Sugar Baby - Tome 2

Eva Dupea · Chapitre 54 sur 75

Pages du PDF

Sugar Baby - Tome 2

Chapitre 52

 

Pendant que l’équipe d’Adam me transforme en princesse d’une nuit, je repense à ce baiser. Après celui-ci, j’ai fait ce que je fais de mieux : j’ai installé une distance de sécurité entre Adam et moi. De son côté, il semble avoir bien vite oublié ce nouvel écart de ma part. Accaparé par les derniers préparatifs, il passe son temps entre son téléphone et l’inspection de chaque détail relatif au déroulement de la soirée. Dans moins d’une heure, les festivités seront lancées. Les nombreux sièges de l’amphithéâtre se remplissent déjà, et j’ai l’impression d’être encore plus angoissée qu’Adam.

Curieusement, je ne m’inquiète pas pour moi. Je m’inquiète pour lui. J’ai envie que cette soirée soit une réussite, et que sa première collection pour femmes obtienne le succès qu’elle mérite. Ce projet est important pour Adam, qui vise une entrée en Bourse dans les prochaines années. En s’associant à de grands noms, et en étendant ses produits à une clientèle plus modeste, il a à présent toutes les cartes en main pour y parvenir. Malgré tout, il suffit parfois d’un détail pour que tout tombe à l’eau. Je doute que cela se produise ce soir, pourtant je suis stressée. C’est sans doute parce que ces montres comptent plus pour moi que je le pensais.

Elles sont un beau souvenir, qui me rappelle à quel point ma relation avec Adam était passionnelle. Si je laissais libre cours à nos envies les plus profondes, la passion réapparaîtrait aussitôt. Malheureusement, je sais qu’elle finirait par nous consumer. J’ai bien trop besoin d’amour pour être heureuse, et Adam se refuse à aimer. C’est une passion brûlante, mais c’est un amour impossible. J’en suis consciente, mais Adam est une obsession. En décidant de m’éloigner de lui, après cette dernière soirée, j’espère me guérir de cette addiction, et me délester de cet amour à sens unique, qui me tiraille encore aujourd’hui.

Vêtue d’une robe sirène rouge flamboyant, et perchée sur des talons immenses, je ne me sens pas forcément à l’aise. Chaque personne qui me croise me dit que je suis sublime, mais c’est parce qu’ils ne voient pas mes défauts. Je ne comprends pas le choix d’Adam. M’a-t-il confondue avec un des mannequins filiformes, avec qui il a couché ? Je ne suis ni grande ni maigre. Et pour porter ce genre de robe, c’est tout ce qu’il faut être. Non ? Dissimulée derrière le grand rideau rouge, je tente d’oublier mes doutes vestimentaires en scrutant les tribunes et les balcons, qui sont presque tous occupés.

Alors que les derniers invités s’installent, les élèves composant l’orchestre qui jouera ce soir arrivent à leur tour. Ils sont tous de niveaux différents, mais une chose est sûre, s’ils sont là, c’est que ce sont les meilleurs. Kim en fait partie. Nous ne nous apprécions guère, mais depuis quelques semaines elle ne me prend plus pour cible. Nous nous ignorons, et cela me convient très bien. Mais ce soir Kim n’a pas l’air de vouloir rester silencieuse. Lorsque je la vois se diriger vers moi, je laisse échapper un soupir. Quelques élèves me font signe, pendant que les autres commentent ma tenue, tout en croyant que je ne remarque pas leurs regards en coin.

— Mia ! lâche Kim, en se plantant devant moi.

Comme toujours, son make-up est parfait, et les formes de son corps dans sa robe me laissent envieuse. Cette fois, c’est intérieurement que je soupire. Dans la robe que je porte ce soir, Kim serait une bombe. Moi, dedans, je ressemble à un saucisson.

— Kim, réponds-je dans un sourire forcé.

— On peut se parler ?

— Euh, oui…

— Je ne serai pas longue. Je voulais juste te remercier de ne pas m’avoir évincée de ce spectacle.

— Pourquoi aurais-je fait ça ?

— Parce que j’ai été une garce avec toi, déclare-t-elle, en faisant une drôle de moue.

— Peu importe… De toute façon, ce n’est pas moi qui ai choisi. Même si l’on m’avait demandé mon avis, je n’aurais pas exigé que tu sois écartée.

— Pourquoi es-tu aussi sympa, alors que je ne l’ai jamais été avec toi ?

— Je ne suis pas sympa, Kim, je veux juste que ce spectacle soit somptueux. Et pour cela, il faut de bons musiciens, et tu fais partie des meilleurs de cette école.

Elle est si surprise par mes paroles qu’elle se penche en arrière, tout en s’interrogeant un bref instant.

— Tu le penses vraiment ?

— Bien sûr. Ce n’est pas parce que tu es une connasse que tu n’as pas de talent.

J’ai pensé à voix haute ! Nous échangeons un regard, sans doute pour jauger la réaction de l’autre, et tout à coup, nous éclatons de rire. C’est vraiment en train d’arriver ? Oui, c’est réel, je suis en train de rire avec Kim, ma pire ennemie, la seule.

— Je vais aller voir s’il n’y aurait pas un peu de champagne qui traîne dans le coin. J’ai un trac de malade ! lâche-t-elle en s’agitant.

— Tu n’es pas la seule.

— Toi, tu ne devrais pas t’en faire. Dans cette tenue, tu peux faire les pires fausses notes, personne ne le remarquera. J’adore ta robe, et pour être honnête, je suis verte de jalousie. Toi aussi, tu es talentueuse, et en plus, tu es super bien foutue.

— Tu te moques de moi, c’est ça ? demandé-je, persuadée que les hostilités sont de retour.

— Non ! Je le pense vraiment. Tu es magnifique, dans cette robe !

Soudain, une voix vient confirmer les paroles de Kim :

— Ton amie a parfaitement raison, cette robe est faite pour toi, déclare Adam, en se plaçant entre nous.

— Tu vois, même M. Davis le dit, lâche-t-elle en m’envoyant une tape sur l’épaule.

En la voyant si soudainement euphorique, je comprends qu’elle aussi n’est pas insensible au charme d’Adam. Il n’est pas ma propriété, mais brusquement je me rappelle que nous ne nous dirons au revoir que ce soir. Alors, pour l’instant, je ne veux voir personne tenter de le séduire. Et certainement pas Kim, même si je dois admettre qu’elle m’a agréablement surprise. Je les quitte des yeux quelques instants, et j’inspecte l’espace où se trouvent les musiciens, quelques techniciens et des personnes dont j’ignore l’identité. Perchée sur mes talons de douze centimètres, je ne tarde pas à voir deux serveurs.

— Regarde, Kim, les serveurs viennent d’arriver, lui dis-je en lui montrant l’un d’eux du doigt.

— Oh ! génial ! On se voit tout à l’heure !

— OK.

— À tout à l’heure, monsieur Davis, lance-t-elle en minaudant devant lui comme une chatte en chaleur, avant de rejoindre les autres élèves en agitant son violon à cent mille dollars et son archet.

— Je rêve, ou tu as fait en sorte d’éloigner ton amie ? me demande-t-il, en prenant son air provocateur.

— Kim est tout sauf mon amie. Cette fille me déteste depuis le premier jour, où elle m’a vue. Et c’est réciproque.

— Vous aviez pourtant l’air de vous entendre, me fait-il remarquer.

— Je ne sais pas ce qui lui prend, mais c’est vrai qu’elle s’est montrée plutôt sympa avec moi.

— On déteste parfois ce que l’on envie. Elle t’envie, tu l’envies, et du coup, vous vous détestez.

— Que j’aie envié Kim en la rencontrant, ça, c’est vrai. Mais pourquoi m’envierait-elle ? Tu l’as vue ?

— Oui, je l’ai parfaitement regardée. Elle a de faux cheveux, un visage à cinquante mille dollars, de faux seins, et je doute que son cul soit réel. Et ses faux cils, on en parle ?

C’est vrai, Kim est une belle femme qui peut tout s’offrir, mais elle en fait trop. Et moi, je n’en fais pas assez…

— N’empêche que ce faux cul et ces faux seins mettraient bien mieux cette robe en valeur que moi. Quelle mouche t’a piqué ?

— Quoi ? Cette robe ne te plaît pas ?

— J’adore les robes sirène, Adam. Tout le monde aime ça, mais pratiquement personne ne peut se permettre de porter une robe si près du corps.

— Je t’ai vue dans des robes plus courtes et plus serrées que celle-ci, réplique-t-il en sourcillant.

— Peut-être, mais là, on ne voit pas mes jambes, et j’ai l’impression qu’elle me grossit.

— N’importe quoi. Tu es splendide dans cette robe, et je crois que je ne t’ai jamais vue aussi belle que ce soir.

— C’est toi qui dis n’importe quoi, rétorqué-je en croisant les bras pour dissimuler tout ce que je n’aime pas.

Soudain, il se place derrière moi. Tout en prenant garde à ce qu’il ne soit pas vu, il s’approche au plus près de moi, et glisse sa bouche jusqu’à mon oreille.

— Tu ne te trouves pas belle… Alors, dis-moi pourquoi tout le monde te regarde. Les filles te jalousent, et j’ai vu plus d’un mec reluquer ton cul. Regarde…, termine-t-il dans un murmure.

Tandis que son souffle chaud parcourt ma nuque, j’examine tous ceux qui sont présents. Comme Adam le dit, les filles m’observent. Quand mon regard croise celui de l’une d’entre elles, celle-ci me sourit, puis détourne les yeux. Quant aux mecs, ils sont réunis en petits groupes, et parlent tout en me dévisageant avec insistance.

— Tu vois… Tu nous mets tous dans un drôle d’état…, murmure-t-il en pressant un court instant son corps contre le mien, assez pour que je sente son érection naissante.

À la fois décontenancée et flattée, j’éloigne mon corps du sien, et je me retourne, le rouge aux joues.

— Tu es incorrigible, lâché-je, sans pouvoir m’empêcher de rire.

— Alors, crois-tu encore que cette robe ne te va pas ?

— Non, réponds-je doucement.

— Ne fais pas la timide, ça m’excite encore plus…

— Arrête ! lui ordonné-je à voix basse.

— C’est toi qui nous excites tous, et c’est à moi d’arrêter ? Non, baby, c’est à toi d’arrêter de nous mettre le feu.

Nous sommes interrompus par un serveur qui nous propose un rafraîchissement. Adam s’empare naturellement de deux coupes de champagne, et il m’en tend une.

— À notre collaboration. Merci de m’avoir mené jusqu’ici, déclare-t-il.

— À nous. Et c’est plutôt à moi de te remercier. Tu es et tu resteras celui qui m’a conduite sur le chemin de mes rêves. Grâce à toi, j’ai à présent l’impression que tout est possible.

Nous entrechoquons nos coupes, en échangeant un regard complice. Je ne pensais pas que lui dire au revoir serait si difficile. Je prends conscience que cette soirée est la dernière que nous passerons ensemble, et la nostalgie s’abat brusquement sur moi. Tandis que j’appréhende la fin de notre belle et tumultueuse entente, Adam me donne ses derniers conseils, avant de rejoindre la scène pour y faire son discours. Je l’écoute, mais j’ai la tête ailleurs. Je sens encore son corps se coller contre le mien, et son sexe durci par l’envie se frotter sur mes fesses. J’essuie nerveusement mon front, lorsque je dois m’extraire d’une rêverie, où sa bouche happe l’un de mes seins, et où ses doigts s’aventurent dans ma culotte. Qu’est-ce qui me prend ?

— Il est l’heure pour moi de rejoindre mes invités. Tu es prête ? me demande-t-il.

— Je crois…

Il pose ses mains sur mes épaules, et plonge ses yeux azur dans les miens. Est-il conscient de l’effet qu’il a sur moi à cet instant précis ? Je ne crois pas. Adam est déjà en mode concentration. Si seulement il pouvait me contaminer.

— Tout va bien se passer. Ce soir, c’est ton soir. Je te promets que tu n’oublieras jamais cette soirée. Jamais…, termine-t-il, avant de déposer un pieux baiser sur mon front, et de s’éloigner vers le rideau qui le sépare de la scène, où Mme Brown est déjà en train d’annoncer son arrivée.

Je suis entourée d’une quarantaine de personnes, mais je ne vois que lui. Je détaille son anatomie tandis qu’il me tourne le dos, et j’imprime cette vision dans un coin de mon esprit, comme si c’était la dernière fois que je le voyais. Et, alors que son nom et les applaudissements retentissent, une voix vient me rappeler que j’ai un petit ami.

— Tu ne me serais pas infidèle, par hasard ?

Cette question posée par Ethan me glace le sang. Je me retourne aussitôt, et dans un rire nerveux je lui demande :

— Pourquoi dis-tu ça ?

— Je l’ai vu t’embrasser le front. Un peu vieux, non ? rit-il.

— Il voulait seulement me remercier, et m’encourager pour ce soir.

— Tu n’as pas besoin de te justifier, je plaisantais, lâche-t-il, avant de m’embrasser.

Il recule ensuite d’un pas, et me regarde sous tous les angles avant de dire :

— Tu es superbe, Mia.

— Merci. Mais dis-moi… Où étais-tu ?

— C’est une longue histoire, mais je te la raconterai ce soir, quand tout ça sera terminé. OK ?

— OK, réponds-je.

Nous nous sommes à peine retrouvés qu’il doit déjà rejoindre les membres de l’orchestre et se mettre en place. J’étais tellement obnubilée par ma tenue, mon stress et Adam que j’ai complètement occulté Ethan de mes pensées. Quelle petite amie suis-je ? Sans aucun doute, la pire. Pendant que l’orchestre prend place, et qu’Ethan s’installe derrière le piano à queue, Adam continue son discours. Il remercie l’ensemble de la Manhattan School of Music pour sa participation à ce projet, ainsi que les élèves choisis pour mettre en musique cette belle soirée de lancement. Il termine en annonçant d’énormes surprises tout au long de celle-ci, et il n’en faut pas plus pour que le public s’enflamme.

Il remercie l’assemblée, et annonce la mise en vente officielle de sa nouvelle collection de montres. De mon côté, je scrute les réseaux sociaux. Le live est un succès, et les commentaires vont bon train. Le lancement s’annonce grandiose. Adam souhaite au public de passer une bonne soirée, puis il quitte la scène pour me rejoindre derrière le rideau. Il m’a à peine rejointe qu’Ethan commence son solo au piano. C’est sur un air de Tchaïkovski que les deux grands écrans positionnés sur les côtés de la scène s’allument. Un spot publicitaire signé Adam Davis est projeté, avant qu’apparaisse un montage en fondu de toutes les photos réalisées lors de notre première escapade à Belmar.

Les clichés inédits défilent sous le son mélodieux du piano. Ethan joue La Belle au bois dormant, l’un des morceaux les plus célèbres de Tchaïkovski, et c’est d’une pure beauté. Adam vient se placer à mes côtés, mais mes yeux ne quittent pas l’écran sur lequel je vois défiler une partie de notre histoire. Je reconnais chacune des montres qu’il a créées, et que je lui ai inspirées. Si ces photos sont inconnues du public, elles le sont également pour moi. Je n’ai pas eu l’occasion de voir tous les clichés, alors c’est avec surprise que je découvre certaines d’entre elles.

Pendant plus de quatre minutes, mon reflet s’empare de la salle, jusqu’à la dernière photo, celle qui présente la dernière montre, et où je suis vêtue d’une magnifique robe noire qui tranche sur la plage enneigée. Mon intérêt est décuplé par cette photo, où nous sommes censés découvrir la dernière montre qu’Adam garde secrète depuis plusieurs mois. Mais lorsque je constate que la montre n’a pas été ajoutée à mon poignet, comme Adam me l’avait affirmé, je me tourne vers ce dernier, et je lui fais part de mon incompréhension.

— Pourquoi n’as-tu pas ajouté la montre à cette photographie ? demandé-je, alors que les dernières notes de piano retentissent.

— Sois patiente, répond-il, dans un sourire malicieux.

— Patiente ? Ça fait trois ans que j’attends !

— Eh bien, attends quelques minutes de plus, rétorque-t-il dans un clin d’œil.

Dépitée, je soupire.

— Même si je te hais de faire durer le suspense, je dois avouer que ce spot publicitaire est magnifique.

— Tant mieux qu’il te plaise, car dès demain il passera à la télévision.

— C’est vrai ? demandé-je sans y croire.

— Il sera raccourci, bien entendu. Quant à la musique, sache que l’air que l’on entendra dans la pub sera joué par Ethan. Ce mec est talentueux, j’ai eu envie de lui donner sa chance.

— Pourquoi fais-tu ça pour lui ?

— Je ne le fais pas pour lui, je l’ai choisi parce que son talent est indéniable.

— Il ne m’a rien dit…

— Parce qu’il a reçu la directive de ne pas le faire, lâche-t-il dans un clin d’œil.

Je me détourne d’Adam pour regarder Ethan saluer le public sur scène. Qu’il doit être heureux ! Et je le suis également. Adam Davis n’est pas seulement un homme d’affaires, c’est un artiste, et un distributeur de rêves. Une fois que vous croisez son chemin, vous devez vous préparer au changement, et à monter plus haut que l’étoile que vous aviez visée. Comment vais-je bien pouvoir oublier un homme tel que lui ? Comment vais-je réussir à torpiller les sentiments que j’éprouve encore ? Cela me semble impossible, pourtant tout se termine bientôt.

Tandis qu’Ethan retourne derrière son piano, Adam entre à nouveau sur scène. Je les regarde l’un après l’autre, et je ne sais plus où j’en suis. J’aime un homme que je veux fuir, et je fuis un homme que j’aimerais pouvoir aimer. Parfois, j’ai l’impression d’avoir pris cette décision à la hâte. Peut-être n’aurais-je pas dû faire espérer Ethan. Peut-être aurais-je dû donner une seconde chance à Adam… Plus je souhaite m’éloigner de lui, plus je doute de mon choix. Depuis le début, je suis persuadée qu’Adam est le problème, mais en réalité, c’est moi qui mets la pagaille dans ma vie, et dans celle des autres.

OceanofPDF.com