Sugar Baby - Tome 2
Chapitre 51
Adam ne prononce aucun mot pendant le trajet, mais à peine avons-nous franchi les portes de la MSM qu’il devient un autre. Son professionnalisme reprend immédiatement le dessus. Nous sommes accueillis par le proviseur et l’ensemble des professeurs, qui sont tous impatients de participer au bon déroulement de cette soirée qui sera l’événement de l’année. Dès leur arrivée, ils ont appris la venue d’une immense star, et même Mme Brown semble surexcitée. C’est la première fois que je la vois aussi souriante avec moi. Elle prend mon bras, et invite Adam à nous suivre jusqu’à l’amphithéâtre, où se déroulera la soirée de lancement.
Elle accapare Adam pour lui présenter les lieux, qu’il connaît déjà. C’est lui-même qui a choisi celui-ci, après avoir visité les amphithéâtres de l’école. Pendant ce temps, je fais ce que l’on me dit de faire. Je rejoins la scène, et je prépare mon instrument. Je ne serai pas la seule élève à me produire sur scène ce soir, mais je sais que, malgré l’immense talent de ces quelques chanceux, tous les regards seront braqués sur moi. Alors, j’oublie tout le monde, et j’entre dans ma bulle, où seuls ma mère, mon violon et moi pouvons entrer.
Pendant une heure, je répète en boucle le morceau que j’interpréterai ce soir. Une fois les réglages au point, il est déjà l’heure de déjeuner. Pendant que j’investis la cafétéria avec Adam et son équipe, les professeurs se chargent des répétitions des élèves qui participeront au spectacle qu’Adam nous a réservé. Tout est millimétré, et rien n’est laissé au hasard. Le stress me coupe l’appétit. Je me force tout de même à manger quelques amuse-bouche tout en scrutant les portes de la cafétéria. J’aimerais qu’Ethan franchisse celles-ci, et qu’il vienne s’asseoir à mes côtés. Sa simple présence suffirait à me rassurer. Malheureusement, il a également été choisi pour participer au spectacle de ce soir, alors il répète.
Après le déjeuner, Adam et moi prenons la direction de l’aile réservée aux professeurs, où nous allons rencontrer pour la première fois Lady Gaga. Mon cœur bat de plus en plus vite. Le silence qu’Adam m’impose me laisse penser que je ne suis pas la seule à être nerveuse. Ce soir, il lance officiellement sa nouvelle et première collection pour femmes. Les retours sur les réseaux sociaux sont formidables. Maintenant, reste à savoir si cet engouement se répercutera sur les ventes. Moi, je ne doute pas une seule seconde de sa réussite. En décidant de lancer une collection prestige et une collection d’entrée de gamme, Adam élargit indéniablement son cercle de clients potentiels.
Nous nous retrouvons dans la salle des professeurs, spécialement reconvertie en studio de répétition. Tous les couloirs qui mènent à cette aile sont interdits d’accès. Personne ne doit voir ou entendre Lady Gaga avant son apparition sur scène ce soir. Nous y sommes. Je replonge dans les préparatifs de cette incroyable soirée qui nous attend tous. Les sept ambassadrices seront présentées une à une, lors du défilé, où seront à nouveau révélées toutes les montres. Les deux dernières seront portées par Lady Gaga et moi-même, et la mise en scène de notre arrivée sur le podium s’annonce renversante. Je suis surexcitée à l’idée de partager la scène avec une telle artiste. Je n’en reviens toujours pas, et je n’ai plus qu’une envie : qu’elle franchisse cette porte, pour que tout devienne réel.
— Tu ne vas même pas me faire le plaisir de jouer avec le violon que je t’ai offert ? me demande Adam, alors que je sors le mien de son étui.
— Adam, ce sera sans doute la plus grandiose représentation de toute ma carrière, je ne me vois pas vivre celle-ci sans amener ma mère avec moi sur scène.
— Je comprends, répond-il, dans un sourire.
— Mais tu as raison… Tu m’as offert un très beau violon, et tôt ou tard, je devrai accorder un peu de repos à celui-ci.
— Dois-je comprendre que lorsque monsieur violon prendra sa retraite tu te serviras du bijou que j’ai choisi spécialement pour toi ?
— Peut-être, réponds-je, pour ne pas trop le satisfaire.
— Si c’est le cas, j’espère que tu penseras à moi, autant que tu penses à ta mère lorsque tu tiens son violon entre tes mains, chuchote-t-il discrètement.
Je suis si stressée à l’idée de rencontrer Lady Gaga que je n’ai pas la force de me battre. Je ris nerveusement à son espérance. Je ris, car il a visé dans le mille. Comment pourrais-je jouer du violon qu’il m’a offert sans penser à lui, à nous, et à tout ce que nous aurions pu devenir et vivre ensemble ?
— Bien sûr qu’il me fera penser à toi. Ce n’est pas parce que nos chemins vont bientôt se séparer que je t’oublierai.
— Je sais, c’est impossible que tu m’oublies…
— Toujours aussi humble, rétorqué-je.
— Pas du tout. C’est juste que l’on ne peut pas oublier son vrai premier amour, déclare-t-il, en soutenant mon regard.
— Il y a eu Nicolas, avant toi.
— Tu sais très bien que ce n’est pas comparable…
Soudain, la porte s’ouvre. M. Garvey apparaît, le visage égayé par un large sourire, mais rougi par la gêne. Je comprends immédiatement qu’il n’est pas seul. Il s’écarte et invite quelqu’un à entrer. C’est alors qu’elle apparaît ! Oh ! mon Dieu, je vais faire une syncope ! Pour la première fois de ma vie, je pose mon violon sans vraiment y faire attention. C’est tout ce que j’arrive à faire. M. Garvey parle, mais je suis bien trop concentrée sur elle pour entendre ses paroles. Elle me sourit ! Et moi, je reste le visage figé, et le corps statufié. Bien qu’il soit face à une star de renommée mondiale, Adam ne perd pas de sa prestance. Il s’écarte de moi, et sans faiblir il accueille notre invitée d’honneur.
— Bonjour, je suis ravi de faire enfin ta connaissance ! s’exclame-t-il en lui tendant la main.
— Salut ! C’est toi, le créateur ? demande-t-elle, sans lui lâcher la main.
Bordel, qu’ils sont beaux tous les deux ! Ils iraient bien ensemble… Cette pensée furtive réveille un soupçon de jalousie en moi. Comment pourrais-je rivaliser avec une telle déesse ? C’est une super star, une icône ! Et moi, eh bien, je ne suis que moi.
— Le seul et l’unique, répond-il de son air charmeur.
— J’adore ta nouvelle collection. Celle que tu m’as offerte me ressemble tellement ! C’est dingue, d’avoir su capter l’essence de la femme aussi bien.
— Je suis ravi que mes montres te plaisent, mais en ce qui concerne celles-ci, c’est Mia que tu dois féliciter. Sans elle, ces modèles n’existeraient pas, avoue-t-il en me faisant signe d’approcher.
Timidement, j’ose enfin croiser le regard de celle que j’adule depuis mon adolescence. Je souris bêtement, et tout en tendant une main aussi tremblante que celle d’une personne atteinte de la maladie de Parkinson, je me risque à dire quelques mots.
— Bonjour, je m’appelle Mia. Mais ça, vous le savez déjà…
Le rouge me monte aux joues. Ses mains s’emparent de la mienne, et tout en m’empêchant de trembler elle répond :
— Déjà, on va se tutoyer. Ensuite, tu vas te détendre. C’est quoi tout ce stress ? demande-t-elle en riant.
— Je me suis promis de me montrer professionnelle, mais tu dois savoir que je suis l’une de tes plus grandes fans. J’ai tous tes albums. J’ai assisté à tous les concerts que tu as donnés à Paris. Je promets de ne plus le montrer après ce moment gênant, mais je suis carrément amoureuse de tes textes et de ta musique.
— Oh ! tu es si mignonne ! lâche-t-elle en me serrant dans ses bras.
Aaahhhh ! Arrêt sur image : Lady Gaga me serre dans ses bras ! Cette étreinte est comme un cadeau tombé du ciel. Grâce à celle-ci, je me détends aussitôt. Je suis toujours sous le choc, mais j’ai à nouveau retrouvé mes esprits.
— Alors, comme ça, c’est toi qui m’accompagnes au violon, ce soir ?
— Oui, réponds-je, en tentant de chasser ma timidité.
— J’ai hâte que nous commencions à répéter. J’ai vu ta prestation avec Fire Boy, et je dois dire que tu as un talent monstrueux. J’espère que je serai à la hauteur, termine-t-elle dans un clin d’œil.
— C’est plutôt moi, qui dois être à la hauteur.
— Ne me surestime pas, je me plante souvent. Mais je sais très bien le cacher ! termine-t-elle en riant.
Doucement, je prends conscience que Lady Gaga est un être humain comme tant d’autres. Alors, je respire un grand coup, et j’enlève le balai qui s’est planté dans mes fesses, lorsqu’elle est entrée dans cette pièce. Nous nous installons autour de la table, et nous discutons du déroulement de la soirée. Adam parle en priorité du moment où nous entrerons en scène. Les montres seront présentées comme un défilé de mode. Il débutera avec la présentation des deux premières montres, portées par Tessa Spencer, la célèbre influenceuse, et Lindsey Conely, une star de télé-réalité très en vogue en ce moment. Ensuite, trois femmes inconnues du grand public, élues ambassadrices par les internautes, défileront à leur tour.
Viendra ensuite le moment où Lady Gaga et moi apparaîtrons sur scène, vêtues d’une longue cape, pour que nous ne soyons pas reconnues. Seules nos mains jointes apparaîtront sur le grand écran et révéleront les deux dernières montres. Je suis on ne peut plus surprise de découvrir que Lady Gaga portera la montre Violon, celle qu’Adam a créée en me regardant jouer. J’étais certaine que ce serait moi qui la porterais, mais je n’objecte rien. La dernière montre apparaîtra à mon poignet, révélant ainsi le dernier thème abordé dans cette collection qui fait honneur à la femme, à ses forces, mais aussi à ses douces faiblesses.
J’imagine déjà la scène. Intérieurement, je sautille dans tous les sens. Extérieurement, je suis comme Lady Gaga : satisfaite, mais impassible. Pour elle, ce n’est qu’un show parmi tant d’autres. Pour moi, c’est quelque chose d’exceptionnel, qui n’arrivera sans doute qu’une fois dans ma vie. C’est donc avec un trac immense que je m’empare de mon violon quand vient l’heure des répétitions. Mes mains tremblent à nouveau, et je ne tremble jamais quand je suis sur scène. J’ai toujours peur, mais je ne tremble jamais. Je dois faire abstraction de la présence de Lady Gaga à mes côtés, mais c’est plus facile à dire qu’à faire.
Dès les premières notes, je m’arrête, et je présente mes excuses. Adam me regarde et me fait signe de redescendre en pression. Sans lâcher son regard, j’inspire un grand coup, et je me replonge dans mes mécanismes. Le beau visage d’Adam disparaît lorsque je ferme mes paupières, pour me concentrer sur mon instrument, et les vibrations que celui-ci produit lorsque je frotte lentement mon archet sur les cordes. Je me sens bien, jusqu’à ce que la magnifique voix de Lady Gaga remplisse l’espace en se mêlant au son de mon instrument. Je suis déchirée entre l’envie d’ouvrir les yeux pour la regarder chanter et le besoin de jouer cet air sans fausse note.
Pendant deux heures, nous enchaînons les essais. Pour le dernier, je parviens enfin à jouer sans fermer les yeux et à partager ce moment intense avec cette femme que je vénère. J’arrive à oublier que je suis face à mon idole. Sur scène, je ne suis pas l’une de ses admiratrices, je suis sa musicienne. Lorsque les répétitions se terminent, tout le monde est satisfait. M. Garvey insiste pour que je joue les yeux ouverts et que j’investisse la scène, au même titre que Lady Gaga. Adam et cette dernière sont également d’accord à ce sujet. Pas question que je sois une simple figurante, je dois m’imposer, comme je l’ai fait avec Fire Boy. Plus facile à dire qu’à faire.
Entourée de M. Garvey et de ses deux gardes du corps, Lady Gaga rejoint sa loge. Je la regarde s’éloigner, tout en tentant de me remettre de ce moment passé en sa compagnie. J’ai rencontré Lady Gaga, et je l’ai accompagnée au violon ! Je sais que je ne devrais pas faire ça, mais je ne peux pas m’en empêcher. J’ai besoin de remercier celui sans qui tout cela n’aurait jamais été possible. Quand la porte se referme, je me tourne vers Adam, et sans lui laisser le temps de me vanner je le serre contre moi.
— Merci, Adam. Merci pour tout ce que tu as fait pour moi, et pour ça…, dis-je en agrippant sa veste, et en le serrant encore plus fort.
— Je suis heureux de t’avoir menée à tes rêves, Mia. Mais ces remerciements sonnent presque comme un au revoir.
— C’est peut-être parce qu’ils sont le début d’un au revoir, réponds-je tout en restant lovée contre lui.
— C’est vraiment ce que tu veux ?
— Je sais que cette journée n’est pas terminée, mais avant qu’elle le soit, je voulais te remercier d’avoir changé ma vie. Tu as tant fait pour moi…
— Malheureusement, je t’ai également fait du mal, rétorque-t-il, en déposant un baiser sur mes cheveux.
— Tu m’as fait plus de bien que de mal…, réponds-je en levant les yeux sur les siens.
Est-ce le trac pour ce soir ? Est-ce la reconnaissance que j’ai pour lui ? Ou simplement l’envie de l’aimer encore un peu, avant que nos chemins se séparent ? Je l’ignore, mais quand ses yeux plongent profondément dans les miens, et que sa bouche approche de la mienne, je ne le fuis pas. Ses lèvres épousent les miennes, et je me délecte de ce doux baiser. Nos langues ne se rejoignent pas, pourtant je peux sentir mon visage devenir bouillant. C’est tendre, c’est sage. C’est un au revoir…
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