Sugar Baby - Tome 2
Chapitre 69
Mia
Voilà dix jours que j’ai vécu l’horreur, mais chaque nuit je continue de subir le même cauchemar. Dès que mes yeux se ferment, je revis cette escalade de violence, et je sens à nouveau la peur se rapprocher dangereusement de moi. Ce matin, je me suis une fois encore réveillée en hurlant, et en sueur, le corps tremblant d’effroi. J’ai beau rassurer mon père et Saphia qui m’appellent chaque jour depuis le drame, je vais moins bien que je l’affirme. Je ne parviens même plus à sortir à l’extérieur. Le moindre bruit me fait sursauter, le plus petit éclat de voix me fait frémir. Je vis un enfer, alors que je suis dans un écrin sécurisé.
En sortant de la douche, je ne prends même pas la peine de me regarder dans le miroir. J’enfile une robe, uniquement parce qu’il fait un temps splendide, mais je ne choisis pas la plus belle, seulement la première qui me tombe sous la main. Comme chaque jour depuis le drame, je m’installe dans le grand canapé de Vanda, et je zappe de chaîne en chaîne, jusqu’à ce que je sois assez lassée pour m’endormir à nouveau, et replonger encore une fois dans ce cauchemar où je revois Adam couvert de sang, le visage blême, et la mort qui semble lui sourire.
Cette fois, j’ai la chance de m’endormir paisiblement, mais soudain un bruit me fait bondir du canapé. J’ai le cœur qui s’emballe, et je suis à nouveau victime de sueurs froides. Je mets de longues secondes à reprendre mes esprits, et à comprendre que quelqu’un sonne à la porte. Consciente que je suis en train de devenir folle, et qu’il serait peut-être préférable de consulter un spécialiste, je quitte le salon et j’ouvre la porte. Pour une fois que ma peur ne me pousse pas à regarder à l’œil, quand je découvre qui se trouve face à moi, je me dis que j’aurais dû rester vigilante un peu plus longtemps.
— Bonjour, Mia, me dit Anisha, d’une voix timide.
— Salut… Qu’est-ce que tu fais là ?
— Je voulais m’assurer que tu vas bien, et te parler…
— Je vais bien. Il n’y a plus rien à dire, Anisha. Pour moi, tout ça est terminé. J’ai tiré un trait sur toi, et sur Adam. Maintenant, tout ce que je veux, c’est que vous me laissiez tranquille.
— Tu peux tirer un trait sur moi, si tu le désires, même si j’en serai fortement attristée. Mais si tu décides de t’éloigner définitivement d’Adam, tu commettras la plus grosse erreur de ta vie.
Anisha n’a jamais pris la défense d’Adam. Au contraire, depuis notre première rupture, elle n’a cessé de me conseiller de m’éloigner de lui, et de me trouver un mec bien. Alors, quand elle se met à le soutenir, je suis interpellée. Affaiblie par le manque de sommeil et cette peur omniprésente, je baisse la garde, et sans dire un mot, je l’invite à entrer. Nous avançons jusqu’au salon, où je me dirige vers mon seul compagnon depuis une semaine : le canapé. Anisha préfère visiblement rester debout, je ne l’invite donc pas à me rejoindre. Cette distance entre nous est préférable, et j’appréhende ce qu’elle va m’annoncer.
— Que veux-tu me dire ? demandé-je, sans la lâcher des yeux.
— Tout d’abord, je tiens à te répéter à quel point je suis désolée. Adam ne t’a pas menti, c’est moi qui l’ai embrassé. Il n’y est strictement pour rien. Ce jour-là, il voulait juste te retrouver, mais j’en avais décidé autrement…, avoue-t-elle de plus en plus gênée.
— Pourquoi m’as-tu fait ça ?
— Parce que je n’ai pas été assez forte pour m’opposer à Vanda…, lâche-t-elle précipitamment.
Au début, je ne vois pas ce que Vanda vient faire dans cette histoire, puis Anisha me raconte tout depuis le début. Son arrivée à l’agence, sa jeunesse et sa naïveté, l’emprise de Vanda sur sa vie, et le dernier plan machiavélique de celle-ci. Quand Vanda a compris qu’Anisha allait lui faire perdre pas mal d’argent en quittant l’agence, cette dernière a tout misé sur moi. Malheureusement, la présence d’Adam et les sentiments que j’avais pour lui posaient problème à Vanda. En évinçant Adam, elle s’assurait de me voir cumuler plus de contrats, et donc, plus d’argent pour elle comme pour moi.
Quand je réalise qu’Anisha a piégé Adam pour sauver sa peau, je suis soudainement délestée de ce sentiment désagréable de trahison. Je peux même comprendre son choix, même si celui-ci m’a crevé le cœur. Mon amie n’est finalement pas une grosse salope sans cœur, prête à détruire les autres pour obtenir ce qu’elle veut. Mais une autre certitude allège un peu plus mon cœur : Adam ne m’a ni menti ni trahie. Alors il ne me reste plus qu’un point à éclaircir : m’aime-t-il vraiment ? Les derniers événements devraient me prouver que c’est le cas. Mais rien que pour gagner la partie, Adam serait prêt à mettre sa vie en danger, uniquement pour obtenir satisfaction, et me voir lui céder inlassablement.
Je ne suis plus sûre de rien s’agissant d’Adam, mais en ce qui concerne Anisha, je ne peux pas me tenir loin d’elle plus longtemps. Je me lève du canapé, et je la serre dans mes bras. L’émotion est trop forte, et je fonds en larmes. Elle me répète à quel point elle est désolée, et qu’elle s’en veut de m’avoir fait souffrir. Tout en essuyant mes larmes, je la rassure en lui disant que tout est oublié. Cela me fait tellement de bien de la retrouver. J’avais oublié à quel point elle était devenue importante pour moi. Cette fois, je retourne m’asseoir, en la tenant par la main. Une fois installée, elle me dit :
— Tu dois partir d’ici.
— Je sais…
Nous sommes brusquement interrompues par la sonnerie de son téléphone. Elle me fait signe d’attendre, et s’empare de celui-ci. Je la regarde lire le texto qu’elle vient de recevoir. Son visage passe par de multiples émotions que je ne saurais décrire, avant qu’elle ne lève à nouveau les yeux sur moi.
— Ça va ? m’enquis-je, soucieuse.
— Tout va pour le mieux, ne t’en fais pas, tente-t-elle de me rassurer.
— Je sais que c’est un peu trop te demander, mais est-ce que tu verrais un inconvénient à ce que je revienne chez toi quelque temps ? lui demandé-je.
— Je serais ravie que tu reviennes, ma belle, mais pour être honnête, je vais sans doute être indisponible un certain temps.
— Comment ça ?
— Le temps a passé, et j’ai mûri. Des hommes sont morts, et des familles sont sans réponses. Même si je ne suis pas mêlée à toutes ces affaires, je dois la vérité à la famille de Bobby qui est mort par ma faute. Vanda doit payer pour ce qu’elle a fait, et surtout, elle ne doit plus jamais permettre à des hommes de coucher avec des filles qui ne sont même pas majeures… J’ai merdé en gardant le silence toutes ces années, et j’ai encore plus foiré en risquant de briser notre amitié, pour garder intact le secret qui me reliera toujours à Vanda. Adam est un homme bien. Maintenant, j’en ai la certitude. Il a piégé Vanda avec une telle facilité… Ce mec est prêt à tout pour toi, Mia.
— Tu ne comptes quand même pas révéler la vérité à la police ?
— Je n’ai pas le choix.
— Mais si tu fais ça, tu pourrais aller en prison !
— Je suis en prison depuis le soir où j’ai été assez bête pour laisser mourir un homme, car j’avais une confiance aveugle en cette femme. Dire la vérité me libérera. Et puis, je ne suis pas seule. Adam me soutient dans cette épreuve.
— Comment ça ?
— Si je décide d’avouer la vérité, il m’offrira les services de l’un des meilleurs avocats du barreau de New York. Je suis pratiquement certaine de ne pas subir une grosse peine. Vanda a fait bien pire que moi…
— Et Jacob ?
— Jacob et moi, c’est terminé… C’était une jolie histoire, mais nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre. Il faut être honnête, un homme qui vise le poste de maire à New York ne peut pas s’afficher avec une femme aussi bombasse que moi ! déclare-t-elle en plaisantant, même si le cœur n’y est pas.
— Je suis désolée pour toi, dis-je en resserrant l’étreinte de ma main sur la sienne.
— Ne le sois pas. C’est mieux ainsi. En le quittant, j’ai évité qu’il soit mêlé au scandale qui va bientôt éclater à New York. Cette histoire va faire couler beaucoup d’encre… Les agences rivales vont prendre un malin plaisir à démolir l’intégrité de Vanda. Une ère de renouveau plane sur la Grande Pomme, reine des neiges !
— Et nous assisterons toutes les deux à celle-ci, lancé-je afin de nous rassurer.
— Je l’espère, répond-elle en se levant.
— Tu t’en vas ?
— Il est temps pour moi d’assumer mes erreurs, et de rendre la monnaie de sa pièce à cette pétasse de Vanda. Pendant ce temps, quitte cet appartement. Je mettrais ma main à couper que dans quelques heures celui-ci sera envahi par une ribambelle de flics. Mieux vaut que tu t’en ailles avant qu’ils débarquent.
— Comment vais-je faire ? Je n’ai nulle part où aller, et je n’ai que deux bras, et bien trop d’affaires ! m’inquiété-je.
— Tu t’en sortiras, je n’en ai aucun doute, répond-elle dans un clin d’œil, que je ne saisis pas immédiatement.
J’oublie très vite l’inquiétude de devoir partir précipitamment quand je prends conscience que je ne la reverrai peut-être pas tout de suite. Je ne crois pas en Dieu, pourtant je me retrouve à implorer le ciel pour que ses aveux ne la mènent pas droit en prison, tout en la serrant dans mes bras. Quand elle disparaît dans l’ascenseur, et que je me retrouve seule dans cet appartement dont la propriétaire est le diable en personne, j’accuse le coup de toutes ces révélations. Pour la première fois depuis une semaine, j’ai oublié la peur qui me ronge. Mais à présent, je suis face à un sacré problème. Je dois quitter cet appartement au plus vite. Je n’ai pas une minute à perdre, pourtant je suis paumée et dans l’incapacité de réagir.
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