Sugar Baby - Tome 2
Chapitre 21
Nous ne sommes pas ivres, mais nous rions et nous nous moquons que les autres nous entendent, comme si nous l’étions. Sans cesser de m’embrasser, Ethan referme la porte de sa chambre. Maintenant, je connais cet endroit comme ma poche. J’y ai dormi à plusieurs reprises ces dernières semaines, mais nous n’avons couché qu’une seule fois ensemble. Je ne sais pas vraiment qui de nous deux a pris la décision de rester sage. Peut-être avait-il peur de s’attacher un peu plus en couchant à nouveau avec moi. Peut-être craignais-je de devoir encore penser à Adam pour atteindre l’orgasme. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui nos peurs semblent s’être envolées.
Je recule jusqu’au lit, poussée par Ethan qui me couvre de baisers, tout en déboutonnant mon chemisier. Il m’emmène entre les oreillers et les draps, qui portent toujours son odeur. Contrairement à la première fois, nous ne sommes ni gênés ni maladroits. Ses mains habiles me délestent de mes bottes et de ma jupe. Ses gestes manquent parfois de sensualité, mais je m’en moque. Je le regarde se déshabiller, tout en dégrafant mon soutien-gorge. La magie des seins opère toujours aussi bien. Dès qu’il les voit, il se penche au-dessus de moi, et les embrasse comme s’ils étaient un trésor inestimable.
Je savoure la sensation de sa langue sur mes mamelons, et de ses mains qui englobent mes seins à la fois avec douceur et ferveur. Lui sur moi, dans cette chambre, qui en a sans doute vu d’autres, il se faufile entre mes cuisses et retire ma culotte. Le sexe avec Ethan, c’est nouveau. Mais quand il glisse sa langue en moi, la honte de voir son visage devant mon sexe disparaît. La fougue qu’il met dans ce préliminaire me procure un plaisir qui me fait écarter davantage les jambes. Mon corps l’invite silencieusement à s’emparer de lui, et ça fonctionne. Sa bouche délaisse mon intimité, et tout en remontant il me mordille le ventre, l’embrasse, et promène sa langue sur ma peau qui se hérisse.
Quand il étire son bras vers le chevet, je décide de prendre le contrôle. Je ne suis pas encore des plus à l’aise avec lui au lit, mais si je veux le devenir, je dois me décoincer. Je m’empare de sa main avant que celle-ci ouvre le tiroir. Je lui demande de s’allonger, il s’exécute. Je m’agenouille à ses côtés, et j’ouvre le chevet. Je suis rassurée de constater que la boîte de préservatifs n’a servi qu’une seule fois. Sa sagesse me rassure. Ethan n’est pas le genre de mec à emmener toutes filles qu’il croise dans son lit, et ça, c’est une qualité indéniable, qui me donne confiance en lui. Je m’empare d’un préservatif, et tout en le regardant j’ouvre celui-ci.
Il baisse son boxer, dévoilant son sexe en érection. Je m’empare de son membre, et je glisse la capote le long de sa verge, doucement, lui offrant un petit sourire provocateur. Je ne regarde que lui, je suis encore bien trop timide pour oser regarder plus bas. Doucement, sa main s’empare de ma nuque pour m’amener à lui. Je chevauche son corps pour l’embrasser, et je le laisse guider son sexe jusqu’au mien. Sans quitter sa bouche, je lâche un souffle de satisfaction quand il s’enfonce en moi. J’ondule lentement mon bassin, puis je me redresse pour accélérer la cadence. Ses mains dessinent les courbes de mon corps, puis s’échouent sur mes hanches. Cette douce torture lui est sans doute insupportable, et je me retrouve sur le dos, sous le poids de son corps qui me semble brûlant.
Mes jambes se croisent autour de lui, tandis qu’il me pénètre et qu’il m’embrasse. Quand mes yeux retrouvent les siens, cette fois, Adam ne vient pas hanter mes pensées. Ni lui ni les souvenirs de nos corps-à-corps endiablés. Le sexe avec Adam, c’était génial. Mais avec Ethan, tout est génial. Il me suffit d’apprendre à apprivoiser son corps, et tout sera parfait. Sa délicatesse me fait doucement dériver. J’ai tant besoin de douceur, mais je ne m’en rendais même pas compte. Ses baisers, ses caresses… Quelle tendresse ! Enlacés l’un contre l’autre, nous basculons sur le côté, dans un tendre baiser.
Ce face-à-face sensuel est ponctué de souffles chauds et de râles qui trahissent notre plaisir. Ses coups de reins s’accentuent, tout en restant langoureux. C’est un subtil mélange entre démonstration de virilité et douceur. Et alors qu’il perd irrémédiablement le contrôle, je prends conscience du bien-être qui s’empare de moi, dès que je suis auprès de lui. Sa peau qui frôle la mienne à chacun de ses mouvements est comme un vent chaud qui glisse sur moi et me transporte. Sa queue bute au plus profond de moi, à chaque spasme provoqué par l’orgasme. Son plaisir retentit à mon oreille, au même instant où un frisson s’empare de mon être.
La petite mort me prend à mon tour. Quand celle-ci naît au creux de mon ventre, et qu’elle se répand à mon intimité, j’inspire, et tout s’envole. Je relâche l’air bloqué dans mes poumons, en expirant bruyamment ma jouissance. Mes jambes qui encerclent Ethan se mettent à trembler, c’est déjà la fin. Une fin délicieuse, durant laquelle mes muscles se contractent autour de son sexe, qui me fait encore honneur. Une onde de joie me traverse. C’est un étrange sentiment de sentir son cœur guérir un peu plus chaque seconde. Aujourd’hui, je n’ai pas eu besoin de me rappeler Adam pour atteindre l’orgasme. Bientôt, je sais que je ne l’aimerai plus, et pour moi, c’est une seconde délivrance.
Heureuse et satisfaite, je m’empare du visage d’Ethan, et je l’embrasse. Mon baiser est sage, mais il est empreint des sentiments que je commence à nourrir pour lui. Ce n’est pas un amour passionnel qui apparaît comme par magie, mais une douce affection qui, j’en suis certaine, continuera de grandir dans le temps. Son visage disparaît dans mon cou, qu’il couvre d’un fugace baiser. Je suis si bien… À tel point que j’aimerais rester dans ce lit toute la journée, mais c’est impossible. Dans quelques minutes, cet instant propice à l’amour prendra fin. J’ai un bref pincement au cœur, et puis la voix d’Ethan murmure à mon oreille :
— Tu comptes tellement pour moi…
Ce n’est pas un « je t’aime », mais cette phrase me semble encore plus forte que ces deux mots que tout le monde se dit, parfois même sans que cela soit vrai. Je n’aurais pas su répondre à un « je t’aime », mais je sais immédiatement quoi répondre à cette déclaration.
— Toi aussi, tu comptes énormément pour moi.
— C’est vrai ? demande-t-il en plongeant ses beaux yeux bruns dans les miens.
Je hoche la tête. Bien sûr que c’est vrai. Au fil de ces dernières semaines, Ethan est devenu mon nouveau compagnon de route, mais aussi le guérisseur de mon cœur. Lui, il n’a pas besoin d’étudier la médecine, son sourire et sa tendresse suffisent. Agréablement surpris de ma réponse, il m’offre un doux baiser. Mais lorsque nos corps se séparent, la réalité me rattrape aussitôt. La photo, notre absence au cours de M. Garvey, les regards des autres élèves… Tout ça me donne envie de rester à jamais cloîtrée dans cette alcôve, où rien ne semble pouvoir m’atteindre.
Malheureusement pour moi, l’heure tourne. Il est 11 heures tapantes lorsque nous quittons la chambre. Nous devons courir pour arriver à l’heure à la seconde partie du cours de M. Garvey. Qu’allons-nous trouver comme excuse ? Bonne question. Malgré tout, je refuse qu’Ethan soit pénalisé par ma faute, ou celle d’Adam. Sans l’apparition de cette photo sur les réseaux, nous n’en serions pas là. Tout en continuant de maudire Adam pour ce coup bas, j’affronte les regards curieux sans lâcher la main d’Ethan, qui lui affiche une soudaine fierté. Rassuré par mes réponses et cette étreinte sensuelle dont je peine à me soustraire, il montre au monde entier qu’il se moque si je pose à moitié nue derrière un violon.
Rassurée par sa présence et son air imperturbable, j’entre dans la grande salle. Chacun est en train de préparer son instrument. Les paires d’yeux s’en détachent pour se poser sur moi. Je les fuis en échangeant un bref regard avec Ethan. Sa main se resserre sur la mienne, je suis prête. Sans nous lâcher, nous nous dirigeons vers l’estrade qui sert de scène, où M. Garvey s’affaire à préparer les partitions. Pour la première fois, je vais sans doute décevoir mon professeur préféré, et cela me donne une boule au ventre.
— Excusez-moi, dis-je timidement.
Il se retourne, et surpris de nous voir il répond :
— Mademoiselle Lacroix et monsieur Dubois. Quel plaisir de voir que vous daignez vous présenter à mon cours !
— Pardonnez-moi, monsieur, mais c’est entièrement ma faute. J’ai eu un problème personnel, et j’ai eu besoin de parler avec Ethan. Cela ne se reproduira plus.
— Ça, c’est une certitude, mademoiselle Lacroix. Un vrai musicien ne laisse rien passer avant son art, et l’apprentissage de celui-ci. À la prochaine absence, vous serez exclus de mon cours pour un délai de deux semaines. Est-ce bien clair ?
— Oui, répondons-nous sans broncher.
Deux semaines de cours perdus, c’est inimaginable ! Rattraper un tel retard, dans cette école, c’est impossible. Bien décidée à ne pas laisser mes problèmes personnels mettre en péril mes études, je m’installe à ma place habituelle, au premier rang. Ethan s’assied à mes côtés. Notre professeur profite de notre arrivée pour nous distribuer nos horaires pour les quatre heures de cours particuliers que nous aurons en sa compagnie, afin de finaliser les créations que nous présenterons aux auditions. Dans deux jours, j’aurai le premier. Cela me fait prendre conscience que je dois travailler plus, et boucler mes deux partitions au plus vite.
Le délai se raccourcit de plus en plus, et je ne suis toujours pas satisfaite des deux morceaux que je souhaite présenter au jury. Ces auditions ajoutent un peu plus de poids encore sur mes épaules qui sont déjà bien lourdes. Malgré tout, j’ai si longtemps rêvé d’affronter ces difficultés, qu’à présent c’est pour moi un devoir de franchir chaque obstacle. Je range ma convocation, et je m’empare de mon étui, impatiente d’apprendre un peu plus encore.
Je n’ai pas le temps de m’emparer de mon violon que deux coups retentissent à la porte. Mme Clayton, la directrice adjointe, entre dans la salle de classe, et demande à s’entretenir avec M. Garvey. Ce dernier invite Kim à s’installer sur la scène et les autres à se concentrer, puis il sort de la pièce en compagnie de la directrice adjointe. Comme toujours, Kim en profite pour se pavaner dans sa tenue Chanel et avec son violon hors de prix. Les pires dans tout ça, ce sont ceux qui la regardent d’un air faussement approbateur. Personne ne l’encadre, mais tout le monde lui lèche le cul ! Mais soudain mon agacement est balayé par la voix de M. Garvey qui retentit :
— Mademoiselle Lacroix, veuillez suivre Mme Clayton. Le proviseur souhaite s’entretenir avec vous. Vous pouvez prendre vos affaires, cela risque de prendre du temps.
J’acquiesce silencieusement, et tout en rangeant mon violon j’échange un regard avec Ethan. Nous n’avons aucun doute, nous savons parfaitement pour quelle raison le proviseur veut me voir. Il ne convoque jamais personne dans son bureau, sauf faute grave. Et me retrouver à poil derrière un violon, c’en est une ! Encouragée par le sourire bienveillant d’Ethan, je me lève et je rejoins Mme Clayton. Kim a perdu l’attention de ses fervents admirateurs, maintenant c’est moi qu’ils regardent.
Je peux déjà deviner leurs pensées. Personne n’ignore pourquoi le proviseur me veut dans son bureau. Ce n’est certainement pas pour me féliciter pour les résultats de mes dernières évaluations. C’est dans un silence gênant que nous rejoignons le bureau de la direction. Même la secrétaire me donne l’impression de savoir qui je suis, et ce que j’ai fait. Si je me retrouve dans une telle situation, c’est uniquement la faute d’Adam. Même loin de moi, ce mec continue de pourrir mon existence ! Mais ce n’est pas le moment de penser à lui, je dois me concentrer, et réfléchir rapidement à ce que je vais répondre.
Mme Clayton frappe deux coups à la porte du bureau, puis ouvre la porte. Elle annonce ma présence à M. Hyde, le proviseur. Ce dernier lui fait signe d’entrer. D’un regard, elle me demande de la suivre. J’ai la gorge serrée et les mains moites. Ces deux-là me foutent la trouille. Le visage fermé de M. Hyde se fixe sur moi. Il me prie de m’installer, d’un ton assez ferme pour que je comprenne que je ne suis pas ici pour recevoir des éloges. Mes craintes se confirment, ils savent. Je suis foutue…
— Mademoiselle Lacroix, j’ose espérer que vous connaissez la raison de votre présence dans mon bureau, dit-il en croisant les mains sur son bureau.
— Je crois savoir, réponds-je sans pouvoir soutenir son regard.
— Et selon vous, quelle est cette raison ?
— La photographie ?
— Nous sommes d’accord. Chaque personne ici présente est libre de faire ce que bon lui semble de son temps libre, tant que cette activité ne nuit pas à la réputation de notre établissement. Vous devez comprendre, mademoiselle Lacroix, que cette école ne peut se permettre une telle publicité. Si encore vous aviez posé avec votre instrument et quelques vêtements, nous n’y aurions vu aucun inconvénient. Mais là, mademoiselle Lacroix, vous n’y avez pas été avec le dos de la cuillère en termes de provocation.
— Je suis navrée, réponds-je, en me risquant à lever les yeux sur lui et Mme Clayton, qui se tient derrière lui, et qui me scrute sévèrement.
— Vos excuses n’effaceront pas cette photo, rétorque cette dernière.
— Avec tout le respect que je vous dois, personne ne sait qui je suis, et où j’étudie, tenté-je de me défendre.
— Avez-vous lu les commentaires sur les réseaux sociaux ? me demande M. Hyde.
— Non…
Comment le pourrais-je ? J’ai bloqué Adam et le compte de sa marque…
— Je vais vous en citer quelques-uns, lâche-t-il en s’emparant de son téléphone.
J’ignore combien il y a de commentaires, mais le temps qu’il met à les faire défiler m’inquiète. Et quand il lit le premier, mes certitudes s’écroulent.
— Je connais cette fille, elle étudie à la MSM. Superbe photo, mais je suis choqué de voir une fille que je croise dans les couloirs de mon école, à moitié nue sur Instagram… Respect pour Mia, tu es géniale… Et bla bla bla, et bla bla bla… Que disiez-vous déjà ? Il y a des centaines de commentaires qui mentionnent votre prénom et l’école que vous fréquentez.
— Je suis sincèrement désolée…
— Mademoiselle Lacroix, vous êtes une élève talentueuse. Vos professeurs ne disent que du bien de vous, mais quand ils apprendront l’existence de cette photo, et qu’ils la verront, je crains qu’un malaise s’installe entre le corps professoral et vous-même. Bien que je ne puisse contredire la beauté et le côté artistique de ce cliché, celui-ci risque de heurter la sensibilité de certaines personnes. Vous devez comprendre que certains parents n’apprécieraient guère ce genre de publicité liée à notre école. Certains d’entre eux font partie de nos plus importants donateurs…
M. Hyde se confond en explications, mais je ne comprends toujours pas où il veut en venir.
— Pardonnez-moi, monsieur, mais que voulez-vous me dire ? Je vais être exclue ? demandé-je, la peur au ventre.
— Je ne vois pas d’autres solutions pour maintenir le sérieux de cet établissement.
— Combien de temps ? Je dois présenter deux morceaux que j’ai créés à M. Garvey dans quelques jours.
— Nous ne nous sommes pas bien compris, mademoiselle Lacroix. Vous risquez l’exclusion définitive. Nous allons organiser une réunion d’urgence avec vos professeurs et les membres du conseil. En attendant, il serait préférable de rentrer chez vous.
Je suis tellement sous le choc que je ne parviens pas à plaider ma cause. Comment le pourrais-je ? C’est injuste, mais tout le monde s’en moque.
— Je comprends, réponds-je en m’emparant de mon sac et de mon étui à violon.
C’est complètement stoïque que je salue le proviseur et son adjointe, et que je quitte son bureau. Je suis à la fois désemparée et folle de rage. Comment vais-je pouvoir sauver ma place dans cette école ? Je n’ai ni la réputation ni les soutiens nécessaires à ce miracle ! J’arpente le long couloir, tout en essayant de me convaincre que ce n’est pas réel, et que tout va s’arranger. Mais lorsque j’arrive dans le hall presque désert, je prends conscience que tout est vrai, et qu’Adam Davis a foutu ma vie et mes rêves en l’air !
Si M. Hyde était à mes côtés, il me demanderait sans doute de ne pas traîner dans les parages, mais j’ai besoin de m’asseoir. Je m’installe sur l’un des bancs, et je m’empare de mon téléphone. J’ai besoin d’en avoir le cœur net, je dois voir pour comprendre. Sans perdre une seconde, j’ouvre Instagram, et je débloque le compte de la marque d’Adam, ainsi que son compte personnel. Je redécouvre cette photo qui est de toute beauté, mais que j’aurais préféré ne jamais revoir. Je suis sans voix quand je constate le nombre de likes et de commentaires. Cette photo est sans doute le plus gros buzz d’Adam. Pour ma part, elle signifie la destruction de tout ce que j’ai entrepris jusqu’à aujourd’hui.
En une fraction de seconde, je passe d’un état végétatif à une rage incontrôlable. Mon sac sur l’épaule, et mon étui en main, je quitte la MSM avec la certitude que je n’y remettrai plus jamais les pieds. Il n’y a que deux personnes responsables de ce carnage : moi, pour avoir accepté de devenir l’égérie de cette collection, et Adam qui s’est royalement payé ma tête. Je ne peux pas me hurler dessus, en me reprochant d’avoir détruit ma vie. Je me flagellerai ce soir, seule dans mon lit, en pleurant toutes les larmes de mon corps. Mais avant ça, je vais régler le compte de celui que je regrette d’avoir rencontré. La plus grosse erreur de toute mon existence : Adam Davis.
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