuis mon arrivée dans cette ville. Si je n’avais pas mis mes principes de côté, je n’en serais pas là. C’est parfaitement maquillée et coiffée que je rejoins tout le monde en bas. Ils ne sont sans doute pas très objectifs pour juger de mon apparence, mais ma tenue les éblouit. Et pour cause : je porte une somptueuse robe sirène en satin noire, confectionnée par ma créatrice de mode préférée, ma deuxième meilleure amie : Anisha.

Bien que je doive recouvrir celle-ci de la célèbre toge des diplômés, et me coiffer de l’habituel chapeau carré noir à pompon que je lancerai, une fois mon diplôme en main, cette robe fera sensation quand j’ôterai la toge. Nous trinquons à ma réussite et à mes vingt-cinq ans. Quatre ans plus tôt, je fêtais mon anniversaire en compagnie de Saphia, mon père, et Nicolas. J’ignorais que le lendemain je monterais dans un avion pour rejoindre les États-Unis et poursuivre le rêve américain que nous avions imaginé ma mère et moi. Aujourd’hui, ma vie a totalement changé, et pour rien au monde je ne voudrais qu’elle soit différente.

Dans quelques minutes, nous monterons à bord de la limousine qui nous conduira dans l’Upper East Side, là où tout a commencé, là où ce joli passage de ma vie s’achèvera également. Mais avant de partir, Adam décide de prendre la parole. Quand il revient au salon avec une grande boîte ornée d’un nœud rouge entre les mains, tout le monde s’amuse de me voir rougir de gêne. Cette journée est tellement importante que j’ai tendance à oublier que c’est également mon anniversaire. Fier de sa surprise, Adam s’immobilise au centre du salon, et m’invite à le rejoindre.

— Aujourd’hui est l’un des jours les plus importants de ta vie. Premièrement, tu as enfin atteint le quart de siècle, et je dois avouer que j’apprécie de te voir vieillir à mes côtés, plaisante-t-il.

Tout le monde rit, même moi. Mais lorsqu’il reprend la parole, le silence s’empare à nouveau de la pièce.

— Mais c’est aussi le jour où tu réalises enfin le rêve qui te tient le plus à cœur. Je sais à quel point tu aurais voulu que ta mère soit présente, et par ma faute, tu ne pourras même pas tenir son violon entre tes mains, quand tu recevras les honneurs qui te sont dus. Je ne me pardonnerai jamais d’être responsable de ça. Mais si je ne peux pas retourner dans le passé pour changer le cours des choses, je peux ramener le passé à toi, termine-t-il en se reculant, pour que j’ouvre la boîte.

— Qu’est-ce que c’est ? demandé-je sans oser toucher le couvercle.

— J’ai dû dépenser une fortune, et trouver un expert en la matière pour te faire ce cadeau. Je te laisse le découvrir par toi-même.

Tout le monde se lève pour venir observer le contenu de cette boîte. Doucement, je soulève le couvercle, dévoilant un violon qui n’a rien à voir avec les violons classiques. Ce dernier est de toute beauté. La table d’harmonie est confectionnée avec un bois des plus luxueux, presque noir. Tandis que le reste du violon me rappelle celui de ma mère. Soudain, je remarque la même initiale qui était gravée sur son violon, et une petite entaille sur le chevalet. Mon cœur se met à battre plus vite, sans que je comprenne encore pourquoi. Je tourne le violon dans tous les sens, sans pouvoir retenir mes larmes.

— Quand tu es venue habiter chez moi, je suis tombé sur les restes du violon de ta mère. Je n’ai pas pu me résigner à ce que tu sois privée de cet instrument qui te tenait tant à cœur. J’ai alors contacté le luthier le plus réputé des États-Unis, et je lui ai demandé de confectionner un nouveau violon, en un temps record, et en y intégrant certaines parties réutilisables du violon de ta mère. Ainsi, elle sera à nouveau avec toi, déclare Adam, dans un sourire qui pour la première fois se veut timide.

— Adam, je ne sais pas quoi dire, réponds-je, la voix tremblante.

— Dis-moi juste s’il te plaît…

Le bois qui forme les éclisses provient du violon de ma mère, ainsi que le chevalet et la volute. Ce ne sont que d’infimes parties de mon ancien instrument, mais celles-ci sont à mes yeux comme une partie à part entière de ma mère. Mon père et Saphia ont les larmes aux yeux, quant à moi, j’en ai perdu la voix. Alors, comme simple réponse à l’interrogation d’Adam, je l’enlace et je lui offre un doux baiser.

— C’est le plus beau cadeau que l’on m’ait jamais fait, déclaré-je en étreignant mon nouveau violon.

— En termes de qualité acoustique, je tiens à préciser que cet instrument n’a rien à envier à un stradivarius. Peux-tu vérifier cette information ? me demande-t-il en me tendant l’archet.

Je m’empare de celui-ci, et je positionne le violon sur mon épaule. Une fois la mentonnière correctement placée sous mon menton, je me lance dans l’interprétation du morceau que j’interpréterai ce soir, et que j’ai écrit spécialement pour Adam, mais ça, il ne le sait pas encore. En comparant cet instrument à l’un des violons les plus réputés au monde, Adam n’avait pas tort. Même si ce dernier détient des pièces différentes de la table de résonance, le son est d’un équilibre parfait, tout comme ce violon, dont chaque partie est parfaitement adaptée à mon anatomie. Même la mentonnière épouse parfaitement le bas de mon visage. Si la perfection existe, alors ce violon en fait partie.

Ma petite prestation est applaudie par nos proches. Timidement, mon père approche pour me demander s’il peut tenir le violon quelques instants. J’accepte immédiatement. Comme pour moi, le violon de ma mère était tout ce qui lui restait d’elle. Elle ne le quittait jamais, et nous a bercés de sa douce musique pendant de longues et belles années. Cela a été un déchirement de devoir lui avouer que j’avais cassé ce dernier par mégarde. Adam pense toujours que c’est sa faute, mais en réalité, ce n’est la faute de personne. Rien n’arrive par hasard. Le violon de ma mère n’était plus de toute fraîcheur, et tôt ou tard, j’aurais dû le remplacer.

En me faisant fabriquer un violon sur mesure, en y intégrant celui de ma mère, Adam n’a pas tapé dans le mille, il a tapé en plein cœur. Mon père essuie une larme avant qu’elle ne coule sur sa joue, et tout en caressant l’initiale du prénom de ma mère sur l’éclisse, il remercie Adam pour ce merveilleux cadeau. Si nous étions seuls, je l’aurais remercié en lui offrant mon corps. Cette délicate attention me fait l’aimer un peu plus encore, et plus les jours passent, plus je me demande si mon amour pour lui cessera de grandir. Ce soir, j’allais interpréter mon dernier morceau à la MSM sans le violon de ma mère. Grâce à Adam, elle sera finalement avec moi sur la scène.

 

Il est presque 18 heures lorsque nous arrivons à la Manhattan School of Music. Pour nos parents, et pour Saphia et Gary, c’est une grande découverte. Pour moi, c’est un peu comme si je rentrais à la maison. Tout en traversant l’établissement pour rejoindre les grands jardins où aura lieu la remise des diplômes, je fais visiter les lieux à ceux qui n’y sont jamais venus. Quand nous arrivons près des bureaux de la direction, je les invite à prendre le couloir de droite qui mène à l’arrière du bâtiment.

À l’extérieur, une grande estrade a été installée face à des centaines de chaises blanches. La décoration est à la hauteur de l’événement. Des fleurs, des tentures, une gigantesque table où trône une fontaine à champagne. Je regarde la grande montagne de coupes, tout en me disant qu’il suffirait d’un geste maladroit pour que tout vole en éclats. Je n’ai pas le temps de m’attarder plus longtemps sur tout le luxe qui nous entoure, l’heure de rejoindre les autres élèves a sonné.

Les proches sont invités à prendre place sur les sièges situés derrière les trois premiers rangs, qui sont réservés aux élèves. J’y suis. Je m’empare du pendentif qui ne quitte jamais mon cou, et silencieusement je confie ma joie à ma mère. Je lui dis que nous avons réussi, et qu’à présent elle peut se reposer en paix. J’ai tenu ma promesse, j’ai même été au-delà de celle-ci et de celles que je me suis faites à moi-même. En regardant mon père et Saphia s’installer auprès des parents d’Adam, et Anisha et Gary se rapprocher naturellement, j’ai conscience que ma vie est bien plus belle que ce que j’aurais espéré. Et quand le visage souriant d’Adam efface les autres de mon champ de vision, c’est mon être tout entier qui rayonne de bonheur.

— Prête, mademoiselle la major de promo ?

— Ça fait dix ans que j’attends ce moment. Je suis prête depuis toujours, réponds-je sûre de moi.

— Je suis content de te voir si confiante.

— Ça, c’est parce que j’ai tout pour être heureuse. Et surtout, je t’ai toi…, ajouté-je en me lovant dans ses bras, sans me soucier des regards à la fois curieux et surpris qui s’abattent sur nous.

— Je crois que tu es en train de choquer l’assistance en câlinant un petit vieux, lâche Adam en riant.

— Ils ne sont pas choqués, ils sont juste jaloux de me voir au bras d’un mec aussi sexy que toi. C’est mon dernier jour dans cette école, Adam. Autant que tout le monde se souvienne de mon départ mémorable, déclaré-je en attrapant le col de sa chemise, et en lui offrant un baiser scandaleux, qu’Anisha s’empresse de siffler et d’applaudir.

Satisfait de ce baiser, Adam me promet une nuit que je n’oublierai jamais, dans un chuchotement glissé à mon oreille. Je souris à cette déclaration des plus excitantes, tandis qu’il repositionne correctement ma coiffe carrée sur ma tête, et qu’il place le tassel à droite, comme il se doit de l’être avant la remise des diplômes. Une fois notre diplôme en main, nous placerons celui-ci à gauche. Après s’être occupé du sommet de mon corps, Adam plonge ses yeux dans les miens, et ajuste parfaitement l’écharpe aux couleurs de la MSM que je porte au cou.

— File, baby. Ils n’attendent plus que toi, dit-il en m’offrant un baise-main suranné, mais tellement sexy quand c’est lui qui le fait.

C’est fière et sous les chuchotements que je rejoins le premier rang, tandis qu’Adam s’installe entre mon père et ses parents. Toutes les personnes que j’aime sont réunies pour assister à mon couronnement, seule ma mère n’est pas physiquement présente. Mais, dans mon nouvel étui à violon, une part d’elle se trouve. Je ne suis plus seule. À présent, je peux ressentir l’amour des autres, car j’ai cessé de me détester, et de courir après les fantômes. Tout au long de ces quatre années, j’ai marché, j’ai chuté, je me suis relevée, je me suis écorchée, mais jamais je n’ai baissé les bras.

Aujourd’hui, je mets un point final à cette partie de ma vie, pendant laquelle je suis uniquement restée la petite fille qui devait réussir pour rendre fière sa mère. Aujourd’hui, je vais enfin pouvoir laisser le passé s’éloigner, et entrer pleinement dans ma vie de femme, auprès d’un homme que j’aime plus que tout au monde. Alors, quand les regards se posent sur moi, et que j’imagine déjà leurs pensées à l’égard de mon couple pas comme les autres, cela ne me fait ni chaud ni froid. Sans fléchir, j’égaye mon visage d’un sourire, qui à aucun moment ne s’effacera.

La cérémonie de remise des diplômes est un moment solennel et émouvant qui suit un déroulement bien précis. Elle commence par un long discours de M. Hyde, qui fait l’éloge des élèves de notre promotion. Après son interminable monologue, la remise des diplômes s’ouvre avec l’appel des élèves sur le morceau Pomp and Circumstance. Je regarde les élèves qui défilent un par un et s’emparent de leur diplôme en remerciant l’ensemble des professeurs, avant de se tourner victorieux vers l’assistance qui applaudit et acclame chacun d’eux.

Un long moment s’écoule avant que ce soit le tour des majors de promo. Ayant été choisie pour jouer le morceau qui conclura cette cérémonie, je passerai la dernière. Le temps me semble long, et le stress s’amplifie à chaque major qui reçoit son diplôme et se lance dans son discours. De temps à autre, je me tourne vers les miens. Quelques rangs plus loin, je peux croiser les regards souriants de mon père et d’Adam. Cette petite dose de courage me fait inspirer un grand coup. Plus que Kim Denovo, et ce sera mon tour.

Comme toujours, Kim sait investir l’espace et se donner en spectacle. Son discours est à son image : pompeux, un peu pète-sec, mais talentueux. Quand elle quitte la scène sous les applaudissements, mon cœur s’emballe. C’est à mon tour. Mes yeux se baissent sur mes escarpins vernis. Soudain, j’espère ne pas me vautrer sur la pelouse qui mène à l’estrade à cause de mes talons. Mais quand la voix de M. Garvey résonne, je chasse mes pensées idiotes et mes mauvais pressentiments, et je me prépare à réaliser mon plus grand rêve.

— Nous terminerons cette remise de diplôme par l’élève la plus prometteuse de cette promotion. Veuillez accueillir, Mlle Mia Lacroix !

Je peux entendre mes proches crier mon prénom, tandis que les autres applaudissent. Je me lève, et je rejoins l’estrade en offrant mon plus beau sourire au photographe qui m’attend sur le chemin, et aux professeurs qui se sont tous levés pour m’accueillir. C’est une joie infinie de recevoir un diplôme dans une telle école, mais quand c’est le professeur qui croyait le moins en vous qui vous tend ce sésame, l’instant est encore plus jouissif. Mme Brown me félicite, et m’offre même une accolade. Tout arrive, y compris l’impossible.

Après avoir remercié et reçu les éloges de tous mes professeurs, je me dirige vers le pupitre, où je dépose mon diplôme. Je n’ai pas préparé de discours, je me disais que ce serait mieux de parler avec le cœur. Mais, face à ces centaines de personnes et à l’émotion qui m’assaille en pensant à ma mère, je suis prise au dépourvu. Soudain, parmi toutes les paires d’yeux, je retrouve ceux d’Adam. Ce dernier m’offre un clin d’œil. Ses lèvres bougent. Je ne peux pas entendre ce qu’il me dit, mais je devine les mots qu’il prononce. « N’aie pas peur, je suis là… » Rassurée, je tapote maladroitement mon micro.

— Quand je suis venue à New York pour passer les auditions, je n’avais qu’un objectif en tête : passer et réussir ces auditions. J’avais fait cette promesse à ma mère, avant que celle-ci ne soit emportée par la maladie. Tout n’a pas été facile, et je n’étais sans doute pas l’élève la plus prometteuse, quand j’ai commencé à étudier ici. Malgré tout, je me suis accrochée. J’ai encaissé toutes les critiques, je les ai analysées, et j’ai compris. J’ai compris que je n’y arriverais pas seule. Si je me tiens face à vous aujourd’hui, ce n’est pas seulement grâce à mon don pour le violon, c’est aussi grâce à toutes les personnes qui se sont tenues à mes côtés. Ce soir, je dédie mon diplôme à toutes ces personnes. Maman, papa, Adam, Saphia, Anisha, Ethan, et toi aussi, Gary… Mais aussi à tous mes professeurs, surtout à ceux qui m’ont malmenée pour que je ne me repose pas sur mes acquis. Je ne suis pas adepte des longs discours, je préfère laisser ce privilège à M. Hyde. Je vais donc conclure en vous rappelant que chaque rêve est réalisable, quand on se donne les moyens d’y parvenir ! terminé-je en brandissant mon diplôme, sous les cris et les applaudissements.

Je place mon tassel à gauche, et je quitte l’estrade, pour rejoindre M. Garvey qui m’attend pour m’aider à me préparer. Pendant que j’ôte ma toge et ma coiffe, M. Hyde annonce ma prestation imminente. Je m’empare de mon étui, et j’en sors mon nouveau violon. Je suis amoureuse de celui-ci, tout comme de l’homme qui me l’a offert. Je cherche Adam parmi la foule, mais l’agitation et le bruit dissipent mon attention. Ne trouvant pas son regard rassurant, je me concentre sur la voix de M. Garvey, qui me rappelle qu’il s’agit de ma dernière prestation au sein de la MSM, et que de grands noms de la musique sont présents pour dénicher les talents de demain.

Curieusement, je me moque de leur présence, et de l’éventualité que je sois repérée en me produisant une dernière fois sur la scène de cette école. Je ne m’apprête pas à passer une audition, mais à jouer une déclaration d’amour à l’homme que j’aime. J’acquiesce à chacun de ses conseils, et je le remercie, avant de me tourner vers l’estrade, où M. Hyde me fait signe d’approcher. J’ai à peine posé un pied sur l’estrade que je suis déjà dans mon habituelle bulle de concentration. Je m’empare du micro que me tend le proviseur, et je me jette à l’eau.

— Je vais vous interpréter une ballade que j’ai écrite pour l’homme que j’aime…

Tout me semble dit. J’esquisse un sourire timide à mon public, et je rends le micro au proviseur, qui s’éloigne aussitôt. Je me positionne au centre de la scène, et je place mon violon et mon archet en fermant les yeux. Avant, je prenais confiance en jouant les yeux fermés. À présent, je ferme les paupières uniquement pour me recentrer sur moi-même pendant quelques secondes. J’ouvre les yeux à l’instant où mon poignet se déverrouille et que le son mélodieux du violon s’empare de l’assistance. Cette longue et douce ballade est destinée à Adam, maintenant, il le sait.

Soudain, je croise son regard au premier rang. Il s’est sans doute rapproché pour mieux s’imprégner de cet air qui lui est dédié. Guidée par son doux sourire, je ne me détache pas un seul instant de ses yeux. Pendant six douces minutes, je lui raconte mon amour en musique. Je lui rappelle toutes les émotions que nous avons vécues ensemble, en évoluant sur un crescendo qui s’essouffle pour rappeler qu’après la pluie vient toujours le beau temps. Pour la première fois, les yeux d’Adam brillent d’émotion, et ça, ça me fait fondre. Je mets un terme à cette mélodie, en lui offrant un sourire heureux, auquel il répond par un clin d’œil.

Les applaudissements et les acclamations retentissent à nouveau, pourtant, je ne les entends pas. Je ne suis connectée qu’à une seule personne : lui. Son regard ne trompe pas, il m’aime, et à cet instant précis, il me désire plus que jamais. Alors que nous sommes en train de vivre un tendre moment, je ne pense plus qu’à une chose : cette nuit torride qu’il m’a promise. Saurai-je attendre ? Inconsciemment, je suis déjà à la recherche d’un lieu où nous pourrions nous isoler. C’est si fort que je m’empresse de quitter la scène pour le retrouver. Mais soudain, il se lève et se dirige vers l’estrade. Sans comprendre ce qui lui prend, je le regarde courir vers Hyde et s’emparer du micro, avant de rejoindre le centre de la scène.

— Bonsoir, tout le monde ! Pour ceux qui ne me connaissent pas, vous vous demandez sans doute qui je suis. Je m’appelle Adam, et je suis l’homme pour qui elle a écrit cette musique. Navré si vous pensiez être l’heureux élu, les gars, mais manque de bol, elle préfère les mecs, les vrais ! lâche-t-il, complètement euphorique.

Je rougis face à sa folie, tandis que le public rit avec lui. Et voilà… Quand je disais qu’Adam Davis parvient à séduire tout le monde !

— C’est vrai, j’ai la chance d’être aimé par une fille aussi belle et aussi talentueuse que Mia. Pourtant, ce n’était pas vraiment gagné d’avance, parce que je dois vous avouer qu’elle est parfois méchante avec moi…

Cette fois, je ris avec les autres. Mais qu’est-ce qu’il lui arrive ?

— Malgré tout, je l’aime comme un fou. Je l’aime pour son talent, sa beauté, sa gentillesse. Je l’aime pour l’homme qu’elle a fait de moi. Malgré tout, c’est une infortune d’aimer une femme plus jeune que moi, et d’en être aimé. Je n’ai jamais vécu un amour si merveilleux, et j’ai peur de la vitesse à laquelle le temps m’emportera. Alors…

Il se tourne vers moi, et tout en plongeant profondément ses yeux dans les miens, il s’approche de moi et reprend :

— Alors, je ne veux plus passer un seul jour sans toi à mes côtés. Mia…

Oh ! mon Dieu ! Qu’est-ce qu’il fait ? Je rêve ou il s’agenouille ?

— Mia, me ferais-tu l’incommensurable honneur de devenir ma femme, et de parcourir l’éternité à mes côtés ? me demande-t-il en ouvrant un écrin, et en posant un genou sur le sol.

Tout le monde est suspendu à mes lèvres. Moi, je peine à croire à ce qu’il m’arrive. Est-ce réel ? Tout à coup, des voix s’élèvent :

— Dis oui !

Je ne peux pas parler, pas tout de suite. Je laisse échapper un sanglot, qui une fois expulsé me rend ma voix. J’approche doucement de lui, comme s’il était un mirage qui allait disparaître au moindre de mes mouvements, et sans quitter ses beaux yeux bleus, je prononce ces mots que je ne pensais pas prononcer si tôt :

— Oui, je le veux…

J’ai déjà vu Adam fou de joie, mais à cet instant précis, la joie est un faible mot. Il se redresse, s’emparant de ma main pour me passer le solitaire en or rose orné d’un diamant à l’annulaire gauche. Ses mains tremblent, les miennes aussi. Pourtant, c’est sans faiblir qu’il s’empare de mon visage et qu’il m’embrasse sous les acclamations. Si je rêve, je ne veux surtout pas me réveiller. Dans ma tête, je répète en boucle mon futur nom « Mia Davis ». Et je trouve que ça sonne plutôt bien. J’ai tellement douté de son amour pour moi, et de sa capacité à s’éloigner de ses démons et à combattre ses peurs infondées. Mais aujourd’hui, je n’ai plus aucun doute.

Je me suis longtemps demandé si ma mère serait fière de mes choix, et de moi. Peut-être qu’elle n’aurait pas tout accepté, mais de là-haut, je suis certaine qu’elle peut ressentir mon bonheur, et tout l’amour que je porte à cet homme. Il est mon essentiel. Il est cette partie de moi qui manquait à mon épanouissement et à mon bonheur. Sans lui, ma vie n’est que douleur et solitude. À ses côtés, je ne suis plus cette fille paumée, qui a perdu sa mère. Je suis une femme comblée, qui a su tenir ses promesses, et qui s’apprête à devenir Mme Davis. Qui l’aurait cru ? Certainement pas nous.

Nous échangeons un baiser, qui conclut cette remise de diplôme. Les cris s’élèvent aussi haut que mon âme qui s’envole d’amour. Et alors que nous échangeons un « je t’aime », les diplômés se mettent tous à crier. Chacun s’empare de sa coiffe et la jette dans les airs. C’est sous une pluie de chapeaux noirs à pompon que nous entamons le premier jour du reste de notre vie ensemble. Peu importe notre différence d’âge, et le temps qui file. Dans ses bras, le temps n’a plus vraiment d’importance. L’amour nous a fait perdre la raison, mais il nous a également guéris de nos plus profondes blessures. Sans notre amour, nous ne serions que de fausses notes sur la partition d’une vie. À présent, nous sommes, pour l’autre, la plus délicate des mélodies.

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